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 Mélancolie et tasse de thé.

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Celyn Creedpeur
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▌Né(e) le: 27 Août
▌Pays d'origine: Ecosse
▌Statut: Direction

MessageSujet: Mélancolie et tasse de thé.   Ven 19 Fév - 23:26

Sur sa vieille montre à gousset, on pouvait lire qu'il était minuit passé d'une demi-heure. La Grande Salle était absolument déserte. Le silence pesant qui régnait dans la vaste pièce était saisissant, angoissant, en total contraste avec l’animation habituelle que l’on connaissait ici, en journée. Un coup d’œil inattentif ne verrait rien, absolument rien dans ce décor obscur que seule la pâle lueur de la lune éclairait, à intervalle régulier, en passant par les hautes fenêtres dans la salle. Pourtant, au milieu de ce décor muet et silencieux, se trouvait une silhouette assise à la table sur l’estrade, celle des membres du Personnel. Drapée dans une épaisse cape noire qui recouvrait ses épaules, sa gorge et cachait sa longue robe bleu nuit se trouvait Celyn Creedpeur, assise à sa place.

Elle se serait presque surprise à vouloir fumer, elle qui ne fumait jamais et dont on pouvait compter les quelques cigarettes qui avaient frôlés ses lèvres. Maela n’était d’ailleurs pas là pour lui en faire la remarque et lui en proposer une, de sa voix nonchalante. Bien entendu, l’experte en arithmancie avait compris depuis un bon moment que Celyn n’était pas du genre à s’adonner à la nicotine, mais elle n’avait jamais arrêté pour autant... Malheureusement, Maela Rowan ne lui en proposerait plus désormais. Sa collègue ne reviendrait plus. Elle avait du mal à le réaliser.

Amère, la directrice de Cinnacrow baissa ses yeux sombres sur la tasse de thé posée devant elle et la porta à ses lèvres. Un thé vert fort et parfumé… un thé très différent de ce qu’il appréciait et qu’il lui offrait toujours lorsqu’il avait à discuter. Il était irritant par ses attitudes décalées et son sourire imperturbable, quelque soit la situation. Serait-il à sourire, s’il était à sa place désormais ? Que devenait-il d’ailleurs ? Sven O’Well était tombé bien bas disait-on. Après le tôlé suscité par l’affaire O’Well, telle qu’elle avait été nommée, les médias avaient fini par s’en désintéresser. Cela faisait plusieurs mois que S.W.Y.N continuait sa route sans le charismatique directeur blond au haut-de-forme mais Celyn avait parfois l’impression qu’il allait apparaitre au détour d’un couloir et la saluer avec la familiarité qui était la sienne. A cette pensée, elle ne put retenir un fin sourire, qui ne cachait en rien la tristesse et la mélancolie qui la saisissaient, en cet instant.


- Que dirait Scott s’il m’entendait parler ainsi…
songea-t-elle à mi-voix, en pensant à son frère et à ses discours sur les mystères de l’esprit. Journaliste à la Gazette du Sorcier, il avait une formation de spiritiste puis s’était reconverti à l’écriture et correspondait avec sa sœur lorsque l’envie lui prenait.

Une grande bouffée de nostalgie l'envahissait dans cette Grande Salle vide… ses yeux s’attardèrent sur les tables des différentes maisons. Dorelly, Plumentine, Cinnacrow… tous les résidents de l’université avaient été touchés par l’attaque de l’Ordre de l’Ouroboros il y a un mois de cela. Les Cinnacrow et les Dorelly dont les deux tours s’étaient effondrées avaient subi de lourdes pertes et comptaient de nombreux blessés. Les Plumentine avaient eu plus de chance, mais certains n’avaient pas hésité à participer farouchement au combat, augmentant eux aussi le nombre des décès… Celyn revoyait sans cesse les images, le bruit, le chaos, ces étudiants en robe de chambre, surpris dans leur sommeil… Pour lutter pour leur survie et celle de leurs amis tous ont pris leur baguette et ont affronté les vils mages noirs qui les avaient ainsi attaqués. La fraicheur de la nuit mêlée aux cris, aux pleurs, aux sortilèges lancés avec plus ou moins de maitrise… une horreur sans nom dont Celyn ne parvenait pas à s’ôter la responsabilité. Répondre aux lettres et aux cris des familles des victimes étaient une épreuve terrible pour la femme qui se reprochait à jamais sa négligence. Oui, elle se disait qu’il y avait du y avoir des signes avant-coureurs, qu’elle aurait du renforcer la sécurité de l’établissement… elle ne pouvait s’empêcher de croire que les choses auraient pu être toutes autres. Oui, mais comment ? L’Ordre de l’Ouroboros avait consciencieusement préparé son attaque et nul n’aurait pu la prévoir, mais en tant que directrice et face à la douleur que tous avaient connu et connaissaient encore, elle se sentait en faute. Tant d’êtres qui étaient tombés, de jeunes sorciers remplis de fougue et qui avaient toute la vie devant eux… des vies anéanties en une nuit.

Ce fameux soir, elle ne dormait pas tout à fait lorsqu’elle eut l’impression d’entendre du bruit. Juste du bruit… rien de bien particulier, elle avait froncé les sourcils, tendu l’oreille, puis avait refermé les yeux. Mais rien à faire, quelques secondes plus tard, le bruit reprenait… alors, elle avait enfilé sa cape et, à la lueur d’un faible Lumos s’était dirigée vers l’un des couloirs du bâtiment central. Seulement, un son bien plus fort l’alerta. Elle n’avait pas rêvé, quelque chose se tramait. Elle s’était mise à courir et avait croisé d’autres de ses collègues, eux aussi éveillés. Arrivée au premier étage, elle put distinguer ce qui se passait dans le domaine de l’université, et à cette vue, elle avait été parcourue d’un frisson. Une horde de mages noirs encapuchonnées encerclaient l’entrée extérieure de la tour de Cinnacrow alors que certains d’entre eux prenaient déjà la direction de la tour de Dorelly. Des sortilèges étaient visibles en de multiples endroits, éclairant par à-coups l’obscurité nocturne. L’espace d’un instant, elle s’était crue revivre un passé sombre, mais s’était rapidement reprise, baguette en main, elle avait fait demi-tour et avait prévenu le QG des aurors, à Dublin, grâce à la cheminette qui se trouvait dans son bureau.

Une fois assurée que ces derniers arriveraient très rapidement, elle s’était empressée de transplaner jusqu’au parc, mais à peine ses pieds avaient-ils foulé l’herbe qu’un bruit épouvantable se fit entendre. La tour de Cinnacrow, sa maison, la maison dont elle avait désormais la charge venait de s’effondrer. Et là, elle avait eu un instant de faiblesse, elle s’était figée. Cette tour dans laquelle elle avait passé une partie de sa jeunesse, ce lieu symbole de cette maison dont elle avait été fière de défendre les couleurs, voilà qu’elle avait été incapable de le sauver. Devant elle, autour d’elle, des cris, des pleurs, des morts, des blessés, mais dans son esprit, tout s’était arrêté : la tour d’Idwal Cinnacrow était tombée.


