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 La renaissance d'un cauchemar

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Eloy d'Ollenburg
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▌Né(e) le: 13 août
▌Pays d'origine: Allemagne
▌Statut:

MessageSujet: Re: La renaissance d'un cauchemar   Jeu 3 Juin - 0:39

Pour des raisons que seule une minorité serait apte à en saisir le sens, lors des dernières semaines, Eloy ne voyait que l’ordre des choses au sein des changements apportés à son existence. Pour une raison plus incongrue encore, unir sa destinée avec celle de Mélite d’Orcy était pour lui un cadeau du ciel, car cette jeune femme disposait de principes établis, fermes, inaccessibles à toute forme d’altération, mais aussi de terribles frayeurs. Eloy, témoin de l’effet du mariage sur sa sœur Wendy, avait la présomption de pouvoir identifier quelques unes des craintes qui devaient en ce moment occuper les pensées de Mélite. Toutefois, la chose la plus essentielle, celle qui ne devait jamais changer entre eux, et qui faisait par conséquent de leur relation une originalité sans fin, portait un nom effroyable pour quiconque aspirait à une relation de couple normal ; l’absence d’amour. Comme cerise sur le gâteau, Mélite d’Orcy et Eloy d’Ollenburg ne se faisaient pas confiance. La chose était pourtant monnaie courante au sein des mariages arrangés de l’aristocratie européenne. Certains tombaient amoureux au fils du temps, d’autres s’évitaient comme la peste avec une indifférence réciproque jusqu’à ce que la mort les sépare, ayant le sentiment du devoir accompli.

Dans le cas d’Eloy, Mélite était pour lui un divertissement unique. Il n’escomptait ni l’éviter, ni l’aimer. Il voulait jouer avec elle. Jongler avec ses points faibles, argumenter sur un sujet qu’il lui savait sensible non pas pour lui torturer l’esprit, mais entretenir le sien. Ses conversations avaient pour lui un degré de théâtral irréel, fictif, à la manière d’un scénario dont il était le maître. À la réception des fiançailles, il y a trois semaines de cela, Eloy, vêtu comme un prince, dressa un portrait excessivement placide de sa personne. Personne à l’université ne pouvait jurer l’avoir déjà vu si hautain. Ses manières étaient irréprochables, et malgré tout il sentait de loin le regard de Mélite se poser sur lui, sûrement de peur qu’il pose le mauvais pied en avant, ou qu’il éclate de rire, ce qui, pour une soirée comme celle-ci, aurait été d’une grossièreté choquante. Songeant à toutes les inquiétudes qui pouvaient traverser l’esprit de Mélite, Eloy esquissa un faible sourire lorsqu’il croisa Virginie Delpuis, la journaliste chargée de couvrir l’événement, converser avec l’ex-favori, Ernest d’Ericourt.


-Mademoiselle Delpuis, je suis ravi de vous voir. J’espère que votre soirée vous est agréable ? Fit Eloy avec une courtoisie dont il oublia de partager au damoiseau d’à côté.

-Oui, très. Tous mes vœux de bonheur, à vous et votre fiancée.

-Très aimable de votre part, merci, rétorqua Eloy dans un français impeccable qui fit son petit effet sur la journaliste.

Ernest d’Ericourt, comme quelqu’un qui attend avec impatience la fin d’une soirée assommante, buvait sa flûte de champagne en silence. Il hasarda un regard en direction d’Eloy, geste furtif qui ne manqua pas d’échapper à ce dernier.

-Et comment allez-vous ? Questionna Eloy d’une politesse tardive volontaire.

Le dénommé Ernest d’Ericourt le toisa un long moment, et la journaliste, le remarquant, vida sa coupe et s’éloigna sous prétexte qu’elle allait se resservir afin de les laisser entre eux. Une journaliste de bas étage les aurait espionné afin d’obtenir des détails croustillants pour son article, mais Virginie Delpuis faisait partie de la haute société en matière de presse, et de telles méthodes étaient proscrites au sein de ce milieu. Sans compter qu’il fallait être fou pour s’attaquer à la réputation de quiconque présent ce soir. Les poursuites judiciaires seraient telles que l’offenseur en viendrait à désirer ne jamais être né.


-Un problème ? S’enquit Eloy.

-Tu avais tout prévu, n’est-ce pas ? L’université en Irlande. Je ne t’en blâme pas, c’était ingénieux. Ce que je regrette, c’est de ne pas y avoir songé le premier. Le titre du fiancé de Mélite d’Orcy était très convoité.

Il faut ici comprendre que si tant d’hommes voulaient épouser Mélite d’Orcy, ce n’est pas sans d’excellentes raisons, à commencer par le nom de famille prestigieux, sans tache, et synonyme de puissance. L’’immense fortune était aussi un point à considérer, car, Mélite d’Orcy était fille unique, donc pas d’héritier mâle. L’aristocratie européenne se portait on ne peut mieux, néanmoins certaines familles battaient de l’aile au niveau monétaire, espérant par conséquent marier leur descendance à de riches héritiers. De plus, les talents et le comportement de Mélite faisaient envier beaucoup. Lors de son récital, la comtesse de Bourgogne fondit en larmes en faisant une fausse note devant une foule de gens importants. Pas Mélite d’Orcy, non. Eloy se souvenait encore du ravissement de sa mère, il y a des années, lorsqu’elle avait accompagnée Mélite de sa voix, alors que celle-ci jouait du piano. « Très mature pour son âge, une jeune fille comme il ne s’en fait plus de nos jours. » avait-elle dit, mots pour mots. Les d’Ollenburg, de loin la famille la plus riche d’Allemagne, n’avait rien à envier à la fortune des d’Orcy, et le mariage n’était pas forcé, puisque les parents demandèrent l’accord des concernés avant d’envoyer les invitations. La supposition d’Ernest d’Ericourt fit sourire Eloy, qui lui répondit, non sans une hypocrisie habilement dissimulée.

-Il ne t’est jamais venu à l’idée que je pouvais l’aimer ?

Apparemment pas, puisqu’il resta muet de stupéfaction, et de jalousie, Eloy en était persuadé. Ainsi, après cette soirée de fiançailles réussie, Mélite et lui étaient de retour à Swyn, un anneau au doigt. Eloy était rentré par un train différent puisqu’il se rendit en Allemagne pour deux jours supplémentaires. Il ne fit rien pour aborder Mélite depuis leur retour, un travail de journaliste sur le terrain l’occupait assez. De retour de Bourg-en-bière le ventre vide, Eloy s’arrêta devant la double porte de la Grande Salle laissée ouverte où il reconnut Mélite assise à la table des Cinnacrow. Il salua Kaela Jefferson d’un geste vif de la main, sa coéquipière pour le projet de journalisme, lui laissant le soin de ramener le matériel emprunté à la prof, et entreprit de rejoindre sa fiancée à sa table. Sans justifier immédiatement sa présence à la table des Cinnacrow, Eloy se versa quelques morceaux de légumes grillés dans une assiette, et zieuta le reste des plats, hésitant. Ne sachant avec quoi agrémenter ses vitamines A, il leva son regard vers Mélite.

-Mélite. Bonsoir.

Il accompagna le tout d’un signe de tête poli et naturel tout en se servant une poignée de pâtes. Il avait assez attendu.

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Elias Jensen
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▌Né(e) le: 5 Octobre
▌Pays d'origine: Danemark
▌Statut: 5ème année

MessageSujet: Re: La renaissance d'un cauchemar   Ven 10 Sep - 12:22

Depuis l’attaque, l’ambiance au sein de l’université était devenue pesante, et même le bal d’Hiver n’avait eu que peu de réussite pour alléger les cœurs des habitants de S.W.Y.N. Les pertes et les conséquences avaient été tellement nombreuses, si bien que quiconque essayait de se divertir ou divertir les autres prenait le risque d’être considéré comme un être immoral. Trouver le juste milieu était difficile, délicat... mais progressivement, le temps passait et l’animation refaisait surface, lentement, très lentement. Elias avait eu un temps de latence. Il avait voulu tourner rapidement la page, mais savait que cela était impossible. Il avait vu tant de choses que son sommeil était longuement demeuré agité. Cette jeune fille morte sous ses yeux, Gabrielle Dimitrov mal en point, ces duels hasardeux dont il s’était sorti par je ne sais quel miracle... Oui, il fallait du temps pour se remettre de tout cela. Puis ces images s’étaient faites moins fréquentes, et désormais il se remettait à vivre la vie au jour le jour, ou du moins il essayait. Il ne fallait plus penser à tout ça, il fallait profiter de l’instant présent, et pour le moment, cela signifiait profiter de l’université. L’université et ses étudiants, l’université et ses potins. Et pas des moindres.

