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 I'm a Barbie girl

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Tao Lyngheid
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▌Né(e) le: 3 décembre
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MessageSujet: Re: I'm a Barbie girl   Jeu 29 Juil - 18:26

Elle avait failli lui mordre le doigt, la grosse souris. Ou le petit rat. Tao l'avait longtemps cherchée, avançant à quatre pattes sur la pierre humide, semant d'infimes bouchées de fromage sur son passage. Puis il avait attendu, caché dans un angle du mur, jusqu'à ce qu'il la voit, avançant vers lui en ponctuant sa route d'arrêts vis-à-vis les appâts. Alors, il avait décapsulé sa seringue avec ses dents, prêt à passer à l'attaque. Une fois la bestiole devant lui, il lui avait envoyé un coup de pied et elle s'était assommée sur un mur. Il l'avait tuée. Il avait donc dû recommencer, et tout s'était passé aussi bien, même plutôt mieux, seulement cette fois, il avait laissé tomber sa veste sur le rongeur et s'en était saisi aussitôt. C'est au moment où il allait lui enfoncer l'aiguille dans le muscle de la cuisse que lui était apparu à l'esprit la tête d'Andréas Leverenz. Et alors, il avait hésité. Le monde en avait bien assez d'un type dans son genre. Tao craignait qu'en empruntant cette voie, il ne devienne une énergumène à son tour. Ce genre d'énergumène-là, plus précisément. Il avait ainsi renoncé à ses expériences marginales, tentant de se convaincre que de toute façon, il vaudrait mieux s'y adonner en laboratoire, pour que les résultats soient sûrs, reconnus... Ça l'avait ennuyé, malgré tout, parce qu'il s'était réellement senti motivé par la petite aventure. Elle avait donné à sa thèse comme un regain de vie. Le monstre avait pris forme, un temps, et voilà qu'il s'affalait de nouveau, flasque.
La grosse souris avait tenté de le mordre alors qu'il songeait à la libérer. Il l'avait sermonnée. Et finalement, elle l'avait mordu et s'était enfuie après s'être gavée du dernier morceau de fromage. Tao était demeuré seul avec son doigt qui pissait le sang fourré dans sa bouche. Il était reparti.

Dans la salle commune, on carburait au rire et aux banalités. De ces belles banalités dans lesquelles il faisait bon oublier sa thèse, mais Tao résista sans grand mal à la tentation, traversant la pièce en arrivant à éviter les regards qui auraient pu l'accrocher et le retenir. Il se déshabilla et disparut sous les couvertures, le drap sur la tête. Il était tôt, mais il n'avait envie que de dormir. Pas parce qu'il était fatigué, mais parce que tout le reste l'ennuyait comme cela ne lui arrivait pas souvent. Il dormirait jusqu'à ce que sa tête se soit vidée. Elle lui pesait trop lourd sur les épaules, comme si une idée fixe s'était plantée dans son front. Il ne savait pas trop laquelle, mais cela le handicapait de son habituelle sociabilité.
Mais le sommeil ne vint pas. Le bruit, pourtant, ne lui posait aucun problème, mais Tao s'empêchait de sombrer car la seringue lui avait piqué la conscience. Il l'avait oubliée aux cachots, quand il l'avait échappée à cause de la souris-rat. Une seringue gorgée d'une potion qui pourrait assommer une vingtaine de grosses souris. Il en avait pris plus que nécessaire, au cas où il rencontrerait un rat plus gros que lui, mais voilà que quelqu'un d'autre pourrait mettre le pied dessus, ou la main, et ce serait bête, puisqu'il pouvait l'éviter.
Sa main émergea de sous les draps et se plaqua sur la table de chevet afin d'attraper la baguette magique qui y gisait. Alors qu'il allait faire venir la seringue, il se ravisa. Faire voyager à vive allure dans les couloirs de l'université ce type d'objet n'était pas exactement plus prudent. Grognant, Tao reparut tout entier dans le dortoir et se frotta le visage en faisant mine de sangloter. Quand même, ça ne lui disait pas, mais pas du tout de faire cet effort qu'il allait faire. Ce fut donc pénible, mais il se leva, s'étira exagérément longtemps, glissa ses pieds dans des baskets fluos et enfila un jogging et un sweat-shirt dont la capuche lui couvrit la tête. Il passerait en ombre, là dehors, on ne le verrait pas, derrière ces œillères, et bientôt il retrouverait ses couvertures.

