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 Les Pions d'Ekzael.

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MessageSujet: Les Pions d'Ekzael.   Mar 27 Juil - 21:48

« Jouons !
Jouons avec le feu,
Que je me brûle.
J'ai froid. »


Le Froid. La Glace. Cet élément pur, stable, neutre. J'aime à penser qu'il me ressemble, qu'il me ressemblait. A des températures extrêmes, elle peut prendre la structure du diamant. La Perfection, s'il en est. Alors totalement différente du reste. Elle est comme un spectateur de sa propre vie. Elle ne peut se mouvoir. Mais elle reste au-dessus de l'eau. Entre deux mondes, la masse et l’élite. J'étais pareil. Je regardais les pions bouger autour de moi. Ils allaient le long de leurs chemins. Je m'amusais à deviner où il se placerait, avec une précision d'horloger. Et cela se passait. C'était amusant, un temps. Puis j'ai commencé à connaître les flammes. Alors, sans doute la glace est un élément magnifique et mystérieux, mais c'était juste un peu trop étroit pour mes ambitions. Je me suis donc approché, pas à pas, de ces flammes. Et j'ai trouvé quelqu'un pour les aviver. Valek.

« On dit que les ruines des Dorelly sont hantées !
-M'en parle pas, j'ai même entendu un cri déchirant l'autre soir, quand je suis sortie en douce. Horrible ! »

Les tas de gravats qui tiennent lieu d'emplacement des anciennes tours sont sujets à nombres de dires. On raconte ceci, on raconte cela. Même si un lourd travail a été fait afin d'empêcher de quelconques effondrements, il reste toujours ce tas de ruines à la place de la fière maison de Dorelly. L'attaque a beaucoup détruit, mais elle a aussi créé. Ou plutôt découvert. A l'instar des ruines sous Cinnacrow, il existait des salles dont personne encore n'avait imaginé l'existence sous la tour. Sans doute les plus anciens des professeurs connaissent ces secrets, mais il y a peu de chance qu'ils aillent vérifier. Ce serait prendre beaucoup de risque pour des murs qui n'enferment que du vent. Surement changeront-ils d'avis quand les rumeurs auront, par leur mécanisme le plus naturel, pris une ampleur toute autre. Des décombres hantés. Quelle ironie d'entendre des élèves parler de ça au milieu d'un monde où la fantaisie est omniprésente.

Pourtant, il y avait deux élèves qui s'amusaient de ces ouï-dire. Mieux encore, ils étaient de ceux qui les avaient vus naître, se jouant de la malsaine curiosité des élèves noctambules les nuits qui avaient suivi l'attaque. L'un s'assurait que le tunnel à semi effondré n'allait pas s'écrouler avant qu'ils ne doivent repartir pendant que l'autre vérifiait qu'il n'y avait eu aucun intrus depuis leur dernière expédition. Un cadavre toujours en place, quelques pierres au milieu du chemin qui n'avait pas bougée d'un centimètre, et une rune d'alerte qui était toujours aux aguets. Bien. Ils pouvaient y aller. Ils avaient toute la nuit pour eux. Alors que d'autres dormaient ou profitaient des excès que tous les étudiants connaissent, le duo n'avait que pour seules distractions les secrets qu'ils gardaient enfermés sous un tas de pierres. Valek et Ekzael n'aurait cédé contre aucun des trésors nocturnes celui qu'ils préparaient. Un foyer pour protéger le feu avec lequel ils jouaient.

A Swyn, les élèves comme Valek sont rares. Parmi la multitude, nombreux sont ceux qui ne sont que des corps, des instincts. La plupart passe son temps à s'amuser, à abuser. Ils connaissent les moindres faits de l'Université, mais ne savent même plus ce qu'on y apprend. Pour moi, ils ne sont que des sujets à l'étude. Des échantillons bons à analyser. Un lot d'étrangetés à observer. Je n'en suis plus à douter de l'individualité de chacun. A vrai dire, depuis que je me suis rapproché de certains, je sais qu'il en est qui peuvent jouer un rôle sur mon échiquier, qu'ils soient mes alliés, mes ennemis, tant qu'ils m'affirment sans en avoir conscience que j'existe. Et de ceux-là, l'exemple le plus flagrant est sans nul doute le Dorelly qui est désormais vu comme mon acolyte aux yeux de tous, ma Tour sur le damier, La Force.


