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 Relents gris [Octavie Mirbel]

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Jude Okamoto
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▌Né(e) le: 23 septembre
▌Pays d'origine: Micro-Japon en Angleterre
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MessageSujet: Relents gris [Octavie Mirbel]   Mer 5 Aoû - 3:51

Des filets de fumée s'entrelaçaient dans une danse silencieuse au-dessus de sa tête avant de se fondre à l'air, de s'y évanouir à jamais, ne laissant derrière eux que les restes des relents de la cigarette qu'il avait entre ses fines lèvres. Bientôt, le vent s'en empareraient et les disperseraient à son gré, il ne resterait plus rien de ce moment de délice, si ce n'est un vulgaire mégot qui incontestablement, finirait sous la semelle d'une chaussure.
Pour une dernière fois avant les prochaines heures, Jude aspira longuement le tabac rendu volatile, tenant entre son pouce et son index droits la cigarette qui, quelques minutes plus tôt, comptait des centimètres en plus. C'est une fois assis sur ce banc en bordure de trottoir qu'il l'avait allumée, d'une pensée, ayant trouvé en ce coin tranquille du village agréable endroit pour se reposer de sa longue promenade. Il avait marché sans savoir où aller, sans s'en préoccuper non plus, et c'était par pur hasard que le silencieux astronome avait découvert devant lui, dans le café campé sur le côté opposé de la rue, assise à une table, seule, la bibliothécaire de S.W.Y.N.

D'où il se trouvait, dans ce petit parc, assis sur ce banc sous cet arbre, seul, il pouvait très bien la voir, sans doute mieux qu'elle aurait put l'aperçevoir de son côté. Ainsi se prit-il à l'observer, elle ainsi que les quelques passants, pendant les minutes qui suivirent, cigarette au bec. Mais les allées et venues dans la rue se firent de moins en moins nombreuses et, levant les yeux vers le ciel, Jude comprit pourquoi. De gros nuages sombres stagnaient au-dessus de sa tête, il allait pleuvoir. Il sentit d'ailleurs bientôt une goutte lui tomber sur le nez, puis une autre sur la joue, et bien d'autres encore. Le tonnerre se mit également de la partie, l'orage éclatait.
À ce point, le mégot jeté parterre avait déjà subit la chaussure, un vieux truc qu'il portait adolescent, rouge vif avec des laçets blanc, laçets que Jude prit d'ailleurs le temps de renouer avant de se lever. À la seconde où il se retrouva debout, les nuages se mirent à déverser tout leur contenu sur la tête des plus audacieux, ou alors plus étourdis. Jude ne fut évidemment pas épargné, et se dirigea alors droit vers l'entrée du café, dans lequel il ne se serait pas aventuré si le temps n'avait pas été si soudainement agité.

La clochette tinta. Une fois à l'abri, il dégagea d'une main ses cheveux trempés qui lui tombaient devant les yeux, avant de jeter un coup d'oeil sur l'endroit. Sympa, bien qu'il y avait probablement un peu plus de gens qu'à l'habitude vu le déluge qui leur tombait sur la tête, l'endroit était tout de même plutôt charmant, dans le genre. Bien que la pluie avait imbibé son vieux jean et son t-shirt à l'effigie des Beatles, dernier cadeau de fête de la part de sa mère, il ne s'en soucia pas le moins du monde et pivota sur lui-même jusqu'à faire face à la table près de la fenêtre, la table pour deux, celle où siégeait la bibliothécaire. Il crut qu'elle ne l'avait pas vu et, après une courte pause, fit un premier pas dans sa direction, puis un deuxième, et un troisième et un autre encore, jusqu'à ce qu'il se retrouve près de la chaise vide à laquelle faisait face la jeune femme. Il posa une main sur le dossier de la chaise, sans pour autant s'y installer, alors que son regard s'accrochait toujours au visage de la demoiselle, et c'est alors que le coin droit de sa bouche s'étira discrètement en un fin sourire.

« Salut »

Fit-il d'abord simplement de sa voix grave.

« Octavie, n'est-ce pas? »

Il l'avait entendu d'un collègue, lors d'un repas, autrement, il n'aurait jamais su, ne lui ayant pas adressé le moindre mot jusqu'à présent. Et pourquoi ça? Pas de raison particulière si ce n'est qu'il n'adressait pas aisément la parole à quiconque. Cependant il se trouvait qu'elle était là, et l'occasion de s'introduire se présentait presque d'elle-même. D'un autre côté, Jude se disait depuis un moment déjà, en écoutant discourir quelques fois la bibliothécaire, qu'il pourrait être intéressant d'échanger avec elle et, pour une fois, de mettre en mots les opinions qu'il avait entretenus qu'en pensées alors qu'il l'écoutait. Reste que rien n'était encore fait, ou presque.

« Je peux t'offrir quelque chose? »

Mais une barrière venait tout de même d'être franchie.
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Octavie Mirbel
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▌Né(e) le: 22 Novembre
▌Pays d'origine: France
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MessageSujet: Re: Relents gris [Octavie Mirbel]   Ven 7 Aoû - 12:22

.
Il y a des gens qui n’aiment lire que dans le plus complet des silences. Dans l’espoir, sans doute, de mieux entendre les plus infimes murmures du texte - qui sait ? Octavie, elle, aimait être lointainement bercée par un fond sonore. Que ce soient les chuchotis plus ou moins discrets des étudiants, dans la bibliothèque, ou les bavardages lointains de quelques voyageurs de passage, attablés dans un café. C’était aussi ça qui faisait qu’elle aimait parcourir des yeux, plus ou moins distraitement, quelques pages, à la bibliothèque, tandis que les étudiants évoluaient, silencieusement. Quand certains d’entre eux se montraient trop bruyants, elle levait les yeux du registre qu’elle tenait, ou du livre dans lequel elle s’abandonnait … A moitié. Une lueur de reproche dans ses yeux brillants. Une voix qui s’élève, doucement – ne pas briser le fragile équilibre. Et cela reprenait … La jeune femme aimait aussi sortir des grands murs solennels de l’Université. Elle s’installait alors, un peu à l’écart si possible, dans un des cafés de Bourg-en-Bière, un ouvrage ou deux dans son sac. Toujours. On ne présage jamais de ce qui peut arriver, et l’on a toujours besoin d’un bon livre avec soi. Forte de ces préceptes qu’elle appliquait aussi scrupuleusement que possible, elle s’était attablée, ce jour-là, dans un café un peu en retrait, dans le quartier Sud. Elle fuyait toujours, par elle-ne-savait-quel scrupule les rues bien pavées du quartier chic. Elle, qui chérissait un idéal confus de simplicité et de naturel, elle ne s’y sentait pas à l’aise. Et les voix haut-perchées des grandes dames, avides d’être écoutées, curieuses de s’écouter elle-mêmes compromettaient ses envies de lecture. Cette fois-ci, elle avait jeté son dévolu sur ce petit café discret, et, alors qu’un thé fumant était posé devant elle, elle avait sorti de son sac un ouvrage et s’était mise à le lire, le sourire aux lèvres. De temps en temps, éclatait de rire devant un trait d’esprit ou une ironie passagère. L'humour médisant et la satire, elle avait beau s’en défendre, faisaient toujours leur effet.