Il descendit aux cachots avec la tête de quelqu'un qui devrait y rester pour le restant de ses jours. Mains dans les poches, dos voûté sous le poids du déplaisir, il refit l'itinéraire qui l'avait mené à l'angle du mur, trouva sa seringue et ne se fit pas prier pour repartir. Un brin plus gai qu'à l'arrivée, il balançait son bras d'avant-arrière en tenant le machin entre le pouce et l'index, le faisant tournoyer à l'occasion. À le voir, n'importe quel professeur, voire étudiant de sa faculté lui aurait fait de gros yeux. On ne joue pas avec les aiguilles. Mais le pire qui pouvait arriver, se disait Tao, c'était qu'il se pique par accident. Il n'en trouverait le sommeil que plus rapidement que prévu. Enfin, pas exactement mais, presque.
Le pire ne survint pas, cependant l'instrument de plastique lui glissa des doigts et roula au sol jusqu'à s'immobiliser dans le cadre d'une ouverture donnant sur une autre pièce. Il soupira, traîna des pieds et, alors qu'il allait s'accroupir pour reprendre l'arme de ce qui aurait dû être son crime, il vit des fesses roses dépasser de l'arrière d'une caisse de bois. Il interrompit sa descente, haussa les sourcils, une seconde tout au plus. Quand il vit qu'il s'agissait d'une Barbie, il douta et fit un pas vers l'avant en fronçant les sourcils, cette fois.
Trop de rose.

Il la préférait en bergère. Et mieux encore en tee-shirt trop grand pour elle. Mani la Barbie, poupée pour adultes. C'était décevant. Tao aurait aimé savoir ce que la vraie Barbie avait à dire, bien qu'il se doutait qu'elle ne savait pas dire grand chose. Mais d'une Mani plastifiée il n'avait pas envie d'apprendre quoi que ce soit. Il la trouva laide. D'une ennuyante audace. Presque gênante, s'il avait été du genre à être gêné. Le message était tellement clair qu'il ne valait pas la peine de s'attarder, pas une seconde de plus. Juste le temps de noter que son bras semblait mieux se porter. Elle devait se l'être fait changer, à l'usine.
Il lui tourna le dos et se pencha pour ramasser sa seringue. Distrait, du rose lui débordant par les oreilles, il en oublia que l'aiguille n'était plus protégée par un bouchon et, en rangeant le tube dans sa poche, se piqua la cuisse. Merde. jura-t-il silencieusement en fermant les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, il sentait déjà ses jambes se dérober. Il prit appui sur le cadre de la porte, inspira un bon coup et repartit, luttant contre le liquide qui se répandait dans ses muscles.

Si je vois Ken, je lui dirai que t'es ici. s'efforça-t-il de plaisanter pour ne laisser rien paraître.

L'escalier n'était pas bien loin, il allait y poser le pied bientôt, s'il y arrivait. Mais il n'y arriverait pas. Il tâta ses poches à la recherche de sa baguette, ne se surprit pas de ne pas l'y trouver; il l'avait laissée au dortoir. Tant pis, le premier petit rat aurait sa vengeance, un peu. Capitulant, Tao s'adossa au mur du couloir et glissa jusqu'au sol. Il tomba sur le côté, comme la bestiole qu'il avait tuée seulement lui, sa cervelle ne lui sortait pas par les yeux. Il essaya de vérifier mais ses bras, comme ses jambes, ne répondaient qu'approximativement et très lentement. Mais le pire, c'est qu'il ne s'endormit même pas, condamné à gésir, yeux ouverts, en attendant que la batterie se recharge. Pourvu que Mani en ait encore pour longtemps à... à faire ce qu'elle faisait.
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Tao Lyngheid
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MessageSujet: Re: I'm a Barbie girl   Dim 1 Aoû - 3:47

