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 Réception au manoir D'Eluage: Les jardins.

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Calliope D'Eluage
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▌Né(e) le: 23 Mars
▌Pays d'origine: France
▌Statut: 6ème année

MessageSujet: Réception au manoir D'Eluage: Les jardins.   Lun 28 Fév - 13:52


T
out autours du manoir se trouve un immense jardin dont les premières plantations remontent à la construction du bâtiment il y a bien plus d’un siècle. Sur le devant des portes d’entrée, un grand escalier pavé menant aux grilles du domaine sépare deux étendues herbeuses. Sur ces dernières, des arbres fruitier de différente sorte, plantés dans une logique incompréhensible, attendent le retour de la belle saison pour renaître et produire. Installés de façon régulière, des lampadaires éclairent la zone dénuée de couleur dans une lumière sans chaleur. L’hiver fait de ce coin un endroit incitant à la nostalgie, comme le tableau d’un paysage sans vie.

Cheminant par le côté droit, vous arriverez sans doute à la fontaine du manoir. Un vaste bassin blanc donne la réplique à un couple imaginaire où les ailes de l’ange et celle de sa démone s’enlacent, laissant l’eau couler sur elles sans se méfier de la glace qui pourrait prendre sa place. Des miroirs sont habilement disposés dans le fond du réceptacle et si vous choisissez de vous y pencher, vous les verrez réfléchir la pâle lueur de la lune. Autours de cela, des bancs de pierre semblent être l’unique décors, simplement ponctués par des lanternes de type ancien où brûlent des flammes magiques.

Si vous optez pour le passage à gauche depuis l’entrée vous trouverez la porte d’un jardin d’hiver. Exceptionnellement celui-ci est ouvert, vous laissant profiter d’un endroit chauffé où la végétation est préservée des caprices de la nature. Un petit kiosque se dresse dans le fond de l’espace et autours de lui se mélangent arbres, fleurs et installations humaines dans une harmonie artificielle. Ainsi vous trouverez de quoi vous asseoir, seul ou à deux afin de profiter pleinement du lieu.

Enfin, derrière le manoir vous pourrez observer la partie de l’enceinte réservée aux sculptures. Des créatures grandeur nature fièrement dressées semblent poser sur vous un regard bienveillant, figées dans leur éternité de pierre. Au fur et à mesure de vos pas vous y découvrirez licornes, pégases, boursouf, niffleur et bien d’autres encore. Un hibou de cristal trône sur une colonne de la même matière au centre des autres créature, et constitue la pièce maîtresse de la collection.
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Eleanor Des Oraisons
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▌Né(e) le: 23 Décembre
▌Pays d'origine: Russie
▌Statut: 4ème année

MessageSujet: Re: Réception au manoir D'Eluage: Les jardins.   Ven 25 Mar - 13:30

Les derniers sorciers arrivés se pressaient dans la salle, en quête de visages familiers vers qui engager la conversation. Eleanor, très à l’aise dans cet environnement aristocratique, leva le regard vers Alister. Ce dernier, peu habitué à un tel milieu, ne laissait aucun signe de nervosité transparaître sur son visage. La main appuyée sur son bras, Ela pouvait néanmoins sentir ses muscles se raidir. D’un doux sourire, elle essaya de lui redonner confiance.

« Détends-toi. Si tu ne sais pas quoi dire, demande à ton interlocuteur si les affaires vont bien ou comment se porte sa famille. Pour clore une discussion, prétends vouloir une autre coupe de champagne et éloigne-toi en inclinant la tête vers l’avant. »

S’il pouvait maîtriser ces quelques principes, Ela se chargerait du reste.

« En cas de doute, imagine que tu es un personnage de roman et que toute cette mascarade n’est qu’un jeu. »

Regard complice. Sans lui faire d’ombre, elle lui servirait d’alliée dans ce monde qui n’était pas le sien. Ce monde qui, le temps d’une soirée, s’éloignait de la réalité qu’il devait connaître.

Vint ensuite le discours de Valerian D’Eluage, empreint des usages les plus protocolaires, acclamé par les applaudissements modérés des invités. Au bras d’Alister, Eleanor alla à la rencontre de Calliope et de son frère afin de les féliciter pour le succès de la réception. Un homme âgé aux traits fins s’immisça dans la conversation, offrant lui aussi ses félicitations d’un air affable. Lorsqu’il porta son regard sur Ela, ses yeux s’illuminèrent, la reconnaissant. Il s’inclina poliment et déposa un baiser flatteur sur la main de la jeune fille qui répondit d’un délicat sourire, rehaussant ainsi ses pommettes. Eleanor récupéra sa main et fit les présentations.