Un grondement, soudain, la fit sursauter et elle leva les yeux de son ouvrage. Cligna des paupières, pour se réhabituer à la réalité ambiante. Un coup de tonnerre, puis deux. Puis ce fut le chuintement de la pluie qui tombait dehors, fouettant le sol et les quelques rares passants qui s’étaient attardés dehors. La jeune femme tourna la tête vers la fenêtre contre laquelle elle était attablée et, songeuse, le menton dans une main, contempla un instant le dessin des gouttes de pluie qui se traçait sur la vitre. L'étrange danse de la pluie qui masquait les images de l'extérieur. Ce bruit, quand l'on était bien installé,au chaud à l’intérieur, un thé fumant devant soi, avait quelque chose de caressant. Elle jeta distraitement un regard au dehors, crut apercevoir l’éclat d’une chevelure rougeâtre. Sans plus y songer, elle rouvrit son livre - un peu trop corné - et reprit sa lecture, quelques phrases plus haut, sans plus se poser de questions, sans plus … Une clochette tinta. Il y eut quelques bruits de pas. Puis …

Plic ploc. Comme le bruit d’un égouttement. C’est alors qu’une goutte, puis deux atterrirent sur la page qu’elle était en train de lire, traçant deux minuscules auréoles sur le papier. Elle releva la tête, plus étonnée que mécontente. Un éclat rouge, la lumière vague d’un sourire.

« Salut »

Elle contempla un instant cet homme qui lui semblait légèrement familier. Se demanda l’ombre d’un instant où elle avait pu croiser ce visage. Puis elle se souvint. Derrière cet air d’être toujours en-deçà ou au-delà des choses, derrière cette allure juvénile et décontractée qu’elle tentait, toujours, de conserver elle-même, elle avait devant elle le professeur d'astronomie.

« Octavie, n'est-ce pas? »

Elle acquiesça d’un signe de tête, en lui rendant son sourire. Tiens, il connaissait son nom. Pourtant, les rares fois où ils s’étaient retrouvés, il semblait bien perdu dans ses célestes pensées et n'ouvrait jamais la bouche. Avait-elle, au demeurant, déjà entendu le son de sa voix, avant aujourd’hui ? Il ne lui semblait pas. Elle se souvenait juste de vagues murmures, de soupirs lointains. La dernière fois qu’ils s’étaient retrouvés attablés autour d’une même table, c’était lors de ce repas à la grand salle, où il avait été question … Leurs regards s’étaient croisés, et il semblait avoir ponctué ses propos maladroits d’un signe de tête, à peine esquissé, d’un murmure presque imperceptible. Sans plus.

« Je peux t'offrir quelque chose? »

Cette seconde question la ramena à la réalité. Elle rougit, honteuse de s’être laissée emporter ainsi dans ses pensées, au lieu de répondre comme il fallait à des questions somme toute bien simples. Comme il fallait. C'était toujours quelque chose qui venait à sa conscience, presque malgré elle, relent de l'éducation et des convenances. C'était aussi quelque chose qu'elle chassait, parce que vivre sa vie comme-il-faut lui semblait quelque chose d'étouffant et de castrateur. Soit. Elle bafouilla maladroitement quelques mots, posant délicatement son livre sur la table, à côté d’elle.

- Oh … Je … Ce serait avec plaisir.

Une pause, un instant. Pendant une seconde, elle s'en voulut d’avoir accepté. Après tout, c’était peut-être à elle de l’inviter. Elle jeta un regard curieux vers les vêtements trempés de son interlocuteur.

- Mais ... Euh … Ça ira ? Je devrais peut-être aller commander moi-même ?

A vrai dire, il n'avait pas l'air très affecté par l'état de ses vêtements. La première - la seule ? - impression qu'il avait toujours donnée, à chaque fois qu'elle l'avait approché, c'était celle d'un incroyable détachement. L'astronome, qu'elle l'avait appelé, pour elle-même. Parce qu'il avait toujours la tête dans les étoiles. Ce fut à ce moment qu'elle se rendit compte qu'elle ne savait pas même son nom. Ou alors, pour rajouter un chef d'accusation à son étourderie sans borne, elle l'avait oublié. Demeurait juste un "Mr Okamoto" qui était resté là, dans un coin de sa mémoire - souvenir d'un étudiant qui avait tenté de l'aborder dans un couloir, en criant son nom. Parfaitement inutile, alors que lui-même l'avait désignée par un simple Octavie, et l'avait tutoyée, tout de suite. Hésitante, elle reprit :

- Par contre, je ne crois pas connaître ton nom ...?

Elle lui adressa un sourire d'excuse. Par peur de mal faire, elle se guindait souvent un peu trop. Mais lui, tout professeur qu'il était, il l'avait abordée sans cérémonie, en toute simplicité. Et ça lui plaisait.
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Jude Okamoto
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▌Né(e) le: 23 septembre
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MessageSujet: Re: Relents gris [Octavie Mirbel]   Ven 7 Aoû - 20:36

Avec plaisir, donc? Très bien. Sans plus s'attarder, Jude avait lâché la chaise et fait un pas vers l'arrière, dans l'intention de se retourner pour vite fait rejoindre ce comptoir. Mais il n'en fit rien, pas de suite, retenu par la voix de la bibliothécaire.

- Mais ... Euh … Ça ira ? Je devrais peut-être aller commander moi-même ?

Plus timide qu'il ne l'aurait crut, avait-il songé en l'écoutant et observant parler. En était-il déçu? Pas du tout, au contraire, les gens trop énergiques, trop extravertis étaient à son avis épuisants, à la longue, malgré le fait que la plupart de ceux qu'il avait rencontré auparavant avaient crut voir en lui une oreille particulièrement intéressée, hélas. Mais il semblait, de plus en plus clairement maintenant qu'ils se retrouvaient l'un face à l'autre, qu'Octavie devait être quelqu'un de... réfléchi, mais pas trop. Comment l'expliquer... Disons que, bien qu'il soit adulte, Jude s'interroge toujours et ne prend rien pour complètement acquis. Autrement dit, il n'a pas cette confiance parfois débordante de l'adulte qui sait précisément où il va et le fait dans une optique qu'il n'acceptera pas de changer, peu importe ce qui l'attend. Un refus d'apprendre et d'admettre l'inconnu, la possibilité de devenir quelqu'un d'autre, quelqu'un de meilleur, comme si c'était impossible. Bref, il croyait décéler un peu de tout ça, chez Octavie, et ça avait quelque chose de réconfortant, comme le sentiment de pouvoir être soi-même sans malaise.