Il avait espéré qu'elle reste. Il s'était douté qu'elle quitterait en faisant mine de se ficher de ce qu'il avait débité, mais quand même, fidèle à sa bêtise, se tenant obstinément à côté de la plaque, Tao avait un peu, rien qu'un peu, espéré qu'elle reste avec lui, cette nuit-là. Voire que celle-là.
C'est qu'elle aurait cédé, si elle avait renoncé à la salle commune, lui concédant alors un certain bon sens. Il aurait donc su que tout ce qu'il lui disait ne lui passait pas complètement d'une oreille à l'autre, qu'il y avait des choses qui restaient. Elle par exemple, serait restée, s'il en avait été ainsi.
Il s'était levé, près de deux minutes après le claquement de porte, et avait passé sa tête dans le couloir et attrapé des restes de Mani volatiles. Et il était retourné au lit, il avait fermé l'œil sans bouger d'un centimètre, figé comme un mort. Il avait bien dormi, les rêves l'avaient bombardé. Au réveil, il ne lui restait plus que des flashs, des impressions. Des dragons avec des manteaux de laine et des moutons qui crachaient du feu, une bergère tantôt rousse, tantôt blonde, brune, blanche, grise, bleue, verte... Et lui, avec une Mani qui lui mordait la fesse droite. Il s'était souvenu la douleur longtemps. C'est peut-être même ce qui l'avait réveillé.

Il ne s'était pas attardé dans la chambre, parce que c'était ennuyant. Il s'était habillé puis avait transplané jusqu'à l'université. Il s'était déshabillé et recouché. Plus tard dans la journée, il avait entendu parlé de la soirée de la veille, malgré lui, et de l'apparition de Mani. Il ne savait plus qui s'était assis sur son lit, et s'était mis à lui raconter comment il s'était retrouvé avec la Leverenz. Tao avait fermement maintenu la couverture sur sa tête, mais l'autre ne s'était arrêté qu'à la toute fin de son récit, au moment où Mani le plantait là. Là quelque part, il n'avait pas noté où. Il n'avait pas noté grand chose, sinon que l'imbécile qui lui servait d'ami espérait faire partie de ceux que Mani revisitait, de temps en temps. J'crois que j'ai un peu le béguin. Qu'il lui avait avoué comme une fillette. Et Tao s'était rendormi.
Après... Rien. La Mani qui passe, par ci par là, accompagné de tel ou tel autre. Son serviteur de la journée. Il avait fait l'effort de lui retourner ses salutations, brèves, lui offrant un de ces sourires qu'on distribue aux connaissances qui ne valent pas la peine que l'on déploie trop d'efforts. Il l'avait même évitée, une ou deux fois. Comme il avait évité la question d'un de ses collègues. Il s'est passé un truc, avec Mani? C'est que ce n'était plus pareil, maintenant qu'il avait été rayé de la liste comme les autres, mais ça, il n'arrivait pas à en être fier.

Trop occupé à se montrer indifférent à l'indifférence de Mani et à récupérer ce qui semblait être des heures et des heures de sommeil qu'il avait marchées plutôt que rêvées, Tao avait laissé filer de bonnes occasions. Son instinct des bons coups était défectueux et, résultat, il avait ouvert les yeux, un soir, étendu sur son lit, et avait plaqué ses mains sur son front en prenant conscience de son régime involontaire qui commençait dangereusement à ressembler à de l'abstinence. Pour remédier à la situation, il avait troqué quelques heures de sommeil pour une soirée dans la salle commune. Hélas, une gorgée de trop de pur feu avait eu raison de lui. Une certaine... Ma...rie? Maria? Mathilde? Avait perdu son temps à dégager ses cheveux de son visage et à lui éponger le front entre deux déluges, alors qu'il avait la tête contre le siège d'une toilette.

Et là, dans les cachots, pris au piège derrière les barreaux de son squelette, il avait aussi espéré qu'elle reste cachée derrière sa caisse plus longtemps. Mani était vraiment décevante, tout compte fait. Il vit ses souliers venir vers lui et mit du temps à arriver à en détacher son regard. Des vrais souliers de Barbies, vrais de vrais, mais en plus gros. Le décolleté qui se découvrit sous ses yeux, cependant, le tira de sa contemplation pour l'entraîner vers une autre. Mais la séance s'écourta rapidement. La Leverenz s'attardait, elle perdait son temps, justement. Il l'aurait préféré plus Mani, cette fois, et suffisamment Barbie pour ignorer qu'il n'était pas normal d'ainsi s'affaisser, tout bonnement. Elle aurait dû l'enjamber et partir retrouver son Ken.
Plus agacé qu'incapable, il l'ignora, faisant la sourde oreille et s'imaginant paralysé jusqu'à son cerveau, fixant le vide. La poupée ouvrait la bouche, mais il n'y avait personne pour lui prêter des mots. Elle devait parler de voitures roses ou de maisons roses, un truc dans le genre. Elle devait lui demander s'il préférait les jupes roses ou les shorts roses. J'y penserai, lui répondit-il par télépathie, repasse dans dix ans. Les Barbies avaient la tête vide, elles devaient bien capter les ondes télépathiques... Mais celle-ci était défectueuse, apparemment.