- Celyn ! Non loin, le cri de Chenoa l’avait tiré de sa torpeur, et elle avait esquivé de peu un sortilège qui avait clairement pour objectif de l’atteindre.

Peu de temps après, c’était la tour de Dorelly qui sombrait. Et dans l’esprit de la directrice, la crainte de perdre cet établissement qui lui était si cher, et tous ceux qui l’habitaient. Alors elle se démena comme une diablesse, attaquant une foule de mages noirs et montrant ainsi qu’elle n’avait rien perdu de son habileté en sortilèges de combat. Dans l’horreur, la soirée s’acheva une fois que les aurors arrivèrent dans le domaine de S.W.Y.N. Ensuite, ce fut le temps de la douleur… on compta 88 étudiants morts, 9 membres du personnel décédés, parmi lesquels le garde-chasse, deux surveillants, cinq professeurs et un infirmier. C’était une hécatombe. Avec ses deux côtes démises, son épaule ensanglantée et sa blessure magique à la cuisse, elle s’en sortait plutôt bien, et en avait honte… avait-elle le droit de vivre quand tant d’innocents étaient morts alors qu’elle était la directrice de l’établissement ?

Elle reprit une gorgée de thé sans même s’en rendre compte, elle le buvait sans plaisir, trop obnubilée par ses obscures pensées… un mois et la douleur qu’elle ressentait était toujours aussi forte. Il suffisait de jeter un regard au parc pour y apercevoir les ruines des deux tours. Pour le moment, il fallait comprendre comment tout cela avait eu lieu. Une solution de secours pour loger les étudiants qui étaient restés malgré tout avait été prise, la tour de Plumentine faisait office de tour commune et la cohabitation se déroulait bien. Tous étaient conscients que c’était en étant unis qu’ils parviendraient à surmonter cette épreuve et la tristesse qu’elle avait provoqué. L’Irlande avait décrété le deuil national suite à cette attaque, et de multiples représentants de différents pays étaient venus évoquer leur soutien. S.W.Y.N étant une université mondialement connue, des étudiants d’origines diverses s’y côtoyaient et le drame avait eu une portée internationale. Dans un état second, elle avait enchaîné les cérémonies, les réunions d’urgence, et pire, avait affronté les familles éplorées, sans rien pouvoir leur dire…

Mais les choses ne s’arrêtaient pas là. Dans l’équipe pédagogique, beaucoup avaient été hospitalisés sur des durées plus ou moins longues. Elle-même avait été transférée à l’hôpital du Dublin durant trois jours et était toujours sous surveillance médicale, nombre d’étudiants suivaient des soins de toutes sortes dans les hôpitaux les plus proches et l’infirmerie de l’établissement, sous la direction de Pia et avec l’aide d’étudiants en MUM Santé humaine s’était reconvertie en cellule de crise et même quatre semaines plus tard demeurait très fréquentée, certains n’y recherchant le plus souvent qu’un soutien psychologique…

Pour la première fois, réellement, Celyn Creedpeur avait la sensation d’avoir pleinement échoué et de ne pas avoir été à la hauteur de ce que l’on attendait d’elle, de ce qu’elle aurait du faire, tout simplement.

Et maintenant, cette missive reçue dans la matinée… « Nous vous informons que Maela Rowan est relevée de ses fonctions. Suite à l’attaque de l’Ordre de l'Ouroboros qu’a connu l’établissement de S.W.Y.N, cette dernière a été victime d’un puissant sortilège de magie noire qui a provoqué chez elle un profond traumatisme mental. Elle a perdu la mémoire et n’est plus apte à l’enseignement. » Une formulation horriblement froide qui l’avait interpelée. Sans hésiter elle avait annulé ses cours et s’était rendue à l’hôpital de Clifden. Là, elle avait vu Maela. Cette dernière était parfaitement alerte, mais à sa vue, se contenta de demander :


- Je suppose qu’on se connait, c’est ça ?

Si l’espace d’un instant, Celyn avait espéré qu’il s’agissait d’un trait d’humour, force fut de constater que sa collègue et amie directrice de Plumentine ne se souvenait absolument de rien concernant son passage à S.W.Y.N… Celyn se présenta donc, essayant d’expliquer à son interlocutrice ce qu’elle était pour elle, mais Maela semblait détachée et regardait ailleurs, le visage fermé.

En rentrant à l’université en fin d’après-midi, Celyn avait eu du mal à reprendre son quotidien. Elle n’avait pas encore annoncé au reste de l’équipe pédagogique la mauvaise nouvelle et avait juste l’envie, lâche et égoïste, de tout oublier, elle aussi…


- Quand est-ce que tout cela s’arrêtera… ? Murmura-t-elle doucement, dans un soupir.

[Réservé]


Dernière édition par Celyn Creedpeur le Dim 30 Mai - 19:12, édité 1 fois
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Alekseï Ivanov
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▌Né(e) le: 7 janvier 1974
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MessageSujet: Re: Mélancolie et tasse de thé.   Sam 20 Fév - 15:07

Depuis cette nuit-là, il n'avait cessé d'y retourner. Il passait parfois des soirées entières à examiner chaque pierre, une par une, des deux tours tombées en ruines. Il fallait qu'il comprenne. L'Ordre de l'Ouroboros avait fait s'écrouler avec une insolente facilité des monuments emplis d'une magie si puissante que lui-même ne se serait jamais risqué à ôter ne serait-ce qu'une pierre de l'édifice. Il fallait qu'il comprenne. Pourquoi les barrières de SWYN, héritée de la magie si ancienne des fondateurs, avait-elle failli cette fois-ci ? A ce moment comme jamais encore auparavant, Alekseï Ivanov était bouleversé par l'inconnu. Il avait beau chercher, se torturer l'esprit, demander des informations à l'autre bout du monde, rien à sa connaissance ne s'apparentait à ce qui, malgré maintes tentatives, s'obstinait à rester ancré dans chaque gravas de ce qui restait des bâtiments détruits. Une magie si noire qu'elle résistait à tout ce qu'ils avaient tenté à ce jour. Inutile d'espérer pouvoir redonner à ces tours leur grandeur d'autrefois. Et autrefois, finalement, c'était il y avait à peine plus d'un mois, quand l'on pouvait encore voir les étudiants marcher sereinement au sein de l'université, traverser les ponts suspendus ou emprunter les tunnels pour rejoindre l'endroit qu'ils considéraient comme leur chez eux, pour la plupart. Mais cet autrefois paraissait si lointain à présent, chamboulé en une nuit.