« Non... tu peux rester assise, ça va. »

Son sourire amusé s'était un peu élargi, à ses mots. Se présenter trempé à un comptoir dans un café ne le gênait pas, comme bien des choses, alors que d'autres, plus anodines, pouvaient susciter tout un débat en lui, par exemple oser adresser la parole à une bibliothécaire pour la première fois.
Cette fois il se retourna pour se diriger vers le comptoir avant que son sourire ne le trahisse et ne la gêne davantage, mais dût encore une fois momentanément pivoter sur lui-même.

- Par contre, je ne crois pas connaître ton nom ...?
« Jude »

Au comptoir, un homme attendait d'être servi, juste devant lui. Deux cafés et deux éclairs au chocolat. Il repartit vers une table où semblait l'attendre une femme, les mains vides, mais bien vite en vint à le suivre deux tasses remplies du liquide chaud ainsi que les deux pâtisseries, flottant au-dessus des têtes.

« Monsieur? Vous voulez quoi? »

Jude tourna vivement la tête, revenant sur Terre après un instant d'égarement, et fit face au jeune homme qui attendait sa commande, embarrassé.

« Je sais pas. »

Il avait oublié de lui demander ce qu'elle voulait. Jetant un coup d'oeil sur la table d'Octavie, espérant trouver réponse pour ce pauvre commis qui ne savait plus quoi dire ni penser. Elle buvait du thé. Ou plutôt avait bu, car la théière et la tasse, s'auto-découvrant vides apparemment, quittèrent la table jusqu'à disparaître derrière le comptoir, se frayant elles aussi un chemin à travers le café. Jude en revint au garçon.

« Vous avez quoi, comme thé? »

La réponse qu'on lui offrit lui valut un haussement de son sourcil droit ainsi qu'un « Hm » précédé de ce qu'il en vint finalement à commander. Agacé par la théière et sa petite troupe qui lui tournaient autour de la tête lorsqu'il revint vers Octavie, Jude, de gestes qui se voulurent discrets, attrapa la poterie volante à mi-chemin, les posa lui-même sur la table, une fois arrivé, avant de s'asseoir et prit même sur lui de verser le thé dans les tasses, sans anses celles-là. Enveloppant sa tasse à deux mains, il l'éleva quelque peu afin d'humer les vapeurs du breuvage. Le parfum le fit sourire en lui-même.

« C'est un thé vert japonais, gyokuro. Son goût est doux et fin... »

Il but une gorgée avant de reposer la tasse chaude sur la table, mais sans en détacher ses mains. Son regard jusque là rivé au thé pâle fut attiré par le livre posé sur la table. Il se présentait de dos, de sorte que Jude ne put en lire le titre. Ses yeux rencontrèrent alors ceux d'Octavie, auxquels ils se fixèrent, portés par la curiosité, mais aussi par une tendance à l'observation que certains qualifieraient sans doute d'indiscrète. Un instant de silence, et Jude entrouvrait les lèvres à nouveau, avant d'en laisser tomber doucement sa question.

« Qu'est-ce que tu lis? »

Sorcier? Moldu? Il avait toujours trouvé terriblement gênante cette question lorsqu'on la lui posait, bien qu'il ne lisait jamais des écrits très « gênants ». Chaque fois qu'on la lui avait posée il avait eut le désagréable sentiment de se confesser, de se dévoiler alors qu'il n'en avait pas l'envie. D'un autre côté, quoi de plus intriguant qu'un livre retourné, sans nom, anonyme? S'il avait été seul, il se serait tout simplement emparé du livre pour voir lui-même, mais la lectrice étant présente, c'était différent, il empruntait un détour.
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Octavie Mirbel
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MessageSujet: Re: Relents gris [Octavie Mirbel]   Jeu 3 Sep - 15:55

L’inconnu placé devant elle s’était transformé en élégante girouette, au fil de ses questions. Un sourire amusé au bord du visage. Une lueur d’amusement dans le regard, Octavie l’observait, longtemps retenu par ses quelques questions, filer vers le bar, tranquille. Juste avant de disparaître, il lui avait jeté son nom en pâture, sans embellissements ni prétéritions. Il s’appelait Jude. Comme son attitude, comme cet air mi-lointain, mi-endormi, ce nom, c’était simple, un soupir qu’on lâchait. Elle le regarda s’éloigner, intriguée. On n’avait pas moins grandiloquent, moins guindé. La théière placée devant elle s’envola. Elle se souvint alors qu’elle n’avait pas même pensé à lui dire ce qu’elle prendrait … Puis se dit que ça n’avait pas grande importance. La jeune femme se détendit un peu, et le vit revenir, se faufilant difficilement entre les clients trempés – comme lui – qui piétinaient, mal à l’aise, tandis qu’une flaque sombre s’était formée, autour de chacun d’eux. Lui, il n’avait pas l’air de s’en rendre vraiment compte. La seule chose qui semblait le gêner, c’était ces théières flottantes qui s’entrechoquaient autour de sa tête. On pouvait le comprendre : après tout, on n’était jamais à l’abri d’un accident – une théière trop ébréchée, un mouvement brusque, et c'était vite arrivé. On avait beau lui répéter qu’il n’y avait – presque ! – aucun risque, la jeune femme ne pouvait s’empêcher de se méfier, un peu. Il lui était difficile de se fier aveuglément à la magie, voilà tout.

Lorsque Jude fut arrivé à sa hauteur, il attrapa la théière, les deux tasses, et les posa sur la table entre eux. Ça n’avait pas grand sens, mais Octavie sourit, sans rien dire. Ce geste, sans grande signification pourtant, la touchait un peu au final. Puis il versa le thé, silencieux. Une fumée blanche s’éleva de la tasse sans anse qu'il avait posée là, devant Octavie. Elle la prit délicatement, souffla sur le thé, d’un joli vert d’eau, vert pâle ...

« C'est un thé vert japonais, gyokuro. Son goût est doux et fin... »

Elle esquissa un signe de tête pour toute réponse, et, précautionneusement, de peur de se brûler, porta la tasse à ses lèvres. Cligna des paupières. Elle aimait beaucoup le thé, mais s’était depuis longtemps habituée à des notes - trop - sucrées. Des arômes de fruits, un sucre ou deux. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait savouré un thé nature. Ça avait un goût de retour aux sources. Ou, songea-t-elle devant les douceurs lointaines de ce thé, d'invitation au voyage. Elle reposa, elle aussi, la tasse, peu après lui. Et remarqua, avec une appréhension légère, qu'il semblait considérer le livre qui dormait là, refermé, avec curiosité.

« Qu'est-ce que tu lis? »

C’était difficile, souvent, de parler littérature à un né sorcier. On considérait là-bas les livres avec juste assez de suffisance pour ouvrir des grimoires de magie, quand c'était nécessaire - pas plus. Alors de littérature moldue … Elle laissa la question flotter, en suspens, entre eux. En même temps … Elle ne le connaissait pas, et c’était sans doute bien ridicule, bien hâtif de juger sur une apparence, et sur quelques souvenirs lointains, mais cet air dégingandé, l'indifférence de son expression la poussaient à répondre, sans trop de crainte … Et au pire … Ce ne serait pas la première polémique qu’elle déclencherait, avec ses préférences.