Un mot parvint à franchir le détachement obstiné de Tao. Infirmière. Il tenta d'activer sa mâchoire et d'y coordonner son souffle, mais manqua s'étouffer avec sa salive en toussotant. Il déglutit, inspira en songeant que la prochaine tentative serait la bonne, mais voilà que Mani faisait la Mani. Il n'avait pas envie de jouer, ce n'était pas difficile à deviner, et pourtant, elle était là à lui susurrer à l'oreille des choses auxquelles il ne prendrait pas la peine de répondre, s'il arrivait à dire quoi que ce soit.
Malgré ses efforts pour se mouvoir par lui-même, Tao n'aida aucunement Mani à l'adosser au mur. Une fois qu'il l'eut dans sa mire, il riva ses yeux aux siens, déterminé.

- Non...

Grognement, plainte désarticulée venue des tréfonds de sa gorge? Quelque chose comme ça. Il avala sa salive, craignant l'inondation, et reprit, parvenant, en y mettant un peu de cœur, à articuler davantage. S'il ne parlait pas trop vite, elle devrait comprendre. Au moins deviner l'essentiel du message, espérait-il.

- Pas l'infirmière.

Pas si mal, finalement, mais sa tête ne s'allégea pas malgré cette évacuation de mots. Incapable de la soutenir plus longtemps, la nuque fléchit et Tao fut contraint à changer d'angle de vue.

- Un accident... C'était pour le petit rat... Ça va passer...

Inutile de s'inquiéter, inutile de s'inventer un nouveau jeu. Il n'en avait nullement l'envie et ne s'en sentait pas la force. Il perdrait à coup sûr et elle n'aurait aucun mérite. Il abandonnait d'avance alors pas la peine de commencer. Une seule partie avec Mani c'était bien assez. Déjà que la leur avait durée trop longtemps. Enfin, ce n'était même pas un jeu, de toute façon. C'était juste... N'importe quoi. Et puis il aimait à se convaincre que les choses étaient réglées, entre eux. Elle continuerait à mener sa vie de mauvaise actrice réduite à ouvrir les jambes pour se faire valoir, et il ferait toujours la guerre aux bobos, en la guettant, du coin de l'œil, danser sur le bord de l'étagère à poupées. Il tendrait la main en temps et lieux, pas avant. Il avait fait ce qu'il pouvait. Elle s'était fichu de lui comme de tout le monde. Pas la peine de se fatiguer plus longtemps.

- Merci. Salut.

Il avait toujours les souliers roses dans son champ de vision, mais peu lui importait. L'idée, c'était qu'elle dégage, dans sa petite robe moulante. Qu'elle fasse claquer ses talons sur les marches de pierre en lui offrant la vue de son petit derrière rose. Ce serait bien assez, il s'en contenterait.
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Tao Lyngheid
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MessageSujet: Re: I'm a Barbie girl   Mar 3 Aoû - 23:19