Cela s’était répandu comme une trainée de poudre. Aujourd’hui, Mélite d’Orcy revenait dans l’établissement. Aujourd’hui, Mélite d’Orcy était fiancée, et pas avec n’importe qui, avec Eloy d’Ollenburg. Il avait appris ça par hasard, ce matin, alors qu’il était assis à ne rien faire de bien productif, discutant avec Alex et Malloy des projets de l’après-midi. Une jeune fille de troisième année était arrivée dans la salle commune, un magazine dans les mains. Elle avait l’allure d’une personne qui avait surpris quelqu’un en flagrant délit. Elle s’avança au milieu de la pièce, un large sourire aux lèvres et les yeux brillants et leva le magazine :


- J’ai un scoop ! Eloy et Mélite d’Orcy se sont fiancés !

Tout le monde avait ouvert les yeux ronds et des exclamations diverses, amusées pour les uns, scandalisées pour les autres (il faut dire qu’Eloy d’Ollenburg a réussi à se créer un petit groupe de groupies avec ses allures mystérieuses, sa discrétion et ses sourires éclatants). Puis une grande partie des présents s’étaient approchés, afin de lire le magazine. Elias, lui, n’avait pas bougé. Un œil habile aurait repéré comme un voile courroucé sur son visage, mais cela mis à part, il était resté de marbre et avait repris sa conversation, non sans une petite remarque de circonstance au sujet de ces fiançailles. Pour beaucoup, et après lecture de l’article de Grandeur de la Magie, cela avait une tournure de contes de fées. Deux héritiers de noble famille promis l’un à l’autre... c’était caricatural et en même temps, pour qui n’est pas de ce monde, cela avait de quoi impressionner. Les commentaires allaient bon train et alimentèrent les discussions de quasiment toute l’université. Il faut dire que ce n’était pas quelque chose à laquelle on s’attendait. Il y avait Mélite d’Orcy d’un côté, déesse de froideur et de remarques cinglantes, ne réclamant que le calme et la solitude et affichant toujours un air pincé et sévère, la faisant vieillir avant l’âge. De l’autre côté, Eloy d’Ollenburg. Elias avait du mal à le cerner, il le trouvait trop propre sur lui pour être honnête. Il se faisait discret mais dans toutes les situations il paraissait à l’aise, renseigné sur tout et bien à sa place. Ce n’était pas franchement le genre de personne que le danois appréciait, il avait sans arrêt le sentiment qu’Eloy était hypocrite et cachait bien le fond de sa pensée. Avait-il tort ou raison sur ce point, il n’en savait rien et ne voulait pas le savoir.

La journée avait suivi son cours, et après plusieurs heures passées en salle de travail pour avancer un projet de Mécanique magique, il était retourné à la salle commune, attendant que ses potes se pointent. L’après-midi allait sur sa fin et les quatre autres n’allaient certainement pas tarder. D’autant qu’il commençait à avoir faim... mais en attendant, il fallait bien qu’il s’occupe, et il attrapa le magazine qui avait fait tant de bruit dans la matinée. Il en lu l’article présenté à la Une et ne put retenir plusieurs soupirs accompagnés de deux ou trois ricanements. C’était quoi ce torchon de brossage de poils mondains ? Elle était payée par les familles nobles présentes à la réception ou quoi, la journaliste ? Tout le ton était trop mielleux pour lui et on aurait dit que c’était les fiançailles du siècle. En réalité, et c’était bien ce qu’il pensait, il n’y avait là que fric et intérêts politiques en jeu, voilà tout. Tout cela le contrariait. Il ne s’avait pas pourquoi mais il sentait une vague d’irritation monter en lui... Il n’avait pas eu à faire à Mélite d’Orcy depuis le lendemain de l’attaque et encore ils n’avaient pas réellement eu l’occasion de discuter. Il savait qu’elle n’avait pas envie de le voir, mais lui, il appréciait ces drôles de rencontres que le hasard s’amusait à mettre sur leur route. Et puis, ils n’avaient pas eu l’occasion de reparler des évènements d’Halloween... Il aurait bien aimé en savoir plus sur ce qui lui était arrivé, sur ce que l’infirmière avait désigné comme « son don ». Il n’avait pas oublié... il ne comptait pas oublier cette fragilité qu’il avait vu de nouveau, alors qu’elle s’était évanouie et qu’il l’avait porté jusqu’à l’infirmerie. Mélite d’Orcy avait beau dire, elle n’était pas la pierre qu’elle prétendait être, elle n’était pas le marbre dans lequel elle se complaisait, extérieurement.

L’article terminé, il lança le magazine sur la table basse, avec un rictus méprisant puis se leva pour fumer une cigarette, près de l’une des hautes fenêtres qu’il ouvrit légèrement. Pourquoi était-il énervé ainsi ? Il n’y avait aucune raison. Ce n’était pas sa vie, ça ne le regardait pas... il avait voulu ouvrir les yeux de cette Cinnacrow si caricaturale mais il avait été trop optimiste. C’était peine perdue. Le monde des sangs purs n’était décidément pas le sien... oui, mais il ne parvenait pas à s’y résoudre. Il avait apprécié pouvoir avoir à faire à elle, même si tous leurs dialogues avaient été mouvementés et conflictuels. Il avait le sentiment d’avoir encore bien des choses à lui dire, toute une vérité qu’elle enfouissait en elle, de peur de l’admettre. Oui, il avait l’impression de ne pas avoir dit son dernier mot.


- Elias ?

Tout à sa frustration, il fumait en observant un point quelconque de la fenêtre devant lui. Il se retourna pour constater qu’Alex, Malloy, Andrew et Ted étaient là, l’observant curieusement. Et bien, il avait du réfléchir longtemps...


- Viens, on file manger.

Il hocha la tête et écrasa sa cigarette avant de les suivre, sans un mot. Comme il s’y attendait, la Grande Salle était sacrément agitée et la plupart des regards - plus ou moins discrets - convergeaient vers LE couple du jour, LE couple de l’université, Mélite et Eloy, ce dernier étant venu manger auprès de sa fiancée à la table des Cinnacrow. C’était ridicule, dégoulinant de caricature et d’hypocrisie. Leurs fiançailles n’étaient pas de leur fait, le Plumentine en était certain. Il n’était pas du fait de Mélite en tout cas, tel qu’elle lui avait parlé, il en venait à douter fortement que cette dernière puisse connaître la notion d’amour. Il n’y avait pas d’amour là-dedans. Alors pourquoi est-ce qu’Eloy faisait mine de rien ? Pourquoi devait-il se rendre intéressant ? Vraiment, Elias ne comprenait pas. Il n’avait pas non plus réalisé qu’il s’était machinalement assis à sa place à la table de la Maison du Lamentin et qu’il s’énervait avec force sur son morceau de viande. Il répondait aux conversations sans vraiment écouter...

- Elias ? Elias qu’est-ce qui t’arrive ? ... T’en penses quoi du couple Mélite/Eloy ? C’est du bluff ?


A vrai dire, il ne voulait plus penser. Il pensait trop. Brusquement, se souciant peu de la question de Ted qui se trouvait en face de lui, il lâcha ses couverts dans son assiette et se leva. Surpris, les autres Plumes le suivirent du regard, ainsi que les autres étudiants assis à leur table. Il alla directement vers la table des Cinnacrow, s’attirant ainsi l’attention de toute la Grande Salle. Il ne s’arrêta que lorsqu’il fut au niveau des fiancés. Il accorda un regard noir à Mélite, puis se tourna vers Eloy. Sans un mot, sans aucun signe avant-coureur, il lui envoya son poing dans la gueule. Le coup avait été sacrément puissant mais il s’en moquait. Il leur en voulait. Il lui en voulait à elle d’avoir prétendu que non, il n’y avait rien avec Eloy d’Ollenburg et qu’elle n’était qu’une petite chèvre à la blancheur immaculée, il lui en voulait à lui, de jouer un jeu dont la finalité était à gerber. Mélite d'Orcy n'était que le pantin que sa famille voulait qu'elle soit.


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Dernière édition par Elias Jensen le Dim 16 Jan - 22:40, édité 1 fois
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Eloy d'Ollenburg
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MessageSujet: Re: La renaissance d'un cauchemar   Mer 27 Oct - 21:25

Jouer au fiancé amusait beaucoup Eloy. Lors de la réception des fiançailles, être le centre d’attention fut tout-à-fait délectable. Tout les gens présents se devaient de savoir qui il était. Le serveur s’assurait toujours que sa coupe était pleine. Un honorable ministre qui au cours de sa vie devait avoir fait beaucoup pour le sort des sorciers devait s’incliner devant lui alors qu’au fond, Eloy n’avait rien fait pour personne. Mélite ne l’aimait même pas, il n’avait fait qu’accepter la proposition de ses parents de l’unir à la seule héritière des d’Orcy. Quelle quantité de salive l’honorable ministre avait-il usé pour en arriver où il était ? La vie était un monstre d’injustice puisqu’il avait suffit à Eloy de naître dans la famille la plus aisée d’Allemagne et d’épouser l’aristocrate la plus riche de France pour en arriver où il était. L’honorable ministre devait le haïr ou le jalouser, sentiments qu’Eloy ne pouvait que trouver naturels puisqu’il devait sa nouvelle position à un simple « oui ».