Une nuit comme toutes les autres, a priori. Le directeur s'était inhabituellement couché tôt, une journée chargée l'attendait le lendemain, entre cours et réunions administratives. Il était donc endormi lorsqu'un bruit sourd et lointain, à peine audible, s'était fait entendre. Le sommeil léger, il avait ouvert l'oeil un instant. L'esprit frappeur faisait encore des siennes, sans doute. Mais alors qu'il tentait de s'assoupir à nouveau, un bruit similaire mais un peu plus intense avait résonné. Il avait jeté un oeil du côté de la tour des Plumentine, qu'il pouvait apercevoir de sa chambre. Rien ne se passait de ce côté là, visiblement. Mais il s'était levé, pour en être certain. Il n'avait cependant même pas atteint la fenêtre qu'une nouvelle détonation encore plus intense lui avait fait froncer les sourcils. Dans un réflexe de professeur, probablement, il s'était décidé à aller voir ce qui se tramait, dans l'attente de devoir réprimander des étudiants un peu trop agités. Il s'était alors habillé avant de sortir. Quelques secondes qu'il regrettait encore à présent d'avoir perdues. Il avait traversé les couloirs déserts à grands pas, accélérant encore à chaque nouvelle détonation qu'il entendait. Cependant, plus il avançait, et plus il sentait quelque chose d'étrange. Et ça venait de l'autre bout de l'université. Il s'était arrêté net, en pleine descente d'escaliers, les yeux grand ouverts. Il y avait quelque chose de magiquement instable, il en était persuadé. Il ne le savait pas encore, mais il avait en réalité senti l'absence du bouclier de protection, ou l'acte magique qui l'avait détruit, il ne savait pas exactement, même en y repensant. Sans perdre une minute, il avait transplané jusqu'au hall où il s'était retrouvé face une scène inattendue. Certains étudiants y entraient, en hurlant de terreur pendant que d'autres sortaient baguette en main dans ce qui ressemblait à un élan de bravoure. Pour se battre? Pourquoi? Alekseï était resté quelques secondes perplexe. Dehors, c'était un véritable feu d'artifice de sorts qui s'offrait à ses yeux. Il ne lui en avait pas fallu plus pour transplaner aussitôt dans le parc et se retrouver en plein milieu du chaos total. Une bataille sans aucune cohérence. Une horde de mages noirs s'attaquait à tout, et à tous, sans aucune distinction, comme si leur but était de raser l'université. Ils venaient de partout, de la terre, des airs, n'hésitant pas à user de sortilèges mortels en rafale. Le professeur de Sorts avait alors usé de ses plus grands talents pour neutraliser une bonne partie des ennemis. Autour de lui, au lieu d'étudiants à réprimander, il y avait des personnes incroyablement courageuses, qui se battaient pour l'université et la survie de tous. Outre le sentiment général de panique, Alekseï avait ressenti ce soir là une grande fierté vis à vis des étudiants, aussi bien dans sa filière que dans toute autre. Lorsque les tours s'étaient écroulées soudainement, l'une après l'autre, causant la mort de nombres de jeunes gens, un frisson d'horreur s'était emparé de lui. Il fallait que tout s'arrête. Maintenant. D'autant plus qu'il prenait conscience qu'autour de lui, d'autres perdaient la vie en duel. C'était un massacre. Cet effroi s'était aussitôt transformé en une rage qu'il n'aurait jamais pensé avoir. Faisant abstraction des blessures laissées par les sorts qui l'atteignaient, il s'était mis à frapper au hasard sur les cagoules noires, sans aucune pitié, n'hésitant pas sur le coup à user de sortilèges parfois bien noirs. Il avait certainement flirté avec l'illégal ce soir là mais peu importait. On ne pouvait pas les laisser s'en sortir avec de simples désarmements, blessures légères, ou stupéfixions sous prétexte juridique. C'était beaucoup trop facile. Sans pour autant utiliser l'Avada Kedavra, il avait sans aucun doute laissé à quelques démons de l'Ordre d'effrayantes séquelles physiques ou mentales incurables. Et ces quelques écarts n'avaient pas échappé à Miss Maïakovski d'ailleurs. Mais quitte à aller à Azkaban, Alekseï ne regretterait jamais ce qu'il avait fait ce soir là, avant l'arrivée des aurors, qui fut comme un miracle qui mit fin à ce bain de sang. Et même des mois après cela, la haine qu'il éprouvait envers l'Ordre ne s'estomperait sans doute jamais.

Et voilà qu'il se retrouvait, un soir de plus, au pied de ces ruines, en prétendant les étudier une nouvelle fois, alors qu'il savait la cause perdue. Pourquoi venait-il ici au juste? Il ne le savait sans doute pas lui-même, mais il était clair qu'il en ressentait le besoin. Sans doute cette reconstruction impossible lui rappelait-elle la fatalité de la chose. Il se sentait comme l'un des principaux responsables, mais il savait pertinemment qu'il n'aurait pas pu empêcher cela. Mais tant d'étudiants étaient morts sous ses yeux, lui qui était chargé dans de telles situations d'assurer la protection de tous, avec sa collègue Celyn. Ils n'avaient pas pu être irréprochables, cette fois-ci, mais aurait-il pu en être autrement ? Sans doute pas. C'est ce qu'il avait fallu tenter de faire admettre aux familles en pleurs, aux parents dont les enfants s'étaient engagés dans des études prestigieuses et qui en mouraient. Une femme avait même tenté de lui lancer un sortilège d'Etranglorge pour lui faire dire l'identité de l'assassin de sa fille, chose qu'il ne savait évidemment pas. Mais même ces comportements extrêmes, il les comprenait, dans cette confusion générale. Puis ensuite, il avait fallu soigner les survivants, s'associer au ministère pour l'enquête, régler les questions administratives et enfin tenter de reprendre le cours des choses là où il avait été laissé avant cette nuit-là. Tout cela sans l'aide de la troisième directrice, Maela Rowan, touchée lors de la bataille et transférée à Clifden. Ce fut probablement le mois le plus long et le plus épuisant dans la vie des deux directeurs. Comme si l'évènement en lui-même n'était pas assez traumatisant, on ne leur avait pas laissé une minute de répit et ce, depuis la seconde suivant la fin de la bataille. Ces instants où Alekseï prétendait pouvoir peut-être trouver quelque chose dans ses ruines étaient les seuls où il pouvait méditer un peu, mettre les choses au point. Mais plus il y passait de temps et plus il se rendait compte qu'il ne trouvait pas de réponses, mais prenait plutôt conscience de ce que l'université et lui même avaient perdu en voyant s'effondrer ces tours. Comme chaque fois qu'il repartait, il émit un soupir empreint d'un soupçon de désespoir.