Des mois durant, enfant, Tao avait traîné avec un gamin qui l'avait pris pour une fille. Indulgent, il avait toléré que des fois, le petit gars lui prenne la main, lui dise qu'il était belle et lui demande de lui montrer son truc. Qu'il ne lui avait jamais montré, d'ailleurs. Autrement il aurait compris. Sans doute. C'est que peut-être, lui avait dit un cousin remué, que son pote il préférait les garçons aux filles. Ça arrivait, et il fallait respecter ça tout en lui disant que lui, il n'était pas pareil, enfin, si c'était le cas. Si, si, c'est le cas. Moi j'aime les filles. Alors fallait lui dire, sinon ça lui ferait plus de mal encore, s'il le laissait tomber amoureux de lui et s'imaginer qu'il l'embrasserait sur la bouche. Ok. Tao était donc passé aux aveux. Je vais pas me marier avec toi. Pourquoi? qu'il avait demandé, l'autre, penaud. J'aime pas les garçons. Mais quand tu les aimeras, tu voudras pas m'épouser, s'il te plaît? Je les aimerai jamais. Je préfère les filles. Alors t'auras jamais de bébés. Avec toi non plus. Les types ça fait pas des bébés ensemble, c'est ta mère qui t'as dit ça? L'histoire s'était terminée bizarrement. L'autre était demeuré planté devant Tao la gueule entrouverte, complètement con. Ce n'était que des années plus tard qu'il avait capté. C'était les cheveux. On lui trouvait, à l'époque, soit un tête d'angelot, soit une tête d'on ne savait pas trop quoi, de garçon ou de fille manqué(e).

Tôt, il avait décidé que sa tignasse noire lui couvrirait les oreilles. D'abord parce que sa mère exigeait le contraire, puis parce qu'il y avait pris goût. Les autres ils avaient pour la plupart les cheveux courts, mais pas lui. Non seulement il se retrouvait avec un prénom cool qui évoquait l'essence de la réalité, lui avait dit un chinois, une fois, mais en plus il avait les cheveux d'un vieux sage. Ce serait mieux encore quand il les aurait blancs. Alors, il aurait la certitude d'être devenu quelqu'un de grand que l'on citerait pendant les millénaires à venir. Et quand il apprendrait au monde qu'il était le tout premier Lunien, ils le croiraient, tous. Il avait également prévu se faire pousser une barbe pour l'agencer aux cheveux mais en fin de compte, parce que les filles ça leur plaisaient moins de jouer dans une barbe plutôt que dans des cheveux, il avait remis le projet au jour de son cinquantième anniversaire. Sage décision, car Mani aurait sans doute commencé par là.

Et effectivement, il s'était pris à espérer qu'elle l'abandonne pour de bon quand elle s'était éclipsée. En vain, il avait tenté de porter sa main à sa joue afin d'y effacer le baiser de Mani. Parce qu'il savait que lorsqu'il le reverrait, ce ne serait pas la Barbie, qui lui passerait à l'esprit, mais l'autre, celle qu'elle avait libérée en lâchant sa tignasse blonde de poupée. La Mani des souvenirs qu'il avait rangés dans un placard de sa tête et sur lequel il devait pousser pour ne pas qu'il déborde. Il en viendrait à bout, assis contre la porte, le nez dans ses parchemins, à des années lumières du système Mani et toutes ses planètes.
Tout de même, il aurait fallu qu'il soit un peu plus bête pour se convaincre qu'elle ne reviendrait pas. Elle n'en avait pas terminé avec lui et profiterait de la situation. Il se demanda ce qu'il aurait fait si elle s'était retrouvée à sa place et, la réponse lui sembla si ennuyante qu'il chassa l'idée aussitôt, pour se résoudre, docile, à boire l'eau qu'elle lui avait rapportée. Au point où il en était, il ne craignit pas bien longtemps qu'elle ne l'ait doublement empoisonné.

Elle ne lui devait plus rien, se contenta-t-il de penser en jetant un regard au décolleté qui s'était rapproché comme elle lui parlait à l'oreille. L'état apathique dans lequel il se trouvait contribua beaucoup au calme qu'il parvint à maintenir le temps de la torture. Ce devait être la chose la plus méchante qu'on lui avait faite subir, qu'il se dit en observant fixement la mèche brune gisant sur la pierre. Mani n'avait-elle pas mieux à faire? N'avait-elle pas une horde Kens qui l'attendaient, leur beau sourire gravé sur leur tête qui sonnait creux? Pourquoi perdre son temps à s'en prendre à d'innocents et magnifiques cheveux qui ne lui avaient absolument rien fait? Il était rayé de la liste et elle voulait encore qu'il la supplie? Mais c'était passé, cette histoire. Inutile de s'acharner, elle en trouverait d'autres, des imbéciles qui lui raconteraient tout ce qu'elle voudrait entendre. Tao était prêt à parier qu'ils sauraient même se débrouiller pas mal avec les péripéties de la Marquise, si elle leur offrait un tour de montagnes russes en échange. Et puisqu'elle était plus intelligente que lui, elle savait tout ça. De toute façon il lui avait avoué s'être condamné à la sauver de sa phobie de rides, elle avait entendu. Et même si elle préférait se faire croire qu'il disait n'importe quoi, elle avait entendu. Elle voulait quoi de plus? C'était déjà trop. C'était déjà insupportable, comme promesse, alors qu'elle arrête, maintenant.