De retour à l’université, leur situation ne laissa pas la même impression autour d’eux. Mélite d’Orcy n’était pas autant adulée qu’au sein de familles huppées européennes, bien au contraire. Plusieurs élèves vinrent aborder Eloy à son retour afin de s’assurer qu’il avait bien toute sa tête et qu’il n’épousait pas Mélite sous l’influence d’un quelconque sortilège maléfique. Étonnamment, Eloy calmait non seulement leur suspicion, mais rendait également Mélite plus sympathique à leurs yeux. Il affirmait qu’elle n’était pas la femme glaciale qu’ils croyaient tous. Qu’au fond, Mélite d’Orcy agissait par un besoin de perfection très répandu dans leur milieu et que par conséquent ils étaient bien durs de la juger avec si peu de compréhension alors que la moindre erreur de sa part entraînerait des conséquences auxquelles, lorsqu’on était né dans une famille moyenne, on n’avait pas à se soumettre.

Malgré tout ce qu’il avait pu dire, leur alliance perturbait l’ordre des choses au sein de l’école, et tout le monde les regardait manger leur repas comme si ce fut un numéro époustouflant d’acrobates. Ce soir-là, la présence d’Eloy à la table des Cinnacrow provoqua un silence général qu’il fit mine d’ignorer en se servant une tranche de rôti d’agneau aussi aisément que s’il se fut assit à la table des Plumentine. Toutefois, lorsqu’il piqua sa fourchette dans le morceau de viande, un élément perturbateur vint interrompre la première bouchée de son repas. Un coup de poing si désarçonnant qu’Eloy en échappa sa fourchette qui cogna avec fracas contre la porcelaine de son assiette tandis que sous la force de cette unique attaque, il allait mordre la poussière du plancher de la grande salle. Pendant un instant qui sembla durer une éternité, Eloy ne fit que ressentir la violente douleur qui lui lancinait la joue. Sa tête tournait, forçant ainsi ses mains à s’agripper au sol afin de récupérer son équilibre. Rapidement, la douleur qu’il avait au visage se mua en engourdissement. Eloy releva la tête vers son assaillant en portant la main à son visage pour découvrir non seulement que sa joue boursoufflait déjà, mais que du sang s’en écoulait. À combien de kilomètres à l’heure le poing d’Elias Jensen l’avait-il donc frappé ? Plus pertinent encore, pourquoi diable Elias Jensen l’avait-il cogné ? Eloy ne se souvenait pas lui avoir déjà adressé la parole, ce ne pouvait être quelque chose de personnel entre eux deux. Son regard se tourna alors vers Mélite, davantage persuadé par la théorie qu’elle devait être la raison de tout cela. Lentement, Eloy se releva avec précaution et essuya le sang qui s’écoulait de la blessure.

Aucune colère ne se lisait sur le visage d’Eloy, qu’un fort mécontentement à l’égard d’un geste inapproprié, sans motif valable. Intérieurement, cependant, il jubilait. Le souvenir d’un soir d’Halloween lui revint en tête. Tard dans la nuit, il avait croisé Elias Jensen, s’était fait bousculer par lui, mais ensuite ? Mélite d’Orcy, laissée seule en haut du phare et Elias Jensen qui s’y dirigeait… La rencontre étant inévitable, que s’était-il donc passé entre eux ? À en juger par la force du coup qu’il venait de se prendre au visage, l’évidence même dictait à Eloy que quoi que ce fut, ce ne fut en rien anodin. Il se promit de rendre visite à Ambroise afin de lui chatouiller la mémoire plus tard. Entre temps, Mélite retombait sur ses pieds, l’interpellait à coup de « chéri », tout ça pour sauver les meubles, et la face. Voilà bien une notion qu’Eloy ne pourrait jamais comprendre, lui qui arborait une centaine de masques, un différent pour selon la situation, l’interlocuteur et surtout, selon le chemin qu’il voulait faire prendre au énième acte de son existence. Car Eloy d’Ollenburg n’était rien, qu’un reflet de ce qu’il aurait pu être si un certain type de personnalité s’était avérée permanente chez lui.


-L’uniforme est souillé de sang également, je me verrai forcé de m’en procurer un autre.

Ce fut ainsi qu’Eloy rétorqua aux paroles de Mélite, avant d’ajouter furtivement :

-Certes. Bonne nuit, chérie.

Puis, au fur et à mesure que la silhouette grâcieuse de Mélite s’éloignait d’eux, Eloy détourna son regard d’elle pour fixer Elias d’un air mauvais et sévère.

-Qui crois-tu donc être ?

Eloy fit une pause, insuffisamment longue pour permettre à Elias Jensen de répliquer, mais assez pour accentuer son expression faciale en plissant des yeux.

-Tu ne parviendras jamais à t’approcher d’elle, ni même à lui inspirer une quelconque forme d’intérêt. Reste dans ton monde, Jensen, et laisse-nous vivre dans le nôtre. Bien que cela me dépasse, il y a d’autres jeunes femmes dans cette salle qui seraient prêtes à tuer pour une soirée en ta compagnie. Je suis prêt à oublier cet incident, si tu renonces à adresser la parole à ma fiancée. Crois-moi, je te rends service, tu perdrais ton temps.

Récité comme un texte apprit par coeur, sans aucune hésitation, Eloy s’arrêta là comme on termine la dernière phrase d’un livre. La masse étudiante les fixait toujours passivement, sans réaction ni commentaire. Il en allait de même pour les soit-disant Cinq Plumes restés muets de stupéfaction sur leur banc. Le coup de poing était donc de nature impulsive.

-À moins que...

Eloy jeta un nouveau regard vers Mélite, l’air pensif, puis revint à Elias, le début d'un sourire incertain s'apprêtant à se dessiner sur ses lèvres.

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MessageSujet: Re: La renaissance d'un cauchemar   Lun 17 Jan - 0:28

Devenait-il fou ? Etait-il possible, pour une raison ou une autre, que l’une des attaques qu’il avait reçu lors de l’intrusion de l’Ordre de l’Ouroboros dans l’établissement ait altéré son esprit d’une quelconque manière ? Comment pouvait-il expliquer les raisons de son geste ? Pourquoi être passé à l’acte, d’ailleurs. Oui, il devait être fou, dégénéré comme la Cinnacrow se plaisait à l’appeler. Il ne parvenait même pas à s’expliquer à lui-même, pourquoi, tel un automate, il s’était levé et avait cogné Eloy d’Ollenburg de son poing. Il n’avait pas été tendre d’ailleurs. C’était comme si... comme s’il s’était laissé envahir par la rage soudaine qu’il avait senti naître en entendant la nouvelle du mariage des deux jeunes aristocrates. Mais pourquoi n’était-il pas parvenu à se contenir ? La colère, la rage, les sentiments puissants, c’était quelque chose qui faisait son caractère. Impulsif, voilà ce qu’il était. Impulsif et bagarreur et même si cela peut surprendre, il n’en était pas moins intelligent pour autant. En règle générale, il savait quand est-ce qu’il pouvait exploser et quand est-ce qu’il devait se contenir. Dans une situation comme celle-ci, il aurait du se contenir. Il aurait du se contenir. Mais il ne l’avait pas fait.

Respirant bruyamment, la main gauche encore douloureuse sous la force du coup, il fixait sans même s’en rendre compte l’assiette devant laquelle se trouvait, dix secondes auparavant, Eloy d’Ollenburg. Il l’avait frappé. Devant la Grande Salle au grand complet, au milieu des potins concernant le couple officialisé, il l’avait frappé. Autant mettre en gros une cible sur son torse « JE VEUX ÊTRE AU CENTRE DES RAGOTS, RAILLEZ-MOI ». Cela n’aurait pas mieux fonctionné. Il avait frappé le fiancé, celui qui faisait la Une des magasines, celui dont le nom était sur toutes les lèvres de l’établissement et risquait de l’être d’autant plus. Indirectement, il avait frappé la fiancée, également. Il avait frappé ses grands airs de femme forte, ses manières de petite aristocrate qui veut faire croire que rien ne l’atteint, son comportement de poupée désarticulée qui se laisse guider par les intérêts de sa famille, les affaires des nobles. Il avait frappé tout ce qu’il avait essayé de mettre à plat devant elle, lorsqu’ils s’étaient croisés, tout ce qu’il avait voulu combattre chez cette jeune femme qu’il avait vu si faible, à leur première rencontre. Celle qui s’était encore laissée faiblir, la seconde fois qu’il la voyait. Il avait frappé cette femme faible, qui se cachait sous ce masque d’indifférence et de froideur. Il l’avait frappé pour lui reprocher de cacher tout ce qu’elle était réellement, tout ce qu’elle laissait pourrir à l’intérieur, croyant que dans la vie que lui imposaient les autres, elle vivait. Non. Fiancée à Eloy d’Ollenburg, elle se contentait de survivre. L’argent, les manières, les réceptions mondaines... qu’elle ne lui fasse pas croire que c’était ce qu’elle voulait. S’amusant à tourmenter ses sens, à tourmenter son esprit et ce qu’elle croyait être une réalité établie, Elias avait fini par voir ce qui se cachait sous le marbre, même si elle ne voulait pas l’admettre. Il l’avait vue, dans la salle à Revers. Il ne pouvait pas fermer les yeux, ce n’était pas dans sa nature.