« Alister, je te présente Antoine Valois, ministre français des affaires étrangères. » fit-elle dans un français dénué de tout accent, puis, s’adressant audit ministre: « Alister McFarlane est un futur médicomage. Nous fréquentons la même université. Il assiste à la réception au nom de son père. »

« C’est un plaisir, jeune homme. McFarlane, vous dites ? Ce nom m’est familier, que fait votre père ? »

Le ministre approuva la réponse d’Alister d’un hochement de tête, visiblement intéressé. Ils discutèrent ainsi quelques minutes quand Antoine Valois tourna à nouveau son attention vers Eleanor.

« J’oubliais, Miss Des Oraisons… Depuis votre récital à Saint-Pétersbourg l’an dernier, ma femme ne parle que de vous. J’espère que nous aurons l’occasion d’écouter à nouveau vos talents de pianiste. »

« Très aimable, merci. Je l’espère de tout cœur. Votre femme est ici ? »

« Oui. Elle vous cherchait, un peu plus tôt. »

« Je m’en voudrais de la faire attendre. »

Ela s’excusa auprès du ministre qui acquiesça avant de se joindre à la conversation animée d’un groupe d’hommes d’affaire tout près. Lançant un regard circulaire sur la pièce, Ela chercha la silhouette de Françoise Valois lorsqu’elle croisa une paire d’yeux austères. Elle détourna aussitôt le regard et murmura à l’égard d’Alister :

« La duchesse d’Alinovitch ! Elle m’a vue ? La femme qui porte une longue robe noire tout au fond ? Non, peu importe. Allons ailleurs. Je t’expliquerai. »

D’un pas rapide mais naturel, Ela entraîna Alister hors de la salle de réception. Elle s’adossa au mur et risqua un regard derrière elle. Un serveur au plateau chargé d’amuse-gueules obstruant sa vue, Ela fut forcée de s’étirer davantage le cou pour mieux voir. Pas de chance, la duchesse l’avait bel et bien repérée.

« Ok, cours. Cours ! »

Eleanor ouvrit au hasard une porte donnant sur un petit salon. Par prudence, elle la referma derrière elle, relevant le pan de sa robe qu’elle tenait d’une main pour ne pas trébucher. Courir la faisait rire, comme lorsqu’elle était enfant et qu’avec Jade, ils faisaient la course à travers les étages de la demeure familiale dans le but de semer leur gouvernante. Une seconde porte mena à un immense solarium dont l’unique sortie conduisait aux jardins. Ela s’y engouffra et couru jusqu’à une fontaine où elle s’arrêta enfin. Sous le clair de lune, elle s’assied sur le rebord du bassin pour reprendre son souffle. Replaçant une mèche folle derrière son oreille, elle adressa un sourire mi-amusé mi-navré à l’égard Alister. En bruit de fond, un air de musique classique en provenance de l’intérieur du manoir, accompagné des rigoles provoquées par la fontaine illustrant un ange et une démone immortalisés en une étreinte passionnée.

« Irma Alinovitch. Sous prétexte que son époux travaille avec mon père, elle cherche à me faire intégrer une école strictement réservée aux filles dont elle est la directrice, à Kstovo. Je ne sais même pas dans quelle partie de la Russie cette ville se trouve. »

En réalité, la duchesse d’Alinovitch jaugeait les garçons comme certains sangs purs considéraient les sangs mêlés. En d’autres termes, rien de moins que de la mauvaise herbe au milieu d’un champ de fleurs. De son regard hautain, elle ne cessait de plaindre Eleanor et clamait sans retenue que contrairement à Jade, déjà corrompu, son âme à elle pouvait encore être rescapée d’une menace imaginaire. Entendre pareille femme porter un tel jugement sur son frère frôlait la limite du supportable, d'autant plus qu'Ela n’aimait pas être considérée comme une poupée de porcelaine. Elle n’avait rien d’une colombe qu’il fallait mettre en cage pour être protégée du monde. Peut-être que si, en vérité, auquel cas elle préférait voler librement et risquer de se brûler les ailes, convaincue que tel un phénix, elle saurait renaître de ses cendres. Fort heureusement, la duchesse ne s’attardait jamais bien longtemps lors de soirées comme celle-ci. Ils ne leur resteraient qu’à attendre une heure, peut-être deux. Ela balança la tête vers l’arrière, son regard entrant en contact avec le ciel étoilé dans lequel elle pouvait lire comme dans un livre ouvert. Au même titre que les personnages d’un roman, les astres portaient un nom, et les constellations une histoire. Il y avait matière à rêver dans le ciel. Reposant néanmoins ses yeux sur Terre, Ela retira ses escarpins et, serrant ses genoux contre sa poitrine, poussa un bref soupir.