- De la littérature, j’aime bien me perdre un peu là-dedans, dans mes heures libres … Ça me change des études universitaires.

Elle effleura le livre du bout des doigts, l’ouvrit, le feuilleta distraitement sous les yeux de son interlocuteur. C’était une vieille édition, aux pages jaunies, qui s’effritaient un peu sous les doigts. Sur la couverture aux couleurs criardes, où un oiseau tendait de s’échapper de sa cage, trônait le titre en lettres écarlates. Le voleur. Sur la tranche, déjà fatiguée, on distinguait un nom, un seul, une ébauche de rien, une identité qui se perd. Darien.

- C’est … C’est que ça fait du bien de lire ce genre de choses, ça a quelque chose de roboratif, quand on plie trop sous les pressions scolaires et administratives …

Elle se souvint des rigueurs sans pareilles de Beauxbâtons, où l’on perdait toute vie, toute énergie au profit des bonnes manières et des respectabilités. Aujourd’ hui … Il en était tout autrement – et heureusement. Et si elle avait eu quelques difficultés à imposer ses sujets de recherche, si elle avait dû jongler avec les concessions, elle avait trouvé, maintenant, un poste où elle s’épanouissait. Elle regarda Jude, avant d’ajouter précipitamment :

- Oh ! Je ne parlais pas d’ici, d’ailleurs … Mais c’est un livre qui me rappelle quelques souvenirs, et que j’aime relire, de temps en temps … L’auteur a un sens de l’humour et de l’ironie, qui ... Me plait bien.


Et voilà, la machine était lancée. Octavie adressa un petit sourire d’excuse à Jude, et plongea dans son thé. Il était dangereux de la lancer sur certains sujets, si l’on souhaitant songer en toute tranquillité. Très dangereux.
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Jude Okamoto
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MessageSujet: Re: Relents gris [Octavie Mirbel]   Sam 26 Sep - 21:18

- De la littérature, j’aime bien me perdre un peu là-dedans, dans mes heures libres … Ça me change des études universitaires.

Elle baissait les yeux vers son livre mais lui persista à l'observer un instant, intrigué. Mademoiselle lisait de la littérature. Alors mademoiselle était encore plus différente que ce qu'il s'était imaginé. On ne croisait pas si souvent des sorciers avec des livres dans le genre de celui-là, Le Voleur. D'ailleurs, la vue du titre, lorsque son regard en vint finalement à l'objet de sa question, le fit sourire de plus bel, sourire que masqua sa tasse, qu'encore une fois il porta à ses lèvres en attendant la suite, parce qu'il se doutait qu'elle viendrait, mais ne tenait pas à presser les choses, étant du genre à apprécier les pauses, courtes comme longues, connaissant l'art d'y reposer ses idées plutôt que d'y cultiver le malaise.

- C’est … C’est que ça fait du bien de lire ce genre de choses, ça a quelque chose de roboratif, quand on plie trop sous les pressions scolaires et administratives …

Il hocha doucement la tête en gardant ses yeux rivés à la couverture du livre. Il avait tendance à égarer son esprit plutôt qu'à le nourrir, lorsque les pressions lui pesaient trop lourd, par paresse, par une feinte nonchalance polluée de regrets qui collaient parfois à la peau. Mais il admirait cette force qu'avaient certains de savoir s'armer pour affronter le monde et ses revers, ou du moins, d'avoir le courage d'essayer. Endosser ses opinions, les porter en les affichant et non en les gardant bien rangées dans ses poches, c'est quelque chose d'admirable.

- Oh ! Je ne parlais pas d’ici, d’ailleurs … Mais c’est un livre qui me rappelle quelques souvenirs, et que j’aime relire, de temps en temps … L’auteur a un sens de l’humour et de l’ironie, qui ... Me plait bien.

Revenant à Octavie, il haussa un sourcil, interloqué. Il n'avait pas fait le lien avec les pressions scolaires dont elle parlait et S.W.Y.N. Rien que le fait de se trouver physiquement hors de l'université l'en éloignait plus encore. Jude était ici, de corps et d'esprit, bien que le thé et ses effluves qui peu à peu le gagnaient tendaient à le porter quelque part en Angleterre, dans un Micro-Japon qu'il n'avait pas revisité depuis longtemps. Mais son sourcil bien vite retrouva sa place, alors que Jude et son timide sourire plongeaient dans un tiroir de sa mémoire où se mêlaient mots et ponctuations, un amalgame de phrases surlignées au marqueur dans les nombreux chapitres de sa vie. Il fixa quelques secondes son reflet dans le liquide vert de sa tasse sans vraiment le voir, puis redressa la tête et regarda Octavie. Il avait trouvé et en était agréablement surpris.

« Il ne faut pas manger tes ongles parce qu'ils sont à toi. Si tu aimes les ongles, mange ceux des autres. »

Tiré à même le livre en question, entendu plus tôt, beaucoup plus tôt.

« Quand j'étais enfant, ma mère me faisait la lecture mais ne choisissait pas des livres très... conventionnels. Je ne comprenais pas toujours tout mais, cette phrase m'avait marqué. D'abord parce que je l'avais trouvée dégueulasse, puis... Parce que j'ai cru voir des gens faire la même chose. Enfin, pas exactement mais... C'était tout comme. »

La mère de Jude n'est tout simplement pas quelqu'un de conventionnel. Cela dit, les pensées de l'astronome revinrent subitement aux pressions scolaires évoquées par Octavie. Elle lisait des auteurs comme Darien pour l'en sortir... Enfin, peut-être était-il une exception à la règle, mais quand même... La bibliothécaire aurait-elle un petit côté révolutionnaire? Il garderait la question en mémoire, y répondrait plus tard, peut-être, bien que déjà le portrait de la jeune femme commençait à gagner en netteté, peu à peu. Et puis, rien ne le pressait. L'impressionnisme a son charme.