Et elle était devenue une obsession. Une obsession malsaine, certainement. Comme toutes les obsessions. Il ne pouvait concevoir une vie comme celle qu’elle menait, comme celle qu’elle prétendait aimer vivre. Il était utopique, ce n’était un secret pour personne. Il croyait en La grande Révolution, un jour. Celle qui abolirait l’esclavage sous toutes ses formes et les inégalités ancrées dans la société magique, que la masse aveugle, ne voyait plus. Il croyait à l’arrêt des ségrégations ethniques, il croyait à une vie ou Moldus et Sorciers cohabiteraient, à une vie où les Cracmols auraient leur place. Toute leur place. S’il croyait à tout cela, pourquoi ne pas croire au fait qu’un jour, Mélite d’Orcy vivrait sa vie pour elle-même, par elle-même, loin des repères imposés par sa famille et son milieu. Elle ne serait pas l’ombre d’elle-même, portrait indifférenciée d’une énième jeune fille de bonne famille, qui se dit forte, égoïste et solitaire par envie, alors qu’en réalité, elle n’est que ce que l’on attend d’elle. Elevée dans ce carcan dès son plus jeune âge, comment peut-elle prétendre que cette vie est celle qu’elle souhaite, réellement ? Il ne la comprend pas. Il sait qu’elle souffre, il l’a vue souffrir, alors pourquoi nie-t-elle ? Voilà ce que pourrait être un mariage entre Mélite d’Orcy et Eloy d’Ollenburg : le jour où la jeune fille nierait jusqu’à sa propre existence en tant que personne.

Eloy d’Ollenburg. Même en mettant de côté tout ce qui avait trait à Mélite, il avait pris plaisir à le frapper. Il le connaissait mal, mais il ne l’aimait pas. Il n’était pas une personne en qui il aurait pu avoir confiance. Chez lui, tout puait l’hypocrisie, rien ne semblait naturel. Il était trop « parfait » pour être sincère. Il était ce qu’Elias n’aimait pas. Un jeune aristocrate fils à papa qui faisait en sorte d’exceller dans tous les domaines de la vie : à l’université, en se faisant bien voir auprès des professeurs et des autres étudiants, et maintenant, en se faisant une place dans les derniers potins, se faisant l’image d’un jeune couple parfait. Mais rien dans tout cela était parfait. Elias était-il le seul à le voir ? Le seul à ne pas croire tous ces faux-semblants ? Le seul à voir combien tout cela dégoulinait de fausseté ? Il avait envie de crier à tous les autres présents de la salle : Arrêtez de vous leurrer ! Arrêtez de célébrer ces aristocrates qui vous écrasent ! Arrêtez de jalouser leur vie puante, les mensonges qu’ils affichent à la face du monde... Ne voyez-vous rien ? Cette jeune fille vous ment. Elle se ment à elle-même. Mais tout le monde s’en moquerait. Nul ne le croirait, Mélite d’Orcy joue trop parfaitement son rôle. Et lui... il n’est que le valet ridicule d’une pièce en déjà trois actes. Il le voit dans ses yeux, elle le hait. A-t-elle des raisons de le haïr ? Certainement, il en a conscience. Il n’est qu’un parasite sur sa route, un parasite tenace qui risque de la rendre folle, elle aussi. Aussi folle qu’il est en train de devenir fou. Jamais il n’aurait du faire ceci. Il avait ses raisons. Une multitude de raisons, mais jamais il n’aurait du faire ceci. Elle le hait. Il se hait aussi, de n’avoir réussi à contenir son corps et sa fureur. Il aurait pu lui faire part de sa colère de la même manière qu’ils s’étaient toujours affrontés, Mélite et lui. A l’abri des regards, dans des lieux isolés où rares sont les gens qui s’aventurent. Il aurait du se contenir. Mais il ne l’avait pas fait. Et voilà le résultat. Eloy, sur le sol, se redressant peu à peu, la joue boursoufflé, la lèvre en sang. La Cinnacrow, le regard haineux posé sur lui, l’espace de quelques secondes, avant qu’elle ne se penche vers son... fiancé. Lui, toujours énervé, le poing toujours serré et douloureux, la cible de tous les regards. Et Mélite qui fait se qu’elle a à faire, se baissant vers Eloy, et lui adressa quelques douces paroles au passage. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle lui parle, en vérité. Il s’attendait à ce qu’elle contienne sa colère, elle aussi jusqu’à ce que le hasard les remettent tout deux sur la même route. Mais là, point de hasard. Juste un rendez-vous, annoncé en quelques rapides paroles, d’un ton aussi tranchant que des lames. Un rendez-vous qui n’aura surement rien d’agréable. Il hésite quant à la manière de réagir à ces mots, et se dit que finalement c’est ce qu’il attendait. Lui aussi avait besoin d’expulser sa rage et sa déception à son encontre, différemment qu’à travers Eloy d’Ollenburg. Il ne dit rien. Il y sera. Il réalise ensuite les regards posés sur lui. Il devait s’y attendre. En règle générale, il aimait être la cible de toutes les attentions, lui et les autres Plumes, c’étaient les mecs cools, les mecs populaires, les mecs enviés ou jalousés par l’établissement tout entier (ou presque). Mais là, il n’était pas fixé parce qu’il était un Plume. Non, il était le loser qui interférait dans le conte de fée officiel de l’établissement, dans cette romance montée de toutes pièces et qui pourtant, suscitaient l’envie de bien des présents. Mais plus que cela, il serait le vilain petit canard dans ces fiançailles aux allures d’idylle. Il serait la petite tache sur le beau tableau, celle que l’on ne peut gratter de peur de tout abimer. Celle qui fera couler beaucoup d’encre et beaucoup de salive. Celle qui ternirait sa réputation, la réputation de Mélite aussi, surement, celle du couple, celle des Cinq Plumes, peut-être ?

Il aurait du y prêter attention. Dans l’immédiat, il savait juste qu’il serait l’objet des rumeurs et des haines de bien des personnes. Et comme s’il ne le réalisait pas assez bien voilà que Mélite continuait son petit jeu. « Chéri ». Comment ce mot pouvait sortir de sa bouche, elle qui lui avait bien suffisamment dit sa conception de l’amour. Cette vierge qui se veut intouchable, il lui en faut bien peu pour perdre de sa blancheur... Il grimace et sait que ce simple geste ne passe pas inattendu. Il se tourne légèrement vers Eloy puis Mélite, tour à tour. Il ne parle pas. Son poing a parlé pour lui. Un peu trop, d’ailleurs. Il entend Eloy lui répondre, jouant le même jeu. Il se doute que pour lui, tout cela n’était qu’un amusement des plus plaisants. L’occasion de faire parler de lui. Elias ne doute pas une seule seconde qu’Eloy parviendra même à user de cet incident pour se mettre encore plus à l’affiche. Il sert de nouveau son poing. Puis la Cinnacrow ne laissant absolument rien trahir son ressenti plie rapidement sa serviette et s’en va, comme si de rien était. La reine du bal disparait, laissant derrière elle deux paires d’yeux fixer son départ. Un départ qui annonce encore bien des choses, ce soir, à minuit, dans ce Phare à hiboux qui en a vu de belles. La journée va être longue. Mais ne l’a-t-il pas cherché ?

« Qui crois-tu donc être ? ». De peu, il l’aurait oublié celui-là, son arrogance aristocratique affichée en grand sur son visage. Mais l’autre Plumentine, lui, semble avoir beaucoup à dire et ne se fait pas prier. Et au fur et à mesure de ses paroles, Elias sent sa rage renaître. Sa rage envers ce type qui manie si bien les mots et sait parfaitement toucher juste, sa rage envers lui-même, conscient de tout ce qu’Ollenburg est en train de parler. Il sait qu’avec ce simple coup de poing, il a laissé se déverser comme une traînée de poudre la trace de son intérêt pour Mélite d’Orcy. Plus il parle, plus Elias sent l’énervement revenir. Et lui, qui est-il pour donner des ordres ? N’est-il pas, lui aussi, un autre pantin articulé par la volonté de sa famille, par l’attrait de l’argent et de la réputation ? Il aurait pu répondre, mais le moindre de ses mots n’aurait fait que l’enfoncer d’avantage. Il aurait pu répondre, il aurait pu rétorquer lui aussi quelques paroles bien placés. Eloy d’Ollenburg était tout ce qu’il déteste. Arrogant, vantard, pédant, fils de bonne famille qui le fait clairement comprendre. Il se retient. Il doit se retenir.