« Je vais rester ici un moment. Si tu veux rejoindre la réception, sens-toi bien aise de le faire. Je crois que tu as tout ce qu’il faut pour te débrouiller au sein de la haute société, maintenant. »
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Alister McFarlane
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▌Né(e) le: 11 mai
▌Pays d'origine: France
▌Statut: 1ère année

MessageSujet: Re: Réception au manoir D'Eluage: Les jardins.   Mar 26 Avr - 1:58

[Me revoilà! Je suis impardonnable de t'avoir fait attendre si longtemps! >< J'ai eu du mal à m'y remettre après une si longue absence! Allez, motivé! =)]

Alister tentait avec soin de ne pas laisser transparaître sa nervosité. Se tenant droit, imperturbable, il y arrivait plutôt bien pour le moment. Mais en serait-il toujours autant quand les premières conversations débuteraient? Il n'en était pas si sûr... D'ailleurs, Eleanor finit par le sentir, sa main étant appuyée sur son bras dont les tensions se faisaient sentir. D'ailleurs, elle lui glissa quelques conseils dans le but de le rassurer. Il acquiesça d'un hochement de tête et ajouta un sourire quand elle fit la comparaison de la situation avec un roman dont il serait un protagoniste. Un échange de regard entre deux amoureux de littérature finit de faire reprendre confiance au jeune sorcier.

Soudain, le fameux Valérian D'Eluage apparut et après avoir salué l'assemblée, commença son discours. Il fut bref et efficace. Simple tout en ayant dit l'essentiel. Alister ignorait tout de cet homme mais devait avouer qu'il avait une certaine prestance. Eleanor et lui le rejoignirent d'ailleurs alors qu'il était en compagnie de sa soeur Calliope. Le Dorelly salua la sorcière avec un sourire et gratifia d'un hochement de tête Valérian tout en le félicitant pour son ascension. Vint alors un homme d'un certain âge, inconnu aux yeux d'Alister, afin de féliciter à son tour le fils D'Eluage. Puis il se tourna vers et Eleanor qu'il salua d'un baiser sur la main accompagné d'un large sourire. Cette dernière se mit à parler en français pour présenter l'homme qui s'avérait être le ministre français des affaires étrangères. Après qu'elle ait présenté Alister, le dénommé Antoine Valois s'adressa à lui dans sa langue natale.


- C'est un plaisir, jeune homme. McFarlane, vous dîtes? Ce nom n'est familier, que fait votre père?

- Il travaille au Département de la Justice Magique de Londres, monsieur, répondit Alister dans la langue de Molière.

La discussion continua ainsi un moment. Cela lui faisait tout drôle de se remettre à parler français dans une pareille situation. Certes, il n'avait rien perdu de sa langue maternelle - et c'était bien normal - mais tout de même, cela faisait longtemps que l'occasion ne s'était pas présentée. Le ministre finit par s'adresser de nouveau à la compagne d'Alister pour lui communiquer son envie de la réentendre au piano lors d'un prochain récital. Eleanor enchaîna en demandant si sa femme était présente, ce à quoi il répondit à l'affirmative en précisant qu'elle la cherchait justement. Eleanor s'excusa alors auprès du gentleman, qui partit rejoindre un autre groupe d'invités.

Soudain, Eleanor s'adressa à Alister, paniquée, alors qu'elle cherchait du regard la femme du ministre. Elle avait vraisemblablement vu une autre personne, une duchesse, et avait l'air de bien regretter. Elle lui demanda si elle avait été repérée mais ne laissa pas le temps au Dorelly de répondre. Toujours accrochée à son bras, elle l'entraîna hors de la salle de réception pour s'arrêter un peu plus loin et tenter de repérer à nouveau l'indésirable. Alister resta silencieux. Il ne comprenait pas et se doutait bien qu'il était inutile de poser des questions pour le moment. Un silence. Puis Eleanor enjoignit son compagnon à courir. Ainsi, ils sortirent du manoir pour arriver dans un solarium. Puis enfin, l'extérieur. Les jardins. Éclairés par un magnifique clair de lune.