« J'ai cru comprendre que tu étais toujours aux études? Dans quel domaine? »

N'avait-elle pas affirmé que la littérature la changeait des études universitaires? Remarquez, Jude ne le soulevait pas pour la coinçer en espérant lui faire avouer quelque information personnelle, loin de là, il posait la question tout bonnement, sans arrières-pensées. Aussi s'en remit-il tout naturellement à son thé, qu'il termina de boire avant de s'en verser à nouveau et d'en offrir à Octavie.
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Octavie Mirbel
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MessageSujet: Re: Relents gris [Octavie Mirbel]   Ven 23 Oct - 11:35

Il semblait de nouveau bien songeur ... La jeune femme sourit doucement, pensant à ses révoltes juvéniles, et à ses premiers soulèvements. Elle avait gardé contact avec des amis Moldus qui, au fil des ans, avaient approfondi leur connaissance du monde, de l’art, de l’homme, tandis qu’elle étudiait la pratique d’une magie bien difficile à apprivoiser pour elle, et la culture d’un pays qui lui semblait toujours plus étranger. On lui avait donné des titres, des noms, qu’elle s’était empressée d’aller chercher. Et elle avait lu, gloutonnement, sans vraiment mesurer les nuances, des écrits toujours plus provocateurs, toujours plus pamphlétaires. Le Voleur était l’un d’eux. Les « citrouilles rutilantes d’orgueil » des académies, elle les voyait, chaque jour, fiers d’un pouvoir qu’ils acceptaient sans l’interroger. Et, cessant de baisser les yeux devant le passage de professeurs endimanchés dans leurs convenances, elle avait opposé à l’ordre strict de Beauxbâtons l’air de défi du point d’interrogation. Les questions de la jeune Octavie s’étaient multipliées, parfois vagues, souvent mal formulées, toujours insistantes. Elle était toujours comme ça, aujourd’hui : elle avait besoin d’une raison, qui lui paraisse fondée, efficace, sans pouvoir se contenter du péremptoire « parce que c’est comme ça. » Elle avait oublié, un instant, son interlocuteur et releva la tête, les yeux ronds, quand elle l’entendit citer précisément une phrase du roman, maintenant sagement posé sur un coin de la table.

« Il ne faut pas manger tes ongles parce qu'ils sont à toi. Si tu aimes les ongles, mange ceux des autres. »

Il lui expliqua, ensuite, semblant sortir peu à peu de sa réserve, d’où il la tenait. Octavie sourit : les histoires qu’on lui racontait avaient été beaucoup plus féériques … Et sans doute bien moins intéressantes. Elle balbutia un peu, et reprit, avec un enthousiasme plus grand – et peut-être exagéré.

- Oui, ça vient de là … Elle est bizarre cette phrase, hein ? J’trouvais ça un peu … Pas très ragoûtant non plus,faut avouer. Mais en même temps … J’pense que c’est important, de pas être dupe, et de faire attention à ce qu’on n’nous marche pas trop sur les pieds … C’est un peu ça, que je mets derrière cette phrase, maintenant.

Elle s’arrêta – fallait-il continuer ? Tout était plus ou moins là. Elle n’avait plus toujours cette énergie destructrice qu’elle admirait tant chez les auteurs qu’elle lisait, et elle avançait, un peu dans l’ombre, se ménageant une place, sans se laisser écraser. Quant à jouer des coudes et mordre à son tour, elle avait tenté, aussi, avant. Des histoires de fierté, d’ambition. Et puis était venue cette question, ce haussement d’épaules, un grand à quoi bon généralisé. Elle se sentait plus heureuse entre ses rayonnages qu’à batailler pour une place et devoir défendre bec et ongles ses travaux.

« J'ai cru comprendre que tu étais toujours aux études? Dans quel domaine? »

Elle releva la tête, une lueur pétillante dans les yeux :

- En fait, pas vraiment officiellement. Disons que je me tiens au courant, que je travaille à des questions qui m’intéressent … De loin. J’aimerais bien réunir tout ça dans des travaux, plus tard, mais je ne me suis pas encore lancée …


Elle saisit sa tasse, la porta à ses lèvres, et cette réponse expédiée, en arriva à ce que l'intéressait davantage :

- Ce qui me passionne, c’est tout ce qui a plus ou moins trait à l’Histoire et, surtout, à l’étude des mentalités. C’est tout nouveau, ça commence à peine, de notre côté, mais … Je me suis inspirée de méthodes de recherche venues du monde Moldu, étudié des textes, pour voir comment évoluent les perceptions, au fil du temps … Ça a été très enrichissant, de travailler là-dessus, même si on se heurte souvent à des …


Elle chercha son mot, et, tout en remerciant Jude d’un signe de tête, alors qu'il venait de lui servir un peu thé, finit par lancer, presque comme ça :

- Scepticismes.

Son accent français lui sembla un peu fort, et elle se tut. Quand elle se mettait à parler de ce qu’elle aimait, sa voix prenait des tonalités plus graves et, le ton tremblant, elle devenait presque théâtrale, - et paradoxalement bien plus naturelle. Agrémentait son discours de gestes, pas toujours pertinents pour son propos, mais qui lui venaient comme ça, d’on ne sait où. Elle en oubliait les prononciations, retrouvant par là même son accent français, sans même y faire attention … C’était en grande partie cette transformation étrange, cet enthousiasme trop voyant, trop mal contenu, qui la faisait passer pour une originale. Après tout, cela pouvait sembler étrange, de sortir ainsi de sa réserve, de daigner quitter l’ombre dans laquelle elle officiait, pour d’obscures histoires de recherches qu’elle ne poursuivait plus ... Elle se tut donc, laissant le silence parler à sa place. Elle s’était lancée sans réfléchir – comme d’habitude. Et sans prendre le temps de retourner les questions, de chercher à mieux connaître celui qui était assis devant elle et qui sirotait calmement son thé, d’un air serein.

- Toi, c’est l’astronomie, n’est-ce pas … ?

Elle lui lança un regard curieux, souhaitant lui demander ce qui l'avait mené là, pourquoi choisir de contempler les étoiles, si loin de nous, si inaccessibles ... Mais se sentit indiscrète. Ce n'était pas parce qu'elle se mettait à raconter sa vie à tout bout de champ qu'elle pouvait demander la pareille, aussitôt, à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas. Elle se posait la question, pourtant ... Elle, quand elle contemplait le ciel, elle ressentait comme un malaise, un vertige - écrasée par cette immensité, elle se sentait soudainement trop petite, et cela avait quelque chose d'angoissant. Alors elle se demandait, malgré elle, pourquoi - et comment - Jude contemplait-il le regard des étoiles, bien plus éblouissant peut-être, que celui des hommes.
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Jude Okamoto
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MessageSujet: Re: Relents gris [Octavie Mirbel]   Sam 31 Oct - 17:11

Qu'on nous marche pas trop sur les pieds, qu'elle disait. Bizarrement, enfin, peut-être pas tant que ça, Jude se dit à ce moment qu'il avait du mal à se souvenir qu'on lui ait déjà marché sur les pieds. Sans doute l'avait-on déjà fait, ou essayé mais, indifférent, ou à peu près, il avait toujours préféré partir avant que ça devienne pénible, quitte à retirer ses chaussures pour se défaire du poids qui lui pesait dessus, et être libre à nouveau. Il était comme ça, se laissait traîner un peu partout où il passait, parce qu'il ne tenait réellement à bien peu de choses. Il avait sa tête et ses pieds, c'était suffisant pour regarder les étoiles et marcher, suffisant pour Jude. Tout cela pour dire qu'il avait répondu avec un :

« Hm. »

Qui disait tout. La tête débordante de pensées, les mots lui sortaient par les oreilles plutôt que par la bouche. Ça arrive. Mais il ne lui resta bientôt plus que cette question qu'il lui tendit finalement, au sujet de ses études. Il écouta plus attentivement qu'il n'y parut, entre quelques gorgées de thé, la réponse qu'elle lui offrit. Par le fait même, il répondait lui-même à la question qu'il s'était posée plus tôt quant aux aspirations d'Octavie. Elle semblait effectivement portée en elle un petit côté révolté, un goût sûr pour la novation, du moins. La flamme naissante qui habitait ses mots se révélait dans le ton de sa voix, tout comme un accent qui, jusque là, n'avait pas trop accroché l'oreille anglaise de Jude. Et bien, songea-t-il, amusé, on ne s'appelle pas Octavie sans raison.