« Alors, voilà les différentes runes. Là, la liste des sorts à y associer. Il faut bien que tu respectes cet ordre, sinon, je ne donne pas cher de nous. Aussi, lorsque tu les traces...
-Je dois faire attention à la précision, la puissance, etc. Ekzael, je te connaissais plus confiant. Ca fait bientôt une semaine que tu me répètes les consignes. Alors maintenant, Aie confiance, et prends place. »

La pièce avait les dimensions d'une salle de classe restreinte. Ses murs étaient dépouillés de tout ornement. Seules les araignées s'étaient autorisées à quelques décorations dans les coins. Et encore, ces toiles n'avaient que quelques jours. Lorsqu'ils avaient découvert cette salle, elle était fermée à toute intrusion. Ils avaient eu le sentiment d'enfreindre le cours du temps, de revenir dans le passé, quand ils ont ouverts la porte. Seuls un bureau, quelques chaises et fauteuils ainsi qu'une étagère occupait l'espace. Ils n'avaient su réellement les dater. Rien dans les documents qu'ils avaient trouvés, à savoir quelques lettres manuscrites, et un ensemble de livre sur la magie primitive n'avait gardé d'indice exploitable pour aider les deux amis. Les plans qui les avaient menés jusqu'ici ne mentionnaient pas plus une quelconque date. Ekzael avait reçu ses plans par son hibou le lendemain de l'attaque. Expéditeur Anonyme. Bien belle coïncidence qui renforçait certains doutes qu'il avait déjà.

C'était sur le fauteuil du propriétaire de ce bureau que l'Arrogant s'était installé. Ses poignets et ses chevilles étaient solidement attachés au siège par quelques chaînes enchantées. Les deux avaient plaisanté sur le fait qu'il aurait en temps normal fallu une bonne dizaine de mètres pour faire le tour des chevilles du Joueur. Mais ils ne se leurraient pas, ils avaient peur. Et ils étaient tout autant excités. A l'origine, cela était partit d'une proposition d'Ekzael. Dans son envie de changer le monde, il avait enrôlé Valek, l'un des mages les plus puissants qu'il avait rencontré. Et surtout l'un des seuls à voir si bien au travers de lui. "Et comment comptes-tu t'y prendre ?" Il avait déjà mille réponses dans sa tête. Mais toutes convergeaient en un point. Il était l'équivalent d'un futur scientifique pour la magie. Il aimait les théories, les hypothèses, et surtout, les expériences. Voilà ce qu'il voulait faire de ses années à l'université. Tester, s'entraîner, découvrir, créer. Cette séance n'était pas la première. Ekzael voulait connaître les limites du corps face à la magie, les évaluer, et il s'appuya sur ses notes récoltées avec peine lors de la sombre soirée qui fit découvrir l'Ordre au monde. Après diverses tentatives de runes qui altéraient leurs compétences physiques, l'étudiant en Mum visait plus haut. Il avait en quelques semaines absorbé une quantité impressionnante de connaissances sur ce qui pouvait l'aider. Runes et sorts d'altérations, Magie sans baguette, grandes théories sur l'énergie interne au corps. Il n'avait certes pas tout compris, mais il n'avait besoin que de l'essentiel. Il s'imaginait que tout était simple. Ils allaient tenter de faire du corps d'Ekzael un focaliseur. Il n'aurait alors plus besoin de baguette. Mieux encore, il pourrait ne pas se servir de ses propres ressources pour lancer des sorts, mais puiser dans toute l'énergie qui l'entoure. L’Esprit voulait ressembler à la Force.

Jouer avec ces flammes. Obtenir la chaleur qui lui manque tant. Ressentir qu'il existe pleinement. Se perdre dans les reflets idylliques de ce feu. Tant de chimères qu’il voyait, instant après instant devenir réalité. Il n’avait jamais envisagé sa vie ainsi. Il n’avait jamais calculé le mouvement d’un pion qui s’approcherait assez de lui pour en devenir un ami. A vrai dire, il n’y en eut pas qu’un. Là était son problème. Il se découvrait une faiblesse à sortir de son état figé, hors du flot humain. Il fondait. Il se mêlait aux autres. Il devenait de plus en plus vulnérable aux relations. Quelle ironie acide pour celui ayant toujours voulu être exclue. Le regard des autres avait toujours été pour lui une simple donnée pour manipuler, discréditer. Il en découvrait enfin la vraie signification. Il n’était plus ce morceau de glace qu’il affectionnait tant. Il avait sombré quelques instants avec les autres. Mais il ne comptait pas y rester. Il n’était pas comme eux. Il était Ekzael.