La jeune femme s'assit sur le bord de la fontaine, visiblement éprouvée par cette course folle. Alister aussi d'ailleurs. Toujours silencieux, il reprenait son souffle et observait sa cavalière. Celle-ci finit par lui sourire, l'air navrée. Il le lui rendit. Et elle consentit enfin à s'expliquer. Cette femme, la duchesse, connaissait son père et était la directrice d'une école de filles qu'elle voulait absolument faire intégrer à Eleanor. Alister comprenait maintenant et compatit.

Les yeux de la sorcière se perdirent dans les étoiles qui parsemaient la nuit claire et sans nuage. Alister ne put s'empêcher de la trouver belle, la lueur de la lune éclairant sa peau nacrée. Sa chevelure voletait légèrement au grès d'une petite brise nocturne. Elle était en train de voyager parmi les étoiles... Alister aurait bien fait de même mais c'était inutile. Lui regardait ses yeux. Ils reflétaient en mille fois mieux la beauté du ciel. Sa douce voix le sortit alors de sa contemplation.


- Je vais rester ici un moment. Si tu veux rejoindre la réception, sens-toi bien aise de le faire. Je crois que tu as tout ce qu’il faut pour te débrouiller au sein de la haute société, maintenant.

Alister la regarda un instant en silence, attentif, puis lui adressa un sourire timide.

- Et si, je restais à tes côtés? Après tout, nous sommes venus ensemble. Nous repartirons ensemble. Alors pourquoi ne resterions-nous pas ensemble?

Il s'assit à côté d'elle. Une douce musique raisonnait au loin dans le manoir. Non il ne la laisserait certainement pas seule. Peu importe la réception, elle passait maintenant au second plan. Il regretterait éternellement de l'avoir abandonnée pour une soirée dont il n'avait que faire. Le jeune homme accrocha le regard d'Eleanor.

- Je reste. Si tu le veux bien.

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Eleanor Des Oraisons
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▌Né(e) le: 23 Décembre
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MessageSujet: Re: Réception au manoir D'Eluage: Les jardins.   Mar 3 Mai - 14:27

{Nous vivons trop dans les livres, et pas assez dans la nature.}


La solitude n’atteint pas ceux qui, comme Eleanor, oublient la joie d’avoir quelqu’un à ses côtés. Il ne faut pas se méprendre, la jeune fille n’en a jamais souffert puisque, par habitude, cette notion de « nous » et « d’ensemble » lui fut inculquée à l’état d’ébauche, incomplète. Ses parents, sans cesse à l’étranger, rentraient toujours à la maison pour les grandes occasions, effaçant ainsi tout vide qu’aurait pu ressentir l’un de leurs deux enfants. Ils ne ratèrent pas un seul anniversaire, ni aucun Noël, en plus de leur écrire quotidiennement. Occupée à pratiquer la musique depuis son plus jeune âge, Ela ne voyait pas les heures défiler. À peine venait-elle de mémoriser le premier mouvement d’une pièce que Lyov, le majordome, venait frapper à sa porte pour lui indiquer que le repas était servi. Durant la journée, il y avait Közlove, où elle devait se rendre. Puis, en soirée, elle discutait de ses cours avec Anoushka, sa gouvernante, avant de se retirer dans le grand salon avec son frère, là où univers musical et littéraire prenaient le dessus sur le reste du monde. Si une telle forme de solitude ne la rendit jamais triste, l’inverse relevait pour elle du mystère le plus absolu.

Jusqu’à ce soir. Alister serait retourné à l’intérieur du manoir qu’elle aurait regardé le firmament dans un calme rêveur dénué de tout tracas, attendant le départ de la duchesse d’Alinovitch pour rejoindre la salle de réception. Une telle scène ne se produisit pas, et la surface du long fleuve tranquille qu’était la vie d’Eleanor en fut secouée de remous. Et si je restais à tes côtés, disait-il. Ela s’immobilisa complètement. Les pensées qui la taraudaient à son arrivée au manoir revenaient au galop, accompagnées d’une agréable sensation dont elle ignorait encore la provenance. Contrairement à Lyov et Anoushka, personne ne payait Alister pour prendre soin d’elle. Non pas qu’elle doutait de leur affection, mais celle-ci vint en deuxième, après leur travail respectif. Alister n’était pas non plus un frère ou un cousin qui, par lien de sang, ne l’aurait pas abandonnée à elle-même dans les jardins. Alister voulait rester. Avec elle. Par choix. Ils étaient venus ensemble, et ils repartiraient ensemble, puisqu’ils resteraient ensemble… Vraiment ? Cette pensée fit sourire Eleanor. Alister prit place près d’elle, et tandis qu’elle sentait les yeux du jeune homme se poser sur elle, son regard rencontra le sien.