Mais alors qu'il s'apprêtait à transplaner vers son bureau, il aperçut une lueur à travers la fenêtre de la Grande Salle un peu plus loin. Des élèves qui se prêtaient à une promenade nocturne à présent interdite? La dernière fois qu'il avait pensé cela il s'était lourdement trompé, mais mieux valait vérifier. Ces temps-ci, on ne prenait jamais trop de précautions. Dans la seconde qui suivit, il se trouvait dans le hall, face à la grande porte de bois. N'entendant aucun bruit, il la poussa lentement et constata que sa collègue Celyn se tenait à sa place habituelle à la table du personnel, à la différence que cette fois-ci, elle s'y trouvait seule. Il ne prit pas la peine de la saluer. Il fallait dire qu'ils se voyaient bien assez souvent dans la journée pour cela. Sans prononcer un seul mot, il traversa la Grande Salle en passant au beau milieu des rangs vides et vint s'asseoir à sa propre place, juste à côté de Celyn. Elle semblait pensive, une tasse de thé devant elle et les yeux rivées sur les bancs habituellement occupés par les étudiants. Alekseï tourna son regard dans la même direction et doucement, comme pour ne pas trop troubler le silence qui régnait dans la pièce, il s'adressa à sa voisine :


« Ces tables vides vous laissent bien perplexes, Celyn. »
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Celyn Creedpeur
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▌Né(e) le: 27 Août
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MessageSujet: Re: Mélancolie et tasse de thé.   Dim 30 Mai - 21:40

Perdue dans ses songes, la directrice laissa son regard courir sur chaque élément de la Grande Salle. Les tables, les bancs, les étendards des maisons, tout cela semblait inerte, sans vie et tellement froid. Comme mue par un réflexe, elle alluma les deux torches situées au fond de la salle, au niveau de la table du personnel et resta un instant à fixer la lueur des flammes. Une multitude de pensées venaient agresser son esprit : des évènements passés, des choses à faire, et des problèmes qui ne cessaient de s’accumuler. Elle glissa sa main dans la poche intérieure de sa cape et y sentit le papier de la lettre qu’elle avait reçu le matin même. Nul besoin de l’ouvrir, elle en connaissait le contenu. Maela était inapte à l’enseignement. Pour ainsi dire, elle ne se souvenait même pas d’avoir enseigné... Pourquoi fallait-il que tout s’enchaine ainsi ? Si encore Celyn avait pu récupérer son équipe de direction au grand complet, elle aurait pu s’appuyer sur ce soutien et montrer aux étudiants que les choses allaient s’améliorer. Mais là, le départ de Maela allait donner un nouveau coup à l’établissement déjà considérablement amoché, amputé d’un grand nombre de ses étudiants, d’une partie des membres du personnel et avec deux tours en moins. Quel triste tableau... Comment allait-elle annoncer la nouvelle ? Quand est-ce que cela serait le plus approprié ? Devait-elle attendre un peu ou y réfléchir au plus vite pour lui trouver un remplaçant ?

Un nouveau soupir. Une nouvelle gorgée de thé. Et un bruit de pas qui lui fit lever les yeux. Devant elle, les imposantes portes de la Grande salle s’ouvraient doucement. Sceptique, elle fronça les sourcils et serra sa baguette. Elle ne pouvait pas se permettre d’être négligente. Pas en cette période. Pas après ce qui s’était passé. Elle n’eut cependant pas à réagir outre mesure, car elle reconnut à la silhouette et à la démarche son co-directeur, Alekseï Ivanov. Heureusement que ce dernier était sorti sans trop de blessures de l’attaque de l’Ordre, sans quoi, Celyn serait définitivement en mauvaise posture pour gérer l’établissement. Elle se doutait que malgré le masque imperturbable qu’arborait le Directeur de la filière Défense contre les forces du Mal, ce dernier était tout aussi affecté qu’elle par les évènements passés. Celyn se chargeait en grande partie de l’administratif, étant la plus ancienne en poste encore présente et Alekseï faisait de nombreuses recherches pour comprendre comment l’Ordre de l’Ouroboros était parvenu à s’introduire dans l’établissement. Il faisait la liaison avec les aurors mais faisait face à un obstacle de taille : les mages noirs avaient redoutablement préparés leur coup d’éclat, si bien qu’aucun indice pertinent n’avait été trouvé jusqu’à présent. L’air soucieux du russe ces derniers temps traduisait très bien l’impasse dans laquelle se trouvaient les enquêteurs. Lorsqu’elle aurait un peu plus de temps, Celyn s’impliquerait bien plus dans l’enquête mais savait que son collègue n’abandonnerait pas les recherches. Fort heureusement. Elle savait également que toute l’équipe de direction était à ses côtés pour rendre les choses plus faciles… si tant est que cela était possible. Elle en doutait. Il n’y avait rien de facile là-dedans.

Elle se remit à sa contemplation de la salle immensément vide… Elle aurait aimé avoir l’esprit tout aussi calme, tout aussi apaisé. Mais cela lui était impossible. Elle était la directrice, elle ne pouvait pas fuir devant les complications, aussi grandes qu’elles puissent être. Elle était une Creedpeur, et elle n’abandonnerait pas si facilement. Même s’il serait faux de dire qu’elle n’y avait jamais pensé depuis l’attaque. Là encore elle était dans une phase où l’envie de tout claquer et de partir loin lui effleurait l’esprit. Oh oui, ce serait tellement simple… Mais elle ne pouvait pas. Et concrètement, elle ne le voulait pas. Elle n’était pas ce genre de personne. Elle préférait dormir peu, affronter des moments difficiles, extrêmement difficiles, mais être en accord avec elle-même et ses principes. Cela n’empêchait pourtant pas d’être envahie par un grand ras-le-bol… qu’elle taisait. Parce qu’elle était directrice, parce qu’elle était Celyn Creedpeur. Alekseï, de sa démarche élégante et mesurée s’était approché d’elle. Il était monté sur l’estrade et s’était assis à sa place, à sa droite. Conscient du silence du lieu, il avait pris son temps avant de prendre la parole. Sans le regarder, les yeux toujours rivés sur la salle déserte, elle lui répondit :


« Comment ne pas l’être, Alekseï ? »

Perplexe, elle l’était, entre autres. Perplexe de constater à quelle point la vie humaine est fragile, et à quelle vitesse elle peut se perdre. Perplexe de voir comment un seul soir avait suffi pour ébranler cette université qui s’était forgée sa réputation en des décennies. Perplexe d’être la directrice d’établissement en poste au moment où tout cela était arrivé. Elle qui avait toujours connu l’excellence dans ce qu’elle réalisait, voilà qu’elle connaissait un cuisant échec, et elle avait le sentiment d’en être l’ultime coupable. Même Alekseï, désormais son co-directeur depuis le départ de Sven lui semblait n’avoir rien à faire dans l’histoire. Elle seule aurait du s’inquiéter des mesures de sécurité de l’établissement. Elle seule aurait du sentir que quelque chose se tramait. Comment ? Elle n’en savait rien. Elle ne cessait de se poser la question, en vain, mais ne pouvait extraire de sa tête le sentiment de culpabilité qui l’envahissait à la vue de ces chaises vides, et de toutes celles que l’ont pouvait désormais compter en pleine journée : les étudiants morts, les blessés toujours à l’hôpital et ceux qui avaient préféré partir. Elle était tout ça à la fois, estimait-elle, une meurtrière qui, par sa négligence, avait entrainé la mort de tant de personnes, la responsable des blessés dus à cette attaque et même celle par qui la célébrité de l’université était sur le déclin… Oh, c’était exagéré, ça aussi elle le savait. Mais elle avait beau se convaincre de n’y être pour rien, elle n’y parvenait pas. Alors elle assumait, elle était là où l’on réclamait sa présence : auprès des familles des victimes, avec les responsables politiques durant les différents débats traitant de cette attaque ou des groupuscules qui sévissaient dans le monde, mais elle serait aussi là lorsque des membres de l’Ordre seraient arrêtés et jugés. Croyez-moi. Elle savait avoir sa part de responsabilité, mais au final elle n’était pas la seule. D’ailleurs, même si elle se doutait de sa réponse, elle finit par tourner la tête vers Alekseï.