Les tours de magies ont toujours eu ce côté fascinant pour l’œil inexpérimenté. Les quelques illusionnistes moldus remportant un certain succès n’était pourtant en rien des artistes face à la merveille du spectacle qu’offrait Valek. Tel un spectateur dans son fauteuil, le jeune Ahnkïr observait la scène satisfait. Des étincelles de couleurs jaillissaient, comme des feux follets vifs, dont la seule fonction semblait être de ravir les regards qui auraient la chance de les croiser. Les parchemins volaient dans l’agitation générale. L’Islandais ressemblait davantage à un maître d’orchestre fou qu’à un sorcier en plein incantation. On pouvait voir, l’espace d’un instant, des runes flotter dans l’air, avant de se voir violemment plaquée contre leur support. Cette effervescence n’était rien d’autre qu’un ravissement pour la vue. Du moins, jusqu’à ce que les bases soient mises en place.

A l’instar de sa vue, les autres sens d’Ekzael étaient mis à l’épreuve. Car si tout ressemblait à une œuvre d’art, cela restait un enchaînement de sorts et de runes dont l’enchevêtrement avait une issue bien plus qu’incertaine. Chaque mouvement de la baguette du lanceur rajoutait un peu plus aux sensations du cobaye. De la douleur, de la pression, de la chaleur. Alors qu’il était assis, immobile, il commençait à ressentir l’irrésistible envie de se dégager et de courir au loin. La peur n’y était pour rien. Son corps réagissait simplement à toutes les informations qu’il assimilait. Et ces informations étaient en trop grand nombres. Mais il continuerait. Son impassible sourire rayonnait toujours. Bien que son cerveau semble surchargé, il n’avait pas mal. Seule une sensation indéfinissable croissait en lui. Il ne savait s’il devait l’assimiler à son toucher, son ouïe ou encore son odorat. Comme si chaque seconde, quelque chose d’inconnue entrait dans la portée de ses sens. Alors que la cérémonie profane semblait arriver à sa fin, il comprit enfin de quoi il en résultait. Ils étaient sur la voie de la réussite. Chaque flammèche créée, chaque sort formulé, chaque rune invoquée était la source de sa confusion. A mesure que le temps passait, les yeux fermés, il pouvait localiser la nouvelle bribe de magie apparue. Il la sentait, il la ressentait comme il pouvait sentir la douleur, la joie, la chaleur. Valek allait réussir, il lui avait déjà permis de ressentir de manière accentué ce que tous nomment Magie. Le Joueur gagnerait encore la partie.

Pour l’Arrogant, rien n’était inaccessible. L’impossible se résumait en de simples termes : ‘‘Ce qui n’a pas encore été imaginé’’. Et il savait faire partit de ceux pouvant concrétiser les matières de l’esprit. Il ne doutait en rien de son potentiel, mais savait qu’il lui faudrait attendre d’accumuler encore et encore des connaissances pour pouvoir réaliser les choses les plus improbables. Loin des envies de gloire, de pouvoir ou de richesse, il aimait le Défi, la Puissance. L’Elite. Voilà ce dans quoi il se classait. L’expérience à laquelle il se prêtait en était l’exemple fondamental. Là où il n’y avait encore que peu de résultats, avec Valek, il comptait ébaucher l’ombre d’une révolution dans l’univers de la Sorcellerie. Ambitieux, il voulait montrer à tous que lui avait raison. Il était mauvais joueur, sans doute. Quel paradoxe pour celui qui s’en attribue le surnom. C’est surement pour ça que son camarade lui donne un nom à l’image de son être. Le Fou.