« J’en serais ravie, oui. »

Était-ce donc cela, le véritable ravissement ? Cette douce allégresse au-delà de la politesse, au-delà du simple contentement… Ela en comprenait le sens pour la première fois. Au même moment, elle découvrait au jardin un côté enchanteur qui lui avait mystérieusement échappé jusqu’ici. Alister aussi semblait différent. Quelque chose avait changé au creux de son regard, au fin fond de ses prunelles d’un bleu gris mystérieux, nouveau, pénétrant. Sous le poids d’un silence lourd de sens, Ela détourna son visage à contrecœur.

« J’avais ouïe dire que les plus majestueux jardins trouvaient leur place en France. C’est une chance de pouvoir en admirer un de plus près, les fleurs ne poussent pas aussi aisément, en Russie. »

La végétation de sa terre natale se peuplait surtout de montagnes de conifères à perte de vue. Les sapins affichaient un tronc imposant, incitant les promeneurs à lever les yeux vers le ciel pour mieux admirer leurs immenses branches. Couvertes de neige, ces dernières rappelaient à Eleanor les ailes nacrées des anges. La taïga offrait incontestablement un paysage époustouflant ! En contrepartie, l’ambiance des jardins était chaleureuse, confortable, comme une couverture se refermant sur une paire d’épaules exténuées. Plus loin devant, Ela pouvait apercevoir des vignes grimpantes escalader une arche de bois, non loin d’un rosier. Elle ramena son regard plus près, vers la statue qui trônait au-dessus de la fontaine. Ela la détailla avec intérêt. La passion entre l’ange et la démone ne faisait aucun doute, mais qui dit passion dit parfois feu de paille. L’eau serpentait sur les ailes des personnages, glissait le long de leurs jambes jusqu’à enfin rejoindre le bassin en suivant le long drap recouvrant les deux corps enlacés. Leurs visages, figés dans le temps, ne faisaient ressortir aucune expression dominante. Ela pouvait les imaginer à la fois heureux et déchirés. L’angle des ailes laissait toutefois deviner qu’ils se cachaient de quelque chose qu’on avait oublié, intentionnellement ou non, de joindre à la statue.

« Que crois-tu qui leur soit arrivé ? »
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MessageSujet: Re: Réception au manoir D'Eluage: Les jardins.   Lun 18 Juil - 5:12

« Ils sont morts de leur naïveté. »

Bien qu’on crut pouvoir l’entendre dans tout le jardin, l’origine de cette voix narquoise semblait mêlée sans doute aucun à la source d’eau. De la lumière affleura au fond de la fontaine, ponctuant la phrase. Une légère brume se forma afin d’envelopper les deux êtres de pierre pour finir par s’estomper en laissant la place à des statues colorées, qu’on aurait pensé animées.

« Anges et Démons. Les uns aux Paradis, dominant du ciel tous les êtres ne pouvant les atteindre, et les autres restreints à l’Enfer, jalousant les premiers. Si tous deux possèdent des ailes, ils ne peuvent pas voler. Après tout, ils sont trop lourds, et leurs ailes trop frêles, comment supporteraient-elles pareil effort ? Ils ne volent que parce que la magie existe. Et les démons ne l’ont pas, cette magie. »

Un halo blanc rayonna depuis le corps de l’Ange représenté. Et un anneau doré, vraisemblablement intangible, vint se poser à une courte distance de la tête de l’entité divine. Une auréole. Au même instant, les yeux de la demoiselle se tintèrent d’un rouge pulsant comme le sang qui l’habitait, empli d’envie et de colère.

« On savait le dit-pouvoir contenu dans ces couronnes étranges, totalement inaccessibles aux êtres incomplets qui se devaient, eux, de rester au sol. Mais l’un de ces hautains personnages – le blanc que vous voyez – cru bon de s’intéresser à ceux qu’il ne voyait que de loin. Elle retint son attention, et sûrement plus que ça. Elle était si différente de tout ce qu’il avait connu, nous ne pouvons pas le blâmer, n’est-ce pas ? Même si son peuple, lui, ne se gêna pas pour le faire. Ils le mirent en garde, tentèrent de le tenir captif, mais ils n’ont pas réussis, ils n’étaient pas prêts à affronter une telle situation. Alors un Ange et une Démone finirent ensemble. Et... »

Des plumes jaillirent des ailes opalines, comme tout à coup lâchée au vent. L’aura de l’homme s’assombrit jusqu’à ce qu’on ne puisse plus distinguer sa silhouette derrière la pluie de plume qui se déposa lentement à la surface de l’eau. Au même instant, son auréole se trouva dans les mains griffues de la demoiselle à la peau d’obsidienne. Un large sourire de satisfaction dévoila des canines acérées, accompagné d’un rire strident. On pouvait presque sentir la vibration de la membrane alaire, si longtemps laissée à l’abandon.

