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 Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.

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Thèdes Konstonhalu
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▌Né(e) le: 27 juillet
▌Pays d'origine: Norvège
▌Statut: 2ème année

MessageSujet: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Mer 7 Sep - 21:58

« Hey, pour qui tu mets cette robe, Thè ? Tu sais qu’il y aura personne à part mes parents et ta mère, aujourd’hui.
- Quoi ? »

Thèdes leva les yeux vers Asgeir, les sourcils froncés. Il devait plaisanter, ça n’aurait eu aucun sens, sinon. Seulement, les yeux de son cousin se baissèrent et il se mit à regarder ses pieds.

« Je pensais qu’Erwin t’avait mise au courant.
- Erwin ne m’a rien dit. »

Elle se leva du lit sur lequel elle était assise avec Asgeir à ses côtés pour se mettre devant lui et l’observer.

« Où est mon père ?
- Il a du rentrer en Norvège, tôt ce matin. Je pensais que t’avais remarqué son absence. »

Bien sûr qu’elle l’avait remarquée, comme elle remarquait chacune des absences de son père, mais c’était devenu une habitude à présent, et puis, Aradan ne prenait jamais son petit déjeuner en présence de sa fille, c’était une matinée tout à fait normale. Elle pensait qu’elle aurait eu l’occasion de le croiser dans les couloirs de la maison ou à table, pour le déjeuner. Vraisemblablement, elle n’aurait pas du tout à chercher à le croiser, aujourd’hui, comme demain, et comme les jours qui suivront.

« Et vous ? »

Asgeir leva les yeux vers elle, et Thèdes préféra lisser sa robe que de le regarder. Elle était persuadée qu’il allait encore lui donner une mauvaise nouvelle.

« La copine d’Erwin, tu sais, Joanna, elle l’a invité pour les fêtes et… Il m’a proposé de l’accompagner tout à l’heure.
- Oh.
- Thè, viens avec nous, j’suis sûr que Joanna dira rien, elle sera super contente de te rencontrer.
- Non… T’inquiètes pas. Je vais rester là, ça fait longtemps que j’ai pas vu Preben et Briana. Ce sera l’occasion de parler avec eux.
- Comme tu veux. »

Non. Non, ce n’était clairement pas ce qu’elle voulait, ni comment elle avait envisagé la soirée. Elle serait seule. Bien entendu, il y aurait sa mère, Inno, la personne qu’elle aimait le plus au monde mais elle serait seule quand même. Parce qu’ils parleraient de choses qui ne l’intéresseront pas particulièrement, parce qu’ils feraient cas d’elle avec quelques sourires tristes. Des « Je suis désolé que tes cousins et ton père ne soient pas là. » Thèdes n’était pas venue à Seattle pour la pitié, elle en avait bien assez à la fac. Depuis qu’elle et Andrew avait rompu, toutes les filles (celles qui devaient s’être faîtes avoir) la regardaient avec beaucoup de compassion. Thèdes se contentait de lever les yeux au ciel. Même en Irlande, elle n’en voulait pas, de la pitié. Et puis, il n’y avait aucune pitié à avoir. Elle avait voulu jouer, on lui avait bien assez de fois répéter que tout ça, c’était une très mauvaise idée, qu’il fallait qu’elle s’arrête. Elle n’avait écouté personne. Elle avait continué sur sa lancée, elle avait avancé vite, très vite, trop vite pour que ça dure, finalement et… Elle s’était brûlée les ailes.

Au moins, elle savait ce que ça voulait dire, maintenant.

« Tu pars quand ?
- Maintenant. Je venais te dire au revoir.
- D’accord, je vous souhaite une bonne journée à toi et à Erwin.
- Tu vas me manquer, à demain. »

Il lui embrassa le front et elle hocha la tête. Avant de passer la porte, il se retourna de nouveau sa cousine.

« Hey, joyeux Noël. »

Voilà. Il était déjà parti et Thèdes, elle, elle était déjà toute seule.

Plus tard dans la matinée, Thèdes, Briana et Inno cuisinaient. … Bon, d’accord. Briana et Inno cuisinaient pendant que Thèdes mélangeait une salade verte. Lorsque sa mère vit que les feuilles commençaient à noircir au vu de la manière dont sa fille appuyait dessus, elle préféra prendre le plat et le poser sur le comptoir, hors du danger. De temps à autre, Briana ou Inno parlaient de choses futiles, pas intéressantes pour un sou mais que les deux femmes semblaient particulièrement affectionner.

« Thèdes, l’interpella sa tante, cette année à l’université, alors ? Tu as brisé beaucoup de cœurs ? »

Thèdes grimaça. Cette conversation ne lui plaisait pas du tout. Elle aurait préféré que sa tante et sa mère se contentent de parler de tout et n’importe quoi. Même si elle s’en moquait ou que ce n’était pas intéressant.

Elle allait répondre mais sa mère la coupa, un petit sourire triste au visage.

« Thèdes aurait du passer les vacances de Noël avec un garçon à Drammen, mais les choses se sont légèrement compliqués. Ils ont rompu. »

En même temps un « Maman ! » et un « Oh, comme c’est triste ! » retentirent dans la pièce. Thèdes fronça les sourcils et posa sa tête sur la table en bois, sans rien rajouter de plus. Briana s’approcha de sa nièce et passa la main dans les cheveux noirs de Thèdes.

« Ca va aller, tu sais.
- Mais je vais très bien ! »

Et puis, elle ne mentait pas. Elle allait bien. Elle avait pris des initiatives, elle avait commencé à manger plus, parce qu’elle avait envie de prendre du poids, rien qu’un peu, juste pour ne pas se casser un os à chaque fois qu’elle faisait quelque chose, elle avait appris à jouer de la guitare, parce que ça faisait passer le temps lorsqu’elle pensait qu’il s’était arrêté. Elle avait encore plus travaillé, et ses notes –déjà excellentes- étaient encore meilleures. Et puis, au fil des jours et des semaines, et des mois, elle avait compris que, oui, la défaite était bien présente, que le projet n’avait pas marché jusqu’au boût mais… Après tout, elle était bien tombée amoureuse d’Andrew, non ? Et Andrew avait bien oublié le pendentif alors… C’était un demi échec, disons. Surtout parce que Thèdes tenait à Andrew, au fond. Et que ça fait toujours plus mal lorsqu’on tient sincèrement à cette personne.

« Ce garçon était un idiot, de toute façon. »

Briana hocha la tête aux dires d’Inno.

« Je n’ai pas vraiment envie d’en parler et… vous le connaissez même pas, vous avez pas le droit de dire ça. »

Au fond, elle savait bien que sa mère ne pensait pas ce qu’elle disait, elle se contentait juste de faire ce que toute mère aurait fait : Aller dans le sens de son enfant quand il est triste. Cependant, Thèdes ne l’était plus. Par contre, elle était particulièrement de mauvaise humeur depuis qu’elle avait appris que ses cousins et son père avaient déserté la maison pour fêter Noël autre part.

En fait, elle avait très envie d’avoir dix ans, elle avait très envie de fêter Noël avec son père et sa famille (mais surtout avec son père.) À dix ans, son père serait resté pour passer les fêtes avec sa fille. Et puis, à l’époque, il n’était pas aussi triste, Tejho n’était pas encore né. Tejho n’était pas encore mort.

Le pire, dans la journée, ce fut Tejho. Ce fut l’élément déclencheur, en fait. C’est pour ça qu’elle quitta la table, sans prêter attention aux regards, ni même aux mains tremblantes de sa mère posées près d'elle ou de son regard larmoyant. Depuis quand sa famille parlait de Tejho un jour de fête ? Ce n’était pas possible, tout le monde devait s’être mise contre elle. En y réfléchissant, elle était persuadée qu’ils l’avaient tous fait exprès.

Alors, elle était sortie, en ville, habillée comme si elle allait faire du ski. Elle avait mis une robe, quand même, il ne fallait pas abuser mais avec des collants épais, et puis des bottes (Et non, pas de talons, trop compliqué avec la neige), et un bonnet énorme sur la tête, et des gants, et une grande écharpe. Elle avait l’air ridicule. Elle aussi, elle préférait l’été. Seattle, c’était mieux la nuit, pour les pubs, et pour les gens, et pour tout, en fait. Sauf qu’il était deux heures de l’après-midi. Seulement. Et puis… Si elle s’écoutait, elle allait acheter une bouteille de vodka et la boire dans son lit ce soir. Vraiment pas quelque chose d’intéressant ou de digne, pour une Konstonhalu, surtout pour le soir de Noël. La pensée la fit sourire quelques minutes. Au point où elle en était, la dignité, elle n’en avait plus depuis bien longtemps.

Et quitte à la perdre jusqu’au bout, oui, quitte à l’oublier, cette fichue dignité, quitte à la jeter dans la première poubelle qu’elle trouvait, elle…

Oui, elle était allée dans le Maine. Elle aurait pu aller en Californie, ou plus proche, tiens, aller à Vancouver, mais non. Non, elle avait voulu le Maine, York, les mouettes, et les homards, et la neige. Parce que oui, il neigeait. Et encore plus qu’à Seattle. Elle n’avait pas eu à attendre le portoloin. Elle paya et, quelques minutes après, elle fut dans le Maine.

Voilà, tu y es, maintenant. Et tu vas faire quoi ?

Acheter un homard, fut la première idée qui lui vint à l’esprit. C’est d’ailleurs ce qu’elle fit. Elle en profita pour demander à l’épicier où se situait la maison des McAllen. Elle hocha la tête en souriant alors qu’au fond, elle n’avait pas compris un traître mot de ce qu’il lui avait dit. Un sachet avec un homard vivant dans la main, elle sortit du magasin et tenta de se rappeler ce que lui avait dit Andrew à propos de chez lui. Bon, les mouettes, elle les avait vues, c’était bon. Le homard, pareil. Elle devait voir des rochers et la mer, non ? Et un phare aussi.

Au loin, à quelques kilomètres de là, elle vit un phare, tiens. Elle demanda à la première personne qui passa devant elle s’il n’y en avait pas d’autres dans le coin, comme la vieille femme lui répondit par la négative, Thèdes marcha jusqu’à lui.

Oui, elle avait raison. La villa était là. Doucement, parce qu’elle avait peur de tomber sur la glace, et pas parce qu’elle avait peur de la réaction d'Andrew, bien entendu, elle avança vers la maison. Devant la porte, elle hésita. Dix, vingt, peut-être trente minutes. Thèdes, tu vas l’air stupide, là, même les mouettes te regardent bizarrement.

Elle tapa à la porte. C’est Andrew qui lui ouvrit. Elle ne vit pas l’expression qu’il fit. Elle préféré baisser les yeux en formulant un « Hey. » pas très net.

« Je… J’ai ramené du homard. Je l’ai acheté en ville. »

Elle souleva le sac qui sentait mauvais et retroussa son nez, par pur réflexe.

« Andrew… Je peux rentrer ? Il fait froid dehors. »

Avant qu’il ne puisse répliquer quoi que ce soit, elle leva les yeux vers lui et rajouta :

« Crois pas que je suis là pour toi, hein. J’avais vraiment envie de rencontrer Arabella. »
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Andrew McAllen
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Mar 13 Sep - 21:08

Rien n’avait changé, en cinq ans. Comme si York était isolé dans le temps, figé dans une réalité indépendante du reste du monde, où un village de pêcheurs n’avait rien à faire de la modernisation et des trucs du genre. C’était rassurant, d’un certain point de vue. Quand Andrew était arrivé la veille, sa sœur était sortie en pantoufles sur la véranda enneigée en criant. Après avoir dit à sa famille qu’il viendrait leur rendre visite avec Thèdes pour les vacances d’été, il ne pouvait plus se désister. Il avait tout de même réussi à reporter la date de la réunion de famille jusqu’aux fêtes de Noël. Bon, avant ça, entre temps, le projet avec Thèdes avait merdé, et ils n’étaient plus ensemble depuis la fin de l’été. Andrew refusait toujours d’être vu comme le seul coupable de l’histoire, mais comme on dit, c’était du passé, non ? Du coup, à quoi bon le ressasser la veille de Noël ? Et puis c’était pas franchement comme s’il faisait exprès d’y penser, c’était juste que comme l’idée d’aller dans le Maine pour les prochaines vacances venait d’elle, forcément ça lui avait traversé l’esprit, maintenant qu’il y était.

" Plus à droite, je te dis… Donne-moi ça ! "

C’était Arabella qui commentait son sortilège de lévitation sur l’étoile qu’il tentait de placer en haut du sapin du salon. D’un large sourire, Andrew leva sa baguette magique à bout de bras au-dessus de sa tête pour que sa sœur, petite en taille, ne puisse pas l’atteindre.

" Je m’occupe de l’étoile, toi, va aider maman. "

Elle lui rendit son sourire et s’éclipsa à la cuisine, docile. Andrew savait que ce n’était que partie remise. Arabella avait cette manie de toujours tout vouloir prendre en main et d’aller plus vite que le courant. Andrew termina donc d’installer l’étoile en haut de l’arbre avant de rejoindre sa mère et sa sœur à la cuisine. L’odeur des plats se répandait partout dans la maison, un mélange de dinde au four, de pommes de terre, de pâtés et de biscuits en pain d’épices qu’Arabella se plaisait à orner de paillettes de bonbons multicolores. Soudain, on cogna à la porte. Arabella et Andrew échangèrent un regard.

" Je croyais que papa ne rentrait que demain ? "


" T’es bête, si c’était papa, il ne frapperait pas à la porte de sa propre maison. J’vais voir qui c’est. "

Andrew se leva de sa chaise et jeta un coup d’œil par la fenêtre, mais avec tout le givre qui y était collé, pas moyen d’apercevoir autre chose qu’une vague silhouette. Il préférait n’importe qui plutôt que son père, de toute manière. Andrew tira la poignée et ouvrit, geste qui fit tinter les grelots dorés de la couronne accrochée au côté extérieur de la porte. Il ne la reconnut pas immédiatement, emmitouflée dans tous ces vêtements. Elle lui adressa de brèves salutations quasi inaudibles et lui tendit un sac contenant un homard soi-disant acheté en ville. Ce fut lorsqu’elle prononça son nom qu’il haussa les sourcils en une expression de surprise.

" Thèdes ?! Qu’est-ce que tu fais ici ? "

Il avait bien entendu ce qu’elle venait de lui dire, mais il devait poser la question quand même, parce que, soyons sérieux, elle aurait fait tout ce chemin pour rencontrer sa sœur ? Et puis, c’était la veille de Noël, pourquoi n’était-elle pas avec sa propre famille ? Andrew repensa à ce qu’elle lui avait déjà dit sur son père, devinant aisément qu’un soir comme celui-ci, il devait se trouver n’importe où sauf avec sa fille. Tout même, Thèdes avait une mère, des cousins ! Et puis elle était sensée le détester, depuis l’histoire avec Lauréline, pour ne citer qu’elle. Non, rien à faire, Andrew ne comprenait pas comment c’était possible que le soir du réveillon, elle se trouve sur le porche de sa maison.

" Alors Andrew, c’est qui ? "

La voix d’Arabella s’éleva de la cuisine, et dans la seconde qui suivit, ses pas s’approchèrent du vestibule.

" Vas-tu bientôt fermer cette porte enfin, il fait froid, on gèle jusque dans la… Thèdes ? "

Le visage d’Arabella s’illumina d’un sourire en la voyant sur le seuil. Elle bouscula son frère en lui donnant un coup de coude dans les côtes.

" T’es qu’un menteur, t’avais dit qu’elle ne pouvait pas venir ! "

Sans attendre de réponse, Arabella tira Thèdes à l’intérieur pour l’aider à se défaire de son manteau, Andrew refermant la porte derrière elle d’un geste machinal.

" Viens, entre… Maman, Thèdes est là ! Je suis si contente que tu aies pu venir, t’es encore plus jolie que je l’imaginais, j’adore tes cheveux ! J’étais en train de décorer des pains d’épices, tu veux m’aider ? Oh, tu as apporté quelque chose ? "

Andrew prit le sac contenant le homard des mains de Thèdes, un mince sourire aux lèvres en entendant sa sœur bombarder Thèdes de tout ce qui pouvait bien lui passer par la tête.

" Ça va, laisse-la respirer un peu. "

La concernée hocha la tête et entraîna Thèdes jusqu’à la cuisine où leur mère, un tablier rouge noué autour de la taille, vérifiait la cuisson de la dinde. Elle se tourna vers Thèdes et enleva ses gants pour l’accueillir en la serrer dans ses bras. Un peu en retrait, Andrew restait relativement silencieux tandis que sa mère empirait la situation, du moins selon lui. Pour s'occuper, il rangea le sac contenant le homard au frigo.


" Merci pour le homard, c’est très gentil de ta part. Tu restes avec nous jusqu’à demain ? "


Immédiatement, Arabella s’apprêta à ajouter quelque chose, mais sa mère lui en empêcha en levant la main. Arabella grogna, comme à chaque fois qu’on l’empêchait de s’exprimer selon son bon vouloir, ce qui semblait être son lot quotidien, à en juger par la pose impatiente qu’elle prenait en s’appuyant dos à l’îlot central de la cuisine qui faisait office de comptoir pour étaler les dizaines de biscuits en pain d’épices.
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Thèdes Konstonhalu
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Mer 14 Sep - 18:33

Elle leva les yeux vers lui.

« Mon père n'est pas là pour les fêtes, mes cousins non plus et... Tout le monde parle de... »

Elle hésita. C'était tellement plus facile de penser à lui que d'en parler. En même temps, c'était surtout plus lâche. En parler, ça aurait été remettre sa mort au goût du jour, et avouer qu'il n'était plus là pour de bon. Alors que quand elle pensait à lui, il n'était jamais mort, au final. Du moins, dans sa tête.

« Tejho. »

Thèdes savait qu'elle avait déjà parlé de lui à Andrew, mais elle ne savait pas s'il s'en rappelait. Elle ne rajouta rien d'autre. Elle aurait bien aimé lui dire qu'il était mort, que c'était son petit frère, mais qu'il était mort, mais que quand même, ça restait son frère, même mort. Elle n'en eut pas le temps. Elle entendit la voix d'une jeune fille, et devina que c'était Arabella, elle en eut la certitude la seconde suivante. Andrew pouvait bien dire ce qu'il voulait, sa sœur, c'était son portrait craché.

Ensuite, il lui sembla qu'elle était dans du coton. Elle entendit ce que la sœur d'Andrew lui disait, elle remarqua le regard d'Andrew, elle ne put répondre ni à l'un, ni à l'autre. Elle se laissa traîner à l'intérieur de la maison, elle laissa Arabella lui enlever son manteau. Par la suite, lorsqu'elle reprit un peu connaissance des faits et gestes qui se produisaient autour d'elle, la norvégienne ôta son bonnet, ses gants et son écharpe. Elle adressa un sourire à Arabella, plutôt mal à l'aise. Ses lèvres gercées se bloquèrent au niveau des canines et craquèrent. Elle referma la bouche et passa ses doigts dessus. C'était douloureux, mais bien moins que de penser à son frère. Thèdes se tourna vers Andrew et lui adressa un regard désolé. Maintenant, elle comprenait.