Mr Eldor était talentueux. Il avait effectué avec une précision sidérante et une excellence déconcertante toutes les étapes jusqu’ici passées. Aucune faute. Aucune incertitude. Alors d’où venait ce malaise qui grandissait dans l’esprit du jeune homme ? Tout se déroulait de la meilleure des façons, mais quelque chose n’allait pas. La Magie. Elle semblait omniprésente. On aurait dit qu’elle l’oppressait. Il savait pourtant que les dernières étapes n’avaient rien qui nécessitait une telle abondance d’énergie. Il étouffait. Il sentait son crâne pris pour cible de milliards de particules immatérielles. Il ne comprenait plus rien. Valek était devenu pour lui une lame aiguisée qui se plantait dans son cœur à chaque pas qu’il faisait. Une erreur. Une faute. Il avait été négligent. Il ne pensait plus. Il subissait les assauts d’une créature intangible. Il était aux prises de ses tentacules couverts d’épines. Il ne pouvait plus rien faire. La fin était proche. Un dernier sort. La cerise sur le gâteau. Une épée pour trancher son esprit. Un cri pour déchirer le silence. Du sang, jailli de sa bouche, ornait maintenant le sol devant son lieu de torture. Ses yeux étaient vitreux. Son bras gauche couvert d’hématomes. Et son sourire défait.


Réminiscences.

Il fait nuit depuis désormais quelques heures. Les autres élèves du dortoir dorment profondément. Il s’est encore réveillé en sueur, essoufflé. Il porte sa main droite à son cœur, pour s’assurer qu’il bat toujours, et ses yeux à son gant. Ce simple vêtement enchanté. Un don d’excuse de son exécuteur. Il ne sent plus sa douleur grâce à lui, mais n'arrive à le mouvoir qu'avec une aisance relative, suffisamment pour ne pas trahir leur secret. Gravés dans le sang, les runes qui ornent son bras sont plus qu’un sortilège invivable, elles sont la marque flagrant de son échec. Plus jamais. Plus jamais il n’échouera. Il y était presque. Alors ils recommenceront. Il ne vivra plus de défaite. Il le sait. S’il venait à ne plus connaître la victoire, la prochaine fois, il ne pourra plus avoir les moyens de ressentir quoique ce soit. Il observa la fenêtre. Valek est aussi éveillé. Encore ce souvenir. Les deux acquiescent, avec un relent d’amertume. Ce n’est pas cette nuit qu’Ekzael se reposera sainement.


Il n’était plus de glace. Il n’était plus de la masse. Il s’était approché trop près du feu. Il s’était brulé. Mais au contraire de celui qui vit fondre ses ailes de cires, lui, il se vit évaporer. De la Vapeur. Cette matière omniprésente qui surplombe tout. Insaisissable, invisible. Il n’était plus emporter par les flots mais se laissait virevolter sur les courants des vents de l’esprit. Il n’y avait plus rien au-dessus de lui pour l’entraver. Il l’avait atteint, il ne ferait plus marche arrière. Le feu ne l’affecterait plus jamais dangereusement. Il pouvait se tenir supérieur à tout ce qu’il désirait, cela ne tenait plus qu’à lui. Le Fou était libéré.
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MessageSujet: Les Pions d'Ekzael. II   Mar 24 Aoû - 15:28

Cette nuit sera moins agitée. Le douloureux échec laisse place à une scène plus récente. Une fin de semaine, après les examens, avant les résultats. Ce souvenir onirique prend place dans les derniers instants de répit avant l’arrivée des sbires du Ministère. Alors que les étudiants se réjouissent dans les pubs de Bourg-en-Bière, les rues de Lathi, assombries par une pluie inattendue, voient le jeune Finlandais rentrer chez lui. Voilà une heure qu’il attend sur le banc qui fait face à sa maison. Son visage, caché dans l’ombre de sa capuche, observe entre les gouttes les mouvements des ombres aux fenêtres du bâtiment. Elle va bientôt partir, faire quelques courses. Voilà qu’elle ouvrait la porte. Ses traits montraient sa lassitude. Elle n’avait plus cette expression radieuse qui la masquait chaque fois que son fils était présent. Ehlanee s’engouffra vers le centre de la ville. Ekzael jeta un dernier regard sur sa mère. Elle n’avait en rien perdu de sa beauté, malgré les années. Il soupira, écœuré de garder comme dernier souvenir son visage mélancolique. La cause de tout cela était encore entre ces murs. Il devait lui parler.