Mais le dernier sous-entendu, ce « à moins que » agrémenté d’un fin sourire vient comme électrochoc. Avec la même impulsivité que celle dont il avait fait preuve au départ, sous le regard abasourdi du reste de la Grande Salle, il attrape Eloy par le col de sa veste et le fixe droit dans les yeux.

- Tu sais quoi d’Ollenburg ? Ferme ta gueule pour voir.

Et il le balance avec force sur le sol, ce sol qu’il venait à peine de quitter. L’air mauvais, la rage prenant possession de lui, il s’assit sur le corps du Plumentine, lui coupant ainsi le souffle. Il se penche alors plus près et murmure :

- Il n’y en a qu’un seul, de monde. Reviens sur Terre p’tit bourge. Dans le monde des poings, je serais toujours au-dessus.

De quoi être fier ? Absolument pas. Et il se remet à lui asséner des coups au niveau du visage. Trois, précisément. Juste le temps avant lequel il se sentit tiré par l’arrière, forcé d’arrêter et de se redresser. A ses côtés, Alex et Andrew lui maintiennent fermement les bras. Dans leurs yeux, l’incompréhension la plus totale. Elias ne dit rien. La Grande Salle s’est faite silencieuse et est comme figée, si ce n’est la silhouette qu’il voit rapidement descendre de l’estrade du personnel. Quelques secondes passent ainsi, jusqu’à ce que Celyn Creedpeur s’approche, le visage fermé et la voix froide.

- Monsieur Jensen, je veux vous voir dans mon bureau dans une heure. J’espère que d’ici-là, vous vous serez calmé et que vous n’offrirez plus de spectacles aussi scandaleux.

Elle se tourna ensuite vers Eloy que des Cinnacrow se trouvant tout près de la scène aidaient à se redresser.

- Quant à vous Monsieur d’Ollenburg, je vous conseille de vous rendre à l’infirmerie.

Ceci dit, elle posa un nouveau regard sévère sur Elias et retourna à sa place, rejoindre les autres professeurs qui affichaient des mines courroucées. Elias la regarda s’en aller en haussant les épaules, puis d’un mouvement brusque des bras, fit en sorte qu’Andrew et Alex le lâchent. Il fixa Eloy d’un air méprisant puis sans rien dire, reprit la direction de la table des Plumentine et retourna s’asseoir à sa place. Rideau.



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Malloy Van Basten
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MessageSujet: Re: La renaissance d'un cauchemar   Lun 31 Jan - 20:07

* … *

Un cours en amphi aussi passionnant que les autres, aucune voisine intéressante aux alentours... Cette heure allait être longue. Très longue. Si longue que le type devant lui s'étala complètement sur sa table au bout de dix minutes, laissant dépasser quelques pages cornées d'un journal qui avait l'air d'être passé entre quelques mains avant de se retrouver là. Malloy n'eut qu'à tendre le bras pour extraire sans ménagement mais non sans difficulté le torchon imprimé de sous la tête de son propriétaire. Celui-ci grommela une seconde et reprit sa sieste sans plus broncher. Grandeur de la Magie. Ben voyons, mon cher. Rien que ça. Pas très convaincu de la pertinence ni même de l'intérêt du contenu de la chose, il lui suffit d'un coup d'oeil en direction du prof pour constater que de toute façon, il n'aurait rien de mieux à faire, alors...

Il parcourut quelques pages au hasard, et entre les récits de prouesses de jeunes sorciers de bonne famille précoces (on se demande bien pourquoi...) et les lamentations de la vieille Madame de Morency dans l'article : « La fille de ma voisine s'est mariée à un moldu » (choquant, très choquant), il y avait... autre chose. Une autre chose qui prenait bien cinq pages d'ailleurs. Emplies de poignées de mains, de réjouissances et autres sourires hypocrites. Un sourire, en particulier, était des plus étonnants. Il n'aurait jamais pensé voir ça un jour et pourtant... D'Orcy souriait. Elle qui ne bougeait les lèvres que pour mépriser les gens autour d'elle. Alors comme ça elle s'était fiancée, la jeune pucelle, et pas à n'importe qui. L'autre d'Ollenburg. Il ne les avait jamais vu batifoler dans les plaines embrumées, mais de toute façon, qui aurait pu penser au mot « amour » ni même au mot « sexe » face à cet article? C'était beau, c'était bien, c'était noble, c'était pur … c'était dégueulasse. Et purement politique et intéressé surtout. Il ferma vite ce « journal » hideux avant qu'une envie de vomir ne lui prenne, et entreprit d'imiter son voisin de devant jusqu'à la fin du cours, au vu des circonstances.

Le soir-même il descendit en direction de la Grande Salle avec les autres Plumes, mis à part Elias qui était introuvable depuis quelques heures. Ils finirent par le trouver, pensif et seul avec sa clope. Rien de très inhabituel diraient certains, mais Malloy sentait comme un malaise chez son pote, sans pouvoir en cerner la raison au premier abord. Il les suivit cependant jusqu'à la table des Plumentine sans broncher. Dans la Grande Salle, les yeux étaient évidemment tous tournés vers les people du moment. Malloy leva les yeux au ciel et préféra ignorer cet engouement pour déguster un délicieux magret de canard, pendant que les discussions tournaient toutes autour du même sujet. Pendant ce temps, il était assis en diagonale d'Elias et l'observait un peu. Il ne disait pas le moindre mot mais c'était certain : quelque chose le contrariait.

Ce qui se produisit alors fut assez étrange. De nature plutôt raisonnée, si Elias lui avait dit « Bon, j'vais me lever et lui foutre mon poing dans sa gueule. », Malloy aurait tenté de l'en dissuader coûte que coûte. Mais le Danish s'était levé sans prévenir. Et après un certain temps de réaction avant de réaliser ce qui s'était passé, le premier réflexe de Malloy fut de... rire. Non, c'est vrai, c'était si bien envoyé! Et tellement drôle, de voir ce fils à papa souffrir, là, sur le sol. C'était du beau spectacle, il n'y avait pas à dire. Mais il ne fallait pas que ça finisse en boucherie. On venait de frapper le « fiancé » de Mélite d'Orcy tout de même. Instinctivement, Malloy sortit sa baguette sous la table, au cas où. La Cinnacrow fit le tour pour murmurer quelque chose à l'oreille d'Elias. Un moment pendant lequel Malloy se tint plus prêt que jamais à réagir. Finalement rien ne se passa et celle-ci quitta tout bonnement la salle, probablement humiliée, après une brève scène de compassion pour son...chéri. D'Ollenburg daigna enfin ouvrir la bouche, pour s'engager dans une querelle distinguée. Mauvaise stratégie évidemment. Ce n'était pas les regards de tous qui dérangeraient Elias, une fois qu'il était lancé, il irait jusqu'au bout. Et ça ne loupa pas. Prise par le col et bim! Retour à la poussière pour le sang-pur. Malloy ne put s'empêcher de se retenir de sourire quand Elias s'assit sur d'Ollenburg. Le genre de chose qu'il faut voir une fois dans sa vie au moins.


« Euh...Alex... »

C'était lui qui s'était approché le plus près et qui du coup put réagir le premier avec Andrew pour retenir Elias. Ça ne devenait pas bon. Elias commençait à frapper avec une certaine frénésie qu'il valait mieux stopper net. L'arrivée de Creedpeur arrêta alors toute possibilité de poursuivre. Malloy avait oublié l'espace d'un instant que le spectacle venait de se dérouler aussi bien devant les yeux des profs que devant les leurs. Mais l'affaire ne s'arrêterait pas là, il fallait bien se le dire. Elias avait tapé haut, aussi bien au niveau de la hiérarchie Swynienne qu'au niveau de la hiérarchie sociale, ou plutôt sorcière. N'empêche que ça restait un beau coup. Remuer un peu les hautes sphères, quoi de plus exaltant? Mais en voyant Elias revenir à la table des Plumentine, Malloy ne put s'empêcher de penser qu'il y avait autre chose. Déjà, le soir d'Halloween, une Mélite d'Orcy inexplicablement inconsciente dans ses bras, et à présent ça. Il y avait anguille sous roche. Les pulsions qui l'avaient poussé à frapper Eloy indéfiniment avant qu'Alex et Andrew ne le retiennent ne pouvaient pas être simplement le signe d'un dégoût pour les hautes familles sorcières. Il y avait bien autre chose là-dessous.