Oui, ça y est, elle savait qu'elle avait été trop loin, qu'elle aurait dû aller à Vancouver plutôt qu'ici. La bouteille de vodka semblait à présent bien plus attractive que n'importe quelle soirée passée en la compagnie du Plume. Et puis demain il y aurait de nouveau Asgeir et Erwin. Qu'est-ce qu'elle fichait ici, enfin ? Elle avait perdu la tête ? Et puis, c'était quoi cette histoire de dignité ? Bien sûr qu'elle en avait, elle était une Konstonhalu, tout de même. Et voilà qu'elle réfléchissait, seulement maintenant. C'était bien trop tard. Qu'est-ce qu'elle faisait là ? Pourquoi ne courrait-elle pas jusqu'à la porte ? Et pourquoi ne quittait-elle pas la maison, tout de suite ? Pourquoi est-ce qu'elle n'arrivait pas à bouger ? Pourquoi est-ce qu'Arabella la traînait vers la cuisine ? Non... non, la porte d'entrée était de l'autre côté... Pourquoi est-ce qu'Andrew lui prenait quelque chose des mains ? Ah... le homard. Pourquoi est-ce qu'elle l'avait acheté, celui-là ? Ne pouvait-on juste pas le relâcher à la mer ? La villa donnait bien sur l’océan, et ça ne mettrait que quelques minutes pour y accéder et puis comme ça, ce serait une excuse parfaite pour s'enfuir. Un "Je vais rendre au homard sa liberté, je reviens tout de suite." Ca ferait plaisir à Andrew, au moins. Pourquoi est-ce qu'elle ne faisait pas ça ? Pourquoi est-ce qu'elle n'arrivait pas à parler ? Pourquoi est-ce que la mère d'Andrew la prenait dans ses bras, là, maintenant ?

Elle percuta. D'un coup. Elle n'avait rien du tout à faire ici. Noël, c'était une fête en famille. Et si Thèdes n'en avait pas, c'était son problème, après tout. Jusque là, elle n'avait jamais embêté personne. Elle ne se rappelait même plus ce qui l'avait guidé jusqu'à York. Une histoire de dignité, oui, mais elle avait du mal à reprendre le fil de l'histoire, à comprendre son raisonnement. Il y en avait un, pourtant, elle en était sûre. Elle n'y voyait plus rien. C’était tout flou, dans sa tête, maintenant. Pourtant, elle répondit à l’étreinte, encore plus mal à l’aise qu’avant, et sans doute rouge comme une tomate. Elle passerait ça sur le compte de la différence de température entre l’extérieur et l’intérieur. Et l’étreinte de la mère d’Andrew était toute douce, et puis, elle n’avait pas envie de la quitter, ça lui rappelait sa propre mère, et Thèdes devait lui avoir fait beaucoup de mal, à partir comme ça, sans raison.

Rester ici ? Jusqu'à demain ? Une réponse abrupte sortit de sa bouche, sans qu'elle ne puisse rien y faire.

« C'est impossible. »

Pour Inno, déjà, qui devait se faire beaucoup de soucis. Et puis… Et puis qui d’autre ? À qui importait-elle réellement, là, maintenant ? Si son père l’avait un instant considérée comme sa fille, c’était il y a bien longtemps. Elle en avait conscience. Elle avait beau se répéter mentalement quelques phrases inutiles et sans aucun sens, elle savait. Oui, elle savait qu’elle racontait n’importe quoi. Non, son père ne l’aimait pas autant qu’il aimait Tejho. Et son père ne l’aimait pas, point. Il n’y avait pas de comparaison à faire. Mais aussi, c’était la faute de Thèdes, ça. Qu’est-ce qu’elle avait à être une fille ? Et puis, qu’est-ce qu’elle avait à être née la première ? Pour faire plaisir à Aradan, elle aurait volontiers changé de place avec Tejho, même si cela signifiait que… Même si ça signifiait qu’elle, elle n’aurait pas eu le droit de vivre.

De toute façon, tout le monde savait que Tejho le méritait plus qu’elle. C’était son père qui le lui avait dit, et son père n’était pas du genre à raconter des sottises. Ca aussi, elle le savait.

« Je n’ai pas de vêtements de rechange. »

Ce fut la première excuse qu’elle trouva. Thèdes adressa un maigre sourire à Arabella qui boudait toujours, dans son coin. Elle n’osait pas regarder Andrew. Elle avait tellement… honte. Elle se sentait honteuse, oui. Elle avait un poids dans l’estomac et puis ça ne semblait pas partir aussi facilement qu’elle le pensait. Elle allait toujours trop loin, elle le savait. Il fallait qu’elle trouve d’autres excuses, histoire d’appuyer la négation.

« Et puis… »

Et puis, elle ne pouvait pas faire ça à Andrew, tout simplement. Elle observa Arabella, et puis sa mère, et puis encore Arabella. Les deux ne voulaient donc pas avoir leur fils et frère pour elles toutes seules ?

« Et voilà. »

Elle n’avait rien d’autre à dire, tout était trop compliqué. Même lancer un regard à Andrew, c’était bien trop dur.
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Andrew McAllen
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Mar 4 Oct - 15:09

Si Andrew n’avait toujours rien dit, c’était parce que la logique de Thèdes lui échappait. Lorsqu’il referma la porte du frigo, il laissa tomber l’idée d’un raisonnement. Il devait s’agir d’une impulsion comme elle seule en était capable, tout simplement. Elle avait mentionné Tejho, son jeune frère mort prématurément d’une cause qu’Andrew ignorait complètement. Chose sûre, il savait que si quelqu’un lui parlait de Lenna la veille de Noël, lui aussi, il aurait envie de partir en courant jusqu’à l’autre bout du pays. Il ne fallait pas être Merlin pour piger qu’un sujet pareil venait bousiller l’ambiance des fêtes encore mieux qu’un seau de neige fondue sur le crâne. Par contre, une question persistait dans son esprit… Pourquoi chez lui, et pas ailleurs ? Ne pouvait-elle pas se contenter de le détester pour les conneries qu’il avait faites, comme une fille normale le ferait ? Pour la énième fois depuis qu’il la connaissait, il se dit que Thèdes était différente. Aussitôt, la voix de Ted le rappela à l’ordre avec des propos opposés. Énervé, Andrew se passa la main dans les cheveux tandis que Thèdes refusait l’offre de sa mère de rester jusqu’au lendemain. Cette fois, Edwina McAllen ne parvint pas à retenir la langue bien pendue de sa fille.

" T’es à peine plus grande que moi, je te prêterai des vêtements, et un pyjama, qu’est-ce que tu dis de ça ? Et puis la météo prévoit un blizzard pour la nuit, tu ne devrais pas sortir par un temps pareil. "

Arabella lança un regard sournois vers son frère avant d’ajouter à l’égard de Thèdes :

" Andrew te prêtera sa chambre, en bon gentleman qu’il est, et dormira sur le canapé ! "

Il connaissait suffisamment Thèdes pour voir que la situation la mettait mal à l’aise. Regrettait-elle déjà d’être venue ? Elle ne semblait pas encore avoir remarqué que sa mère et sa sœur trouvaient plus que normale de la voir dans leur maison le soir du réveillon. Andrew savait que ce n’était qu’une question de temps avant que Thèdes ne se rende compte de l’étrangeté de l’accueil chaleureux qu’elle venait de subir alors qu’ils n’étaient plus ensemble. C’était carrément comme si elle était attendue pour le dîner, et pourtant, ça ne devait pas être le cas, parce qu’ils ne sortaient plus ensemble depuis quatre mois. Préférant jouer le jeu aussi longtemps que faire se peut, c’est-à-dire aussi longtemps qu’ils ne seraient pas seuls tous les deux, Andrew tendit un verre de jus de grenadine à Thèdes, lui offrant un sourire de bienvenue avec un peu de retard.

" Tu veux te réchauffer près du feu ? "

Avant que Thèdes ne puisse répondre quoi que ce soit, la mère d’Andrew approuva l’idée en tapant dans ses mains, en l’occurrence les gants en tissu du four.

" Bonne idée ! La dinde sera cuite dans une demi-heure. "

Andrew acquiesça et se dirigea vers le salon, à côté. L’intérieur de la maison paraissait spacieux à cause des pièces qui communiquaient à aile ouverte, sans mur. Une cheminée semblable à celle se trouvant dans la salle commune décorait le mur de gauche. Arabella prit les devant pour y ajouter une bûche. Affichant toujours son air espiègle, elle prit place sur le seul fauteuil disponible, regardant avec malice Thèdes et Andrew s’asseoir sur le canapé. Ce dernier lui lança un regard réprobateur à laquelle elle répondit en levant les yeux vers le plafond d’un sourire en coin. Elle cessa néanmoins son numéro, par considération pour Thèdes et non pas parce que son frère le lui avait demandé. En provenance d’un vieux tourne-disque installé sur une étagère près du sapin, des chansons de Noël faisaient office de musique de fond. Arabella jeta un regard vers la fenêtre puis tira sur ses épaules la couverture qui trônait sur la tête de son fauteuil.

" Je peux avoir un verre de grenadine, moi aussi ? "

" Tu pouvais pas y penser pendant qu’on était dans la cuisine ? "

" S’il-te-plaît… "

Lorsqu’Andrew se leva, Arabella s’empressa de préciser :

" Avec des glaçons ! "

Elle faisait exprès pour l’embêter, il le savait que trop bien. Peu convaincu que de laisser Thèdes seule avec sa sœur, ne serait-ce que pour deux minutes, soit une très bonne idée, Andrew lança un regard vers elles derrière son épaule. À la cuisine, sa mère terminait de décorer les pains d’épices abandonnés par sa fille. Andrew ouvrit l’armoire pour y prendre un verre, se saisissant de la bouteille de grenadine de l’autre main. D’un doux sourire, sa mère leva la tête en sa direction.

" Ne t’inquiète pas pour ton père. "

Andrew lui répondit d’un haussant d’épaules.

" Je ne m’inquiète pas. "

C’était faux, sa mère le voyait bien, mais elle n’insista pas. Andrew n’avait pas revu son père depuis qu’il s’était disputé avec lui peu de temps avant son départ pour l’Irlande. De le revoir après tout ce temps et tout ce silence ne lui plaisait pas. Il savait qu’il ne pouvait pas l’éviter à jamais, et que tous les deux, ils devraient s’adresser la parole à nouveau, et ce même si Andrew n’avait pas la moindre petite idée de quoi lui dire, lorsqu’il le verrait.
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Thèdes Konstonhalu
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Jeu 13 Oct - 21:08

Thèdes écouta sans rien dire Arabella lui démonter son idée de partir maintenant et, même si elle n'aurait eu aucune difficulté à contrer tout ce qu'elle disait, elle n'en fit rien. Arabella était minuscule et Thèdes trop grande. Ses vêtements ne lui iraient jamais, elle en avait parfaitement conscience, et elle espérait que la sœur d'Andrew le saurait également et puis, l'histoire du blizzard était ridicule. Thèdes ne craignait pas le froid, Thèdes était norvégienne, le froid ne la gênait pas, bien au contraire et elle avait vu des vents plus forts que celui du Maine. Elle se remémora un instant les rares fois où elle était allée dans le nord de la Norvège pour rendre visite à la famille de son père. Elle était une des rares personnes à ne pas souffrir du vent glacial et de la neige qui s'infiltrait doucement mais sûrement dans ses chaussures. Lorsque la jeune fille parla du fait qu'Andrew lui passerait son lit pour dormir dans le canapé, elle ouvrit la bouche puis la referma dans la seconde suivante. Elle avait un excellent souvenir (qu'elle aurait curieusement préféré oublier dans la seconde) de sa première soirée avec le Plume où eux deux avaient déjà discuté du fait qu'ils iraient dans le Maine, et où Andrew lui prêterait son lit, et qu'il se ferait au canapé. Elle préféra baisser la tête et s'enfoncer les ongles dans ses paumes plutôt que d'en rajouter.

Dans son champ de vision totalement réduit -regarder ses pieds était décidément bien étrange et peu commun pour elle- la norvégienne vit un verre avec un liquide d'une couleur rosâtre qu'elle identifia comme de la grenadine et leva brusquement la tête. Au moment où elle croisa les yeux souriants d'Andrew, elle baissa automatiquement les siens pour prendre le verre dans ses mains, le remerciant d'un murmure absolument inaudible, et suivit ses instructions. Le fait que la mère d'Andrew prenne la parole avant qu'elle ait le temps de le faire la sauva plus que cela ne la dérangea. Elle se contenta de suivre Andrew en se disant que la demi heure serait décidément trop longue. Bien trop pour elle.

Elle ne vit pas Arabella prendre place sur le seul fauteuil du salon, mais il fallait dire que les pieds d'Andrew qu'elle fixait pour savoir quel chemin emprunter étaient particulièrement passionnants. Lorsqu'elle leva finalement le regard pour voir où est-ce qu'elle devait s'asseoir, son estomac se crispa. Elle remarqua le regard d'Arabella puis celui d'Andrew mais s'assit tout de même à côté de lui en prenant soin de lisser sa robe, à présent au bord de l'explosion. Elle était tellement mal à l'aise qu'elle aurait pu sortir en courant de la maison, partir loin, revenir chez elle, attendre la fin des vacances, retourner en cours, se cacher d'Andrew et de tous les autres. Jusqu'à la fin de sa scolarité. Jusqu'à la toute fin, même.

Elle suivit consciencieusement l'échange entre la sœur et le frère tandis qu'elle déglutissait plus au moins facilement, toujours aussi mal à l'aise. En perdant toute notion de ce qu'il se passait autour d'elle, elle chercha du coin de œil la porte d'entrée. Cela serait-il bien vu si elle quittait la demeure des McAllen sans un mot ? Elle n'en savait rien.

« Qu'est-ce que tu regardes, Thèdes ? »

Elle sursauta, remarquant qu'il ne restait plus qu'Arabella et elle dans la pièce. Par automatisme, elle tourna la tête vers la cuisine et vit Andrew prendre une bouteille dans ses mains. En se retournant brusquement vers Arabella, comme si regarder Andrew plus de trois secondes allait lui faire sortir les yeux de ses orbites, elle sentit un os craquer dans son cou et grimaçant lorsque la douleur se répandit juste au dessous de ses oreilles.

« Est-ce que ça va ? »

Elle se contenta de hocher la tête, et en effet, la douleur semblait s'atténuer de seconde en seconde.

« Alors ? », demanda Arabella, et, Thèdes, ne comprenant pas où elle voulait en venir, préféra lever un sourcil.

« Tu as l'intention de rester muette toute la soirée ? »

La brune écarquilla les yeux en même temps que le sourire d'Arabella se fit plus prononcé. Toujours aussi gênée, elle secoua la tête.

« Que veux-tu que je dise ?
- Tout, absolument tout ! Je veux tout savoir sur toi ! »

Ca allait être plutôt compliqué.

« Tout ? » répéta Thèdes.

Arabella hocha simplement la tête. Thèdes baissa la sienne vers ses mains et commença :

« Hm. Je m'appelle Thèdes. Je suis norvégienne. Je suis née à Drammen, c'est une ville pas très loin d'Oslo, la capitale... Ma mère est moldue, c'est un ange et je l'adore vraiment. Et... Je suis la meilleure de ma promotion. En même temps, Andrew t’aurait dit sans doute que je ne fais que travailler mais autant, je sais que ça peut être ennuyeux, par moment, mais j'aime vraiment étudier, tu sais. Et pas seulement pour les honneurs, ne crois pas que je travaille seulement pour ça, c'est bien plus que ça. »

Ton discours sur toi-même est inutile, Thèdes.

« Je fronce tout le temps les sourcils, ou je les lève, ça dépend de la situation. J'sais faire un tas de trucs sympa avec mes sourcils, en fait. Ils prennent des formes bizarres sur demande. Je ne savais pas que si peu de personnes arrivaient à hausser seulement un sourcil. Ton frère est incapable de le faire, par exemple. Il lève toujours les deux en même temps. Je crois qu'il n'a pas assez d'entraînement. »

Ca vire ridicule, Thèdes. Tant pis, elle préférait dire n'importe quoi que de s'en aller en courant et de faire mauvaise impression. Avec un sourire timide, elle continua sur sa lancée, sans remarquer le sourire d'Arabella, toujours plus grand.

« Mon père est un politicien. Il est très connu en Norvège. Il est doué dans son travail, et il adore ce qu'il fait. Je ne le vois pas souvent puisqu'il voyage beaucoup à travers le monde, mais à chaque fois qu'il revient d'un pays, il me ramène une robe ou deux. Ma mère ne travaille pas, elle est un peu paresseuse. Elle dort toujours jusqu'à très tard dans la journée. Elle joue du piano, elle m'a appris à en jouer aussi, quand j'étais plus petite. C'est une passionnée de magie. Elle en connaît tellement qu'elle m'étonne. C'est une culture qu'elle adore, et quand elle ne dort pas, elle lit des livres dessus ou elle demande à nos elfes de faire des tours. »

Sa conscience lui rappela qu'elle n'avait pas cessé de dire des stupidités depuis tout à l'heure, mais il était trop tard pour qu'elle s'arrête, maintenant.

« Je sais faire le lapin avec mes dents aussi. Personne le sait à part toi, alors ne le dis à personne, d'accord ? Ca pourrait nuire à ma réputation. Gamine, je n’arrêtais pas de le faire devant mon miroir. Mes incisives sont plus longues que mes autres dents, alors du coup, c'est facile. J'ai juste à retrousser mes lèvres et j'ai des dents de lapin. »

Elle leva -enfin- la tête vers Arabella qui éclata de rire à ce moment là. Elle n'en fit pas cas, et même si elle se retint de froncer les sourcils, elle rajouta, pour clôturer ce monologue sans queue ni tête.

« … Voilà. »

Puis, elle se rendit compte qu'Arabella avait un verre de grenadine dans la main. Elle écarquilla les yeux pour la deuxième fois dans un court laps de temps et tourna la tête vers la cuisine, où Andrew se trouvait il y avait de cela quelques minutes. Quelques minutes : Le terme juste. Il était à présent debout, à sa gauche et semblait attendre que son discours prenne fin pour s’asseoir à côté d’elle.

Le visage crispé, les yeux toujours écarquillés et la bouche ouverte, elle se rendit compte qu'Andrew souriait. Elle posa sa main sur son ventre qui ne cessait de remuer depuis trois secondes et referma sa main dessus, comme pour le faire taire ou arrêter de bouger.