« Du nouveau ? »

Il savait parfaitement ce dont elle parlait, à n’en pas douter. Imperceptiblement, elle eut un fin sourire en constatant que lui aussi avait des cernes apparentes sous les yeux. Les nuits étaient courtes depuis l’attaque, pour les deux directeurs de l’établissement… Elle en profita pour boire une nouvelle gorgée de thé. Étrangement, elle ne lui trouvait aucun goût mais le buvait machinalement. Peut-être pour se donner contenance ? Elle se savait lasse, fatiguée de tout cela, mais elle n’était pas la seule après tout, et ces évènements étaient tellement importants que jamais elle ne pourrait leur tourner le dos. Que la petite voix dans sa tête aille au diable. Elle se mit à penser à tout cela, et eut une intonation nerveuse, comme le commencement d’un petit rire.

« Et que vous le croyez ou non, ce n’est pas fini. »

Elle sortit la lettre reçue le matin même et la lui tendit. Silencieuse, elle reprit sa contemplation de la salle, le temps qu'il en lise le contenu et l'assimile.

« C’est à croire qu’on veut nous faire payer tout ça… Sommes-nous les responsables, Alekseï ? Je finis par me le demander… Où avons-nous failli ? Comment aurait-on pu prévoir ? »


Elle avait questionné à voix forte, ses yeux verts fixant ceux du directeur sans ciller une seule fois. Étrangement, on en venait à se demander si Celyn Creedpeur ne serait pas en train de perdre son sang froid. Ce n’était pas dans ses habitudes d’exprimer son doute à voix haute… mais qu’y pouvons-nous, on a beau s’appeler Celyn Creedpeur, on reste humaine. Et devant une telle accumulation de malchance, on en vient à craquer.

« J’en viens à rêver d’un Retourneur de Temps, vous savez… »


Dernière édition par Celyn Creedpeur le Mar 20 Juil - 8:23, édité 1 fois
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Alekseï Ivanov
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MessageSujet: Re: Mélancolie et tasse de thé.   Lun 7 Juin - 0:18

Jamais Alekseï n'avait vu sa collègue dans un tel état. Elle qui était d'habitude si forte et imperturbable. Non pas qu'elle avait flanché face au moindre des défis auxquels elle était confrontée. Non, tout comme lui elle faisait face à ce qui arrivait, à ce qu'on leur demandait, leurs devoirs en tant que directeurs. Mais encore une fois tout comme lui, elle n'en sortait pas indemne. L'épreuve qu'ils enduraient quotidiennement était harassante professionnellement, comme si le choc émotionnel n'était pas encore suffisant. Mais ils restaient debout, les yeux cernés et constamment exténués, mais debout. Mais malgré cela, le directeur constatait en ce moment même que sa collègue passait elle aussi par des périodes de sérieuse remise en question. Ces moments où la pression retombe, où l'on est sûr que personne n'interviendra pour savoir ceci, cela, vous solliciter dans l'enquête pour une raison quelconque. L'ennui amenait la réflexion. Trop de réflexion, sans doute. Ce n'était peut-être pas un bien, de fixer ces bancs et de se rappeler sans cesse que certains n'y prendraient plus jamais place. Ce n'était sans doute guère mieux de méditer au pied des ruines. Mais comme le lui répondit sa collègue, comment ne pas être décontenancé ? La réaction était normale et paraissait inévitable.

« J'aimerais tant pouvoir vous répondre Celyn... »

Lui aussi s'était mis à fixer les trois longues tables de chaque maison, le regard lointain. Ils étaient deux à cette table ce soir, comme ils l'avaient été depuis la fin de la bataille. Maela avait été touchée cette nuit-là et il osait espérer qu'elle revienne leur prêter main forte aussi vite que possible. Heureusement, les directeurs adjoints faisaient eux aussi tout leur possible pour les aider, même s'ils n'avaient pas à subir directement les reproches des familles et les exigences du ministère. Un ministère qui de son côté n'avançait pas plus qu'eux, visiblement. Celyn s'occupait de cette partie plus administrative que constituaient les relations officielles avec le ministère irlandais tandis que le professeur de Sorts faisait ce qu'il pouvait sur le terrain, où on avait tout naturellement sollicité son savoir-faire et ses connaissances dans son domaine, directement concerné. Et il vit bien au visage de Celyn qu'elle s'attendait sans surprise à avoir une réponse négative, comme toujours. Mais ce soir, il y avait justement surprise. Rien d'extraordinaire, malheureusement, mais il espérait que cela remonte un tant soit peu le moral de sa collègue.

« Eh bien, même si je ne suis pas vraiment satisfait de l'avancée des recherches, je ne peux pas nier qu'aujourd'hui même il y ait eu du nouveau, en effet. En faisant un peu le tour de l'établissement, nous avons détecté un rayonnement magique étonnement puissant provenant du sol à un endroit qui a priori ne présentait rien de spécial. En cherchant un peu plus on s'est vite rendu compte qu'il s'agissait d'une partie des Rivières Souterraine donnant droit sur l'extérieur. Nous nous sommes rendus sur place, et en effet, la source récente de toute cette excitation magique est bien à la frontière entre les rivières souterraines et l'extérieur de l'université. Si les barrières ont été forcées, je pense sincèrement que c'est à cet endroit. Et accessoirement, s'il y avait une faille dans la protection, c'était aussi là-bas. A présent nous savons où, mais malgré les heures passées là bas aujourd'hui, nous ne savons rien du comment. Il ne nous reste plus qu'à espérer en focalisant les recherches à ce point précis. Rien de réellement nouveau qui nous fasse avancer pour le moment, donc. »

En effet, la puissance déployée à cet endroit pour forcer le bouclier avait été si importante qu'elle avait laissé une marque incroyablement durable, bien plus grande que ce qui émanait des ruines. Le problème était que cette concentration intense de magie avait détruit toute trace de l'éventuelle faille qui avait pu leur faire défaut et même supprimé le moindre indice quant au sort employé pour détruire le mur magique. L'affaire restait un casse-tête complet, sans piste solide.