« Le genre d'étude dont tu parles ne pourrait être que bénéfique au monde des sorciers. Je m'étonne toujours du conservatisme dont nombre d'individus sont encore capables. On ne s'est pas encore penché, ici, sur des questions, à mon avis, fondamentales dans l'évolution d'une société. Par rapport aux mentalités, notamment... »

La voix grave de Jude articulait ses paroles sans presse, mais le sérieux qui les teintait ne pouvait qu'appuyer le coeur qu'il y mettait. Au sens où ce qu'il disait, il le pensait, évidemment, mais le ressentait aussi. N'étant pas du genre très démonstratif, ni très enthousiaste, il n'en tenait pas moins à ses opinions, lorsqu'il daignait les partager. Justement, la ferveur d'Octavie, ainsi que sa verdeur, le poussait à oser un peu plus. Plutôt que de l'intimider ou le rebuter, elle lui communiquait son énergie, en quelque part, bien qu'il l'exprime différemment.
C'était aussi comme se délester de quelque chose, d'une retenue, d'un inconfort. Jude sourit de bon coeur, comme il ne l'avait pas fait depuis... Longtemps. Au coin de ses yeux qui souriaient aussi, rieurs, une petite troupe de rides avait éclos. Il regarda par la fenêtre. Les rayons du soleil émergeaient à nouveau des nuages. On aurait dit qu'on venait de faire un bond dans le temps, dans le passé, quelques heures plus tôt. Le soleil allait disparaître d'ici un peu moins d'une heure, c'était déjà la fin de l'après-midi. Retrouvant une dose de sérieux, il baissa les yeux vers sa tasse presque vide.

« Tes travaux... Je crois qu'ils valent la peine que tu te lances, et... Si jamais... Enfin, j'ai pas mal voyagé et... rencontré pas mal de gens dans pas mal de pays alors, si jamais je peux t'être utile, n'hésite pas à me demander, ça me ferait plaisir. »

Il termina son thé et en le déposant, reporta son regard sur Octavie, sourire en coin.

« Et ce n'est pas le prof qui parle. »

Non parce que si ça avait été le cas, il n'aurait probablement pas abordé ce sujet, dont il n'avait, depuis son retour, parlé à personne, outre une brève et incomplète énumération des pays visités, qu'il avait faite à la mère de sa fille, parce qu'elle lui avait demandé où il était allé, mais sans plus. Il faut dire qu'il ne se montrait habituellement guère très ouvert sur le sujet, ne sachant lui-même trop pourquoi. Ce voyage, c'était pourtant un chapitre important de sa vie, mais il l'avait vécu seul et avait cru pouvoir le clore seul également. Finalement, ce n'était pas aussi simple, et il n'était plus certain de vouloir le clore, de toute façon. La vie de nomade lui collait encore à la peau. Et l'Irlande, bien qu'indéniablement belle, n'avait pas l'esprit de l'Asie, le charme sauvage de l'Afrique ou encore l'exotisme de l'Amérique du Sud...
Octavie le ramena à Bourg-en-Bière en lui parlant de ses étoiles. Il acquiesça d'un hochement de tête. Gardant la question en mémoire, il s'en écarta cependant un moment.

« Tu as terminé? Retournais-tu à S.W.Y.N.? On peut marcher ensemble. »

Les tasses et la théière s'élevèrent dans les airs en retournant vers le comptoir tout comme Jude se levait en se dirigeant vers la sortie. Il ouvrit à Octavie et sortit à sa suite. Une fois sur le trottoir à l'extérieur, il en revint à la question à laquelle il n'avait à peu près pas répondu.

« J'ai toujours éprouvé une fascination pour le ciel mais, c'est l'astrologie qui m'y a introduit plus... sérieusement. Je me suis inventé astrologue pour gagner un peu d'argent et finalement, je suis retourné aux études, en astronomie, et voilà. J'ai toujours parlé d'astronomie mais ne l'avais jamais enseignée avant d'aboutir à S.W.Y.N. »

Il leva un instant les yeux vers le ciel orangé où flottaient quelques nuages, mains dans les poches.

« Mieux je le connais, ce ciel, et plus j'ai l'impression d'y avoir une place. C'est un infini plein de réponses où il fait bon s'égarer... On n'en revient jamais bredouille. »

Revenant sur terre il jeta un regard de côté sur la bibliothécaire, l'oeil espiègle.

« Ça te plaît, l'astronomie? »

Quelque chose lui disait qu'elle n'était pas aussi encline que lui à se perdre dans les étoiles...
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Octavie Mirbel
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MessageSujet: Re: Relents gris [Octavie Mirbel]   Mar 11 Mai - 13:28

Hm. Ça voulait tout dire et rien dire à la fois, Hm. Et alors que ce demi-soupir, presqu’onomatopée parvenait à ses oreilles, la jeune femme, emportée jusque là dans le flot de ses enthousiasmes, se demanda soudain si elle n’était pas allée trop loin – comme d’habitude. Passée la première réserve, la timidité qui se voulait observatrice, elle se perdait elle-même dans ses propres passions, et suivait ses idées en courant, dans l’espoir de les rattraper. Parlait, parlait, et ne savait plus voir les regards gênés, les gestes nerveux, l’air ennuyé qui naissaient sur certains visages, au fur et à mesure qu’elle égrenait ses convictions. C’était peut-être aussi ça qui lui avait tant coûté : cette maladresse passionnée qui l’avait fait trébucher, plus d’une fois, sur les chemins sinueux de la pratique universitaire … Alors, devant cet homme, si calme, si posé, elle se demanda, un peu honteuse - mais sans doute pas assez - si elle n’avait pas été trop loin, trop vite. Puis enfin, il lui répondit, d’une voix grave, posée – quand celle d’Octavie s’offrait le luxe de trop d’envols … Le visage de la jeune femme s’illumina d’un sourire.

- Le genre d’étude dont tu parles ne pourrait être que bénéfique au monde des sorciers.

C’était beaucoup plus clair qu’un « Hm » - et plus favorable. Sans doute y avait-il quelque soulagement, dans les lueurs de ce sourire : on avait beau aimer la polémique, il était des jours où l’on espérait … ne pas éveiller ces vibrants démons-là, peut-être. Et se levant sans un mot, – coup d’œil aux dernières lueurs du jour - elle hocha la tête, l’air résolu. Qu’il était bon alors, de n’avoir pas à craindre les jugements et les désapprobations … ! Entrechoc des porcelaines. Et puis un encouragement, qui jaillit, comme une fleur, au milieu de la conversation. Ainsi, cela valait donc la peine … ?