« Tu viens d'arriver à l'instant, n’est-ce pas ? »

... N'est-ce pas ?
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Andrew McAllen
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Lun 21 Nov - 3:23

Les deux glaçons ajoutés au verre de grenadine, Andrew resta un moment à fixer le liquide rouge, songeur. Derrière lui, il entendait à peine sa mère mettre la table. Toutes ses pensées étaient dirigées vers les éventuelles retrouvailles avec son père. Il appréhendait cette rencontre comme aucune autre. Même la vue de Thèdes sur le seuil de sa porte ne ressemblait à rien à cet état d’esprit qu’il entretenait malgré lui à l’idée de le revoir. Andrew ne voyait pas ce qu’il pourrait bien lui dire. Devrait-il lui serrer la main, après cinq années ? Bon, un truc à la fois, d’abord Thèdes, ensuite son paternel. Il prit le verre entre ses mains, retenant un soupir, et reprit la direction du salon. Thèdes et Arabella discutaient, et le large sourire de sa sœur ne présageait rien de bon. Il s’arrêta à côté du canapé et fit léviter le verre de grenadine jusqu’à sa sœur qui le saisit tranquillement. À côté, Thèdes continuait de parler d’une voix un peu machinale. À peine quelques minutes et Arabella savait ce que les parents de Thèdes faisaient dans la vie. Cette dernière termina cette longue tirade avec une drôle d’anecdote sur sa capacité à faire une tête de lapin avec ses dents. Amusé, Andrew sourit de toutes ses dents alors qu’Arabella éclata littéralement de rire.

" T’en fais pas mon lapin, je viens d’arriver ! "

Arabella ria de plus belle tandis qu’Andrew prenait place près de Thèdes qu’il poussa légèrement de son coude pour l’obliger à rire avec eux quand de la cuisine, la voix d’Edwina McAllen s’adressa à eux.

" Ma chérie, tu viens m’aider pour la dinde ? Thèdes, Andrew, vous pouvez venir vous asseoir. "

La table comptait six chaises, une aux extrémités et deux de chaque côté. Andrew invita Thèdes à s’asseoir à côté de lui d’un côté. Le festin ressemblait à ces plats typiquement américains que tout le monde s’imaginait. Une nappe rouge avec des motifs de poinsettia recouvrait la table où trônaient des bougies de Noël, des sauces, des accompagnements, de la purée de pomme de terre, de la gelée de canneberge et finalement la dinde qui fumait encore, fraîchement sortie du four. Andrew attrapa un couteau et une longue fourchette pour la couper et en servir dans chaque assiette. Sa mère vint les rejoindre en prenant place au bout de la table, Arabelle sur sa droite, en face de Thèdes.

" Alors, Thèdes, Andrew m’a dit que tu voulais devenir Médicomage ? "

Arabella s’extasia sur sa chaise.


" Tu peux lui donner des conseils, maman ! "

Edwina émit un rire léger à la vue de l’enthousiasme de sa fille, et hocha la tête en direction de Thèdes.

" Bien sûr. Si tu as la moindre question, Thèdes, n’hésite pas à demander, j’essayerai de te répondre de mon mieux. "

Retournant en vain sa fourchette au centre de sa purée de pommes de terre, Andrew écoutait la conversation. Si on lui avait dit que Thèdes frapperait à sa porte le soir du réveillon, il n’aurait jamais gobé l’histoire. Encore maintenant, il trouvait la situation surréaliste, mais pas forcément désagréable. Il proposa un verre de vin à Thèdes qu’il lui versa sans attendre sans réponse, se remémorant la fois où, vers la fin de l’été, elle lui avait proposé de laisser tomber l’alcool fort pour se lancer dans la dégustation de vin. Sa mère ne buvait pas, et pas question d’en proposer à Arabella qui n’avait que quinze ans alors il se servit donc à son tour et reposa la bouteille sur la table, laissant sa sœur siroter sa grenadine. Pendant ce temps, Edwina s’était levée jusqu’au salon pour fouiller dans la bibliothèque. Elle ramena un livre qu’elle déposa près de Thèdes entre leurs deux assiettes.

" Je crois que cette lecture pourrait t’intéresser. L’auteur compare différentes méthodes de soins selon la blessure du patient et la gravité de son état. Ce livre m’a beaucoup aidé à effectuer mes premiers diagnostics lorsque je débutais comme Médicomage. Prends-le. "

Andrew sourit en avalant un morceau de dinde qu’il fit passer avec une gorgée de vin lorsqu’Arabella prit la parole à son tour en s’adressant à lui.

" Au fait, je t’ai pas dit, mais j’ai été sélectionné pour le poste de Capitaine de mon équipe ! Les épreuves de qualifications auront lieu après les fêtes. "


Le Quidditch était pratiqué non seulement par Andrew, mais aussi par Arabella qui jouait au poste de Gardien. Elle était moins douée que son frère, moins passionnée aussi, mais elle considérait ce sport comme une sorte d’héritage de leur père. Elle y jouait principalement parce que plus jeune, elle se rappelait les journées passées à apprendre à se maintenir sur un balai, à lancer les premiers tirs. Arabella et Andrew se disputèrent un nombre incalculable de parties un contre un à l’arrière de la maison. Continuer à y jouer gardait les souvenirs plus vivants, surtout depuis que son frère étudiait en Irlande. Andrew lui souhaita bonne chance, ou plutôt, il leva le pouce en sa direction, lui disant de tous les écraser jusqu’aux derniers, ce qui fit sourire Arabella. Elle acquiesça avec détermination aux encouragements de son frère et se tourna vers Thèdes.

" Tu l’as déjà vu jouer au Quidditch ?! " Puis, revenant sur Andrew, elle ajouta : " Je me souviens encore de cette feinte qui a fait remporter la coupe à Salem dans le tournois inter-école, c'était trooooop gé-ni-al ! "

Il ricana, sans se vanter, contrairement à son habitude, et accepta le compliment de sa sœur sans y répondre puisqu’elle adressait surtout une question pour Thèdes qui attirait la curiosité générale par sa présence parmi eux ce soir. Andrew se servit une seconde portion de pommes de terre, se demandant si Thèdes partirait bel et bien après le dîner. Elle n’avait à proprement parler aucune raison de rester malgré l’offre de sa mère, mais si jamais elle décidait de rester… ? Si jamais elle revenait sur sa décision prise un peu plus tôt ? Une réalité qu’il pensait ne jamais vivre se produirait, et cette possibilité le laissait tout aussi perplexe qu’intrigué, parce qu’il ne pouvait deviner avec certitude ce qui l’avait poussé à traverser la moitié du pays pour venir le voir après la blessure qu’il lui avait infligée, après cette séparation douloureuse où Lauréline en avait aussi payé les frais. Était-ce un geste posé sur un coup de tête ? Un coup de tête absurde, tout comme celui qui l’avait poussé à embrasser Lauréline ? Une impulsion mystérieuse dont les conséquences n’étaient pas toujours prévisibles...
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Thèdes Konstonhalu
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Ven 25 Nov - 16:14

Et voilà qu'il avait tout entendu, et malgré le coup de coude d'Andrew, Thèdes eut beaucoup de mal à rire avec le frère et la sœur réunis. Elle leur adressa un sourire, cependant, relativement navrée de l'attention qu'on lui portait, et se sentit toute petite, tout d'un coup. Qu'est-ce qu'elle faisait là, déjà ? Ah oui, c'est vrai, elle n'en avait aucune idée, et même lorsqu'elle regarda Andrew, pour trouver le moindre réconfort dans ses yeux, elle ne vit rien du tout, c'était tout flou. Sans doute aurait-elle rit dans une autre situation, se moquer d'elle-même avait toujours été difficile, mais ça l'était bien plus dans le Maine. L'avait-il vraiment appelée « mon lapin » ? C'était particulièrement gênant, comme situation, et elle avait beau cherché quelque chose - n'importe quoi - sur quoi se raccrocher, elle ne décela rien de tout ça. C'est la voix de madame McAllen qui lui fit perdre le fil de ses pensées et se leva en même temps qu'Andrew du canapé pour finalement s'asseoir dans une autre chaise, à la table du réveillon, aux côtés du Plume.

Elle observa avec attention Andrew découper la dinde, sans jamais ouvrir la bouche, si ce n'est pour lancer un ou deux sourires à Arabella, qui, en face de Thèdes, ne cessait de l'observer avec un gigantesque rictus amusé sur les lèvres. Elle adressa de nouveau un sourire timide à Andrew lorsqu'il la servit et détourna les yeux vers Edwina McAllen, ne perdant pas l'habitude de regarder son locuteur dans le fond des yeux. Elle hocha simplement la tête à sa réponse et rajouta :

« C'est ce que je souhaite faire depuis mon entrée à l'école magique de Norvège, en fait. »

Ou plutôt ce qu'elle voulait faire depuis que Tejho était mort et que personne n'avait été capable de le soigner, mais les dates coordonnaient cela dit, et elle n'allait pas refaire la même erreur deux fois. À midi déjà, à Seattle, elle avait quitté la table parce que l'on parlait de lui, elle ne pouvait décemment pas elle-même ouvrir le sujet.

« J'ai des milliards de questions, en fait, mais ce n'est pas le lieu, ni le moment, j'imagine... Vous voudriez sans doute profiter de votre fils, non ? »

Elle adressa un regard à Andrew, de nouveau mal à l'aise, pour finalement les baisser vers son assiette et commencer à manger. C'était devenu beaucoup plus simple de se nourrir depuis qu'elle s'obligeait à dévorer chacun des repas qui étaient faits à Swyn et, même si l'appétit n'était pas là et qu'elle n'avait pas franchement pris de poids, elle se sentait dorénavant plus forte. Elle adressa un nouveau sourire à Andrew quand il lui servit du vin, ne manqua pas de froncer légèrement les sourcils quand il se servit lui-même ensuite, en profita pour sourire de nouveau à Arabella, à qui elle lança un regard surpris lorsqu'Edwina quitta la table.

Est-ce qu'elle avait dit quelque chose de mal ? Est-ce qu'elle devrait partir, là, maintenant, tout de suite ? Son cœur rata un battement et ne reprit son rythme normal que quand la mère d'Andrew refit son apparition, un livre à la main. Pour la première fois depuis qu'elle était arrivée ici, elle sourit le plus honnêtement de monde et posa sa main sur la première page de couverture, en remerciant très chaleureusement Edwina.

« Andrew sur un balai ? »

Elle planta son regard dans celui du Plume en cherchant dans sa mémoire les moments qu'ils avaient partagés ensemble.

« Une fois, non ? Mais c'était de nuit, tu te rappelles ? C'était Ted qui avait voulu jouer... Cela dit, j'étais trop occupée à... »

À essayer de blesser quelqu'un avec sa batte plutôt que d'observer la manière qu'Andrew utilisait pour se tenir sur un balai.

« ... Essayer de ne pas tomber. »

____

À l'intérieur, elle riait de tout cœur des anecdotes de la famille McAllen. Dehors, le vent devenait de plus en plus fort.

____


« J'avais déjà refusé le premier soir, Andrew. C'est toujours non. »

Elle secoua la tête pour appuyer ses propos, ignorant le regard d'Andrew sur elle.

« Je ne dormirai pas dans ce lit, c'est le tien, et c'est à toi de dormir dedans, je dormirai dans le canapé, ça ira parfaitement. »

Elle lui souhaita rapidement bonne nuit, histoire qu'il ne puisse pas répliquer et ferma doucement la porte de la chambre en laissant Andrew à l'intérieur. Doucement, pour ne réveiller personne, Thèdes descendit les escaliers pour rejoindre le salon et s'assit sur le canapé, en contemplant la décoration de Noël. Sans même s'en rendre compte, elle se rapprocha du sapin et l'observa un instant. Et puis, tout devint tout trouble de nouveau.

Elle attrapa son manteau, mit ses bottes à toute vitesse, posa son bonnet sur sa tête, l'écharpe dans son cou et sortit de la maison. Un instant, elle fut surprise qu'il fasse aussi froid et qu'il neigeait autant mais elle ne se découragea pas et avança jusqu'au bord de l'eau, sur un rocher où elle s'assit. Brusquement, elle sortit de la poche de son manteau un paquet de cigarettes et l'alluma aussitôt. La fumée se dissipa aussi vite et se confondit avec la buée qui s'évacuait de sa bouche lorsqu'elle respirait. Il faisait glacial, et elle tremblait de tout son corps et elle ne savait toujours pas ce qu'elle faisait là et elle ne savait toujours pas pourquoi elle n'avait pas encore quitté la ville. Inno devait être inquiète, non ? Elle avait peut-être appelé Aradan pour lui informer du départ de leur fille. Comment l'avait-il pris ? Bien, sans doute. Le truc, c'est qu'elle était ballottée dans tous les sens depuis qu'elle était gamine. Norvège, États-Unis. Dès qu'on en avait assez de la voir, on la balançait à l'autre bout du monde, dans un autre continent où les nouvelles se font plus rares. Mais le Maine... C'était quelque chose de grandiose, pour elle. Ce n'était ni l'asile de paix ni l'endroit où la guerre faisait rage, c'était Thèdes qui avait décidé de venir ici, personne n'avait fait le choix pour elle, personne ne l'avait envoyée là pour ne pas la voir. Personne ne savait où elle était, d'ailleurs.

Ils devaient tous être persuadés qu'elle était repartie en Irlande. Elle se doutait déjà du dialogue entre sa mère et son père. Des « Thèdes étudie beaucoup, elle a dû rentrer à Swyn.» et des « Elle est encore incapable de faire bonne impression, même auprès de sa famille.» Avait-elle fait bonne impression à la famille McAllen ? Est-ce qu'en se couchant, Arabella s'était dit « Thèdes est quelqu'un de bien.» En était-il pareil pour Edwina ? Sans savoir pourquoi, elle l'espérait, peut-être bien parce qu'il semblait à Thèdes qu'Arabella avait placé beaucoup d'espoir en elle. Pourquoi ? C'était idiot, tout le monde mais pas Thèdes, c'était bien la personne la moins constante du monde. Elle l'avait assez prouvée, et ce même à Andrew. Elle revoyait encore son regard surpris qu'il avait ouvert la porte. Pour une surprise, ça devait sans doute en être oui, c'était certain mais...

Pourquoi seulement lui ? Pourquoi Edwina et Arabella ne l'avaient pas été ? Ce n'était pas normal. Andrew devait leur avoir dit qu'ils avaient rompu, tous les deux, non ? Alors pourquoi Edwina avait-elle agi comme une mère ? Est-ce qu'Andrew lui avait parlé des problèmes que Thèdes rencontrait avec sa famille ? Et pourquoi Arabella avait-elle était si enjouée ? Thèdes ne se serait jamais permise d'être heureuse si elle avait vu l'ancienne petite amie de son frère sur le pas de la porte, elle l'aurait même sans doute chassée en lui envoyant un verre d'eau à la figure, rien que pour l'image de son frère.

Une ou deux heures qu'elle était là. Pour voir, elle posa ses mains sur ses joues et ne sentit strictement rien, c'est vrai qu'il faisait bien trop froid, ici, et la neige continuait de tomber sans jamais s'arrêter.

Elle ne savait pas encore si elle allait rentrer ou partir. Elle verrait.
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Ven 25 Nov - 19:05

Thèdes referma la porte sans un mot de plus. Debout au centre de sa chambre, Andrew soupira en s’assoyant au bout de son lit, les avant-bras appuyés sur ses jambes.

" Fait chier… "

Bizarrement, que Thèdes apparaisse sur le seuil de sa porte en début de soirée, ça passait, mais de la voir insister avec froideur pour dormir sur le canapé, ça l’énervait à un point pas possible. Pourquoi restait-elle jusqu’à demain, si la situation la mettait dans un tel état ? Un état de quoi, d’ailleurs ? Nostalgie, confusion, malaise ? Il n’en avait pas la moindre idée. Andrew attrapa son oreiller et l’envoya sur son mur. Il ne s’était sûrement pas attendu à une telle tournure des événements. Il se laissa tomber sur son matelas, fixa le plafond quelques minutes et se leva pour récupérer l’oreiller. Les choses ne pouvaient pas rester comme ça. L’idée ne lui plaisait pas, mais il allait devoir avoir une conversation avec Thèdes. Il lâcha mollement l’oreiller sur le lit, ouvrit la porte de sa chambre et traversa lentement le corridor de la maison quand la voix d’Arabella se fit entendre à traversa l’ouverture de sa porte presque fermée.

" Andrew…"

Ce dernier s’arrêta devant la chambre de sa sœur et en poussa la porte, appuyant avec nonchalance son épaule contre le cadre de la porte.

" Tu dors pas, toi ? "

" Qu’est-ce qu’elle a, Thèdes ? "

Redressée dans son lit, Arabella referma son livre sur sa couverture.

" Rien d’important. "

" Oh ça va, je suis assez grande ! "

Andrew jeta un coup d’œil sur les murs, y vit un poster d’un groupe de Wiz Rock, des bannières de l’équipe de Quidditch de Salem épinglées près de la fenêtre. Plus de peluches. Elle disait vrai. Sa voix n’avait plus rien d’une petite fille non plus, et les tapisseries de licornes avaient disparues. Il vint s’asseoir près d’elle, et le ton acerbe qu’elle utilisa une minute plus tôt s’envola, alors que ses sourcils restèrent froncés.

" Tu sais, elle semblait préoccupée. "

" Je sais, c’est compliqué. "

" Vous ne sortez pas ensemble, pas vrai ? "

Si au moins Arabella pouvait être moins perspicace. À quel moment l’avait-elle remarqué ? Andrew répondit par l’affirmative, et sa sœur lui envoya un faux coup de poing sur l’épaule pour lui donner du courage avant de se pencher sur le côté pour attraper un paquet dissimulé sous son lit. Le présent était déjà emballé d’un papier vert et d’un épais ruban rouge. Elle le tendit à son frère qui la remercia. Andrew se releva, étonné de tout ce qu’il vit dans le regard de sa sœur, et qui n’y était pas cinq ans plus tôt.

" Je lui avais acheté quelque chose, mais comme tu m’avais dit qu’elle ne venait pas, je comptais te le donner quand tu rentrerais en Irlande pour que tu lui remettes de ma part. "

" Écrase-les tous à l’épreuve de qualification, compris ? "

Ils échangèrent un sourire complice et Andrew quitta la chambre de sa sœur pour se rendre jusqu’au salon. À côté de l’arbre de Noël, le canapé était vide, et la couverture encore pliée sous l’oreiller de plumes. Andrew déposa le cadeau sous le sapin et jeta des regards vers la cuisine. Personne. Où diable était-elle passée ? Rentrée chez elle ? Thèdes pouvait être impulsive, mais à ce point ? Sans même dire au revoir ? Alors qu’il se posait toutes ses questions, remarquant l’absence du manteau de Thèdes, Andrew traversa la pièce pour aller chercher le sien lorsqu’il vit, à travers les carreaux de la fenêtre du salon, une silhouette éclairée par la lumière du phare, près de la mer. Bon sang, que faisait-elle dehors par un temps pareil ? Le vent venant de l’océan glaçait la peau en temps record. Il enfila ses bottes et attrapa deux paires de gants avant de sortir de la maison en vitesse pour empêcher la neige d’y entrer. Ses pas renfonçaient dans la neige, mais le vent étouffait le bruit. Arrivé à la hauteur de Thèdes, il lui lança une des deux paires de gants, l’autre protégeant déjà ses propres doigts du froid.