Lorsque Celyn lui tendit la lettre, Alekseï fronça les sourcils. Aux mots de sa collègue, cela ne pouvait rien présager de bon. Une énième lettre du ministère, accompagnée cette fois d'une attestation de l'hôpital de Clifden. Il redoutait le pire et ses craintes furent immédiatement confirmées par sa lecture. Il fut alors pris d'un malaise. Il n'entretenait pas avec Maela une relation particulièrement amicale en dehors du cadre professionnel, mais tout de même. Il ne put s'empêcher de mettre une main devant sa bouche en signe de désespoir. A ce moment, il paraissait probablement plus perplexe que sa collègue.


« Oh non... »

Sa main glissa jusqu'à son front alors que son coude se posait sur la table. C'était impossible, le sort ne pouvait pas autant s'acharner sur eux. Le retour de Maela était l'une des choses qui avait pu lui faire espérer du mieux pour la suite. Mais sans ça, ils seraient deux. Deux à avoir été directeurs au moment des faits. Celyn éleva alors la voix, faisant lever les yeux du directeur hors de sa paume. Elle semblait perdre son calme, lorsque lui-même venait d'être retourné par l'horrible nouvelle. Il y avait de quoi se demander si finalement, il n'y avait pas de fatalité. C'était comme un marteau qui, coup par coup, les enfonçait un peu plus dans les problèmes insolubles.

« Je... Celyn... Je ne sais pas. »

Il ne fallait pas le cacher, le problème était bien là depuis le début. Ils ne savaient rien. Ils ne savaient pas comment une telle intrusion avaient pu se produire. Ils ne savaient pas pourquoi ils n'avaient rien vu venir. Ils ne savaient rien de l'identité des malfaiteurs outre le nom vide de leur organisation. Ils n'avaient pas su comment les contrer facilement avant l'arrivée des aurors. Ils n'avaient pas su ensuite, comment annoncer cela aux familles sans déclencher des réactions inévitablement violentes émotionellement. Ils ne savaient rien, au final. Absolument rien.

« C'est absolument impensable. Comment des sorciers de l'extérieur auraient-ils pu découvrir une faille aussi aisément utilisable alors que nous mêmes n'en savions rien ? Je continue de croire que nous n'aurions jamais pu prédire cela, mais si eux ont trouvé, pourquoi pas nous ? »


Il marqua une courte pause, réalisant que lui aussi perdait quelque peu son sang-froid. Il se creusait la tête jour et nuit sur ces questions qui lui torturaient l'esprit mais qui jamais ne révélaient l'ombre d'une réponse, ni même d'un indice.

« La seule chose qui me permet encore de me dire raisonnablement que nous ne sommes en rien responsables, c'est qu'aucune faille n'est mentionnée dans aucun rapport. Chaque renforcement des protections semble approcher la perfection, et tout est régulièrement vérifié. Si aucun autre de nos prédécesseur ne l'a vue, c'est simplement aussi notre cas. Je crois que ce qui me rassure quelque part, c'est que nous sommes victimes des circonstances. Nous avons juste accédé à nos postes au mauvais moment. J'ose espérer que ce n'est que ça. »

Revenir en arrière, il y avait forcément songé. Réparer ce qui avait été causé par l'imprévisible, beaucoup avaient du en rêver. Mais sa collègue savait tout comme lui que c'était impossible.

« Même si ce n'était pas interdit, nous savons tous deux que si nos homologues du futur étaient revenus en arrière, la situation serait la même. Si certains ont utilisé un retourneur de temps, leurs actions se sont déjà faites sentir ce soir-là. Au final, le bilan sera le même. Le temps n'est pas si flexible qu'il ne le paraît, malheureusement. Et nous ne pouvons pas nous permettre de jouer avec ça... »

Il savait sa collègue assez sensée pour ne pas y songer sérieusement, mais il était vrai que l'idée était tentante, ne serait-ce que pour en savoir plus, piocher des informations. Mais il savait qu'il aurait du mal à être une seconde fois dans cette situation et rester simple spectateur.

« Non... N'importe qui à notre place serait tombé dans ce piège. Il ne pouvait pas en être autrement. Et je ne pense pas me tromper en disant que nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour vaincre l'ennemi. En tout cas je peux vous affirmer que vous vous êtes admirablement bien battue ce soir-là. Je crois que nous avions tous une rage démesurée... »
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Celyn Creedpeur
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MessageSujet: Re: Mélancolie et tasse de thé.   Jeu 22 Juil - 16:23

Intérieurement, Celyn admirait son collègue. Il parvenait à maintenir avec plus de réussite un masque neutre face à ce qui arrivait. Elle aussi était comme ça, en règle générale, mais plus le temps passait, plus les ennuies s’accumulaient, plus elle était lasse et épuisée, physiquement et mentalement. Qui ne le serait pas, de toute manière ? Des parents dans la détresse de la perte d’un enfant, des élèves qui ne s’en remettaient pas tous de la même manière, et dont un certain nombre enchainait les crises de douleur et de tristesse du à l’absence d’un ami ou aux visions d’horreur aperçues la nuit du drame… comment y faire face ? Comment faire face à tout cela ? L’ensemble de l’établissement était en émoi, et les solutions mises en place depuis ce soir-là étaient fragiles. Avoir rassemblé les étudiants en une seule salle commune était une bonne idée, elle en avait la certitude. Il fallait du temps, mais cela leur permettait de s’unir dans la douleur, de renouer des liens, de se rapprocher et d’avancer ensemble. Tous avaient vécu un drame sans précédent, il n’y avait qu’en s’unissant qu’ils pourraient s’en remettre. Certains étudiants y parvenaient mieux que d’autres. Mais à chaque cri de douleur auquel elle devait faire face, la forteresse inébranlable que s’était constituée Celyn s’écroulait peu à peu.

Admettre ses erreurs, même si cela lui coûtait, elle le faisait quand elle se savait en tort. Dans cette histoire, elle savait qu’elle avait une grande part de responsabilité, mais hormis le mot « négligence » qui flottait en gros et en gras dans son esprit, elle ne savait mettre un nom sur ses erreurs et les définir clairement pour saisir ce qui aurait pu être fait pour éviter tout ceci. C’était ça le problème… d’autant que l’Ordre, tous s’accordaient sur ce point, avait méticuleusement organisé son attaque. Une attaque à laquelle l’université n’était pas préparée. Et là encore, Celyn avait été la proie de virulentes critiques : quelques mois plus tôt, l’Ordre avait frappé dans l’une des plus élitistes universités anglaises, à Skegness. Selon certains « suite à cela, S.W.Y.N aurait légitimement du s’attendre à être une cible potentielle d’une telle attaque ». Evidemment… c’est toujours plus facile de s’en prendre à la direction de l’établissement après coup. Même si… même si Celyn savait que ce n’était pas faux. Elle aurait du prendre cela en compte, elle aurait du demander un détachement permanent d’aurors dans l’université… Elle aurait du, mais elle ne l’avait pas fait. Une nouvelle fois, un soupir passa au travers de ses fines lèvres, tandis que la voix d’Alekseï résonnait une nouvelle fois dans la Grande Salle vide. Il y avait dans son intonation une lassitude semblable à celle de l’historienne. Elle le dévisagea longuement et comprit que lui aussi devait avoir un sommeil court et troublé. Quelle fière allure elle avait la direction de S.W.Y.N !