« Elle pouvait enfin voler. Elle parcourut l’intégralité du ciel, monta plus haut qu’elle ne pouvait l’imaginer, et elle se posa enfin dans le lieu glorifié. La déception puis le regret frappèrent de plein fouet son esprit. Rien de ce qu’elle vit n’était différent du monde si sauvage et cruel qu’elle connaissait dans les profondeurs du monde. L’Enfer, mais dans des teintes opposées. On dit que dans un accès de fureur, elle jeta le fragment de magie pure qui se brisa sur Terre, et sans celui-ci, elle ne put rester en altitude. De son côté, l’Ange, lui, fut délaissé au milieu de nombreuses furies prêtes à se laisser aller à une vaine vengeance sur sa personne. Aucun des deux ne survécut. Triste histoire, n’est-il pas ? »

Alors que toute lumière disparaissait de la scène, il sembla que quelques gouttes se perdirent à couler sur les visages des deux victimes. Un nouveau voile brumeux, plus dense, enroba la fontaine pour effacer toute trace du spectacle. Quand les statues furent à nouveau visibles, ce furent trois personnages que nous pouvions remarquer. Au pied des êtres antagonistes se trouvait le supposé conteur, assis, jambes dans l’eau et baguette encore à la main. La tête en arrière, il observait encore l’expression des deux faces au-dessus de lui.

« Sans doute était-ce là le plus beau moment de leur vie, l’apogée de leur candide espoir. Peut-être le seul instant où ils se sont réellement aimés. »

De la compassion sembla passer un instant sur le visage d’Ahnkïr, dans un sourire trop doux pour son porteur. Son regard enfin se baissa sur le couple de Dorelly, et son rictus revint, signe évident d’un intérêt mauvais. Il sortit de la fontaine entièrement trempé. Il était arrivé ici par hasard, suivant quelques chemins au gré de son instant, pour finalement arriver à proximité des deux qui se promenaient. Il ne put s’empêcher de saisir l’opportunité de partager cette histoire à celle qui posait la question. Elle raisonnait dans sa tête depuis qu’il avait enfin vu la fontaine dont on lui avait tant parlé, plus jeune. Et puis, l’adepte de l’illusion ne pouvait passer à côté de telle représentation.

Et voilà que maintenant ses vêtements étaient imbibés d’eau, l’exposant aux morsures incisives du froid. Et son gant, qui de nature cachait son douloureux fardeau, épousait à cet instant la silhouette d’un bras gauche presque décharné, aux veines gonflées, portant les stigmates de runes méconnaissables. Son poignet droit se mut avec souplesse, faisant tinter les quelques bracelets portés en ornement, avant d’amener la baguette d’un coup sec au contact de son épaule. Il retrouva ainsi une apparence décente pour la réception à laquelle il se devait de faire bonne impression. Il s’inclina donc pour saluer ses camarades, avant de se diriger vers Eleanor, désinvolte.


« Quel plaisir de te voir, Eleanor. Tu es ravissante, ainsi. Et j’aimerai pouvoir partager en ta compagnie la première danse du bal. »

Il interdit toute réponse précipitée de la demoiselle en posant son index sur les lèvres de celle-ci.

« Ne prends pas ta décision maintenant. Retrouve-moi dans la salle quand cela débutera si tu acceptes. »

Il cessa le contact entre eux et repartit le long de diverses allées du jardin. Alors qu’il allait sortir de leur champ de vision, il se retourna, une dernière demande à ses lèvres avant de s’engouffrer dans la pénombre.

« Certains disent que les arbres qui poussèrent parmi la poussière de l’auréole brisée sont encore aujourd’hui ceux dont nous tirons nos baguettes. Donc si un jour vous croisez un Ange, prévenez moi. J’ai tellement de chose à vérifier. »
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MessageSujet: Re: Réception au manoir D'Eluage: Les jardins.   

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Réception au manoir D'Eluage: Les jardins.

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