- Je … Je te remercie.

C’était simple, c’était formel – ça n’en restait pas moins sincère. Il y avait eu, dans ce regard, dans ces mots qu’il semblait déposer, méthodiquement, quelque chose de fondamentalement vrai, c'était précieux. Et quand elle y songeait, l’ailleurs, l’étranger … C’était une belle leçon de relativisme, aussi. Octavie avait rêvé, tantôt, de voyages … Mais dans les faits, elle avait peu bougé. La jeune fille en révolte, celle qui criait haro aux esprits clos et aux assis s’était elle-même longtemps enfermée dans ses certitudes. Au cours de ses études, elle avait négligé, délibérément, les langues étrangères, passant les citations des livres de spécialistes, boudant à loisir les conversations qui ne lui étaient pas directement compréhensibles – le savoir comme dilettante avait ses inconvénients aussi, au fond. Et puis … Il avait fallu partir - grandir. Elle s’était plongée, comme par force, dans de vieux manuels, elle avait poli l’accent désastreux qu’elle avait toujours traîné derrière elle … Avait dû faire profil bas, et reconnaître que … Et on lui parlait de voyages ! Mais le monde, c’était trop grand, on ne pouvait se battre contre le monde, on ne pouvait espérer le comprendre … ! Que pouvait-on faire, alors, sinon se sentir … Bien petit, bien médiocre, bien impuissant ? Et c’était là l’éternelle complainte des orgueils endormis. Étrange vanité qu'il lui tendait, entre les vapeurs d'une tasse de thé ... Elle reprit - mots polis d'hésitation :

- Peut-être que cela … En vaut la peine, oui. Je suis heureuse de voir que ces questions te semblent intéressantes. Reste qu’il …

Elle l'avait suivi dehors et demeurait là, attendant, comme pour le suivre – c’est idiot, pourtant, l’université, c’est par là.

- Qu’il faut se lancer. Il est tellement plus facile d’attendre que d’autres fassent le pas pour vous, et de dire qu’on aurait aimé le faire, ou de suivre un mouvement qui s’ébauche … C’est plus facile, ça fait moins peur ... Mais on ne contribue pas vraiment à ce qu'ils appellent le mouvement de la recherche, alors ...

Haussement d’épaules, et timide contenance. Elle revit, songeuse, les liasses mal triées de parchemins de note et calepins divers, abandonnés dans sa chambre… Des idées, jetées en travers, sans ordre, sans caution. Et l’envie peut-être, de passer outre, et de reprendre un chemin qu’on se traçait à peine … ?

- Merci en tout cas, je n’hésiterai pas, si jamais.

Un sourire. Le point lui semblait clos. Elle avait parlé vite, comme s’il s’agissait d’une histoire ancienne, ou d’une aventure à venir, sur laquelle on ne veut pas trop attirer l’attention. Parce que c’est trop jeune, ou trop mort, que les souvenirs sont douloureusement proches, ou … Simplement lointains. Aussi fut-elle heureuse de le voir changer de conversation, et revenir à d’autres lumières. Jude leva le nez, embrassa le ciel du regard. Octavie jeta un œil à son tour vers la course silencieuses des nuages - mais juste un œil, comme on s'invite chez une connaissance, sans trop savoir si l'on dérange ou si l'on est bienvenu. Et comme on s’accroche aux simples choses, aux choses de la vie de peur de voir l’infini, elle écouta ce qu’il racontait, avec un peu trop d’attention ... Le ciel, c'était un sentiment de vertige, mais à l’envers.

- Parcours atypique, glissa-t-elle, dans un sourire …

Mais il reprenait déjà. Et c’était drôle, comme c’était agréable de l’écouter livrer quelques bribes de sa propre passion, à son tour – comme un juste retour des choses, que l’on n’espérait pas.

- Mieux je le connais, ce ciel, et plus j'ai l'impression d'y avoir une place. C'est un infini plein de réponses où il fait bon s'égarer... On n'en revient jamais bredouille.

C’était beau, au fond, dit comme ça. Mais cela ne disait pas tout le courage qu'une telle immersion demandait. Oser se perdre, ainsi … Cela paraissait simple, quand il en parlait, mais c’était une force qu’il fallait avoir … Combien préféraient rester rivés au sol et à leurs principes, combien ne daignaient jamais lever le nez vers ce qui n'était alors qu'un autre monde, qu'un Extérieur, qu'un Lointain ... ? Octavie était, honteusement, des craintifs et des aveugles, n'osant s'égarer ailleurs quand ils ne s'y retrouvaient pas déjà ici. C'est là qu'il posa la fameuse question, celle qui devait venir, mais qu'elle craignait quand même. Le rose lui monta aux joues, quand elle croisa son regard : cela se sentait tant que ça … ? Octavie baissa les yeux un instant - comme si elle pouvait espérer trouver ses mots sous ses pas, et puis … Il fallut bien répondre.

- L’astronomie … Oh, comment dire … ? Bon déjà l’astronomie … En tant que matière, j’avais bien du mal - c’est bien simple, en un mot, je ne comprenais pas grand chose. Et puis … Quand je regarde, j’ai beau avoir appris, je n’arrive à rien voir, à rien déceler, alors …

Ses mots allaient cahin-caha, comme honteux à leur tour, mais pouvait-on mentir ... ?

- Tu sais, avant, je me risquais tout de même à regarder le ciel ... Et puis j'reliais des étoiles, au hasard, selon l’inspiration, je me cherchais des constellations fictives… Comme ça, je pouvais leur inventer leur histoire.

Elle se tourna vers lui – riant un peu de ses naïvetés d’adolescente. Toute à sa gêne, toute à ses pieux souvenirs, elle trébucha un peu, comme pour parfaire le naïf tableau de ses maladresses. Et d’un ton plus sérieux, elle demanda :

- Est-ce qu’on peut aimer quelque chose qui nous semble inaccessible ?

Et ce n’était ni une accusation, ni une attaque. Ça vous avait un petit arrière-goût de regret – et c’était, surtout, une vraie question. De celles que l’on n’ose jamais poser, parce qu’elles sont primordiales. Apercevant au loin la silhouette du château, Octavie reprit la marche, en automate. Elle avait livré quelques uns de ses ridicules, un simple bouquet de mises en doute, comme ça, comme si cela n'avait aucune importance - et l'attitude franche et tranquille de son interlocuteur semblait l'inviter à le penser. Dans leur dos, le village s'embrumait pour bientôt disparaître ... A présent, leurs deux simples silhouettes, silencieuses, à marcher entre l'embrasement du jour et l'ombre froide de l'édifice devaient sembler toutes petites, vu de là-bas, vu de partout ...