Mais Celyn ne pouvait admettre se laisser ainsi aller. Il fallait qu’elle se ressaisisse. L’affaire de l’attaque de l’Ordre n’allait pas se dissiper aussi facilement, et il lui faudrait encore faire face un bon moment, le temps qu’il faudra pour que l’université se relève tout à fait. Et au vue des ruines des deux tours attaquées, ce n’était pas pour tout de suite. Comme pour se donner du courage, elle porta de nouveau la tasse de thé à sa bouche et écouta son collègue qui répondait à sa question. Question qu’elle avait posée par politesse autant que par réflexe. Elle ne s’attendait pas à ce que la réponse diffère de celle des journées précédentes… et pourtant. Elle sentait que le russe pesait ses mots, histoire sans doute de ne pas accabler encore plus son moral mis à mal. Il parvint toutefois à lui faire comprendre qu’une avancée, minime, avait eu lieu.


« Les Rivières souterraines… Ils seraient donc entrés par là ? Et Maela qui n’est pas là… peut-être aurait-elle pu apporter de nouveaux éléments quant aux barrières magiques des rivières… Jusqu’à présent les protections autour du Lac du Connemara n’ont jamais faibli. »

Machinalement elle se mit à tapoter sur la table. Cette nouvelle n’était pas la plus extraordinaire qu’ils auraient pu attendre, mais face au manque d’avancées qu’ils connaissaient depuis une semaine, c’était mieux que rien. Toutefois, Celyn était un peu dépassée… Pour atteindre les Rivières souterraines, il fallait passer par le Lac. Or la partie du Lac touchant le domaine de S.W.Y.N était également protégée par de nombreuses barrières magiques. Comment avaient-elles pu céder ? Une nouvelle pensée, dérangeante, survint alors :

« Alekseï... pour déceler cette faille, pensez-vous qu’ils aient pu être aidés ? »

Effectivement, ils ne savaient rien du comment, mais ce simple élément la perturbait. Une menace extérieure aurait-elle pu préparer un plan aussi bien abouti ? Il ne fallait pas tirer de plan sur la comète, mais quand même… parmi les multiples hypothèses exprimées sur cette attaque, celle d’une infiltration de l’université ou de complices avaient déjà été exprimées. Pourtant, Celyn refusait d’imaginer ne serait-ce qu’une seconde qu’un membre de l’établissement pouvait être impliqué dans une telle affaire. Cependant, pouvait-elle jurer des actions de quasiment milles personnes inscrites à S.W.Y.N. Non. Elle ne pouvait être omnisciente. Mais rien qu’imaginer une quelconque « trahison » lui donnait un semblant de nausée. Une nausée semblable à celle qu’exprima furtivement Alekseï à la lecture de la lettre qu’elle lui avait tendue. Lui aussi était grandement affecté par l’annonce de l’état de santé de Maela. Lui aussi paraissait tout aussi dépité qu’elle et bien qu’elle eut espéré qu’il puisse lui apporter des réponses, qu’il puisse être le Lumos dans le noir, lui aussi, le grand Alekseï Ivanov était dans une impasse. La même impasse qu’elle, celle dont les murs se rapprochaient toujours plus d’eux comme pour les étouffer, les asphyxier farouchement en mettant à mal leur foi inébranlable en leurs connaissances, leur sang-froid et la capacité qu’ils avaient jusque-là de faire face à tout.

« Je ne sais pas si vous auriez du accepter de remplacer Sven à la direction, Alekseï, finalement. Oh, ce n’est pas une critique, bien au contraire. Vous savez combien je vous suis reconnaissante de tout ce que vous avez fait et tout ce que vous faites. Cette fonction vous convient parfaitement. Seulement… peu de temps après avoir accepté ce poste, vous voici dans cette regrettable situation. Qu’on le soit ou non, pour les médias nous avons forcément une grande part de responsabilité là-dedans. Votre curriculum vitae va en pâtir… »

Celyn conclut sa phrase avec une intonation amusée. Tristement amusée. Comme si un universitaire et un expert en Défense contre les forces du Mal comme Alekseï Ivanov avait à rougir de son CV… jusqu’à présent en tout cas. Néanmoins, dans tout cela, Celyn savait qu’elle pouvait compter sur lui et qu’ils faisaient et feraient front autant que nécessaire si le Ministère s’amusait à les accabler toujours plus suite à ce drame. Mais elle s’en voulait un peu parce qu’effectivement, c’était elle qui l’avait recommandé à ce poste et le lui avait proposé. Et voilà qu’ils en étaient là, maintenant.

« Je suis d’accord avec vous, c’est comme si le destin s’acharnait. Je ne sais pas comment l’Ordre de l’Ouroboros a pu mener à bien un tel stratagème, mais il va falloir qu’on le trouve, d’une manière ou d’une autre. L’enquête doit se poursuivre, il nous faut établir des rotations avec l’équipe professorale restante. Les connaissances de chacun nous aideront peut-être… et entre nous, j’ai plus confiance en mes professeurs qu’en certains gratte-papiers du Ministère, qu’ils soient aurors ou non. »

Elle écouta attentivement son collègue qui lui faisait part de ses pensées. Elle l’approuvait. Sur toute la ligne elle l’approuvait. Elle savait tout comme lui qu’il n’y avait aucune raison qu’ils se mettent à douter des protections magiques de l’université jusque-là. Elle aussi connaissait parfaitement les rapports de sécurité que chaque équipe de direction devait réaliser tous les trois ans (en plus des vérifications annuelles), et jamais des failles de cette importance n’avaient été mentionnées. Alors comment, oui, comment auraient-ils pu savoir ? Comment auraient-ils pu prévoir une telle tragédie ?

« C’est ce que je me dis également… si les protections étaient aussi affaibli, on aurait du le savoir. Un tel risque aurait été inscrit dans l’un des registres de sécurité… Mais vous me connaissez, je ne peux admettre que tout cela ne soit que malchance. Nous aurions du… je ne sais pas, nous aurions du faire le nécessaire. Mais vous avez raison, une fois de plus. Revenir dans le passé n’aurait rien changé. Ce n’est que maintenant, après coup, que nous aurions pu connaitre cette faille. »

Du regard, elle acquiesça à ses propos. Au moins, dans ce malheur elle savait qu’elle pouvait compter sur son co-directeur. Ils étaient bien souvent sur la même longueur d’onde et leur constante recherche de l’excellence les aiderait sans doute dans cette enquête qui s’avérait des plus complexes. Elle ne l’avait jamais vu aussi tourmenté, et elle-même devait donner un piètre spectacle, passant de la lassitude à un regain de sérieux puis à un parfait défaitisme… Comment gérer une telle situation ? Ce n’était pas inscrit dans les manuels.