Et cette pauvre mèche ne se remettait pas du coup. Elle était bel et bien morte. Aussi crevée que sur son crâne. Pas de chance. Il pouvait sentir les autres s'affoler. Si elles avaient pu, elles auraient volé dans tous les sens et il se serait retrouvé avec des tas de nœuds. Ces mèches qui depuis toujours s'étaient montrées si sages, si légères, qui ne demandaient presque rien, qui ne vivaient que d'amour et d'eau fraîche, avec en prime du savon, parce qu'elles étaient si gentilles, justement. Il fallait les récompenser. Tao était sans mot, sans voix, parce qu'il ne pouvait rien faire pour sauver sa crinière et que Mani était une démone. Qu'elle retourne chez le diable, avec ses jeux impossibles, et qu'elle apporte ses chaussures débiles avec elle.
Les yeux toujours rivés à la toute première victime, Tao soupira, puis leva les yeux vers la criminelle. Il inspira un bon coup et, gonflant les joues, lui cracha au visage le reste d'eau, et de salive, qu'il avait discrètement conservée dans sa bouche, d'où son mutisme.

- Non! qu'il lâcha du même élan.

Il espéra miraculeusement trouver la force de se lever, ou au moins de lever la main et d'emprunter la baguette de Mani pour disparaître, mais il n'eut que son petit doigt, qui répondit à l'appel, se tendant comme sous le coup d'une infime décharge électrique. Et puis après, crevé comme le reste, comme les mèches qui agonisaient par terre. Il irait peut-être bientôt les rejoindre, les rassura Tao par la pensée. Forcément, les cheveux et le cerveau, eux, pratiquaient la télépathie. Lyngheid-deux-bras-moins-deux-mèches, en revanche, se sentait la mâchoire plus fonctionnelle, ainsi enchaîna-t-il sans tarder, craignant que le dragon ne s'éveille trop vite.

- Arrête de me couper les cheveux! C'est pas à toi! Respecte le pied ET les cheveux. Compris?

Elle comprendrait ce qu'elle voudrait comprendre, cette conne de Mani. Pas assez intelligente, finalement, pour éviter qu'il lui en veuille. Et s'il lui en voudrait, c'est qu'il la détesterait davantage. Elle pouvait oublier ses supplications. Il retournerait à ses bonnes vieilles habitudes. Enfin, plus ou moins.
Merde, Tao. Quel con il avait été, de coucher avec elle. Même si c'était au-dessus de ses forces d'arriver à le regretter. Et quel con, aussi, de ne pas s'être départi de ce qui lui servait de cervelle, pendant ces soirées étirées avec elle. Maintenant elle était mieux armée que lui. Surtout dans le moment. Mais il persista à alimenter son discours, espérant rebuter la bête. Espérant qu'elle préfère aller trouver réconfort dans son château rose auprès de ses valets roses.

- T'aurais voulu que je bave, en te voyant, c'est ça? Pour quoi faire? Tu sais que t'es belle. Tu sais que je le sais. Tu m'as déjà eu, alors c'est bon maintenant. Laisse-moi me planter des seringues dans les cuisses tranquille... finit-il bien plus doucement qu'anticipé.