Trop de questions se bousculèrent d’un coup dans sa tête. Pourquoi t’es venue ? Parce que t’avais dit qu’on passerait Noël ensemble, dans le Maine ? Tu pouvais trouver n’importe quel prétexte pour partir plus tôt, pour ne pas rester pour la nuit, pourquoi t’es restée ? À quoi tu penses ? À quoi t’as pensé, en venant ici ? Est-ce que j’ai vraiment cassé quelque chose, en toi ? T’as des regrets, pour nous deux ? Tu m’en veux encore ? Et Lauréline ? Leurs regards se croisèrent. Andrew s’assied sur une roche à côté d’elle, le froid transperçant déjà son pantalon. À l’horizon, la mer était noire comme de l’encre, et très agitée. Les questions ne cessaient pas de fuser dans son esprit, mais il n’en posa aucune. Son regard fixé sur les vagues noires, il lâcha avec sérieux :


" Je suis content que tu sois venue. "

Il joignit ses doigts ensemble pour les réchauffer, se demandant si une fois encore, il avait dit la mauvaise chose.



Dernière édition par Andrew McAllen le Sam 26 Nov - 0:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Ven 25 Nov - 21:01

Elle manqua de tomber du rocher quand on lui lança quelque chose dessus. Il faisait trop noir pour qu'elle distingue quoi que ce soit, alors elle posa les mains sur ses jambes, là où les morceaux de tissu étaient tombés. Des gants. Elle leva la tête vers la personne qui était venue jusqu'à elle et sursauta encore en voyant que c'était Andrew. Mais... Qu'est-ce qu'il faisait là ? Mais il faisait trop froid ! Il était fou de sortir par un temps pareil ! Mais... Il était inconscient ou quoi ? Elle ne dit rien, si ce n'est un sourire et elle n'était pas sûre du tout qu'il en ait vu la couleur. Tant pis. Elle baissa de nouveau les yeux vers la mer et se décala sur le rocher pour lui faire une place. Pendant qu'il s'asseyait à côté d'elle, elle mit lentement ses gants, son regard fixé face à elle, là où on entendait les vagues s'éclater violemment contre les rochers.

Elle réprima le plus discrètement du monde un sanglot quand elle entendit Andrew parler et tourna la tête vers lui, silencieuse. D'ici, elle ne le voyait pas vraiment, seulement les formes de son visage qui ressortait à cause de la lumière du phare qui, à un rythme régulier, venait les éclairer tous les deux. Elle l'observa un long moment sans répondre. Ses mèches voletaient au gré du vent glacé et il avait le regard fixé sur l'océan. Il y eut un silence pendant une dizaine de minutes, pendant lequel Andrew fixait toujours les vagues et Thèdes fixait Andrew. Un moment, elle finit par se dire qu'elle avait sans doute perdu la voix mais, sans s'en rendre compte, elle lâcha, d'une voix rauque :

« Je suis heureuse d'être là. »

Rapidement, elle enleva son bonnet pour le mettre sur la tête d'Andrew et prit la parole avant qu'il n'ait l'idée de le faire.

« J'ai plus de cheveux que toi et ça tient chaud. Il te servira plus qu'il ne me sert à moi. »

Elle lui sourit brièvement et recommença à observer la mer. C'était fou comme même le bruit des vagues ne pouvait pas calmer l'anxiété qu'elle ressentait. Est-ce qu'Andrew ressentait pareil ? Elle n'en savait rien. Elle n'en savait plus rien. Elle aurait pu savoir, imaginons, il y a quelques mois auparavant où tous deux étaient le plus sincères du monde l'un envers l'autre... Mais ce n'était plus le cas, aujourd'hui. Ce n'était plus le cas depuis déjà longtemps, d'ailleurs.

« Je suis bien, là, mais c'est pas ma place. C'est ta ville, et c'est ta famille, et toi et moi, on sait bien que je n'ai rien à y faire. Andrew, je suis désolée, j'aurais dû te laisser tranquille, je n’aurais pas dû venir. »

Elle n'avait aucune raison d'être ici, c'étai un fait clair et établi. Elle aurait dû rester avec Erwin et Asgeir, elle aurait dû attendre leur retour demain matin, elle aurait dû rester à Seattle, et, si vraiment l'air y était tant irrespirable, elle aurait dû rentrer en Norvège, mais pas ici, pas dans le Maine, pas pour le voir, lui. Ca n'avait aucun sens, ils n'étaient plus ensemble depuis quelques mois, n'avaient plus rien à se dire, ne se disaient plus rien, par ailleurs. Alors qu'est-ce qu'elle faisait là ? Pourquoi ? Pourquoi elle revenait vers lui, sans cesse, sans jamais comprendre ?

« Je ne sais pas pourquoi je suis là. Je me suis pas mal de fois imaginée le Maine en été, avec toi, pendant qu'on était ensemble, mais pas le Maine à Noël, alors que toi et moi, c'est fini. »

Elle avait surtout l'impression de leur avoir gâcher la fête, à tous. Arabella et Edwina n'auraient jamais dû la laisser rester, elles auraient dû la pousser à partir, Thèdes aurait compris le message et aurait suivi, sans peine. Mais non, il avait fallu qu'elles demandent, il avait fallu qu'Arabella lui fasse des sourires auxquels Thèdes était incapable de tenir tête...

« Je dois rentrer, Andrew. Tu dois faire face à ton père, et tu vas y arriver. »

Elle devait partir, pour lui. Elle devait apprendre à gérer ses propres problèmes seule, elle devait s’en sortir sans l’aide de personne, elle devait rentrer à Drammen, elle devait apprendre à gérer la solitude de nouveau. Elle devait faire face à de nouvelles responsabilités. Elle devait retourner travailler, si c'était la chose qu'elle savait le mieux faire au monde. Elle devait s'éloigner de lui, encore. Elle devait même s'éloigner de sa famille, maintenant. Elle devait tout changer. Elle devait y arriver. C'était devenu nécessaire, aujourd'hui. Là où Andrew allait réussir, Thèdes s'obligeait à essayer. Andrew était fort, Thèdes non.

N’empêche que des fois, elle n’avait qu’une envie, c’était de lui dire que quand il était là, elle ne pensait pas à lui.

En attendant, Thèdes passa son bras sous celui d'Andrew et posa sa tête sur l'épaule du Plume en fixant toujours l'océan.
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Andrew McAllen
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Mar 6 Déc - 15:04

Elle ne lui répondit pas. Pas tout de suite. Bizarrement, Andrew se contenta du silence, les yeux fixés sur la mer qu’il entendait plus qu’il ne voyait vraiment. Le froid engourdissait chacun de ses muscles, lui donnant l’impression que son corps se mettait en veille. Il sentait à peine ses mèches de cheveux se faire balayer par la brise glacée sur son front. Puis, la voix de Thèdes le fit détourner le regard, après il ne savait pas combien de minutes de silence. Comment pouvait-elle être heureuse d’être venue ? Qu’est-ce qui lui avait fait plaisir, dans la soirée qui venait de s’écouler ? Depuis qu’elle était arrivée, Andrew n’avait eu qu’une impression ; qu’elle voulait repartir en vitesse d’où elle était venue. Encore maintenant, il ne comprenait pas ce qu’elle faisait encore là. Il lui aurait sans doute rendu service, en lui refermant la porte au nez, dès son arrivée, mais il n’en avait rien fait. Il l’avait invité à entrer, parce que c’était Thèdes, tout simplement. Cruelle ironie que cette expression prenne un sens que maintenant. Le bonnet de Thèdes vint atterrir sur le haut de sa tête, et bien qu’il fût persuadé d’avoir l’air ridicule avec ça sur le dessus du crâne, Andrew ne sourit pas.

Il la laissa parler sans l’interrompre, aussi agité que la mer, à l’intérieur. Elle lui disait qu’elle n’était pas à sa place alors qu’elle s’y sentait bien. Elle était venue, et elle s’en excusait. Ce qu’elle lui racontait, il le savait déjà, et elle se contredisait, comme d’habitude. Ils avaient toujours été comme ça, tous les deux. Agir avant de réfléchir, pour se rendre compte, seulement après coup, que c’était une mauvaise idée. Pour ça, ils étaient vraiment pareils, ça oui. Il savait qu’elle aussi, savait des choses qu’il n’avait pas besoin de lui dire, mais avant qu’il ne se décide à parler, elle lui annonça qu’elle devait partir. Il fronça les sourcils, mais pas de colère, ni même de mécontentement. Il ne parvenait pas à mettre le doigt sur le nom exact de l’émotion. Chose sûre, il n’aimait pas ce qu’il entendait. Pourtant, Thèdes ne se leva pas du rocher sur lequel ils étaient tous les deux installés. Au contraire, elle noua son bras contre le sien, et déposa sa tête sur son épaule. Deux ou trois minutes s’écoulèrent ainsi. Son bras droit commença à ressentir de la chaleur, au contact de celui de Thèdes.


" Je n’ai pas dit à ma mère ni à ma sœur que nous n’étions plus ensemble. "

Elle ne bougea pas, continuait de l’écouter, alors il inspira à nouveau et poursuivit.

" Je n’avais pas envie de me justifier, ni qu’elles soient désolées pour moi. Je leur ai raconté que tu pouvais pas venir, que t’avais un empêchement. T’aurais le droit de m’engueuler, pour ça, mais je m’attendais vraiment pas à ce que tu débarques à l’improviste. "

Andrew lui remit son bonnet sur la tête.

" Est-ce que tu le veux vraiment ? T’en aller, je veux dire. "

Il ne voulait pas la laisser seule, pas ce soir, parce que c’était ce que le reste du monde avait fait, le père de Thèdes le premier. Il voulait aussi qu’elle reste, et ce désir était très égoïste, tout comme celui qu’elle avait eu lorsqu’elle avait frappé à sa porte en plein soir du réveillon. Ils ne devraient pourtant plus s’en faire avec ça, depuis le temps. Agir sur le coup d’une impression ressentie un instant, un instinct du moment, ils le faisaient tous les deux, tout comme ils finissaient toujours par se pardonner. D’ailleurs, lui en voulait-elle encore, pour le baiser échangé avec Lauréline ? Ce petit rien avait fait une sacrée boule de neige, quand même. Andrew resserra le bras de Thèdes autour du sien. Il savait déjà qu’il ne dormirait pas de la nuit, peu importe que Thèdes parte ou reste, mais tant qu’à faire nuit blanche par surcharge de pensées, autant le faire à deux pour s’éviter mutuellement de trop réfléchir, non ? Il devinait que l’absence de son père hantait son esprit, et il se demandait si quelqu’un avait osé parler de Tejho devant elle.

" Tu voudrais pas aller à l’intérieur, plutôt ? Tu partirais demain matin. "

Tous les deux regardaient toujours l’obscurité mouvante de la mer, sans bouger. Quelques flocons commencèrent à tomber, portés par le vent. Andrew leva les yeux vers le ciel. Début du blizzard ?

" Tu sais, je crois que ça ne me dérangerait pas, si tu ne me laissais jamais tranquille… "

Thèdes repoussaient trop facilement les gens, même ceux qui voulaient son bien. Elle avait du caractère, et elle l’utilisait pour éloigner tout le monde. Lauréline n’était plus là pour l’écouter, et Elei, malgré ses conseils avisés, faisait d’abord office de mère, et non d’amie. Andrew n’avait pas la moindre idée du statut qu’il possédait maintenant aux yeux de Thèdes, n’était pas certain de vouloir le savoir non plus, mais s’il pouvait faire quoi que ce soit pour elle, il le ferait.

" Alors, lait de poule ou chocolat chaud de minuit ? Ou un verre d’eau, hein, si t’aimes pas. "

Ou rien du tout, du moment que tu rentres avec moi…
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Thèdes Konstonhalu
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Jeu 8 Déc - 11:10

Elle l'écouta parler sans un mot. La tête appuyée sur son épaule, le bras toujours noué autour du sien et les yeux fixés sur l'eau. Comme anesthésiée, en fait. Elle n'avait pas envie de bouger, était bien là, et même les paroles d'Andrew ne la faisaient pas fuir. Il n'avait rien dit à ses parents, c'était une bêtise à coup sûr mais maintenant sa mère ne pouvait être qu'au courant. Tous les deux n'avaient pas agi en couple, ni même en amis. De pures connaissances, presque aucune parole échangée et quelques regards gênés. ... Vraiment anesthésiée, oui. Les yeux grands ouverts et secs à cause du vent toujours plus violent qui venait de devant elle, elle ne tremblait même plus, comme si elle s'était acclimatée au froid environnant, à l'air ambiant et même aux quelques flocons de neige qui tombaient. Tellement anesthésiée qu'elle ne répondit pas à Andrew, d'ailleurs. Est-ce qu'elle le voulait vraiment ? Partir ? Bien sûr qu'elle avait la réponse, mais elle n'était pas vraiment certaine que ce soit le moment de le dire, parce qu'elle était intimement persuadée que ça allait tout gâcher, comme toujours. Et aussi curieux que cela puisse paraître, Thèdes n'avait pas envie de gâcher quoi que ce soit, cette nuit. Elle le lui avait promis, un jour, et même si elle pouvait s'en mordre les doigts à présent, on ne peut pas revenir sur une promesse. Il devait avoir calculé son coup, d'ailleurs, il avait du se douter qu'elle saurait bientôt pour Lauréline et lui. Un "J'ai pas été que ça, tu t'en souviendras, promis ?" Bien sûr qu'elle avait promis, et elle s'était bien faite avoir, aussi. N'empêche que c'était vrai, n'empêche qu'elle n'y changerait plus rien. Et puis même, promesse ou pas promesse, Andrew restait Andrew, et ce quoi qu'il arrive, même si elle le détestait trois jours sur quatre, même si elle avait envie de lui faire manger ses dents une vingtaine de fois par heure. Il était juste lui, et elle avait pleinement conscience qu'il n'était pas que ça, qu'il avait été davantage à ses yeux. Il l'était encore, d'ailleurs, parce qu'il était, au final, le seul garçon dont elle était tombée amoureuse. Mais ça, c'était mieux de pas le dire, c'était mieux de l'enfouir très loin, pour pas que ça ressorte, parce qu'il ne fallait pas qu'il le sache, parce qu'il fallait que personne ne sache, finalement.

Alors, tout doucement, parce qu'Andrew le lui demandait, elle sortit de sa léthargie, elle quitta son bras pour se redresser sur le rocher, et avant qu'elle ne se lève, il lui avouait qu'il ne voulait pas qu'elle le laisse tranquille. Elle ne dit rien non plus. Qu'est-ce qu'on peut répondre à ce genre de phrase ? "Merci. Toi aussi." ? Non, évidemment que non, et puis elle ne pouvait pas décemment lui répondre, elle changeait d'avis tout le temps, pensait avoir une idée excellente un jour et la détestait le lendemain. Elle ne pouvait pas répondre que c'était réciproque parce qu'elle ne le penserait peut-être pas demain, parce qu'elle savait qu'un jour ce serait faux, qu'il en aurait assez, et qu'elle aussi, peut-être bien. Peut-être qu'à la rentrée, ils ne parleraient plus, ne se regarderaient plus, deux étrangers qui ont, un jour, partagés quelque chose. Mais qui le saurait ? Personne, parce que personne n'avait jamais vraiment su, même avant.

Finalement, elle décida de se lever et rit doucement en entendant Andrew lui proposer à boire et finit par ouvrir la bouche pour chuchoter, totalement éveillée à présent.

« Un verre d'eau, alors. »

Elle rajusta le bonnet sur sa tête et avança docilement vers la maison d'Andrew. Elle avait quelque chose dans le ventre, une sorte de gêne, qui lui faisait clairement comprendre qu'Andrew était derrière elle, alors Thèdes respira profondément et, arrivée devant la porte d'entrée, au moment où elle était censé appuyer sur la poignet, elle se retourna vers lui et commença à parler vite, comme pour se débarasser :

« C'est pas ce que je veux, et j'en ai conscience. N'empêche que tu sais aussi que ça va mal se passer, comme d'habitude. Un jour sur quatre, tu te rappelles ? Comment ça va se passer, demain ? Et puis, j'suis même pas sûre qu'on soit dans un bon jour, toi et moi. Comment on le sait, qu'on ne va pas se disputer, tu peux me le dire ? J'ai l'impression que l'un saute sur l'autre dès qu'il dit quelque chose de faux, ou de confus. Et tu sais, des fois, je me dis que j'en ai assez de te sauter à la gorge dès que tu dis le mot de trop, parce que je ne sais même pas si tu le fais exprès ou pas, si t'aimes ça ou pas. J'aimais bien faire ça, avant. Mais aujourd'hui, j'en sais plus rien du tout. J'aimerais continuer d'aimer, c'est pas le problème, mais c'est encore plus compliqué aujourd'hui. Et c'est moi qui ai tout compliquée, en venant ici, en frappant à ta porte, en te faisant aller dehors au beau milieu de la nuit alors que t'as probablement envie de faire autre chose. Je complique toujours tout, je le sais bien, mais j'y peux rien, c'est comme ça, c'est tout. »

Elle souffla, adressa un sourire nerveux à Andrew et ouvrit la porte.

« Voilà, tu peux rentrer, maintenant. Pas trop froid ? »

Elle rentra à son tour dans la maison et se concentra sur le fait d'enlever le surplus de vêtements plutôt que sur Andrew qui partait déjà à la cuisine. Elle s'attacha nerveusement les cheveux et, comme Andrew ne revenait pas, elle décida de le rejoindre dans la cuisine. Il était dos à elle, et Thèdes jugea utile de montrer sa présence :

« T'as besoin d'aide pour servir un verre d'eau ? Et toi, tu bois quoi ? Pas du lait de poule, j'espère, ça a l'air vraiment bizarre comme boisson. Rien que le nom est bizarre, en fait. »
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Andrew McAllen
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Jeu 29 Déc - 0:29

Il ne supportait pas lorsque Thèdes passait son temps avec un verre d’eau dans les mains. Faute d’avoir autre chose pour s’occuper, ses devoirs étant rédigés et ses lectures faites deux fois plutôt qu’une, elle remplissait et vidait des verres d’eau sans en boire plus de quelques gouttes, pour combler l’ennui. Si on lui avait dit qu’un jour, cette manie qu’elle avait le ferait sourire, Andrew n’en aurait pas cru un seul mot, et pourtant, lorsqu’elle accepta l’offre, il sourit. Comme toujours, elle n’avait pas soif, et le verre d’eau n’était qu’une excuse de plus, et ça, ils le savaient tous les deux. Il se leva pour retourner vers la maison, à moitié rassuré. Sans qu’il ne puisse l’expliquer, le fait qu’elle soit là parvenait à taire l’appréhension qu’il avait à l’idée de revoir son père après plus de cinq ans. Il voulait également la rassurer, ne savait pas trop comment s’y prendre. Il ne savait pas ce qu’on pouvait ressentir en perdant un frère, ne pouvait que comparer avec la seule personne qu’il avait perdue, convaincu que ce n’était pas la même peine, loin de là. Les circonstances n’étaient pas pareilles non plus. Quoi dire, du coup ? Le sujet était d’autant plus délicat que la manière de l’aborder. Alors qu’Andrew réfléchissait à la suite, lorsqu’ils seraient de retour à l’intérieur, Thèdes ne tirait pas sur la poignée de la porte. Pourquoi ? Il entrouvrit la bouche, mais elle se retourna brusquement et le devança. Elle parlait vite, sans reprendre son souffle, et elle le faisait si bien qu’il resta là à l’écouter, sur la véranda, le visage glacé.