Peut-être que ça aussi, c'était une belle leçon de relativisme.
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Jude Okamoto
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MessageSujet: Re: Relents gris [Octavie Mirbel]   Sam 22 Mai - 4:35

Le mouvement de la recherche... Marcher dans les pas des autres en essayant de se convaincre qu'on contribue. Botter du bout du pied une roche sur le chemin. Défricher un peu, juste pour dire. Avoir son nom gravé ailleurs que sur sa pierre tombale, gravé dans le temps, dans les livres. Et se péter les bretelles en flattant un ventre gonflé d'orgueil. Jude baissa les yeux, pas longtemps. Il avait toujours sa taille d'échalote. Bien.

- Merci en tout cas, je n’hésiterai pas, si jamais.

Tant mieux, dit le hochement de tête qu'il lui rendit, avec ses lèvres toujours contorsionnées dans ce qui devait avoir l'air d'un sourire un peu maladroit. Enfin, pas aussi naturel que les siens, se prit-il à songer. Il n'avait pas l'habitude de se retrouver en situation aussi prédisposée au sourire. Il faut dire que les Beatles, les livres incompréhensibles et le Japon ne l'avaient jamais incité à quelques grandes démonstrations de ravissement. Puis, est-il nécessaire de préciser, à ce point, que Jude n'était pas des individus les plus... exubérants?

- Parcours atypique.

Venu d'elle, il le prit pour un compliment, du moins un commentaire s'y apparentant. Elle n'avait pas le ton de la moquerie qui lui aurait fait lever des yeux ennuyés vers le ciel. Elle avait même le ton, osa se dire Jude, de celle à qui la singularité du cheminement qu'il avait évoqué plaisait. Cela lui fit comme un velours qui donnait envie de feindre de s'étirer afin d'adopter, du même mouvement, une posture plus fière. Subtil gonflement de torse, autrement dit. Mais il n'en fit rien et rangea le velours dans sa poche. Il le garderait pour plus tard.

- L’astronomie … Oh, comment dire … ? Bon déjà l’astronomie … En tant que matière, j’avais bien du mal - c’est bien simple, en un mot, je ne comprenais pas grand chose. Et puis … Quand je regarde, j’ai beau avoir appris, je n’arrive à rien voir, à rien déceler, alors …

Exactement! L'enthousiasme lui tira même l'ébauche d'un rire, plutôt bas, plutôt doux, plutôt court. Plutôt un sourire, en fait. Encore ceux-là, oui. Jude en oublia jusqu'à l'envie de fumer qui lui démangeait les doigts. Il parla plus vite, presque trop vite pour réfléchir ses mots. Une vitesse somme toute « normale ». Mais pour quelqu'un d'autre.

- L'aspect technique, théorique, tous ces noms qui désignent des abstractions, des trucs si loin... C'est rebutant. Ça donne l'impression de... de rien. Si je ne m'étais pas penché sur l'astrologie avant, si je ne m'étais pas demandé ce que c'était qu'une étoile et pourquoi on leur avait donné des noms, pourquoi on disait s'y être reconnu... Il respira, avala sa salive et cligna même des yeux, avant de poursuivre, son débit usuel retrouvé. Je n'aurais probablement jamais étudié l'astronomie.

À présenter le ciel comme un amalgame de matière noire, de gaz, de poussière... Un infini de constellations, de planètes, de galaxies, d'amas galactiques au-delà même des télescopes... On s'y perdait en explications, en faits qui se serraient les uns aux autres, agglutinés sur des feuilles de papier. À présenter le ciel comme ça, en devant courber l'échine pour le comprendre, on le dépouillait de son sens.

- Tu sais, avant, je me risquais tout de même à regarder le ciel ... Et puis j'reliais des étoiles, au hasard, selon l’inspiration, je me cherchais des constellations fictives… Comme ça, je pouvais leur inventer leur histoire.

Jude fut content de constater que Octavie avait déjà entretenu de meilleurs termes avec le ciel et surtout, qu'elle n'avait pas oublié. Mais regarder le ciel ne devait pas représenter un risque. Alors son sourire, cette fois, flirta quelque peu avec la désolation. C'est qu'il y en avait tant, qui ne se risquaient pas et ne se risqueraient peut-être jamais ou jamais plus.
Il songea à s'allumer une cigarette, mais se racla plutôt la gorge. Cela l'empêcha de rire, quand elle trébucha. Lorsque Jude, gamin, riait des enfants qui pleuraient après s'être cogné, avoir trébuché, tombé ou s'être blessé de quelque manière qui soit, sa mère lui envoyait une claque derrière la tête. Peut-être se garda-t-il de pointer Octavie du doigt en se moquant par conditionnement...

- C'est ce qu'ont fait les tout premiers astronomes, raconter des histoires pour s'expliquer tout ça... En quelques sortes. Fit-il, étonnamment sérieux, en indiquant du bout du nez les lumières d'en-haut.

Pas encore tout à fait visibles, par contre, ces phares célestes. Et il y avait cette masse de pierre qui grossissait à chaque enjambée, pour envahir un peu plus de bleu. L'imposante SWYN plantée devant eux. Elle les avalerait bientôt. Ça tombait bien, Jude commençait à avoir froid. Il y avait des frissons qui faisaient la course sur ses bras.

- Est-ce qu’on peut aimer quelque chose qui nous semble inaccessible ?

Il baissa les yeux vers Octavie. Un instant, mais changea de point de vue avant qu'elle ne le regarde. Ça semblait être une question sérieuse. Il prit la peine de réfléchir quelques secondes, mais en escaladant des yeux la tour de l'observatoire, lui vinrent d'autres pensées en tête. Finalement, il répondit, incertain :

- Hm... Je crois que ça dépend de notre positionnement vis-à-vis ce qu'on dit, ce qu'on croit inaccessible. Je... Je ne parle pas de conquête de l'espace, du moins pas concrètement mais... Il soupira. J'en sais rien... Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours considéré que j'en faisais partie, de cet inaccessible. Alors du coup, je ne pouvais plus vraiment dire que c'était inaccessible... Seulement c'est... Physiquement c'est loin, mais ça s'explique. Ça se suppose, du moins... Et surtout, ça va dans un sens et on y va avec. On en vient... On y retourne... Je crois pas que c'est inaccessible, non... Alors... Aimer quelque chose qui nous semble inaccessible? Je sais pas.

Jude se gratta la tempe. Bien joué, le philo-poético-astronome, se dit-il.

- Quoique, il y en a qui n'aiment que ce qui est inaccessible... Mais le ciel n'est pas inaccessible. C'est juste... comme un livre un peu plus épais... ajouta-t-il à la blague.

Un gros livre qui prendrait plusieurs vies avant d'être parcouru du début à la fin. Mais tout y était, d'après Jude, inscrit là, au-dessus de leur deux têtes, au-dessus de la grosse S.W.Y.N. Et pour faire gagner du temps à ceux qui suivraient, les vies d'avant avaient pris la peine de faire des résumés sur du papier, d'où, d'un autre côté, le monstre de livre en question.

- Ça sonne moins effrayant, vu comme ça?

Se corrigeant :

- Moins inaccessible... Remarque, j'espère seulement ne pas t'avoir définitivement découragée...
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Relents gris [Octavie Mirbel]

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