« Eh beh! Bien joué mec ! Very Happy »

Puis après une gorgée de jus de citrouille, il poursuivit tout de même, un peu plus discrètement :

« Mais, je crois que tu vas devoir nous expliquer deux ou trois petites choses, là. »

Il lui jeta un regard entendu sans se défaire d'un léger sourire. Il n'avait pas trop cherché à en savoir plus après l'évènement du soir d'Halloween, mais là, ça devenait plus qu'intriguant.
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Eloy d'Ollenburg
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MessageSujet: Re: La renaissance d'un cauchemar   Ven 4 Fév - 20:41

Comme le lui conseilla Elias avec un manque de politesse certain qui choquerait Mélite à outrance, Eloy garda le silence, docile. Il se laissa même agripper par la veste sans résister, un sourire insolent collé au visage, et ce ne fut qu’une question de secondes avant qu’Elias lui renvoie son poing au visage. Et vlan, Eloy se retrouvait une nouvelle fois face contre terre sous une foule de regards déconcertés ! Elias Jensen : 2, Eloy d’Ollenburg : 0.

-Tu te crois en plein match de catch ?

Le corps écrasé sous le poids de son adversaire, Eloy respirait avec difficulté. Sans prévenir, Elias lui asséna un autre coup de poing, cette fois sur la tempe, suivit d’un direct sur le haut de la joue, tout près du nez, et un dernier tout aussi puissant en plein sur l’os de la mâchoire. La vue d’Eloy s’embrouilla lorsque deux silhouettes se jetèrent sur Elias pour le calmer. La voix de Celyn Creedpeur vint remettre un peu d’ordre dans la situation tandis qu’Eloy, aidé de quelques Cinnacrow, se remettait sur pieds en titubant. L’arcade sourcilière fendue, un filet de sang s’écoulant de sa narine gauche, Eloy faisait pâle figure devant Elias Jensen.

-Tu recevras un hibou de mes avocats très bientôt, Jensen. On t’enfermera avec les déments à Ste-Mangouste, tu peux compter là-dessus.

Celyn Creedpeur adressa un regard sévère à Elias qui le fixait toujours de son incommensurable colère. La directrice s’en retourna à la table des professeurs après avoir suggéré à Eloy de se rendre à l’infirmerie pour soigner ses blessures. Ce dernier se passa la main sur le visage en retenant un gémissement. Quelle sensation saisissante ! Eloy entendait son sang palpiter à toute vitesse. Sa peau bouillait, aussi brûlante que s’il sortait tout droit d’une source chaude.

Eloy devinait ce qui énervait tant Elias. Tant d’attitude bourgeoise le répugnait. Il se révoltait même contre les mariages arrangés. Eloy n’en attendait pas tant de lui. Il fallait même qu’Elias condamne la monogamie. Exhiber ses mœurs libertines ne le satisfaisait pas s’il ne piétinait pas sur les dogmes de la haute société. Les réactions des Cinq Plumes étaient si prévisibles qu’Eloy se croyait au cœur d’un film de série B dont on voyait venir les répliques à cent kilomètres à la ronde. Il n’en voulait pas à Elias, qui pouvait le blâmer ? L’incrédulité de la masse à la vue de Mélite d’Orcy accrochée à son bras le faisait beaucoup rire. Comme s’il venait de dompter une jument sauvage racée que tout le monde cherchait à museler et brider. Eloy, lui, n’avait fait qu’accepter sa nature. Parler le même langage, imiter les réflexes. À quoi bon changer Mélite d’Orcy ? Eloy désirait l’épouser telle qu’elle était, que pouvait-elle demander de plus ? Elias Jensen ne pouvait sûrement prétendre à une pareille bonté d’âme.

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Andrew McAllen
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MessageSujet: Re: La renaissance d'un cauchemar   Mer 9 Mar - 14:58

Immanquable. Il y en avait toujours une pour venir foutre la merde. Les filles étaient douées pour ça, un vrai talent inné. Lizzy qui transformait Alex en caniche en le coiffant d’écharpe tricotée passait encore, mais Mélite d’Orcy ? C’était pas sérieux. Qu’est-ce qu’il foutait, le Danish ? Andrew le savait sélectif sur ses conquêtes, mais là, il déconnait grave. Pas parce qu’elle venait de se fiancer, non, rien à cirer de ça. Elias pouvait coucher avec une femme mariée qu’Andrew n’en serait pas choqué. Ce qui le dérangeait, à part le fait que ce soit Mélite d’Orcy, c’était qu’Elias réglait ça en public. Surtout que ça lui ressemblait pas du tout, d’agir comme ça. Se rendait-il compte que tous les regards étaient posés sur lui ? Pas des regards langoureux ou admiratifs, non. Un troll aurait défoncé les portes de la Grande salle que leur tête n’aurait pas été bien différente. Andrew déposa sa fourchette à côté de son steak à moitié entamé, l’air ennuyé. Elias valait plus que ça. Plus que la soi-disant parfaite reine des glaces de Cinnacrow. Ces aristocrates avaient le don de l’écœurer. Au diable tous ces gosses de riches, ils ne chiaient pas de l’or, si ?

Elias venait de se jeter sur d’Ollenburg avec un nouvel élan de rage. Cette confrontation tournait au vinaigre. Andrew se leva d’un bond, Alex sur les talons, prêt à mettre la force qu’il faudrait pour empêcher Elias d’amocher davantage le fiancé de l’autre. De la table des professeurs, Celyn Creedpeur se dirigeait vers eux, furibonde. Andrew resserra sa poigne sur le bras d’Elias qu’il tira vers l’arrière.


" Arrête vieux, il a eu son compte ! "

À deux, ils réussirent à l’immobiliser, ce qui n’empêcha pas la directrice de lui passer un savon avant qu’ils retournent tous les trois se rasseoir à la table des Plumentine, là où Malloy se marrait, Ted à ses côtés. Andrew défia du regard l’assemblée avant de reprendre sa place :

" Mêlez-vous de vos assiettes, y’a plus rien à voir. "

La majorité des élèves leur tournèrent le dos et reprirent à voix basse leurs conversations. Andrew envoya un clin d’œil à Alyrah à la table des Dorelly et en revint à ses potes, un brin plus détendu. Elias avait fait des vagues à l’automne dernier avec cette histoire d’infirmerie avec d’Orcy, mais ce soir la situation dépassait les bornes. Andrew n’avait jamais cherché à creuser plus loin, persuadé qu’il n’y avait pas de quoi s’en faire. Que ce n’était rien. Qu’Elias ne se laisserait pas affecter par ce que Mélite d’Orcy pouvait être ou ne pas être. La vérité, c’est qu’il voulait croire Elias au-dessus de ça. C’était vrai quoi, ils étaient les Cinq Plumes, oui ou merde ? Pourquoi s’attarder autant sur ce genre de filles ? Elias disait toujours que l’océan regorgeait de poissons, et c’est à un moment pareil qu’Andrew se demandait s’il devait rappeler à son pote ses propres paroles.

Andrew ne se rendait pas compte qu’il jugeait durement ses potes. Le truc, c’est que pour lui, les Cinq Plumes, c’était à la vie, à la mort. De penser qu’une fille pouvait détruire tout ce qu’ils avaient construit le rendait malade. Surtout si la fille en question s’appelait Mélite d’Orcy. Quoi que non. Il en voudrait à n’importe laquelle d’entre elles. Quel égoïste parfois, cet Andrew. Il ne se le cachait pas, mais n’y pouvait pas grand chose non plus. Une bouteille whisky ferait vachement de bien, là tout de suite. Malloy et Alex insistaient suffisamment auprès d’Elias pour qu’il vide son sac qu’Andrew n’ajouta rien. Il s’étira le bras jusqu’au panier de pain et le fendit en deux avec nonchalance.


" Tu m’passes le beurre, Malloy ? "

Ton dégagé. Allez, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. C’était pas sérieux. C’était jamais sérieux, et ça ne le serait jamais, pas vrai ?
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Elias Jensen
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MessageSujet: Re: La renaissance d'un cauchemar   Sam 26 Mar - 16:17

Frustré. La première sensation qui lui vint fut celle-ci. Absolument frustré. Il aurait souhaité se défouler encore plus, montrer à ce fils de bonne famille que la réalité faisait mal, dans tous les sens du terme. Il ne répondit rien à la première remarque. Dans un autre contexte, il aurait pu tiquer un instant sur le fait qu’un sang-pur de la sorte connaisse un terme Moldu mais là, il n’en dit rien, il n’avait rien à en dire.