Que pouvait-il bien lui répondre ? Il rentra, enleva son manteau et le lança sur un crochet. Andrew serra les dents et se dirigea vers la cuisine, sa tête envahie par toutes les contradictions de Thèdes. Évidemment qu’il se rappelait, quelle question ! Peut-être pas chaque mot, mais chaque dispute, les mots de trop, et ceux qu’ils pensèrent sans jamais se les dire. Oubliait-elle que si c’était terminé, c’était parce qu’elle l’avait décidé ? Lorsqu’elle avait apprit pour le baiser échangé avec Lauréline, Thèdes s’était laissé emporté par sa colère à tel point qu’elle en avait décuplé la sensation d’avoir été trahie. Pour Andrew, ça ne voulait rien dire, ce n’était qu’un délire de plus. Après coup, bien sûr qu’il avait réalisé qu’il avait mal agit, que c’était pas la chose à faire, mais c’était fait, et rien ne pouvait changer les gestes qui avaient été posés. Tout s’était cassé en morceaux dans ce qui paraissait être un point de non retour, jusqu’à ce qu’un coup de nostalgie fasse naître le doute. Thèdes était la première fille avec qui il sortait depuis la fin de sa cinquième année à Salem. Un jour sur quatre, son cerveau lui disait qu’elle était différente des autres filles alors que les trois autres jours, elle l’énervait et usait ses nerfs, tout simplement. Andrew soupira, prit un verre et le remplit de l’eau du robinet. Il se retourna vers Thèdes, et au lieu de lui tendre le verre, ses doigts se resserraient autour.


" J’ai pas envie de connaître l’avenir, ni d’être ici. Je ne veux pas non plus que tu me dises que c’était une erreur, de venir me voir. Tu crois pas qu’on a déjà assez fait d’erreurs, tous les deux ? "

Il faisait référence à leur manque de bon jugement, à la manière qu’ils avaient tous les deux de lâcher le mauvais mot, la mauvaise phrase, au mauvais moment. Il avait l’impression de la connaître par cœur, pourtant, et paradoxalement, en plongeant son regard dans le sien, il ne parvenait pas à savoir à quoi elle pensait. Elle partirait peut-être en courant, il n’en savait rien, mais il en doutait. Thèdes était plus forte que ça, plus têtue. Qui plus est, où irait-elle ? Quelle autre échappatoire lui restait-elle ? Il lui tendit finalement le verre, plus confus encore que lorsqu’il avait ouvert lorsqu’elle avait frappé à sa porte.

" Tu sais, parler à mon père est aussi inutile que de raisonner le tien. Est-ce que tu savais que par année, il y a plus de joueurs de Quidditch qui subissent de graves blessures, parfois mortelles, que d’Aurors qui perdent la vie en mission, sur le terrain ? Il s’est moqué, lorsque je le lui ai dit, avant de partir pour l’Irlande. Et maintenant que j’ai merdé l’examen d’entrée du Ministère, il va l’utiliser contre moi pour me dire que j’ai fait le mauvais choix. "

Pourquoi lui racontait-il tout ça ? Parce qu’elle pouvait comprendre, sans doute. Parce que son père à elle aussi prétendait vouloir son bien alors que c’était pas tellement ça, au fond. Pas vraiment. Mais Andrew ne voulait pas du rôle du fils victime. Il préférait faire ses choix, et assumer. C’était comme pour Thèdes, lorsqu’ils avaient rompus. Il n’avait pas cherché à se justifier, mais la vérité avait blessé tout le monde.

" Au fait… "

Andrew s’éloigna au salon et attrapa deux paquets sous le sapin. L’un d’eux était celui de la part de sa sœur, l’autre de la sienne. Il tendit le premier cadeau à Thèdes.


" Tu n’es pas obligée de les ouvrir. Celui-là vient de ma sœur. Au bruit, je dirais que c’est une clochette ou un autre jouet du genre pour Pépito. Elle a deux chats, et je lui ai dit que tu avais hérité de celui que j’ai acheté, au printemps. "

En effet, lorsqu’on l’agitait, le paquet émettait un faible tintement. Andrew lui tendit l’autre présent, pas aussi bien emballé, loin de là.


" Te fais pas d’idées, je l’ai depuis longtemps. "

Il ne mentait pas. Il avait acheté la bouteille de vin l’été dernier, lorsqu’ils avaient tous les deux décidés qu’ils laisseraient le whisky et les autres alcools forts pour se mettre au vin rouge. La bouteille datait de l’année de la naissance de Thèdes. Enroulées autour de celle-ci se trouvaient les pages de musique d’une chanson qu’elle reconnaîtrait sûrement. Il ne la jouait plus, depuis qu’ils n’étaient plus ensemble. La chanson lui appartenait à elle, maintenant. Il lui avait donné la partition qu’il avait en sa possession depuis ses douze ou treize ans lorsqu’à l’époque, il apprenait à mémoriser chaque note et chaque accord. D'ailleurs, les pages autrefois blanches adoptaient une couleur vieillie, une tache d'encre sous le titre, un coin plié, et plusieurs autres défauts du temps.

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Thèdes Konstonhalu
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Ven 30 Déc - 19:35

Elle ne broncha pas. Il n’y avait rien à dire de plus, non ? Ils avaient tous les deux fait trop d’erreurs ; C’était le cas de le dire, n’y avait-il pas eu une seule journée où tous les deux avaient été corrects entre eux ? Où tout s’était particulièrement bien passé ? Où ils s’étaient couchés ensemble, avec l’impression de réellement avoir réussi à passer une bonne journée, tous les deux, sans cri – ou du moins sans haussement de voix -, sans sourcils froncés, sans pincement au cœur ? Et pourtant, chaque jour, à chaque fois que ça allait trop loin, ils en avaient conscience, mais ne jamais faisaient rien pour arrêter ce qui était en train de se passer. Comme s’ils préféraient réellement que ça se passe mal plutôt que bien. Alors non, elle ne broncha pas, elle ne releva rien, ne fit aucun sourire pour acquiescer, se contenta de hocher la tête. Il avait raison, elle ne le savait que trop bien. Elle préféra continuer de le regarder dans les yeux, ne faisant aucun pas vers lui, ni vers le verre d’eau qu’il tenait fermement dans sa main, quelle importance, de toute façon ? Elle n’avait même pas soif.

On connaît bien l’art de la dérive, toi et moi.

Et puis, il lui expliqua, pour le taux de blessures, entre les deux métiers, celui que son père voulait qu’il fasse et celui qu’il voulait vraiment faire. Elle secoua la tête pour signifier que non, elle n’en savait rien, et continua de l’écouter, et si elle parvenait à comprendre son père qui allait toujours à l’encontre de ses idées, elle avait foncièrement du mal à comprendre les idéaux du chef de famille McAllen. Quelle importance que la future carrière de son fils ne soit pas celle qu’il voulait, lui ? N’y avait-il pas assez d’un joueur de Quiddich dans la famille ? Pourquoi obligatoirement vouloir que son fils soit comme lui ? Il aurait dû être fier, plutôt, non ? Andrew faisait ce qu’il voulait, il s’en donnait les moyens, il aimait ce dans quoi il étudiait, et même s’il ne le disait jamais à l’intérieur de l’université, Thèdes savait bien qu’il travaillait beaucoup. C’était le major de la promotion, après tout. Et rien que pour ça, son père devrait avoir confiance en Andrew.

Andrew sortit de la cuisine et Thèdes lui suivit du regard avant de le rejoindre finalement près du sapin. Deux cadeaux dans les mains, il lui en tendit un et elle l’attrapa, les yeux écarquillés. Si elle s’était attendue à ce qu’on lui offre un cadeau ici… Et en plus, c’était Arabella qui lui avait achetée quelque chose, elle se permit un sourire en regardant le paquet emballé, pour Pépito, en plus ? Il fallait qu’elle aille lui acheter quelque chose le plus tôt possible. Et puis, elle prit le deuxième paquet, de la part d’Andrew, cette fois, et aussi, curieux que cela puisse paraître, elle sourit à sa remarque sans ouvrir aucun des paquets.

« Tu trouves pas ça bizarre ? Je veux dire, se sentir obligé de dire un ‘Ne crois pas que je suis là pour toi’ ou un ‘Te fais pas d’idée, j’ai acheté ça il y a longtemps, ne pense pas que j’aurais eu envie de t’offrir quelque chose, sinon’ ? »

Elle baissa les yeux vers les paquets, et commença à les déballer, en commençant par le cadeau d’Arabella, et Andrew avait bien raison, c’était un énième jouet pour Pépito. Elle sourit de nouveau et s’appuya contre le dossier du canapé pour ouvrir le deuxième présent. Elle remarqua les contours de la bouteille de vin sans s’y attarder vraiment, et ouvrit le papier pour écarquiller les yeux et entrouvrir la bouche.

« Non. »

Norwegian wood. Ca ressemblait clairement à un adieu.

« Non, je ne veux pas. C’est toi qui la jouais, je n’ai pas envie d’avoir les notes de musique. Je veux que ce soit toi qui la joues, et personne d’autre. »

Il n’y avait rien d’autre à dire, c’était comme ça, elle garda le papier dans ses mains, et jeta un œil à la bouteille et vit sa date de naissance. Elle sourit de nouveau, en levant les yeux vers Andrew.

« Tu me manques, Andrew. C’est la phrase de trop, ce soir, tu crois ? »

Elle garda courageusement les yeux ancrés dans ceux d’Andrew, ne les baissant jamais. Elle avait envie d’en rajouter aussi, de lui dire que c’était quand elle ne l’avait pas qu’elle le voulait le plus, qu’elle allait être présente pour lui, avec son père, pas qu’elle allait veiller sur lui, parce qu’il était parfaitement capable de le faire seul, mais qu’elle serait avec lui, quoi qu’il arrive, parce que ça aussi, ils se l’étaient promis, et que si elle s’écoutait, elle lui dirait qu'elle préférait la relation malsaine qu'ils entretenaient tous les deux plutôt que ce désintéressement subtil qui la mettait dans un sale état à chaque fois. Mais elle ne s’écoutait pas. Elle avait arrêté de réfléchir à son premier mot.
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Lun 2 Jan - 20:03

Non, il ne trouvait pas ça bizarre, et si Thèdes posait la question, c’était qu’elle ne comprenait pas pourquoi il lui disait toujours ce genre de choses d’un air nonchalant, comme si chacun de ses intentions comptait pour du beurre. La vérité était qu’il lui avait brisé le cœur, en plus de casser son amitié avec Lauréline. Tout ce qu’il pouvait faire à présent, c’était laisser Thèdes le mépriser, le détester pour mieux se relever, pour mieux l’oublier et passer à autre chose. Accepter d’être le fautif de l’histoire, le traitre, le méchant, et laisser Thèdes s’en persuader. Alors il lui tendait un cadeau, ajoutait aussitôt que ce n’était rien, pour qu’elle ne croit pas qu’une seule seconde qu’il aurait pu penser à elle. Mais le sourire qu’elle venait d’afficher semblait empreint de nostalgie, comme si elle ne voyait pas le paquet recouvert de papier de Noël, mais un autre, du temps où ils étaient ensemble. Andrew fronça les sourcils sans rien dire, enfonçant ses mains dans ses poches. Le geste fit frotter son bracelet en argent contre sa peau, lui rappelant sa présence. Nouveau froncement de sourcils vers son poignet.

Le « non » qui s’échappa de la bouche de Thèdes le fit relever le regard en sa direction. Comment ça, « non » ? Qu’avait-il donc fait, encore ? Ah, elle ne voulait pas hériter de la partition… Si elle n’en voulait pas, il la jetterait tout simplement dans le feu de la cheminée, parce qu’il n’avait envie de la jouer pour personne d’autre, et maintenant qu’il ne pouvait plus la jouer pour elle, il ne la jouerait plus du tout, point barre. Il se rappelait de toutes les notes, chacune d’entre elles, c’était juste qu’en les lui donnant, Andrew espérait lui faire savoir que la chanson lui appartenait. À voir la réaction de Thèdes, il ne pouvait s’empêcher de se dire qu’elle ne comprenait décidément pas aucune de ses actions. Quelque part au fond de lui, il en était soulagé tandis qu’une autre partie de lui aurait aimé qu’elle puisse lire à travers lui alors qu’il ne fallait pas. Alors il haussa les épaules comme si une fois de plus, rien n’avait d’importance, et que tout appartenait définitivement au passé.


" Je ne la jouerai plus. "

Il la vit baisser le regard, et sourire à nouveau, sûrement à la vue de sa date de naissance sur l’étiquette de la bouteille de vin. Il refreina le début d’un sourire, restant sérieux, le visage impassible, pratiquement insensible. Thèdes releva la tête vers lui et… Quoi ?! Comment pouvait-elle lui dire ça, après tout ce qui s’était passé ? Après toutes les remarques acides qu’il lui avait lancées depuis leur séparation ? Il avait cherché à l’énerver encore plus, à se montrer encore plus agaçant qu’avant, et malgré tout, elle était venue jusqu’au Maine pour frapper à sa porte, et voilà qu’elle lui avouait qu’il lui manquait ! Elle ne le lâchait pas des yeux, et lui, debout, immobile, ne faisait que soutenir son regard dans le silence. Non… Non ! Dans sa tête, quelque chose criait. Il ne trouvait pas les mots pour lui répondre. À quand remontait la dernière fois où elle lui avait jeté un tel regard ? Andrew sortit les mains de son pantalon, en glissa une derrière la nuque de Thèdes, sous ses cheveux, et se pencha vers elle pour l’embrasser. Dans ce baiser, il déversa plus d’émotion qu’il n’en avait l’intention, et lorsqu’il le réalisa, Andrew rompit le contact de leurs lèvres à contrecœur. Il s’éloigna d’elle jusqu’à ce que le comptoir l’empêche de reculer davantage. Elle avait dit la phrase de trop, et il avait fait le geste de trop. Quel beau duo ils faisaient...


" Rentre chez toi, Thèdes… "

Il souffla les mots à voix basse en appuyant lourdement sur chacun d’eux. N’avait-elle pas déjà assez souffert par sa faute ? Andrew n’osait pas la regarder, se contentait de garder la tête tournée vers la fenêtre du salon où quelques gros flocons tombaient à l’extérieur. Va-t-en avant d’aller plus loin, va-t-en ! Je trouverai quelque chose à raconter à ma mère et à ma sœur, va-t-en ! Ne voulais-tu pas t’en aller dès le moment où tu es entrée ? Personne ne te regarde, pars, enfuis-toi ! Et demain, déteste-moi encore plus qu’avant, tu en auras le droit.

I once had a girl, or should I say, she once had me...

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Thèdes Konstonhalu
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▌Né(e) le: 27 juillet
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Mar 3 Jan - 0:06

Le blanc total. Les yeux grands ouverts sur le mur du salon qui lui faisait face. Qu’est-ce qu’il se passait, exactement ? Elle haussa un sourcil lorsqu’elle sentit un mouvement. Les lèvres d’Andrew sur les siennes ? Non mais… Non ! Pas ça ! Elle ne l’embrasserait plus jamais, elle le lui avait dit ! Il fallait qu’elle trouve la force de le repousser, de le pousser si fort qu’il se ferait mal peut-être, qu’il tombe, qu’il s’assomme, qu’il se passe quelque chose, une diversion, quelque chose qui lui prendrait deux secondes, le temps qu’elle ouvre la porte et qu’elle la claque. Il n’avait pas le droit de faire ça, c’était les règles, plus de baiser. Plus jamais. Elle le lui avait dit, sur un air d’enfant gâté et méprisable au cœur brisé « Je ne t’embrasserai plus jamais. », histoire de lui montrer que c’était bien terminé, que ça ne recommencerait jamais. Une promesse en l’air. Encore une ? Pas celle-ci, aussi… « Ah, tu as voulu jouer, à mon tour. » Elle jouait mal, voilà qu’il l’embrassait toujours. Elle devait se remettre en question, elle ne pouvait pas, il en était hors de question. Elle allait le pousser, elle resserra son poing sur la chemise d’Andrew. Je vais le pousser, c’est bon. Elle l’attira un peu plus vers lui et ferma les yeux pour répondre au baiser.

Elle réagit rapidement lorsqu’Andrew se sépara d’elle pour s’éloigner le plus possible. Elle le fixait toujours. Mais pourquoi ? Il n’en avait pas le droit, c’était lui qui l’avait embrassée, pourquoi est-ce qu’il partait ? … Elle aurait préféré qu’il ne parle jamais. Rentrer chez elle ? Mais elle en était foncièrement incapable. Mais chez moi c’est le chaos, Andrew, tu ne comprends rien. Mais je ne peux pas y retourner maintenant que je suis venue ici. Il y a trop de Tejho, et de Papa, là-bas, mais je n’en veux pas de tout ça, ce soir, j’en veux pas. Mais je ne veux plus penser à eux ce soir, seulement à toi. Alors non, non, non et non. Mais tu ne peux pas me faire ça, je vais rester. Tu voulais que je reste. Arrête de tout le temps changer d’avis, c’est moi qui fonctionne comme ça, pas toi, ne change pas les rôles, t’as pas le droit de me demander ça comme ça, Andrew, t’as pas le droit. Thèdes ne répondit rien, et ignorant son cœur faire quelques ratés lorsqu’elle remarqua qu’Andrew ne la regardait plus, elle s’avança de nouveau vers lui, appuyé sur le comptoir. Persuadée qu’il la voyait du coin de l’œil, elle continua doucement à marcher vers lui en secouant la tête. Elle ne dit rien, elle n’en pensait pas moins, ça devait se lire sur son visage, et Andrew le premier pourrait le voir. Au fond d’elle, elle espérait qu’il ne le veuille pas vraiment, elle priait pour ça, et c’était une prière particulièrement égoïste. Elle avait envie de lui dire « Et le blizzard, alors ? » « Et le vent de la mer ? » « Tu veux que j’attrape la mort, c’est ça que tu veux ? » Elle était devenue muette et elle l’embrassa à son tour en se mettant sur la pointe des pieds.

Et à nouveau, tout recommença. Elle ne réfléchissait plus, la chute allait être terriblement brutale, mais elle préférait ça plutôt que de ne rien tenter du tout. Et quitte à ce que la chute soit violente, autant qu’elle lui éclate la tête et qu’elle la refasse de l’intérieur. Elle aurait bien le temps de penser à tout ça plus tard, lorsqu’elle partirait pour de bon, parce qu’Andrew ne le lui intimerait plus, mais le lui ordonnerait. Elle aurait bien le temps de repenser au pari qui allait lui mettre l’estomac en désordre, qui allait lui retourner les tripes et qui lui déchirerait le cœur. Elle n’en avait pas le temps, elle devait l’embrasser. Pour qu’il comprenne. Et si c’était la dernière fois, et bien tant pis, au moins, c’était arrivé, et elle aurait le temps d’avoir des remords plus tard, toute seule, et elle aurait Kai pour se consoler, et elle aurait l’alcool, et elle aurait tout ce dont elle avait besoin, et des dizaines de garçons, s’il le fallait, qui sait, peu importait, ça ne comptait pas ce soir, il fallait qu’elle l’embrasse encore et lorsqu’elle en eut assez de se surélever pour être son niveau, elle posa ses mains dans les cheveux d’Andrew et le tira vers elle.