Le jeune sorcier ne perdit pas plus de temps. Il rentra chez lui, sans un effort de discrétion. Il avait sans doute une heure avant le retour de sa mère, peut-être deux. Ses pas laissaient une emprunte humide sur le sol, tout autant que sa cape trempée. Mais il ne prit pas soin de se dévêtir à l’entrée. Il se dirigeait droit vers le salon. Sa silhouette parvint devant la porte – ouverte – de celui-ci. Il l’attendait. Assis dans son fauteuil, dominant son bureau étrange, il contemplait l’arrivée de son fils. Ange Ahnkïr. Il était un homme qui pouvait rassurer les femmes par son envergure, tout autant qu’il pouvait impression ses amis par son intellect, si seulement il en avait déjà eu. Ses mains étaient croisées devant lui, ses coudes posés sur sa table. Cette dernière n’était pas un simple support. Elle représentait un damier au nombre de case disproportionné. Dessus étaient positionnés divers pions, issus de plusieurs jeux, tels les échecs, les dames, ou encore le shogi. Le Roi Noir était placé devant Ange, le Fou blanc, lui, venait d’avancer à ses côtés. Il était en échec, mais pouvait l’anéantir à son prochain coup.


« Te voilà donc. J’avoue que j’ai eu un doute lorsque l’on m’a rapporté que tu étais parti de Swyn , hier. Mais j’avais raison. Tu es venu. »

Ekzael retira sa cape. Son regard soutenait celui de son géniteur. Aucun d’eux ne souriait. Ils estimaient seulement leur adversaire, comme l’un l’avait si bien enseigné à l’autre. Tous deux avaient leur baguette à portée, mais aucun n’esquissa l’idée de s’en saisir. Ce n’était pas ce genre d’affrontement qui aurait lieu. Les yeux aigue-marine de l’homme quittèrent ceux grenats de l’enfant pour se poser sur son gant. Il en avait eu des échos, malgré tout le soin que les deux Dorellys avaient mis pour masquer leurs expériences. Mais Ange ne jouait pas dans la même cours. Après tout, il était celui qui avait permis tout cela.

« Je vois que mes sources n’ont pas mentis, sur tes essais douteux et ton échec cuisant.
-En effet. D’ailleurs, je dois te remercier pour tout cela. »

Le Joueur retrouva un fragment de son sourire arrogant. Il sortit un livre de son sac. « Secrets et Plans d’Architectures Sorcières ». Un manuscrit surement unique. Un cadeau qui lui était parvenu le lendemain du jour sombre que connu l’université. Son auteur n’était autre que celui qui se tenait face à lui. Malgré son envie de porter le crédit de son œuvre à un illustre inconnu, son écriture le trahissait. Il était certain pourtant que son héritage ne pouvait pas la reconnaître. Il avait raison. Il n’aurait jamais pu mettre un nom sur ces graphèmes si son créateur n’avait pas passé lui-même sa scolarité dans l’établissement. Ahnkïr Ange. Ce nom qui apparait juste au-dessus dans les archives. Ces mêmes archives qui l’ont menés jusqu’aux copies de ses examens. En dépit de son génie de logique, il avait échoué à son ACAII de Relations internationales. Un évènement ironique à la vue de la situation actuelle de l’ancien Champion d’Echecs Sorciers. Ekzael s’était avancé jusqu’au bureau. Il posa avec négligence le livre, faisant s’écrouler un lot de pièce de l’échiquier.

« Vraiment. Merci. Dois-je remettre l’ouvrage à sa place ?
-Ne t’en donne pas la peine.
-Maintenant, explique-moi. Pourquoi me donner l’accès à cette salle ? Comment as-tu pu anticiper qu’elle nous soit révélée ? »

Ange. Il portait ce nom comme un élu. Il pensait être de la même condition que ces êtres divins. Supérieur. Il s’imaginait intouchable, spectateur du monde impuissant qu’il pourrait modeler à son envie. Ange n’était pas un sorcier, Ange était un enchanteur. Il était né charismatique, il avait appris à être influent, il était un maître sur le plateau de jeu, et pensait pouvoir faire de ce monde son terrain. Il se leva de son fauteuil. Un rire malsain parvint jusqu’aux oreilles de celui qu’il avait créé.