Les bulles dorées ne marchent qu’un temps, après il faut lever le voile et comprendre vers où l’on va. Et quand les décisions ont été prises par d’autres, c’est d’autant plus difficile. Elias savait qu’Alex et Andrew avaient fait la seule chose à faire. Il aurait pu aller loin. Très loin. Trop, sans doute. Il valait mieux ne pas savoir. La pression qu’avaient exercé ses potes en le tirant en arrière l’avait ramené sur Terre. Il avait résisté avant de comprendre qu’il devait s’arrêter. Il aurait pu continuer, encore et encore, pour extérioriser sa frustration à l’encontre de ce monde qui n’était pas le sien, à l’encontre de règles qu’il ne comprenait pas, à l’encontre de ces idéologies d’un autre temps, qui selon lui, n’avaient pas le droit de prévaloir sur la vie des individus. S’il avait été seul, il aurait continué, c’était certain. Eloy d’Ollenburg en aurait pris plus que pour son grade. Il en aurait pris pour Mélite d’Orcy et ses contradictions, pour lui et son imbuvable fierté et pour tous ceux qui, semblables aristocrates à l’intérieur de l’établissement ou à l’extérieur, affichaient leur supériorité à tout bout de champ pour un prétexte aussi ridicule que le sang. Affichaient leur prétendue supériorité et leurs principes archaïques, également. Laisser ça diriger la société ? Plutôt crever !

L’espace de quelques secondes, il aurait pu gueuler à l’encontre d’Alex et Andy. Il aurait pu leur dire de se mêler de ce qui les regarde, qu’ils n’avaient pas à intervenir… mais ce serait mentir. Ils l’avaient probablement tiré d’un mauvais pas. Il fit en sorte qu’ils le lâchent et sans un mot, après les paroles de la Directrice qui repartait déjà vers la table du personnel, reprit la direction de sa place à la table des Plumentine. Dans la salle, pas un mot. Mais des regards. Beaucoup de regards. Juste des regards, dont la grande majorité convergeait vers lui, si ce n’était pas vers Eloy d’Ollenburg qui prenait la direction de la sortie de la salle.

Une fois assis, il eut la sensation d’un grand flottement autour de lui. Il réalisait encore mal ce qu’il venait de faire et les conséquences que cela allait engendrer, tant pour lui que Mélite d’Orcy, certainement la première à subir les rumeurs qui allaient naitre de tout cela. Il n’avait pas réfléchi et une nouvelle fois aller en payer le prix. Devant lui, à côté, les Plumes lui lançaient des regards en biais. Il se sentait mal à l’aise. Il voulait partir de là. Il ne pouvait pas.

Il s’attendait à leurs réactions. Malloy fut le premier à prendre la parole, suivi de près par Alex. Ils voulaient comprendre et cette fois-ci, il ne pourrait pas esquiver comme pour le bal d’Halloween. Il s’était lui-même découvert, il avait fait la chose la plus conne au monde, et maintenant, il devrait y répondre. « Expliquer deux ou trois petites choses »… comment pouvait-il expliquer quoique ce soit alors que dans son esprit, tout s’embrouillait ? Il sentait juste son sang battre sa tempe avec force et une énergie folle parcourir ses bras, ses poings. Il avait encore de la force à revendre. Mais alors, que leur répondre ? Il laissa un silence envahir ce bout de la table des Plumentine, là où se trouvaient les Plumes. Il saisit la carafe d’eau et se servit un verre. Il le but d’une traite et le reposa, sentant tout autour de lui une foule de regards fixés sur lui. Il fallait qu’il se calme, il fallait qu’il reprenne ses esprits. Andrew de son côté, n’y allait pas franco, il fit mine de rien, demandant d’un ton relax le beurre à Malloy. Mais Elias n’était pas dupe, si Alex et Malloy ne l’avaient pas fait avant, sans doute aurait-il questionné, lui aussi.

Il laissa échapper un long soupir et dévisagea tour à tour ses quatre potes. S’ils ne disaient rien, ils devaient le juger. Tous. Il ne leur avait jamais rien dit concernant Mélite d’Orcy. Pourquoi l’aurait-il fait de toute manière ? Mais maintenant, il était impossible de demeurer éternellement dans le secret. Que dire ? Il aurait tellement aimé leur lancer « Faites comme si vous n’aviez rien vu ». Mais là, il ne pouvait pas.


- Je…

Par quoi commencer ? Pouvait-il tout dire ? Il n’était pas du genre à hésiter lorsqu’il devait parler, mais là, tout était différent… Et puis, devait-il se livrer ainsi alors que la Grande Salle était toute rivée sur lui ? Il observa autour d’eux et fusilla du regard le groupe de filles assises juste à côté, sur la droite, et qui semblaient toutes attentives à ses paroles.

- Vous. Allez vous asseoir ailleurs.

L’ordre ne permettait aucune discussion. Le regard noir, presque fou, qui l’accompagnait non plus. Les trois filles se dévisagèrent et se décalèrent d’un cran, quelques chaises étant fort heureusement libres à côté. Il reporta alors son regard vers Malloy, qu’il sentait suspicieux, puis vers Alex. Sur le visage de celui-ci, il crut saisir un air courroucé à son égard. Cet acte l’avait-il fait tomber si bas dans l’estime de son pote ? Il fallait tout de même qu’il se lance. Ce coup d’éclat aurait très certainement des répercussions sur tout le groupe des Plumes, il leur devait des explications, même s’il n’était pas certain d’être en mesure d’en donner. Alors, le ton peu assuré, il lâcha, à voix basse :

- … J’ai un problème avec d’Orcy.

Formulé ainsi, c’était anodin, ridicule certainement, mais il ne parvenait pas à peser clairement ses mots. Sentant les regards attentifs des autres Plumes, il tenta de développer.

- Elle est pas conne. Elle est pas moche. Elle se laisse crever pour des putains de convenances !

Il se retenait pour ne pas hausser le ton plus que de raison. Ce n’était guère le moment ni l’endroit.

- ... Sérieux, j’peux pas vous expliquer...

Mais cela ne leur suffirait certainement pas. Il ne pouvait pas tout leur dire, il ne le voulait pas. Il leur devait toutefois plus que ces simples mots... Qui aurait cru qu’un jour il se mettrait de lui-même dans une merde pareille, dans une situation aussi délicate ? Certainement pas lui. Certainement pas pour une fille. Certainement pas pour Mélite d’Orcy.

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Ted Hanson
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▌Pays d'origine: Lande d'Ir
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MessageSujet: Re: La renaissance d'un cauchemar   Sam 28 Mai - 20:50

Panier, piano, panier, piano, panier, piano, pianier, pianio, ia-o-ia-o-ia-o…

Heureusement que les premiers étudiants sortaient de l’amphi, l’ennui le poussait à d’étranges extrémités. Il aurait dû être à l’intérieur avec Malloy, au lieu de l’attendre de ce côté-ci de la porte avec son yoyo, mais ce cours était tellement barbant qu’il n’avait pas eu le courage de s’y rendre aujourd’hui. Ni la fois d’avant, d’ailleurs. Et peut-être celle encore d’avant, il ne se souvenait plus. En voyant la trace sur la joue du Plume plus téméraire que lui qui sortait avec les autres, Ted étouffa un rire. Apparemment, l’amphi avait été encore plus intéressant qu’il ne l’avait imaginé. Sur quoi s’était-il endormi, sa règle ? Ted fit remonter une dernière fois son yoyo jusqu’à sa paume avant de le laisser tomber au fond de sa poche pour tenir compagnie à un mouchoir et dix centimes. Quelques taquineries, quelques histoires, puis ils partirent vaquer chacun à leurs occupations, après que Malloy lui eut appris que D’Orcy et D’Ollenburg s’étaient fiancés. La perle de l’aristocratie française et le joyau de l’aristocratie allemande, quelle surprise… Ils allaient encore avoir une vie bien joyeuse remplie de lollipops et de montagnes russes, ces deux là. Il allait falloir penser à parler d’elle sous le nom d’Ollenburg, après… C’était un nom qui allait tomber raide du panneau des légendes universitaires. Bientôt, on ne pourrait plus dire « fais pas ta D’Orcy », quelle tristesse…

Le soir venu, lorsqu’ils trouvèrent enfin Elias, Ted renchérit à la suite des autres :

- Oui, laisse ta clope, je meeeurs de faim !

Comme d’habitude, cela dit. On pourrait se faire une fortune en pariant sur le fait qu’il avait faim ou non. Alors il fut le premier à s’installer à la table, Elias le rejoignant en face de lui, et le premier à remplir son assiette. Avec deux parts de tarte. Pourquoi ne commencerait-il pas par le dessert si c’était ce qui lui faisait le plus envie ? Il n’y avait pas d’ordre pour manger, sauf chez certaines personnes un peu bizarres qui mangeaient non seulement dans un certain ordre mais encore avec des fourchettes différentes à chaque plat. Nous ne donnerons bien entendu aucun nom et ne pensons à personne de particulier. Après avoir fait honneur au dessert d’une première bouchée, Ted s’adressa à Elias, parlant de tout et de rien, du dernier match de Quidditch et de la couleur des poissons rouges, mais celui-ci répondait systématiquement à côté, par monosyllabes, apparemment pas du tout intéressé par quoique ce soit. Quelque chose n’allait pas. Il pensait à autre chose, et cet autre chose l’énervait. Le morceau de viande ne lui avait apparemment rien fait, mais il prenait chair (pardon, cher), le pauvre. Après l’avoir fixé pendant bien une minute, Ted vola héroïquement à sa rescousse.