Ils étaient allés bien trop loin tous les deux pour pouvoir reculer sans problème à présent, et il allait falloir assumer. Plus tard, dans deux minutes… Ou peut-être dix. Disons une heure. Demain, alors. Bon, jamais.

Et puis, doucement, d’une manière très naturelle, comme si c’était normal alors qu’honnêtement, rien ne l’était vraiment cette nuit-là, du moins selon elle, elle s’éloigna des lèvres d’Andrew, plus assez proche pour l’embrasser, assez pour le sentir respirer et garda ses mains dans ses cheveux pour murmurer, au moment qui était selon elle le plus propice :

« C’est ce que tu veux ? Vraiment ? Que je parte ? Maintenant, tout de suite ? »
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Andrew McAllen
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Mar 3 Jan - 16:36

Pauvre imbécile, qu’as-tu donc fait ? Ne pouvais-tu pas te retenir ? Résister, pour de vrai, pour de bon, cette seule fois, pour que tout ne s’écroule pas à nouveau… Non ? Quoi, c’était trop dur ? Elle te l’avait bien dit pourtant, que plus jamais il n’y aurait de baisers entre vous, plus un seul, et tu ne supportais pas l’idée, c’est ça ? Il fallait que tu la contredises comme tu contredis le reste du monde ? Dois-tu vraiment agir que lorsqu’on t’interdit quelque chose ? Andrew McAllen, toujours à vouloir l’impossible. Décrochez-lui la lune et il vous dira qu’il n’en veut pas, qu’il préfèrerait avoir la planète, là-bas, à deux années lumière plus loin. Ben voyons ! Et puis quoi encore ? Regarde ce que tu as fait, maintenant, et dis-moi comment tu comptes démêler la situation, que je me marre un peu. Est-ce que tu commences à comprendre ce qu’est un regret, à présent ? Tu as déjà fuit une fois, et tu croyais que l’Irlande serait le bout du monde. Où iras-tu te réfugier ensuite, dans une forêt reculée de Chine ? Tu te feras moine ? La bonne blague ! N’as-tu pas déjà suffisamment brisé ton âme, déjà ? Mais vas-y, je t’en prie, casse tout, tu es tellement doué pour ça.

Si seulement elle pouvait mal le prendre et s’énerver contre lui comme elle seule savait si bien le faire. Qu’elle se vexe de le voir détourner le regard, qu’elle soit blessée qu’il ne la regarde pas, pour que ce soit la dernière d’entre toutes. Dans la tête d’Andrew, il n’y avait qu’un chaos monumental en pleine agitation. Et Thèdes qui s’approchait. Il avait envie de crier, de lui hurler de partir, même si ça impliquait de la renvoyer dans une demeure sans père et sans petit frère. Mais il ne disait rien, sachant très bien qu’au fond, son silence n’était que purement égoïste, maintenant. Voilà ce que ça donnait que d’être un Plume… À force d’être populaire, d’être celui qui plaît, il avait du mal à accepter que le monde puisse tourner sans lui. Le vent se levait dangereusement, de l’autre côté de la fenêtre alors qu’à l’intérieur, le silence pesait davantage chaque seconde. Une fois que Thèdes arriva à sa hauteur, il inspira longuement avant de tourner la tête vers elle, le visage toujours aussi interdit. S’il laissait transparaître quoi que ce soit, ce serait la fin. Non, ne me regarde pas comme ça ! Ne vois-tu pas que pour une fois, j’essaie d’être raisonnable ? Réfléchis un peu, on va s’écraser, puis couler à pic, si l’un de nous ne s’arrête pas !

Mais aucun des deux ne s’arrêtait jamais. C’était une chaîne sans fin, un cercle vicieux. Thèdes se hissa sur le bout des orteils pour l’embrasser à son tour, et Andrew se laissa tirer vers elle sans aucune résistance. Et pire que de répondre au baiser, ne trouvant pas la force de s’en détacher, il l’approfondit. Son estomac se tordait dans tous les sens tandis qu’il sentait son sang palpiter violemment contre ses tempes. Pourtant, ils s’étaient embrassés au moins mille fois, avant ce soir. Pourtant, ça ressemblait aussi à cette nuit-là, où tout avait commencé, où tout s’était déglingué. Une nuit blanche durant laquelle tout avait semblé aussi normal que tordu. Si elle avait cassé la bouteille, à ce moment-là, tout ce serait terminé en un éclair, en un éclat de verre par terre. Bien sûr que non ! Rien ne se terminait jamais, entre eux. Le jour suivant arrivait, et il se passait autre chose, une dispute, une idée débile, un drame, un Plume. Pourquoi ce besoin de se blesser sans cesse, d’aller trop loin ? Et celui, encore plus viscéral encore, de revenir vers l’autre ? Leurs lèvres se séparèrent, mais pas eux. De peur qu’elle parte comme il l’avait fait, Andrew faufila ses doigts dans son cou, le pouce sur sa joue, près de son oreille, et après un instant sans bruit, la question de Thèdes vint rompre le silence.


" Non. "

Il fit une légère pression pour que leurs fronts se collent l’un contre l’autre.

" N’empêche que tu sais aussi que ça va mal se passer, comme d’habitude. "

Demain, le surlendemain ou un autre jour. D’autant plus qu’avant, il n’y avait que Thèdes pour le rendre dingue, parce qu’il n’accordait aucun importance au reste du monde, et voilà que maintenant, tout changeait, et tout le monde le rendait dingue. Ses pensées se mêlaient à ses désirs, tissant une toile bourrée de nœuds et d’impasses. Sous peu, il serait forcé de faire ce qu’il avait toujours détesté ; des choix. Il en perdrait des morceaux, n’en ressortirait pas indemne, mais il ne pouvait pas en rester là. Il ne pouvait pas continuer comme ça, embrasser qui il voulait, quand l’envie se faisait ressentir. Que faire, alors ? Comment choisir ? Ça n’allait pas être une mince affaire.

" Mm ? "

Andrew releva la tête, attiré par un bruit à l’entrée. C’était la trappe au bas de la porte, celle qu’utilisaient habituellement les chats d’Arabella ou les hiboux pour entrer dans la maison. Il échangea un regard avec Thèdes, puis repassa par la cuisine pour aller jeter un coup d’œil dans le vestibule. Un harfang des neiges se secouait les plumes sur le tapis. En voyant un être humain, l’oiseau messager tendit sa patte et relâcha un rouleau de parchemin enroulé d’un fil vert. Andrew ouvrit la lettre et fronça des sourcils en la lisant. Il repassa devant Thèdes pour coller la lettre sur le frigo, revint aussitôt vers le vestibule pour attraper son écharpe et l’enrouler autour de son cou. Il tendit son manteau à Thèdes, et lâcha pour toute explication :

" Mon père ne vient pas, on s’en va. "

Il revêtit son propre manteau en enfilant rapidement ses bottes, ouvrit la porte et descendit les trois marches de la véranda d’un pas décidé.
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Thèdes Konstonhalu
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Mar 3 Jan - 21:55

Le « non » résonna dans son crâne, dans ses tempes. « Je le savais », qu’elle avait envie de lui dire, j’en étais sûre, mais comment est-ce que tu as pu oser, ne serait-ce qu’une seconde te moquer de moi comme ça ? C’est pas grave, Andrew, viens on se pardonne, et si on se pardonne pas, c’est pareil, on aura qu’à faire semblant comme d’habitude, on aurait qu’à le simuler notre pardon, c’est pas comme si ça changeait grand chose. « N’empêche que tu sais que ça va mal se passer comme d’habitude. » Thèdes ne put s’empêcher de sourire, le front collé contre celui d’Andrew, le regard fixé sur le sien, les mains toujours dans ses cheveux, sans aucun raison de le lâcher. Tout se répétait toujours, un cercle infini qui ne cessait de tourner, sans rien qui ne puisse déranger sa rotation profondément monotone. Tout se répétait toujours, que ce soit les actes ou les paroles. L’un l’initiait l’autre. L’autre reprenait l’un. Toujours. Thèdes voyait ça comme une raison de rester. Pas qu’elle aimait particulièrement la monotonie, mais le cercle vicieux avec Andrew avait toujours été tout sauf de la monotonie, et même si les un jour sur quatre retentissaient souvent dans son esprit, le seul et unique jour où tout allait bien était toujours parfait. Ils trouvaient toujours une raison de rester, et s’ils ne la trouvaient pas, si le quatrième jour n’était que la succession des trois autres, rempli de cris et verre cassé, ils pouvaient toujours se l’inventer, la semaine d’après serait mieux. C’était souvent faux, d’ailleurs, mais peu importait, et si Thèdes ne pouvait pas dire avec la complète assurance qu’Andrew en avait besoin, c’était indéniablement le cas de la norvégienne, et tant mieux pour elle qu’Andrew reste dans le cercle, il n’avait pas le droit de partir, ça l’aurait tuée.

Le bruit la fit sursauter, et elle s’éloigna d’Andrew qui partait vers la cuisine. Interdiction de penser, elle avait dit, ça suffisait les nœuds, elle en avait eu assez, plus jamais de nœud, c’était trop douloureux, trop compliqué, trop tout. Elle ne voulait plus de trop, elle voulait le bouton de régulation. Pourquoi les autres en avaient un et elle non ? Bouton bouton bouton. Non ? Et bien tant pis ! Reste où t’es, laisse-moi comme ça, je m’en moque ! J’en ai pas besoin, je suis Thèdes et je ne réfléchis pas et je n’ai pas besoin de toi et je réussis tout toute seule et sans ton aide.

Andrew arriva dans la pièce et lui tendit son manteau, elle ne répondit rien et le posa sur ses épaules sans enfiler les manches pendant qu’elle le voyait s’activer pour mettre ses bottes. Thèdes le vit sortir de la demeure sans l’attendre et elle partit à ses trousses, sans botte, et rien pour lui protéger les pieds, à part ses collants. Il marcha déjà vers… Le village ? Thèdes lui courut après, manqua de tomber plusieurs fois dans la neige, ne sentait plus ses orteils depuis le premier pas. Arrivée à sa hauteur, elle se mit à marcher devant lui à reculons.

« Non ! »

Elle posa ses mains sur son torse comme pour l’arrêter, il ne semblait même pas l’écouter ni le sentir.

« Tu veux savoir un truc ? Ton père est détestable, et je ne dis pas ça parce que je t’ai vraiment aimé ou pour être de ton côté ou n’importe quoi d’autre, je le pense sincèrement, ton père est de la pire espèce. Il n’avait pas le droit de te faire ça, ni d’être égoïste à ce point, il aurait dû venir, c’était son devoir de le faire, parce que t’es son fils et qu’il t’aime et que c’est naturel pour un père d’aimer son fils ! Et tu veux savoir autre chose ? C’est lui qui fait une erreur en te reniant comme ça, parce que toi, tu vas avoir une jolie fin, avec quelqu’un que t’aimes vraiment, et un travail pour lequel t’auras le plaisir de te lever le matin ! Et je te dis ça parce que je le sais, parce que j’en suis sûre, Andrew. Et lui, il aura même pas son fils près de lui parce qu’il n’aurait été qu’un crétin fini qui n’accepte même pas que son gamin vole de ses propres ailes et tu as le droit de lui en vouloir pour ça, parce qu’il s’en rend pas compte maintenant, mais un jour, quand il aura besoin de toi, tu seras pas là, parce qu’il a pas été là pour toi. »

Elle continuait de le pousser en arrière, elle avait envie de lui hurler qu’elle avait froid, et que c’était de sa faute, mais que c’était pas grave, parce que tout allait bien se passer, et que la médicomagie avait fait des progrès démentiels et que si elle perdait un orteil, elle aurait toujours un ou deux sorts qui pourraient lui être utiles. Elle avait envie de lui hurler de rester là où il était, mais il y avait un sujet tellement plus important à aborder d’abord.

« T’es en colère, et tu sais bien que je te comprends mieux que n’importe qui, mais t’as pas le droit de faire ça à ta mère et à ta sœur. Tu n’as pas le droit ! Elles, elles t’aiment vraiment, c’est pas de l’amour que j’ai vu dans les yeux de ta sœur c’est de l’adoration ! Comment tu peux simplement penser à les laisser là ? À simplement partir comme ça, sans un mot, alors que ça fait cinq ans qu’elles t’attendent ! Tu veux être comme ton père, c’est ça ? Elles t’aiment à la folie et t’as pas le droit de leur briser le cœur comme ça, parce que si toi tu l’acceptes, moi non ! T’as pas le droit, Andrew. C’est ta petite sœur, et elle a besoin de toi, et ta mère aussi est là et il faut que tu sois présent pour elles parce qu’il n’y a qu’un Andrew McAllen et c’est toi et ta mère et ta sœur ont besoin d’Andrew McAllen pour passer le matin de Noël de manière décente ! »

Elle se rapprocha de lui, pour l’empêcher d’avancer plus, colla de nouveau son front contre le sien et ses doigts reprirent leur place initiale dans les cheveux d’Andrew, comme tout à l’heure. Ignorant qu’elle claquait des dents, là maintenant, ni même que son manteau venait de tomber et que le froid la congelait toujours un peu plus sur place, elle murmura :

« Arrête-toi... »
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Andrew McAllen
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Ven 6 Jan - 17:50

L’horizon se dressait devant lui, ténèbres aussi nébuleuses que son avenir. Assez de tout ça ! De se passé impossible à oublier, et de ce futur de plus en plus noir. Ça empoisonnait son présent. C’en était trop ! Il balaya tout et fonça comme une balle vers le village. Au diable Noël, au diable le blizzard et au diable le reste du monde ! Tout se brisait, et lui, il se cassait, voilà ! Mais les paumes de Thèdes se plaquèrent contre lui, l’empêchant d’aller plus loin. Elle l’avait rattrapé et stoppé, en tout cas pour le moment. Andrew ne la regardait pas, aveuglé par sa colère, mais il entendait. Thèdes lui dressait un aperçu de son avenir, lui prédisait une fin dorée en laquelle il ne croyait absolument pas. La vie n’était pas un conte de fée, il n’était ni prince, ni charmant. Seulement Plume. Voilà ce qu’il lui restait. C’était tellement moins compliqué de rire de tout, et de ne rien prendre au sérieux. La dernière année n’avait fait que lui brûler les ailes. Joyeux Noël, imbécile, ça t’apprendra à vouloir remettre les pendules à l’heure. T’es pourtant pas horloger, que je sache ? Il pensait y arriver quand même, et ben non. Mais il s’en fichait, maintenant. Son père n’était pas mieux que lui. Quelle ironie, le père ne serait pas bien différent du fils ? Les réponses étaient peut-être là ; rester seul, pour ne blesser personne, et inversement. Thèdes traitait le père d’Andrew de crétin fini. Drôle d’ironie, vraiment, car combien de filles associaient Andrew McAllen à ce même qualificatif ?

" Laisse-moi passer, Thèdes. "

Elle n’écoutait pas non plus, faisant pression sur son torse pour le ramener en arrière. Et les mots étaient tombés… Il devenait comme son père, voilà. Même Thèdes voyait la direction qu’il était en train de prendre. Qu’elle ne s’inquiète pas, tout ça se terminerait bien assez tôt. Même s’il n’en avait pas le droit, même si Thèdes ne l’accepterait pas. Ça ne lui paraissait pas la meilleure solution, mais il s’agissait de celle qui pouvait le moins causer de tort à tout le monde. Il finirait ses études, deviendrait Auror et passerait sa vie à mettre des sorciers sous les verrous, parce que c’était la seule chose de bien qu’il pouvait faire. Du moins, dans l’état où il était là tout de suite, il n’y avait rien d’autre. Toutes ses erreurs serviraient à sauver des inconnus. Au fond, c’était assez noble, et l’image ne s’éloignait pas beaucoup du preux chevalier qui, solitaire, mettrait toujours les voiles en solo au coucher du soleil. Ce genre de vie ne lui paraissait pas à plaindre, même qu’elle lui sembla parfaite… Jusqu’à ce que Thèdes vienne tout gâcher en effleurant sa nuque. Une seule pression de ses doigts et la moitié de des muscles tendus dans les épaules d’Andrew se relâchèrent.

Ce qu’ils ignoraient tous les deux, c’était que du haut de sa fenêtre, Arabella avait vu des ombres bouger, de même que la lumière du vestibule éclairer un rectangle de neige au sol. Elle connaissait l’impulsivité de son frère, savait que lorsque ça concernait leur père, il s’emportait sans réfléchir. En soupirant, elle descendit au rez-de-chaussée et vit le mot sur le frigo. Dans un nouveau soupir, elle prit un sac en plastique pour y mettre les deux cadeaux de Thèdes, puis ses bottes. Arabella avança en pyjama jusqu’à la première marche de la véranda et fit léviter d’un coup de baguette magique le sac jusqu’à Thèdes et Andrew. Celui-ci s’effondra mollement dans la neige au moment où Andrew se retournait, devinant la présence de quelqu’un en voyant le sac par terre. Sa sœur lui adressa un faux regard réprobateur, les bras croisés sur sa poitrine, puis elle fit bifurquer son regard vers Thèdes alors qu’un sourire malicieux se dessinait au coin de ses lèvres.


" Papa s’est cassé une jambe pendant le match. Il est à l’hôpital de Portland, vous devriez aller lui rendre visite avant de repartir pour l’Irlande. Je parlerai à maman. "

Arabella offrit un sourire complice à Thèdes avant de rentrer à l’intérieur de la maison, marmonnant quelque chose d’inaudible en secouant la tête. La porte se referma derrière eux, laissant place à un silence bercé par le vent. Andrew sentait les paumes de Thèdes perdre de la force. Elle avait sûrement pensé que le père d’Andrew ne voulait pas venir, qu’il s’y refusait en leur posant volontairement un lapin à tous. Les mains de Thèdes retombèrent, et Andrew pouvait clairement sentir son regard posé sur lui. Il n’avait rien dit, seulement que son père ne venait pas, et elle avait interprété ses paroles et sa colère. Sans rien dire, il se pencha pour fouiller dans le sac, puis il tendit ses bottes à Thèdes.

" Mets-les, tu dois être complètement gelée. "

Il ramassa ensuite le manteau pour la recouvrir. Andrew ne savait pas si elle était en colère, ou si elle lui en voulait de lui avoir laissé croire n’importe quoi. La lettre n’avait pas été écrite par son père, mais bien par l’hôpital, et envoyée en hibou express, mais ça, comment aurait-elle pu le savoir ? Andrew leva finalement les yeux vers Thèdes, croisant son regard. Il n’en voulait pas à Arabella pour ce qu’elle avait dit. Encore une fois, il n’en voulait qu’à lui-même, et pour la énième fois, Thèdes aurait raison de lui en vouloir aussi.