« Merci… mais il va nous falloir faire plus que cela. Se battre encore si nécessaire, contre les misères administratives, les tristesses parentales, les impasses de l’enquête et l’ingérence Ministérielle. Je vous le dis Alekseï, nous n’avons pas fini de nous battre. »

Les belles paroles… c’était bien beau de dire cela, encore fallait-il s’en sentir capable. Et dans l’immédiat, ce n’était pas trop ça. La femme de fer qu’elle pouvait être s’écroulait de plus en plus. Le coude sur la table, une main glissait dans ses longs cheveux ébène, elle dévisagea son interlocuteur avant de lui poser une question, une seule.

« Que devons-nous faire maintenant ? »

Elle marqua une pause et glissa à mi-voix :


« Évoquer le départ de Maela minerait le moral de l’université et la remplacer en cette période ne serait pas approprié… »
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Alekseï Ivanov
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MessageSujet: Re: Mélancolie et tasse de thé.   Sam 12 Fév - 17:16

« Oui sans doute Maela aurait-elle pu aider, même si j'imagine que si elle avait été au courant de la moindre faille elle n'aurait pas risqué de garder ça pour elle. »

Au moins à présent ils sauraient où concentrer leurs recherches, bien que le peu d'investigations faites à cet endroit n'ait rien donné de plus qu'auparavant. Les barrières avaient connu un dérèglement certain à cet endroit, mais la puissance utilisée pour les forcer avait été telle que toute trace magique avait volé en éclat. Il était impossible d'établir rapidement ce qui s'était produit là bas, du point de vue magique, et donc aucun indice porteur de sens n'était trouvable. C'était comme si toute trace d'actes magiques un minimum ordonnés avait été dynamitée et s'était éparpillée dans les alentours. Il faudrait du temps pour espérer reconstituer ce qui avait pu se produire, et de temps, ils en manquaient cruellement.

L'hypothèse selon laquelle une aide intra-muros aurait pu être apportée à l'Ordre répugnait probablement Alekseï tout autant que sa collègue. Cependant, il en avait la quasi-certitude : c'était le cas. Lorsque les barrières magiques étaient régulièrement testées, celles-ci étaient soumises à des intensités magiques bien plus grandes qu'auraient pu en produire les membres de l'Ordre, bien que nombreux. Non, les barrières étaient infranchissables si elles étaient prises de front. Seule une intrusion rusée était envisageable et pour cela, il fallait allier l'extérieur à l'intérieur.


« Je crois qu'on ne peut pas écarter cette hypothèse. Je vois mal comment ils auraient pu faire quoique ce soit uniquement de l'extérieur, étant donné la façon dont sont testées nos barrières. Enfin, je vous dis ça mais je ne vois pas non plus comment quelqu'un de l'intérieur aurait pu aider à faire quoique ce soit. Cette hypothèse a toujours été prise en compte dans la constitution des barrières de SWYN. S'il y avait une faille, elle devait être extrêmement subtile. Je suis même certain qu'elle était invisible en réalité, indétectable. Pendant des siècles de grands sorciers se sont succédés à la direction de cette école et personne n'a rien vu. Serait-il possible qu'ils aient explicitement eu l'information ? C'est absurde, nous l'aurions nous aussi si c'était le cas. »

Il s'agissait du raisonnement qui hantait la tête du directeur à longueur de journée. Un raisonnement qui tournait en rond, et n'avait visiblement aucune solution probable. C'était inexplicable. Il en était presque venu à se demander si Celyn elle-même n'avait pas sciemment désactivé les barrières, étant donné qu'ils étaient les seuls à en avoir le pouvoir. C'était stupide évidemment, mais en suivant un raisonnement logique, il s'agissait là de l'unique issue, se sachant lui même innocent. Cependant cela avait été très vite démenti. Ils avaient pu facilement prouver que les façons « classiques » de désactiver les protections n'avaient pas été employées et cette trace évidente de barrières forcées dans les Rivières souterraines venait confirmer le tout. On en revenait au point de départ. Des milliers de questions, aucune réponse.

« Vous savez Celyn, je crois qu'avoir mon statut actuel ou l'ancien n'aurait rien changé à la façon dont je m'implique dans cette histoire. J'ai sans doute plus de responsabilités, officiellement, mais je crois que dans les faits, mes actions auraient été les mêmes. Maintenant si vous voulez parler de la pression que pourraient exercer les médias... »

Il marqua une courte pause et sourit légèrement en fixant la tasse de thé de sa collègue. Un des rares sourires depuis bien longtemps.

« … je n'aurais qu'à ne plus lire le journal. »

Il savait que ce n'était pas si simple, évidemment. Il ne s'agissait pas que des journaux, sérieux ou non, mais de la population entière, qui se basait sur ces informations pour forger son opinion. Il s'agissait des parents, qui s'en prenaient à eux de manière compréhensible. Il s'agissait enfin de leur statut officiel, qui faisait qu'ils étaient ceux à qui il fallait se référer sur tout ce qui concernait ce qui avait pu se produire dans « leur » université. C'était pesant, quoiqu'il puisse en dire. Mais le désir de savoir, et de punir les réels coupables était si fort qu'il amoindrissait l'impact que l'opinion publique pouvait avoir sur sa personne.

« Vraiment Celyn, ne culpabilisez pas de m'avoir placé à ce poste, nous avons déjà assez de quoi torturer nos esprits en ce moment. Je suis ici et ravi que vous ne portiez pas ce fardeau toute seule. J'imagine que Maela n'est pas en mesure de prendre conscience de quoique ce soit, de son côté. »

Elle n'était plus là pour partager avec eux cette responsabilité, mais pourtant son sort était loin d'être enviable. Et, en effet, il faudrait officialiser le fait que Maela ne reviendrait pas.

« Je pense qu'il vaut mieux pour l'instant ne pas ajouter de mauvaises nouvelles à notre longue liste. Laissons passer un peu de temps, voir comment avancent les choses. Vu l'état actuel, je ne pense pas que les étudiants aient besoin de savoir que Maela ne reviendra pas. Nous gèrerons cette annonce en temps voulu, je pense que c'est mieux ainsi. »

Il se mit alors à regarder longuement les tables, comme le faisait sa collègue lorsqu'il était arrivé. Un sombre silence s'immisçait entre chacune de leur réplique. Celyn lui avait posé la question qu'ils ne cessaient de se poser depuis cette horrible nuit : Que faire à présent ? Et la réponse était toujours la même au final, si l'on écartait les nouvelles de Maela.

« Je crois que nous n'avons pas vraiment le choix une fois encore. Il ne nous reste qu'à chercher, encore et encore, afin de trouver des réponses, pour ceux qui en attendent depuis le début. Ceux qui veulent savoir comment un proche a-t-il pu mourir dans une université si bien protégée... »

Il avait prononcé cette dernière phrase d'un ton des plus mornes. On exigeait tant de réponses de leur part et eux ne pouvaient rien. Absolument rien.
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MessageSujet: Re: Mélancolie et tasse de thé.   

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Mélancolie et tasse de thé.

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