« Alors même avec ce pantin de sang-pur d’Eldor, tu n’as toujours pas compris. Je ne pensais pas t’avoir raté à ce point, fils.
-Fils ? Tu as donc tant de considération pour ta propre marionnette ? »

Il avait compris. Il ne serait pas là sinon. Ekzael, fils d’Ange et Ehlanee Ahnkïr. L’un était joueur d’échecs, et l’autre, artiste aristocrate, digne héritière d’une famille de Sang-Pur, Les Sadion. Cette même famille avait voulu tuer l’enfant à sa naissance, mais son père l’avait protégé, lui inculquant la perfidie de cette caste. Jamais il ne vit depuis un membre de cette famille depuis. Jamais il ne vit d’autres personnes que ses propres parents, en fait. Mais cela ne le perturba aucunement. Il ne savait pas comment vivait les autres. On lui apprit que s’il était rejeté des autres, c’était essentiellement par la faute de ces familles qui se disent meilleures. Il était jeune, il ne comprenait pas. Il voyait en tous des personnes cherchant à lui nuire. C’est ce qu’on lui avait appris, jeune. Il devait tout cela au traumatisme engendré par l’attaque dont il fut victime, dans son berceau. Ceci est la version telle qu’il la pensait en entrant dans sa MuM.

Ceci n’avait rien avoir avec la réalité. S’il était seul, il ne le devait pas aux explications de ce qui lui servait de père, mais plus à ce qu’il avait fait de lui. Il avait été privé de tout contact avec la masse. Ekzael présentait des signes de déficiences sociales dès son jeune âge, comme une forme très légère d’autisme. Ceci pourrait expliquer sa fixation sur le domaine des jeux. Et ces quelques troubles, qui auraient pu disparaitre avec le temps, se virent au contraire aggravé lorsque le jeune garçon se retrouva dans une classe de pré-adolescents bien différents de lui. Il ne commença à guérir de ce malaise qu’à son arrivée à Swyn, développant son caractère imbuvable et sa frénésie pour les défis. Et rien n’avait de rapport avec la tentative d’assassinat, puisque celle-ci n’avait jamais existé. Ange, comme Ekzael, n’était pas des plus sains d’esprits, comme nombres de gens, surement. Il avait développé cette obsession pour une caste à laquelle il ne pouvait appartenir. Il n’était pas sorcier. Il n’avait pas la puissance nécessaire. Il transmit sa jalousie au travers de son arme.

« J’avoue que tu as parfaitement joué. Après tout, n’aurais-tu pas senti un arrière-gout de défaite, si jamais je n’avais compris tes manœuvres ? »

Il posa une carte sur la table. Il avait toujours ce jeu, don de son ami. La lame de tarot montrait son dos orné de quelques dessins abstraits. Il pointa sa baguette dessus. Aucune marque d’agressivité. Il n’y eu qu’une goutte de lumière qui s’écoula le long de l’ébène de l’instrument. Cette goutte recouvra la carte, dévoilant son attribution. Lame sans numéro. Le Fou.

« Tu m’as longtemps forgé comme étant celui qui réussirait où tu as échoué. J’étais ton pion, un simple gosse que tu sculptais chaque jour. J’avoue, aujourd’hui encore, ne pas avoir compris où allait me mener tes desseins. Je suis devenu un Bouffon, à ton grand dam, et me suis écarté de ton emprise. J’ai rencontré contre ta volonté deux individus de cette caste dont tu m’as tant parlé. Je devais les manipuler, c’est surement ce que tu voulais. Cependant, je n’ai pas cette force, encore. Ils voient clair dans mes intentions, à la différence d’une autre, tout autant indispensable. Tu m’as donné ces plans pour que je m’améliore, que je recherche ce qui t’avait sans doute échappé. Tu m’as privé d’une vie qui pouvait être idéal pour m’asservir. Et pourtant, je te suis plus que reconnaissant. Je me tiens, là, devant toi. Je suis surement Fou. Mais je ne serais pas comme toi. Tu n’es qu’un spectateur, là où tu m’as formé pour devenir ce Joueur que tu as tant voulu être. Et tu as perdu. Echec au Roi.»