" Vas-y, dis ce que tu as à dire. "

Le ton était plus sec qu'il ne l'aurait voulu, mais au moins, avec tout ce qu’il se passait ce soir, elle ne devait pas avoir le temps de penser à Tejho.
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Thèdes Konstonhalu
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Dim 8 Jan - 20:06

C’est le sac apparaissant dans la neige qui la fit tourner la tête et lâcher Andrew du regard. Qu’est-ce que c’était ? Est-ce qu’il y avait quelqu’un, dans les environs, à les épier ? Elle fronça les sourcils, chercha à voir une silhouette, et finit par apercevoir Arabella sur les marches de la véranda qui commençait déjà à parler. Oh… Il s’était cassé une jambe, il n’était pas présent parce qu’il le souhaitait, mais parce qu’il était obligé, et elle avait les pieds dans la neige, à dire à Andrew que son père ne le méritait pas alors qu’il était malade, qu’il n’avait pas eu le choix. Peut-être que son père s’en voulait, finalement, de ne pas avoir été là, de ne pas avoir pu être présent au premier grand pas de son fils vers lui, peut-être bien qu’il était en colère, à Portland, bloqué dans un hôpital alors qu’il aurait pu sans problème arriver le lendemain dans la maison familiale et fêter Noël avec ses proches comme il se doit, avec son fils qu’il n’avait pas vu depuis cinq ans. Et peut-être que ça le faisait réfléchir, aussi, peut-être qu’il avait peur que son fils soit en colère contre lui. Thèdes avait raconté n’importe quoi, avait fait exactement ce qu’elle détestait qu’on fasse en sa présence et elle s’en voulait fermement pour ça. Elle avait jugé sans connaître, encore une fois, et même si elle avait agi de cette manière seulement pour soulager Andrew, ça n’excusait rien du tout.

Elle prit les bottes que lui tendait Andrew et les mit sans broncher, les yeux fixés sur la neige et concentrée sur la douleur que lui apportait le moindre mouvement que ses orteils pouvaient faire, mais elle n’arrivait pas à ne penser qu’à ça, comme si ce n’était pas assez grave, ses pieds allaient se réchauffer de toute façon, il n’y avait pas d’inquiétude à se faire sur ce sujet, mais elle aurait aimé, rien qu’une fois, ne pensait qu’à ça, littéralement. Sur le froid qui s’atténuait parce qu’Andrew reposait le manteau sur ses épaules et sur ses jambes endolories. Juste oublier le reste, et être réellement frigorifiée. Elle fronça les sourcils, instinctivement. Elle avait été irrespectueuse, encore et toujours, son père avait raison, elle n’avait même pas cherché à voir plus loin que le bout de son nez, et ça la rendait mal à l’aise. Ca l’agaçait particulièrement mais elle décida de ne rien montrer, et lorsqu’elle releva les yeux vers Andrew, elle se mit à rire nerveusement.

« Je rêve où je viens de me ridiculiser pour la deuxième fois dans la même soirée ? Je pensais que je m’étais calmée, après l’histoire des dents de lapin. »

Il avait l’air en colère contre elle, et la seule chose qui lui venait à l’esprit, c’était sans doute qu’il avait raison. Elle aussi aurait mal réagi s’il avait parlé d’Aradan Konstonhalu de la même manière. Et pourtant, ça ne semblait pas être que ça. Il avait l’air énervé, mais pas que contre elle, contre lui aussi, peut-être. Et s’il s’en voulait de ne lui avoir rien dit, Thèdes trouverait ça vraiment stupide ; elle ne lui avait pas laissé le temps de parler, elle avait enchaîné sur des sujets qui n’avaient rien à faire ici, vraisemblablement et voilà où ils en étaient encore, tous les deux. Alors, elle soupira en croisant son regard.

« J’ai rien à dire, Andrew. »

Elle ramassa le sac par terre, lui attrapa la main contre toute attente, et avança jusqu’au village.

« On va à Portland, ça te dit ? Je crois que t’as des comptes à régler avec quelqu’un. »

Pour aller à Portland, elle ne voyait qu’un moyen simple et rapide d’y aller : Le magicobus. Elle l’avait pris une fois, plus jeune et elle en avait un assez mauvais souvenir, mais c’était le seul moyen de locomotion, à présent. Elle resserra ses doigts autour de ceux d’Andrew et sortit sa baguette de l’autre main. Si elle se souvenait bien, un seul signe avec la baguette et il apparaissait. Elle s’exécuta et grimaça lorsqu’il arriva. Elle monta dans le bus, Andrew derrière et paya l’entrée en disant au contrôleur où ils désiraient aller. Elle se retourna pour voir Andrew froncer les sourcils et lâcha aussitôt :

« Hey, tu m’as bien offert un verre de grenadine, tout à l’heure. »

Avant que le bus ne reprenne la route, elle se précipita pour s’asseoir. Le magicobus démarra et elle dut se tenir fermement sur son fauteuil pour ne pas tomber. Elle serra les dents, et marmonna qu’elle détestait les transports sorciers en norvégien avant de se tourner vers Andrew en grimaçant pour la énième fois.

« On aurait pu prendre l’avion, aussi… J’ai comme l’impression que ça aurait été moins dangereux. »

Elle crut que lorsque le magicobus s’arrêta pour déposer une vieille femme, elle allait avoir un instant de répit et en profita pour enlever ses bottes, qui, pleines de neige fondue, n’avaient absolument pas réchauffées ses pieds. Elle comprit son erreur lorsque le bus redémarra et qu’elle tomba lamentablement et il fallait le dire, assez violemment sur Andrew.

Elle avait envie de s’arracher les cheveux. Elle allait peut-être se les arracher, tiens.
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Andrew McAllen
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Ven 13 Jan - 13:25

Andrew ne voulait rien dire sur son père, il avait déjà donné. Lorsqu’il avait reçu sa lettre d’acceptation pour Swyn, sa mère avait déposé une main sur son épaule et un baiser sur son front pour le féliciter alors que sa petite sœur avait chantonné avec entrain que son grand frère allait étudier dans une grande école en Irlande. Quant à Isaac McAllen, il ne souffla pas un mot, ne daigna même pas lever les yeux sur son fils. Son absence de réaction avait vite ramenée le silence à la table familiale. Quand Edwina suggéra à son mari de dire quelques mots, ce dernier se leva de sa chaise, complimenta le bon goût des pommes de terre du repas et s’éclipsa hors de la salle à dîner. Avec les années, Andrew avait apprit à se détacher de ces moments, à faire comme s’ils n’avaient jamais existés. Lorsqu’on lui parlait de son père, il haussait les épaules, lâchait quelques mots pour expliquer brièvement la situation, sans plus. Cette nuit encore, il s’était contenté de dire à Thèdes que son père ne venait pas, et que par conséquent, ils n’avaient plus rien à faire ici. Elle avait tout interprété à sa manière, et au fond de lui, Andrew espérait que l’avenir donnerait raison à Thèdes, soit qu’un jour, son père lui demanderait quelque chose, une faveur, un service, ou exigerait seulement de le voir pour lui parler, et à ce moment-là, il frapperait un mur. Œil pour œil, dent pour dent.

Mais Andrew n’avait pas le courage de rassurer Thèdes, de lui dire que si elle se ridiculisait, il en était encore une fois la source, le seul responsable. C’était à cause de lui qu’elle était venue jusqu’à York, qu’elle avait perdu son sang froid en racontant n’importe quoi à deux reprises. C’était à cause de lui aussi si sa meilleure amie l’avait trahie. À cause de lui, qu’elle avait eu le cœur brisé, et à cause de lui encore si maintenant, un vide emplissait son existence toute entière. Comme une pièce dans laquelle on avait retiré les tableaux, les lampes et les fauteuils, ne laissant ni lumière ni distraction, mais qu’un écho, une trace de ce qui s’y était un jour trouvé. Ah, il restait bien un tas de livres dans un coin, mais où les ranger, ailleurs que sur le plancher, maintenant qu’il n’y avait plus de meuble, ni même d’éclairage pour les lire ? Peut-être que certains diraient que c’était se donner beaucoup trop d’importance, que c’était croire que le monde tournait autour de lui. Andrew n’en savait rien, ne faisait que supposer, sachant déjà qu’on avait privé Thèdes de la présence d’un frère et d’un père. Que pouvait-elle avoir comme repères, autre que ses précieux bouquins de médicomagie, à présent ? Encore une fois, il ne comprenait pas pourquoi elle n’était pas directement rentrée à l’université au lieu de venir chez lui. Voulait-elle tenir sa promesse de l’accompagner dans le Maine ? Si oui, dans quel but ? Sa parole à lui ne valait plus rien, et même s’il était là parce qu’elle l’y avait poussé, ce n’était pas nécessaire pour elle d’y être aussi. Et ce baiser, pourquoi le lui avait-elle rendu ? Elle aurait dû le gifler et partir en claquant la porte, plutôt. Elle affirmait n’avoir rien à dire, et pourtant, elle lui prit la main et des mots basculèrent sur ses lèvres à nouveau.

Par manque de conviction, il se laissant entraîner jusqu’au village. En chemin, il se demanda s’il devait prendre le premier Portoloin et partir pour une destination inconnue jusqu’à ce que les cours reprennent. L’idée était tentante, davantage que celle de rentrer directement, et encore plus que celle d’aller rendre visite à son père à l’hôpital. Thèdes s’arrêta sur le coin d’une rue avant qu’il ne puisse prendre de décision. Il sentit à peine la pression de ses doigts glacés se resserrer entre les siens, et sans comprendre, il la vit lever sa baguette magique vers le ciel. Un klaxon retentit dans la nuit, et il comprit immédiatement. Il lui lança un regard empreint de reproches qu’elle ignora en rangeant sa baguette à l’intérieur de son manteau alors que le magicobus s’immobilisait à leur hauteur. La porte s’ouvrit et elle grimpa sur la marche avant lui et paya leur passage. Andrew réagit enfin, fronçant les sourcils, lui emboitant le pas sans la contredire. Le chauffeur leur souhaita la bienvenue à bord et le bus démarra en trombe. Andrew perdit l’équilibre, propulsé vers l’arrière, mais s’agrippa à temps au dossier du siège sur lequel Thèdes avait déjà prit place, baissant le regard vers elle.


" Sauf qu’il n’y a pas d’avion dans les environs de York. "

Il n’était pas non plus certain que l’engin moldu était réellement plus sécuritaire que le magicobus, mais un arrêt à la sortie de la ville voisine ne lui laissa pas le temps de pousser plus loin sa réflexion. En freinant brusquement, Andrew manqua de tomber de son banc, mais le poids de Thèdes tombant sur lui le retint sur son siège. La vieille dame leur décocha un drôle de regard avant de descendre du bus en ricanant. Si elle était une habituée de ce moyen de transport magique, Andrew ne l’avait jamais utilisé, et Thèdes ne semblait pas très à l’aise non plus. Il l’aida à se redresser, oubliant momentanément leur destination alors que le bus reprenait sa course effrénée entre les rues.

" Ça va ? "

Si elle devait considérer la situation dans son ensemble, la question avait quelque chose d’assez absurde. Andrew serra la taille de Thèdes d’un bras, se tenant de son autre main sur le poteau de métal à côté de lui. Le magicobus atteignit finalement son rythme de croisière, et Andrew osa jeter un regard à la fenêtre. Il ne voyait que de vives lumières indistinctes défiler sous ses yeux lorsque le chauffer annonça le prochain arrêt ; l’hôpital de Portland. Quoi, déjà ? Quelques secondes plus tard, ils y étaient, et le magicobus repartait à vive allure derrière eux. La porte coulissante de l’établissement s’ouvrit. Andrew ne vit rien de plus à faire que de mettre un pied devant l’autre jusqu’à la réception où une sorcière dans la quarantaine interrompit la lecture de son roman pour lui demander la raison de sa visite. D’une voix machinale, Andrew énonça le nom de son père et la dame lui indiqua un ascenseur au bout du couloir. Isaac McAllen ; chambre 107. Il hocha la tête, oublia de la remercier et appuya sur le bouton de l’ascenseur. Ils grimpèrent un étage et les portes s’ouvrirent à nouveau. Andrew jeta un coup d’œil de chaque côté sur les numéros des chambres et prit le couloir de gauche. Au bout de quelques pas, il se retourna pour vérifier que Thèdes le suivait toujours. Arrivé devant la chambre au numéro indiqué, il ralentit la cadence, puis passa lentement sa tête à l’intérieur.

" Je crois qu’il dort. "

Difficile à dire, en réalité. Andrew ne pouvait qu’apercevoir le dos de son père se soulever puis redescendre à un rythme régulier sous la couverture. Il ne ronflait pas, et à part un globe éclairant faiblement la pièce, il n’y avait aucune autre lumière. Andrew n’osait pas entrer, n’en avait nullement envie. L’impression d’avoir fait tout ce chemin pour rien ne le quittait pas un seul instant. Même si son père ne dormait pas, que pourrait-il lui dire ? Chaque phrase lui paraissait plus risible et stupide que la précédente. Puis, avant qu’il ne puisse réaliser que l’ombre de Thèdes et la sienne se reflétaient sur le carrelage de la chambre, jusqu’au mur du fond, la voix grave et pâteuse d’Isaac McAllen retentit, comme sortie d’outre-tombe.

" Qui est là ? Que voulez-vous ? "

Andrew fit un pas en arrière, et c’est à ce moment qu’il remarqua que son ombre venait de trahir leur présence. Évidemment, puisqu’il n’avait pas vu son père depuis cinq ans, celui-ci ne parvenait pas à reconnaître sa silhouette. Bien sûr, comment aurait-il pu ? Qui plus est, qui pouvait bien venir lui rendre visite à une telle heure avancée de la nuit ? Andrew tardait à répondre, ce qui entraîna un mouvement chez son père. Son bras s’étira jusqu’à une petite corde d’où pendant un triangle de plastique auquel il s’accrocha pour se redresser, sa jambe cassée étant immobilisée pour la nuit, potion de Poussos oblige. Lorsqu’il vit enfin son fils se tenir dans le cadre de la porte, son visage se ferma. Il fixa Andrew un long moment, jeta un bref coup d’œil en direction de Thèdes, puis revint finalement sur lui.

" Quoi ? Tu es venu pour me la présenter ? "

Ton sec, impatient, pressant. Et Andrew qui, debout, ne disait toujours rien, son regard alternant entre le visage de son père et le coin d’un mur de la pièce.
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Thèdes Konstonhalu
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Sam 14 Jan - 16:53

Elle venait de s’écrouler sur lui, littéralement, et il l’avait retenue, et à présent, la seule chose qu’il trouvait à dire c’était « Ça va ? » Honnêtement, non, le magicobus la rendait nerveuse et elle n’était pas certaine de pouvoir se tenir plus longtemps assise sur sa chaise. Du coup, elle ne répondit pas, se disant qu’il ne voudrait sans doute pas qu’on lui pose la question en retour, tant elle était rhétorique. Bien sûr qu’il n’allait pas bien, qui pourrait aller bien dans de telles circonstances ? Mais ça semblait nécessaire à Thèdes, elle ne le faisait pas pour jouer au héro, puisqu’elle n’y connaissait strictement rien, mais à sa place, elle aurait voulu avoir une chance de lui parler, de lui dire à quel point elle lui en voulait et c’était précisément ce qu’elle espérait qu’il fasse une fois devant son père.

Nerveusement, elle sourit en se rendant compte qu'ils étaient déjà à Portland, le magicobus était réellement un moyen de locomotion rapide, à défaut d'être agréable et c'était déjà un bon point, puisqu'Andrew n'avait pas eu le temps d'abandonner l'idée de voir son père. Elle sortit du bus, derrière Andrew et le suivit jusque dans l’hôpital, sans un mot, puisqu’il n’y avait pas grand chose à dire, c’était certain, mais il aurait fallu être stupide pour avoir quelque chose à dire à ce moment là tant la passivité d’Andrew était grande. Alors, elle se contenta de sourire à la femme qui travaillait à l’accueil lorsqu’il ne prit pas la peine de le faire et continua de suivre ses pas jusque dans l’ascenseur où elle entra sans un mot. Les secondes semblèrent devenir des heures avec ce silence lourd et Thèdes réprima un soupir lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrirent de nouveau pour laisser place à un couloir sans lumière et se concentra sur le bruit des pas d’Andrew juste devant elle. Elle sourit brièvement lorsqu’il se retourna vers elle et continua sa marche pour arriver à la chambre numéro 107. Je crois qu’il dort. Oui Andrew, c’est très probable, en effet, il est dans les environs de quatre heures du matin, les gens dorment généralement à cette heure-ci, ou sont trop saouls pour vraiment se demander quelle heure il est. Mais elle ne répondit rien, parce qu’il n’y avait rien à dire, elle resta bloquée, ancrée dans un profond silence, comme si elle était bien incapable de dire quoi que ce soit, parce que ce n’était pas son rôle là maintenant, de parler, mais le sien, mais il fallait qu’il se fasse violence, parce que Thèdes ne pouvait pas l’en obliger. … Et puis, il y eut la voix du père d’Andrew, et Thèdes haussa un sourcil en s’avança vers la porte d’entrée. Elle n’y tenait plus, et Andrew ne répondait pas, elle savait qu’il n’allait pas répondre, alors il fallait qu’elle le fasse, elle, pour lui.

« Absolument, monsieur McAllen. Nous étions à York, et on a su que vous étiez ici, et on s'est dit que ce serait vraiment parfait, surtout au vu des circonstances, que vous et moi soyons présentés dès à présent. »

Thèdes alterna son regard entre le père et le fils, finit par se focaliser sur monsieur McAllen et s'avança jusqu'à lui après avoir fait une légère pression sur le bras d'Andrew qu'elle laissa derrière elle.

« J'espère que vous ne souffrez pas trop. Tout devrait s'arranger très vite, de toute façon, ce n'est qu'une nuit un peu difficile à supporter. »

En fait, elle espérait qu'il ait un peu mal, parce qu'il le méritait bien. On avait appris à Thèdes qu'il y avait sept péchés capitaux, et elle pensait qu'on parlait très peu de l'un d'entre eux : La colère. Peut-être parce que tout le monde pense que la colère n'est pas si dangereuse que ça, qu'elle peut être contrôlée. De son point de vue, on ne donnait pas assez d'importance à la colère, elle peut être bien plus dangereuse que ce que l'on peut croire. Après tout, si elle mène à un comportement destructeur... La colère est peut-être bien le pire des péchés. Et la seule différence entre la colère et les six autres péchés est vraiment très simple : Quand on cède à un péché comme l'envie ou l'orgueil, on ne blesse que soi. Alors que la colère... La colère est sans doute le pire des péchés, la mère de tous les péchés. Non seulement la colère peut nous faire faire n'importe quoi, mais quand ça arrive, on peut entraîner un grand nombre de personnes avec nous. Thèdes était colérique, elle l'avait toujours été, et sa rentrée en Irlande n'avait pas arrangé ce trait de caractère, bien au contraire, car il ne cessait de croître, surtout depuis qu'elle avait rencontré Andrew. Cela dit, elle avait tendance à croire qu'il diminuerait avec le temps pour laisser place à autre chose, cet autre chose dont elle ne connaissait pas encore le nom, et pourtant, le père d'Andrew l'était encore, il n'y avait pas renoncé. Elle planta ses yeux dans ceux de monsieur McAllen sans rien dire au début, parce qu'elle ne savait pas par où commencer, surtout avec Andrew dans les environs, et puis elle se rendit compte qu'il n'y avait pas grand chose à dire ou à faire, finalement, et que peu importait par où elle pouvait bien commencer, ça n'aurait strictement aucune importance, alors, elle baissa la voix, sans savoir si c'était suffisant pour qu'Andrew n'entende pas, et se demandant si elle voulait réellement qu'il entende ou non, finalement.