Il ne soutint pas son regard plus longtemps et s'en remit à ses mèches décapitées. Pauvres, pauvres, cheveux...
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Tao Lyngheid
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MessageSujet: Re: I'm a Barbie girl   Lun 9 Aoû - 18:56

C'est moi qui décide, qu'elle disait. Mani avait beau se moquer des filles, elle n'en était pas moins terriblement une. Et pas que physiquement. Elle en avait l'incompréhensible esprit tordu dans tous les sens. Et plus tordu encore que la moyenne. Elle était tellement fille qu'elle se croyait au-dessus du reste de son genre. Le stade « Mani », que Tao décida de le baptiser. Puis parce qu'elle était plus fille encore que la plus fille des filles qu'il avait eu le malheur de fréquenter, il se dit, se répéta, se cloua dans la tête, qu'il valait vraiment mieux mettre un terme à cette histoire, terminée ou pas, et passer à la suivante. Retrouver ces filles juste filles comme il faut avec lesquelles il avait développé des trucs pas mal efficaces. Il en attraperait une qu'il pourrait aimer et il l'aimerait et alors il aurait relativement la paix. Et quand il en aurait marre, il la tromperait. Elle viendrait à s'en douter et ils se chicaneraient et se sépareraient et finalement se rendraient compte qu'ils s'aimaient vraiment alors ils reviendraient l'un vers l'autre, convaincus qu'ils passeraient le reste de leurs jours ensemble. Et qui sait, peut-être passeraient-ils le reste de leurs jours ensemble. Jusqu'à ce que Mani rapplique, dans son bureau de directeur d'hôpital, atrocement belle avec ses quelques rides qu'elle lui jetterait au visage. « Tiens ta promesse, Tao. »
Non, ce ne serait pas comme ça. Plutôt il la croiserait dans la rue, avec à son bras un fringant jeune homme qui lui aurait fait oublier de devenir fantôme.

Vivement le futur, car au présent, il trouva pénible de porter le blâme à nouveau. Il lui avait offert l'occasion de se débarrasser de lui, elle aurait dû en profiter. Maintenant, qu'elle ne se surprenne pas qu'il n'ait pas envie de jouer avec elle, il n'avait même pas eu envie qu'elle l'aide, qu'elle lui adresse un seul mot. S'il avait hésité à poursuivre son chemin, c'était à cause de son cul. Parce qu'il valait au moins un petit détour, mais s'il l'avait reconnu plus tôt, il l'aurait évité aussi.
Alors ta gueule, Mani. Je n'ai pas envie qu'elle soit chiante, la vie, elle l'est. T'en es un des principaux facteurs.
S'il lui avait dit, plutôt que de l'avoir ruminé en boudant, elle serait peut-être partie. Il se renfrogna davantage en y pensant, maudissant sa retenue. C'est qu'il devait encore avoir des miettes de quelque chose pour elle dans le cœur. Possible qu'il crut toujours qu'elle ne se fichait pas complètement de ce qu'on pouvait penser à son sujet. Possible qu'il douta du soulagement que lui conférerait la solitude qu'il croyait espérer à ce moment-là. … Impossible.
L'eau sur sa tête lui tira un brouillon de frisson. Et ses cheveux cessèrent de hurler d'effroi. Une douche froide, quoi de mieux pour se remettre les idées en place... Ou se les égarer. Physiquement, en tous les cas, ce fut plutôt bénéfique. Même si les jambes de Tao persistaient à faire relâche, il lui sembla retrouver un peu de vigueur. Comme si le sang s'était figé et qu'il reprenait tranquillement sa course.

Mais franchement, il en était un peu une, victime, non? Ça ne lui plaisait pas, à Mani, de faire un martyr aussi aisément? Elle aurait dû rire, mauvaise, et lui planter deux poignards dans le crâne avec ses billes de chats, pour l'achever. Mais non, évidemment pas. Elle l'entraînait plus profondément dans son labyrinthe, en bonne fille qu'elle était, mais il se soupçonna plus apte à l'y suivre, désormais. Grâce à la bouteille d'eau. Il plissa les yeux, suspicieux, et ses doigts pianotèrent sur la pierre, au ralenti. Mani avait possiblement cherché à le réveiller, avec sa bouteille. Alors, c'est qu'elle voulait qu'il réfléchisse, et qu'il s'embourbe dans sa bêtise – comme il le faisait à l'instant – pour qu'une fois de plus elle puisse lui démontrer à quel point il était à côté de cette fichue plaque.
Et merde. Il baissa les yeux, se gonfla les poumons et souffla. Il s'était perdu tout seul. Rien de nouveau. Mais puisqu'il y était, songea-t-il, aussi bien errer, au hasard. Il finirait par retrouver son chemin. Et si ce n'était pas le cas, tant pis. Quelle importance. Perdu ici ou perdu ailleurs...