Les émotions du créateur se partageaient entre joie, colère et incompréhension. Lui qui, par ses contacts, connaissait la quasi intégralité de l’univers des Sorciers, se retrouvait face à une énigme plus grande encore. Il ne l’avait jamais considéré comme son fils, mais bien, comme il l’avait dit, comme sa création, sa créature. Ange n’avait pas de sentiments à l’égard des gens. Il ne savait que faire face à Ekzael. Il n’avait pas anticipé ce mouvement. Sans doute ne lui restait-il qu’à l’anéantir. Le Roi s’apprêta à s’avancer vers le Fou, son sceptre tendu pour l’affaisser. Cependant, ce dernier prononça quelques mots, comme s’il réclamait une dernière faveur à celui qui lui a donné la vie. Un courant d’air se fit sentir, au travers de la pièce, comme un dernier soupir avant l’acte final.

« Pourquoi n’as-tu rien fait lorsque tu as appris que l’Ordre allait attaquer l’école ?
-Ohh. Tu as réussis à remonter jusque-là ? Eh bien, contrairement à toi, semble-t-il, je n’ai pas perdu toute objectivité face à ce monde. Cette attaque entrainera une nouvelle génération de sorciers, plus compétents. Elle ouvrira de nouvelles voies à la création, à la magie. Elle pourra changer des mentalités, dans un sens, comme dans son contraire. Cette attaque est en quelque sorte une bénédiction pour toi. Mais, comment as-tu pu savoir que l’information m’est parvenue avant l’évènement ?
-La chance. La simple chance. Cette même chance qui me permet de te dire que désormais, tu as perdu. Tes aveux. Merci. Echec et Mat. »

Une autre cape tomba. D’Invisibilité, celle-là. Le Cavalier du Shogi s’avança jusqu’à empêcher au roi toute fuite par les côtés. Il était bloqué par un bord, dans la ligne de mire du Fou, et provoqué par ce nouveau pion. Un auror. On pouvait sentir sa puissance à travers toute la pièce. Baguette tendue, il était arrivé juste à temps pour entendre les aveux de sa cible. Ses traits caractéristiques ne trompaient pas sur ses origines asiatiques. Ange comprit immédiatement. Kensaku Egashi. Ainsi, son fils avait donc tout prévu. Il lui jeta un dernier regard. Il était fier. Il comprenait maintenant ce que c’était, un fils. Cette chaire similaire à la sienne, cet esprit affûté comme le sien l’était. Ekzael n’avait rien choisi, il était le digne fruit de son héritage. Il lui adressa comme un dernier au revoir, avant de se saisir de sa baguette et de voir son paysage changer. Il souhaitait simplement fuir. Il en avait assez dit pour subir les interrogatoires interminables des aurors. Pourtant, il ne savait rien. Il n’avait entre les mains que des informations, qui, comme des courants d’air, lui parvenaient et repartait aussitôt. Il ne voulait pas finir sa vie piégé ainsi. Un sort, et il ne vit plus son fils.

Il se retrouvait au milieu d’une plaine enneigée. En plein été. Il avait simplement souhaité partir loin. Il regardait autour de lui. Personne. Seul un manteau de neige recouvrant toute végétation. Il n’avait pas froid. Il était désemparé. Il observa, encore et encore. Rien. Après quelques minutes, il n’avait pas bougé, il pensait être sauvé. Mais la neige se mit à se fissurer comme de la roche. Le ciel s’écroulait sur lui. Le sol se soulevait pour se refermer autour de lui. Peu à peu, le paysage reprenait l’apparence de la salle qu’il avait quittée. Les deux sorciers étaient toujours là. Décidemment, Ange n’était pas un sorcier. Il venait seulement de remarquer. La Tour Blanche protégeait son Fou. La carte sur la table était enveloppée d’une aura intense. Jamais au cours de la discussion le flux d’ambre qui s’écoulait de la baguette ne s’était interrompu. Le cadeau de Valek l’avait leurré. Le Fou, celui qui ne voit pas la même réalité. Ce paysage n’était qu’une illusion. Il n’avait pas même remarqué que Egashi père était présent depuis le tout début, l’ayant depuis cet instant privé de son peu de pouvoirs. Ange n’était qu’un spectateur. Les rôles s’étaient inversés. Ekzael était le seul Joueur, désormais.


« A ton tour de me répondre. Quelle est la raison de ta présence ? Mes aveux seraient tombés sous le coup des sortilèges des Aurors, si tu tenais tant à m’enfermer.
-N’est-ce pas évident ? Je voulais le voir. M’imprégner du regard de l’artiste qui vient d’achever sa plus belle œuvre. »
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Les Pions d'Ekzael.

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