- Elias ? Elias qu’est-ce qui t’arrive ?

La fourchette se planta violemment dans la chair (cette fois, c’est la bonne) et Ted grimaça. Bon, désolé ma petite, te sauver est hors de mes capacités. Le Plume leva les yeux vers Elias, et n’étant pas capable de lire dans les pensées ni d’obliger le danois à parler de ce qui l’embêtait, il se contenta de changer de sujet, et de tenter de lui faire ouvrir la bouche quand même, juste pour savoir s’il n’avait pas échangé sa voix avec une carpe. S’il pouvait lui changer les idées, ce serait déjà ça. Tout le monde, ici, regardait de manière plus ou moins indiscrète le nouveau couple phare du moment. Et bien, ces deux là allaient lui être utiles, pour une fois.

- T’en penses quoi du couple Mélite/Eloy ? C’est du bluff ?

Oh-la oh-la non, ce n’était PAS la réaction qu’il attendait. Il allait où, comme ça ? Pourquoi il ne restait pas manger ?



Coup de poing. Bon, d’accord, si tu veux…

- Tu pouvais me répondre avec des mots, tu sais, ça suffisait !

Elias était trop loin pour l’entendre même s’il criait à moitié, mais tant pis. C’était une réponse claire, au moins. Une action vaut mieux que mille mots, ce n’est pas ça l’expression ? Ted aurait bien rit de la situation avec Malloy, mais la mauvaise humeur d’Elias et sa réaction excessive à sa question l’inquiétait davantage que l’image d’Eloy par terre ne l’amusait. Il se contenta de suivre la scène du regard. Mélite n’avait pas l’air contente, mais alors pas contente du tout, et lui tira un sourire. Ce n’était pas souvent que qui que ce soit réussissait à faire apparaitre la moindre émotion sur son masque… C’était un véritable plaisir de la voir ainsi, même si ce ne fut que très bref. Ted jeta un œil autour de lui ; Malloy avait sorti sa baguette, Andrew et Alex étaient levés et prêts à agir. Ted se contenta de finir sa tarte. Vu son niveau magique, sortir sa baguette ne servirait à rien, et Alex et Andrew pourraient réagir bien avant qu’il n’ait le temps de faire le tour de la table pour les rejoindre (ou de sauter au dessus, ça marche aussi). Il fit pourtant racler sa chaise en se levant lorsqu’il vit Elias commencer à s’acharner sur Eloy, et ne se rassit qu’en les voyant revenir, après l’intervention de Miss Creedpeur.

Ca le mettait si en rogne que ça, ces fiançailles ? D’accord, Elias était un utopiste, mais des mariages arrangés, il y en avait tous les jours quelque part, et il ne faisait pas une crise chaque fois qu’un sang-pur faisait part d’hypocrisie. Qu’est-ce qui le dérangeait tant que ça dans les fiançailles de D’Orcy et D’Ollenburg ? Ce n’était pas vraiment une surprise, si ? Et qu’est-ce que leur vie pouvait bien avoir d’intéressant, de toute façon ? Ce n’était pas la première fois, non plus, qu’Elias s’incrustait dans la sphère de la Cinnacrow. Halloween. Qu’est-ce qu’y avait bien pu se passer, cette nuit là ? Il y avait forcément quelque chose. Il ne comprenait pas la réaction d’Elias. Les autres non plus, apparemment, et les choses commençaient à aller trop loin pour qu’ils ignorent la situation, maintenant. Mais Ted ne demanda pas d’explications. C’était son problème, après tout. Elias savait qu’ils étaient tous là pour lui donner un coup de main, et qu’il lui suffisait de demander s’il avait besoin de quelque chose, quoique ce soit. Et s’il considérait que c’était son problème… Et bien, il était assez grand pour se débrouiller tout seul. Alors il ne dit rien, et se contenta de remplir à nouveau son assiette, comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes. Il n’y avait plus rien à voir, comme disait Andrew, et surtout, il n’y avait pas de quoi se couper l’appétit. Ou en tout cas, il ferait en sorte que ce ne soit pas le cas.

Ted était de ces gens qui pensent qu’agir comme si tout va bien fait que les choses vont bien. Attendez le pire, et le pire vient à vous. Fermez les yeux à ce que vous n’aimez pas, et ce que vous n’aimez pas disparaitra, au bout d’un moment. Les problèmes, il les fuyait de son pas dodelinant, comme s’il n’était pas poursuivi. Après tout, c’est bien avec un Patronus conjuré par des pensées joyeuses qu’on fait partir les détraqueurs, et en éclatant de rire devant un épouvantard qu’on peut le neutraliser. Il avait transposé ces sorts en philosophie de vie. Quant aux problèmes des autres, il ne les écoute pas. Ils sont imaginaires, créés de toute pièce par l’esprit, et tombent comme des pommes dès qu’on arrête de les voir comme tels. Mais c’était Elias, là. C’était différent. Elias s’embrasait pour toutes les grandes causes, pas comme une étincelle qui s’éteint en quelques secondes comme c’était le cas pour Ted, mais comme un brasier nourri qui gardait une chaleur constante. S’il avait décidé de changer D’Orcy et ses convenances, il allait avoir un mal fou. Escalader l’Himalaya était une promenade de plaisance, à côté. Ce n’était pourtant pas Ted qui allait l’en dissuader, au contraire. On n’a jamais rien s’en essayer, après tout, et la tâche, si elle paraissait impossible, ne l’était peut-être pas. D’Orcy ne l’intéressait franchement pas, mais elle était une cause comme une autre. Les conséquences ? Oh, mais vous cherchez trop loin, Ted ne pense pas jusque là. Il y avait d’autres cerveaux autour de la table pour le faire à sa place. Pas à sa place « place », bien sûr, il s’était rassis depuis un bon moment et ne comptait pas laisser sa chaise à qui que ce soit. Lui, il pensait surtout qu’il fallait être bizarre, quand même, pour s’intéresser à la française. Pas moche et pas conne, d’accord, mais pas drôle et pas sympa, non plus. Mais Elias ne pouvait pas leur expliquer, alors Ted opta pour le délivrer de la situation dans laquelle il s’était plongé tête la première. Malgré les questions qu’il pouvait avoir, il était sûrement le Plume qui ressentait le moins le besoin de connaître les détails de cette histoire, alors si ce n’était pas lui, qui le ferait ? Elias n’avait pas l’air de réussir à s’exprimer, ni franchement de le vouloir, en fait, alors autant lui éviter de passer un mauvais moment, il était déjà assez frustré comme cela.

- Tu ne peux pas, et tu n’as pas besoin ! Nous sommes tous, ici, des sorciers super puissants membres d’une caste ultrasecrète capables de comprendre ce que tu veux dire sans que tu ne prononces le moindre mot, on lit dans tes pensées en simultané et tout et tout, dit-il en mettant ses doigts sur ses tempes, l’air de se concentrer. Ne dis plus rien, tout devient clair !

Il retira ses mains de ses tempes, ouvrant d’un coup les poings comme pour mimer un feu d’artifices, ou un bouquet de fleurs, au choix. Hop, la clarté fut dans tous les esprits. Un air détendu, un grand sourire, un ton léger, des gestes exagérés, des paroles sans queues ni têtes (ni jambes ni bras non plus, mais personne ne le précise jamais, allez savoir pourquoi), bref, tout pour montrer qu’il n’était pas sérieux et faire évaporer l’ambiance un peu pesante qui s’était installée après la scène malgré leurs efforts pour faire comme si elle n’avait aucune importance.

- Plus sérieusement… Nan, pas sérieusement, en fait, c’est pas crédible que je dise une chose pareille, rigola-t-il, et les vacances c’est jamais sérieux, mais ça vous dit qu’on parte quelque part juste tous les cinq, cet été ?

Il était peut-être encore tôt pour lancer l’idée, mais mieux valait trop tôt que trop tard. Vu que leurs vacances avaient été écourtées l’été dernier à cause de l’attaque et que l’ambiance avait été assez tendue ses derniers mois, ça serait tout de suite plus sympa cette année. Mais si Ted proposait maintenant, c’était aussi pour changer le sujet. Laisser Elias respirer et lui changer les idées. Il avait fait une connerie, il le savait, mais ce n’était pas la fin des haricots magiques. Ils n’allaient pas rester des heures sur le sujet, si ? Les détails de l’histoire, Elias pourrait toujours les partager plus tard, quand il saurait lui-même s’expliquer son problème avec D’Orcy. Ou en tout cas, c'était ainsi que Ted voyait les choses. Si les autres n'étaient pas d'accord, ils ne se gêneraient pas pour revenir sur le sujet...
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La renaissance d'un cauchemar

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