- Je sais pas trop. Ça me semble pas honnête, comme échange. T'y gagnes que le risque de devoir endurer mes bizarreries. Le reste, tu peux le trouver ailleurs. Et puis t'as plus rien à prouver à personne parce que tout le monde est au courant que tu m'as rayé de ta liste.

Il l'accusa d'un regard. Tao se doutait bien qu'elle avait dû prendre plaisir à ne pas se montrer plus discrète que nécessaire sur le sujet, et se demanda même si elle n'était pas partie de l'hôtel en étant portée par l'idée de justifier qu'elle était avec lui.
Mais qu'elle lui laisse entendre qu'elle n'était pas contre l'idée de répéter l'exercice le surprit. C'était une façon détournée d'avouer qu'elle en gardait plus qu'une victoire en souvenir, voire qu'il était son meilleur coup, alla-t-il jusqu'à supposer. Il tira de cette caresse à son ego de quoi hausser le coin de ses lèvres.

- Sérieux, Mani, tu rigoles pas avec moi comme tu le fais avec les autres gars, c'est clair.

Au contraire, même. Au lieu d'emprunter la voie de l'alcool et de la séduction basique, la voie facile mais sûre, ils s'échinaient à faire entendre à l'autre... Il ne savait plus quoi, à la fin.

- Et je doute que tu le fasses soit-disant pour me rendre service.

Il aurait crevé tout à l'heure et qu'est-ce que ça aurait pu lui faire. S'il avait cru dénoter un soupçon d'inquiétude dans sa voix ce devait être que ça l'avait un peu énervée qu'on puisse la retrouver avec un Tao mort à ses pieds. Quelle perte de temps que de leur expliquer que le pauvre imbécile s'était planté une aiguille dans la cuisse tout seul. Elle risquerait de manquer son Ken. D'ailleurs il était où, ce con, avec sa grosse décapotable rose? Il lui tordrait la tête jusqu'à ce qu'il puisse voir son propre derrière, à cet imbécile. Parce qu'il était en retard.

Il hésita à lui dire que s'il n'était pas le pire, c'est qu'il était peut-être le meilleur. Elle n'admettrait pas. Tout comme elle devait s'être douté, en lui posant la question, que lui-même ne lui dirait jamais qu'elle était son meilleur coup si vraiment elle était. Et de toute façon, elle devait s'être convaincue qu'elle l'était.

- Alors...

Étirant le mot et la main, ses doigts partirent à la conquête de Mani et escaladèrent les orteils vernis. On aurait dit des bonbons. Il les aurait bien goûté. Sa paume s'échoua sur le dessus du pied, épuisée de son périple. Et Tao leva les yeux pour retrouver ceux qu'il s'efforçait de ne pas redouter. Ça demandait beaucoup, de ne pas se laisser berner, bien que des fois, se prendre un mur, c'est pas désagréable. Le chemin pour s'y rendre ne l'est pas, du moins. Et les regrets ça ne vient toujours qu'après coup. C'est pratique.
Il arriva à hausser une épaule. On aurait plutôt dit qu'elle avait été pris d'un éclair de spasme, mais l'ordre venait bel et bien d'en haut.

- Ta question était impossible, Mani. reprit-il naturellement, nonchalant. Mais...

Encore un mot qu'il laissa traîner, comme il se laissait traîner partout où il passait. C'est difficile de faire deux choses en même temps, voilà pourquoi. Cette fois c'était pour que la main reprenne son épopée, enserrant le pied de Mani. Ensuite il fallait le ramener à bord. Tao y mit tous ses faibles efforts, hissant le trophée à lui. Ses moyens lui revenant petit à petit, il parvint à y mettre l'autre main et la plaqua au mollet, tira encore.

- En fait... C'est que tu voulais savoir si pour moi aussi ça avait été mon meilleur coup! T'en fais pas, je dirai rien.

Et il lui murmurait cela un peu - trop - sérieusement. Je tiendrai cette promesse aussi, Mani, t'en fais pas petite chose, t'en fais pas poupée.

- À condition que tu me fasses disparaître de ta liste.

Après, pour ce que ça voulait dire... Aussi bien en hausser convulsivement les épaules.
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I'm a Barbie girl

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