« Vous allez lui faire payer ça toute sa vie, n'est-ce pas ? Lui en vouloir parce qu'il ne vous a pas écouté, le détester parce qu'il a décidé de penser par lui-même et pas seulement à travers vous. »

Parce que ça ne pouvait être que ça, il était toujours en colère, parce qu'il était insatisfait, frustré des choix de son fils. Par conséquent, son fils était indéniablement le responsable de sa frustration et il éprouvait simplement une immense colère envers lui purement et simplement parce qu'Andrew était l'obstacle qui l'empêchait d'être pleinement satisfait. Apparemment, Thèdes n'était pas la seule à être à ce point égoïste, puisque le père d'Andrew battait tous les records. Elle sourit tristement en cherchant des yeux une chaise sur laquelle s’asseoir, mais au moment où elle s’approcha d’elle, elle se rendit compte qu’elle n’avait aucune envie de rester dans cette chambre, avec lui. Il fallait qu’elle fasse vite, c’était décidé.

« Vous devriez être fier de lui, il fait ce qu’il aime, il est premier de sa promotion. Tout le monde l’adore à l’école. Je… Je pense que ça devrait être suffisant. »

Qu’il y ait au moins un des deux pères qui trouvent que ce que faisait leur progéniture était suffisant, assez, bien. Voire parfait, si ça pouvait leur faire plaisir. Et quitte à ce que ce ne soit pas son propre père, elle donnait volontiers l’occasion à Andrew. Elle la lui offrait sur un plateau en argent, en or, même s’il le voulait. Parce que ce n’était pas terminé pour lui, parce qu’elle était persuadée qu’il restait une chance, aussi petite soit-elle, et qu’il fallait qu’il la saisisse avant que ça ne soit trop tard. La chance de Thèdes était passée, si jamais elle en avait eue une, elle avait raté le coche, et ç’en était fini, mais pas pour Andrew. Pas Andrew. Juste pas lui.

« Bon rétablissement, monsieur McAllen. »

Elle lui sourit avant de lui tourner le dos et, quelques enjambées plus tard elle atteignait déjà la porte. Elle repassa devant Andrew, et, sans un geste vers lui se contenta de dire clairement à voix basse :

« C’est ton tour, Andrew, c’est ton père, tu dois gérer la situation, et tu vas la gérer, c’est certain. »

Elle quitta le couloir sans un mot de plus, il devait bien y avoir une cafétéria dans le coin, non ?
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Lun 16 Jan - 1:01

Dès que Thèdes ouvrit la bouche, le regard perçant d’Isaac McAllen se pointa sur elle, et il se désintéressa de la silhouette de son fils lorsqu’elle osa un pas vers lui. Il avait les mêmes yeux bleus que son fils, mais l’émotion véhiculée y était toute autre. L’iris glacial sembla se détendre lorsque Thèdes lui parla de sa jambe cassée.. Tout comme sa femme l’aurait fait, comme la médicomage l’avait fait peu de temps après son arrivée à l’hôpital. C’est vrai, maintenant qu’il y repensait, Edwina ne lui avait-elle pas dit que la fille qui sortait avec leur fils étudiait en santé magique pour devenir médicomage ? Il aurait sans doute sourit, si la voix de Thèdes n’avait pas baissée d’un cran. Le ton était différent, aussi. Il pouvait clairement sentir du reproche, mêlé à la colère de la jeune fille. C’était donc ce que son fils pensait ? Et si elle s’adressait à lui de cet air offusqué, plus blessée qu’Andrew en avait lui-même l’air, ça voulait dire… Isaac McAllen raffermit son regard alors qu’Andrew, derrière, fixait le dos de Thèdes. Il avait entendu, c’était à n’en point douter, mais il ne réagissait pas. Il avait déjà suffisamment réagit, de toute manière, le père et le fils ayant déjà eu plus que leur lot de disputes à ce sujet. La passivité d’Andrew ne le surprenait guère, de même que l’énergie assez bien contenue avec laquelle Thèdes tentait de régler l’affaire.

Contre toute attente, Isaac ne chercha pas à interrompre Thèdes, ni même à la contredire. Il se passa la main sur le menton, rugueux puisque non rasé depuis un jour. Il apprit ensuite ce qu’Andrew ne s’était sûrement jamais donné la peine de dire dans les lettres qu’il écrivait à sa mère ou à sa sœur, soit qu’il était le premier de sa promotion. L’information ne fit apparemment ni chaud ni froid au père de ce dernier, tout comme le fait de savoir que son fils était apprécié au sein de sa fac en Irlande. Et tout cela devait être suffisant, disait-elle. Le reste ne devrait pas importer, et en tant que père, il devrait se contenter d’être fier de son fils ? Il ne répondait toujours rien, et son silence incita probablement Thèdes, qui avait dit ce qu’elle avait à dire, à conclure en lui souhaitant un bon rétablissement, toujours de façon trop polie pour l’amertume qu’elle éprouvait à son égard, et qu’il pouvait très bien lire dans son regard noisette. Isaac McAllen la vit s’arrêter à la hauteur d’Andrew pour lui dire quelques mots, puis elle quitta la pièce pour les laisser seuls. À peine Thèdes fut-elle partie qu’un soupir irrité en provenant du lit ajouta de la tension à une situation qui n’en manquait pourtant pas.


" Elle n’a pas la langue dans sa poche, contrairement à toi. "

Andrew fronça les sourcils. Deux secondes qu’ils étaient seuls et déjà une attaque ? Pour toute réponse, il fit quelques pas pour s’approcher du lit, levant péniblement les yeux vers son père. Est-ce que les paroles de Thèdes avaient servies à quelque chose ? S’était-il un minimum remis en question ? À voir son visage inchangé, Andrew en doutait. Puis, comme s’il pouvait deviner ce qui traversait son esprit, Isaac plissa imperceptiblement les yeux.

" Je ne changerai pas d’avis, tu ne devrais pas devenir Auror. Risquer sa vie pour des inconnus n’a aucun sens. Au Quidditch, lorsqu’on reçoit des trophées et des médailles, ce n’est pas parce qu’on est mort au combat. "

Nouveau silence.


" Ta mère m’a dit que tu avais échoué l’examen physique d’entrée au Ministère. Si tu es premier de classe et que tu n’y arrives même pas, que te faut-il de plus ? "

" Je n’abandonnerai pas. Bon rétablissement. "

Sur ces mots, Andrew tourna le dos à son père, les épaules tendues, et marcha d’un pas décidé vers la sortie de la chambre.

" Andrew ? Dis à la fille qui t’accompagne que je veux lui dire deux mots. "

" Thèdes. Elle s’appelle Thèdes. "

D’un geste lent, Isaac McAllen s’adossa contre l’oreiller de son lit surélevé et Andrew quitta la pièce sans un mot de plus. Où Thèdes pouvait-elle bien être passée ? Il longea le couloir un court instant et déboucha dans une petite salle d’attente où il vit Thèdes debout devant une machine distributrice. Andrew vint insérer quelques pièces et appuya sur deux boutons. Un de jus de pommes tomba au bas de la machine, rapidement suivit d’un coca. Le regard ancré sur le sol, Andrew se pencha pour prendre les deux breuvages, tendant le jus de pommes à Thèdes. Lorsqu’il daigna enfin lever les yeux vers elle, il n’osa même pas tenter un sourire forcé.

" Mon père veut te parler... Mais t'es pas obligée d'y aller. "

Andrew fit quelques pas et s’assied sur une chaise dans la salle d’attendre et ouvrit sa cannette de coca sans en boire, les avant-bras appuyés sur ses genoux. Il regarda Thèdes repartir vers le couloir, jusqu’à ce que le bruit de ses pas cessent, signe qu’elle avait probablement rejoint la chambre 107.


" Thèdes... Entre. "

Le ton de voix était différent, cette fois, plus franc. Isaac McAllen scrutait le visage de Thèdes alors qu’elle entrait. Elle ne semblait pas penser qu’ils avaient autre chose à se dire, ce qui le fit esquisser un maigre sourire en coin, provoquant quelques rides au coin de ses yeux.

" Tu as du cran, je le reconnais. "


Il prit une pause puis se redressa pour mieux lui faire face.


" Je ne sais pas ce que tu lui as dit pour qu’il accepte de quitter l’Irlande, ni pour qu’il vienne ici, mais il t’écoute. Persuade-le d’abandonner la carrière d’Auror. "

Avant que Thèdes ne puisse répliquer quoi que ce soit, Isaac leva la paume de sa main pour qu'il la laisse finir.

" T’a-t-il déjà dit que son arrière grand-père était un loyal partisan du Seigneur des Ténèbres ? Que son patronus prenait la même forme que le sien ? Pour son propre bien, Andrew ne doit pas en apprendre davantage. Je connais mon fils, je sais de quoi il est capable, il me tient tête depuis plus de cinq ans, mais s’il met la main sur le dossier de cette enquête, j’ai peur de ce qui pourrait lui passer par la tête. "

La main d’Isaac McAllen vint se déposer doucement sur la couverture de son lit, ajoutant à voix basse ces quelques mots pour lui-même plus que pour Thèdes dont il toisait tout aussi curieusement le visage, notant chaque réaction, chaque froncement de sourcils.

" Il n’a jamais mentionné quelqu’un d’autre depuis la mort de la petite Lenna Johnson. "


Personne d'autre, dans aucune lettre, aucune nouvelle rencontre, rien, le néant. Parfois quelques mots sur Alex, sans plus. Était-ce vraiment important ?

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Thèdes Konstonhalu
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Lun 16 Jan - 13:39

Elle espérait que ça se passe bien, dans la chambre, entre le père et le fils en marchant jusqu’à la salle d’attente la plus proche. Elle était d’un naturel plutôt optimiste, et pourtant, cette nuit, elle n’arrivait pas à y croire vraiment, parce qu’elle savait qu’une nuit n’arrangerait pas cinq ans de séparation, que les retrouvailles ne se font pas toujours dans les meilleures périodes, aux meilleurs moments, et voilà qu’ils étaient allés à Portland, Andrew plus passif que jamais, et monsieur McAllen avec une potion dans le sang qui devait sans doute le torturer, même s’il ne l’avait pas montré une seule seconde. Ce n’était pas des retrouvailles parfaites, ça n’en avait jamais eu l’air, et pourtant, elle espérait quand même, sans vraiment y croire, sans lâcher des yeux le distributeur qui lui proposait tout et n’importe quoi. Elle ne savait pas quoi prendre parce qu’elle ne savait pas ce qu’il se passait dans la chambre, et elle aurait aimé savoir quoi prendre et savoir aussi ce qu’ils pouvaient bien se dire. Autant, peut-être bien qu’elle aimait l’idée de ne pas savoir, parce que si elle savait et que c’était mauvais, elle s’en voudrait indubitablement. Peut-être qu’elle n’avait pas à savoir, alors. Pour le distributeur et pour la chambre. En fait, elle ne savait pas ce qu’elle voulait. Elle verrait bien au moment venu, ce n’était pas comme si elle était devin ou quoi que ce soit, ce n’était comme si elle avait envie de l’être, aussi. Alors elle attendit, les yeux rivés sur les sodas sucrés et sur des bonbons acidulés.

D’ailleurs, elle était tellement concentrée sur le distributeur qu’elle ne remarqua la présence d’Andrew à côté d’elle que quand il mit des pièces de monnaie dans la machine. Elle ne leva pas les yeux, attendit qu’il lui tende un jus de pomme pour le remercier d’un sourire. Elle n’avait pas envie de parler, elle n’avait pas à le faire, et c’est lui qui rompit le silence lorsqu’il lui dit que son père voulait la voir. Elle haussa un sourcil, la voir elle ? Pour quoi faire ? Ils n’étaient pas venus ici pour que Thèdes lui parle, c’était insensé, et pourtant elle n’avait pas rêvé. Redevenant impassible, elle hocha la tête, elle n’était pas sûre qu’il ait réellement compris pourquoi elle le faisait alors elle les quitta simplement, lui et le distributeur, pour s’avancer de nouveau dans le couloir sombre qui l’emmènerait jusqu’à la chambre de monsieur McAllen. Il semblait l’attendre, puisqu’il lui intima d’entrer et Thèdes s’exécuta sans un mot pour se placer devant lui, pas vraiment certaine de la tournure que prendrait les choses.

Elle avait du cran parce qu’elle était venue jusqu’ici, parce qu’elle lui avait parlé alors qu’elle ne le connaissait pas malgré tout ce qu’Andrew avait pu dire à son sujet. Peut-être qu’elle en avait, oui, mais pas que. Dans d’autres circonstances, elle ne se serait même pas donnée la peine de parler, et là, elle l’avait fait. Pas pour montrer à son père qu’elle avait du cran, ni pour le montrer au fils, d’ailleurs, quelle importance ? Mais parce que c’était Andrew, et qu’elle savait bien qu’il détestait quand elle disait ça, et même quand elle semblait seulement le penser, mais c’était comme ça, et elle n’y pouvait rien. Et si Andrew n’avait pas eu le réflexe de parler à son père, alors Thèdes l’avait fait, c’était tout, pas pour chercher à montrer aux autres de quoi elle était capable, elle s’en moquait, s’en fichait complètement, elle l’avait simplement fait pour Andrew, et maintenant qu’elle se retrouvait seule dans la même pièce que monsieur McAllen, elle se demanda si réellement cela avait été une bonne idée.

Elle avait l’intention de le laisser parler, parce qu’il y avait toujours deux poids deux mesures, elle avait réellement l’intention de se taire, de lui laisser exposer les choses de son point de vue sans jamais ouvrir la bouche pour le couper, n’empêche qu’elle n’y parvint pas, et elle s’apprêta à faire une remarque, les sourcils froncés mais il dût s’en rendre compte parce qu’il lui fit signe de son taire avant même qu’elle ne puisse prononcer un seul mot. Lui demander d’abandonner ce pour quoi il était fait ? C’était de la folie. Jamais elle ne ferait ça, jamais il ne l’écouterait, de toute façon, et ce n’était pas parce qu’elle l’avait persuadé de quitter l’Irlande pour rejoindre sa famille et ensuite de venir voir son père à Portland qu’il allait faire chaque chose qu’elle pouvait bien lui demander. C’était idiot, il ne l’écouterait jamais pour ça, et jamais Thèdes ne le lui demanderait.

Et il lui parla de son arrière grand-père, elle en avait vaguement entendu parler, à son arrivée en Irlande, sans plus, mais elle avait conscience que ça pouvait le tracassait, même s’il n’en parlait jamais. Pour ce qui était du patronus, elle était tout à fait au courant, et elle hocha simplement la tête à la mention de ces deux faits. Monsieur McAllen avait l’air de croire qu’Andrew n’était capable que du pire, et Thèdes aurait aimé lui donner raison, parce qu’avec elle, il avait été capable du pire, c’était un fait, mais il n’avait pas été seul, les deux avaient fait le plus de mal possible à l’autre, mais elle savait aussi qu’il n’était pas capable que de ça, qu’il était clairement destiné à faire de grandes choses alors elle ne dit rien, resta silencieuse, se faisant la promesse de parler que quand il aurait fini. Chacun son tour, parce que ça évite de crier et qu’elle en avait assez de crier.

Lenna Johnson ? Elle ne mit pas longtemps à comprendre, peut-être une seconde, pas plus. Il n’avait jamais parlé de personne à part elle ? C’était la fille au pendentif, alors. Andrew ne lui avait jamais dit son nom, peut-être bien que Thèdes ne le lui avait jamais demandé non plus. Et il venait de lui dire qu’il n’avait jamais parlé de quelqu’un d’autre à part elle. Et il avait parlé de Thèdes quand même. Qu’est-ce que c’était censé signifier ? Que puisqu’il parlait de Thèdes, elle devait être importante alors raison de plus pour le convaincre de suivre les traces de son père en abandonnant les traces qu’Andrew avait déjà faite de lui-même ?

Elle resta silencieuse quelques minutes avant d’ouvrir la bouche, prête à parler, mais aucun son ne sortit, peut-être qu’elle était trop choquée par son monologue, peut-être qu’elle n’avait pas envie de parler, au final, peut-être qu’elle voulait le laisser seul ici et repartir en Irlande tout de suite en faisant comme si elle avait totalement oublié qui elle avait rencontré pendant ces vacances et recommencer sa vie à l’université, l’air de rien, comme tout le monde le faisait ? Elle n’y arriverait pas, alors elle se fit violence.

« Non, je ne jouerai pas contre Andrew, parce même si vous pensez le protéger en lui refusant de faire la carrière de son choix, la vérité c'est que vous le comprimez. Je sais pour son arrière grand père, et je sais pour son patronus, et il saura gérer la vérité parce qu'il ne sera pas tout seul pour la gérer. Et il aura besoin de son père pour la gérer, et il faut que vous soyez avec lui, quoi qu’il décide. »

Et puis, elle se rendit compte de quelque chose qui lui fit froncer les sourcils, les yeux ancrés dans ceux de monsieur McAllen.

« Je ne le ferai pas changer d'avis, parce qu'à ma place, il n'essayerait pas de me faire changer d'avis non plus. Quelques soient les raisons qui auraient pues le pousser à le faire. »

Elle posa le jus de pomme sur la table de chevet, sans quitter des yeux le père d’Andrew.

« Mon père est... Mon père ne m'aime pas beaucoup. Et moi, j'adore mon père. Et je pensais, en venant ici, que vous vous rendriez compte que vous n'êtes pas comme mon père et que vous aimez votre fils parce que lui, il vous aime et que puisque vous l’aimez, vous alliez être de son côté, et vous savez, il mérite de savoir, quoi que ce soit, et je pense même que vous devriez le lui dire si vous ne voulez pas qu’il l’apprenne en tombant un jour sur ce dossier. »

Elle soupira en rompant le contact visuel et se mit à sourire nerveusement.

« Je suis désolée d’être venue, c’est pas la meilleure nuit pour discuter de tout ça, n’est-ce pas ? »

Elle reprit le jus de pomme sur la table basse et ses yeux retrouvèrent le chemin jusqu’à ceux de monsieur McAllen.

« J’espère que vous changerez d’avis, parce que je sais qu’Andrew vous veut vraiment à ses côtés. »

Elle lui sourit avant de lui tourner le dos mais lorsqu’elle arriva à l’entrebâillement de la porte, elle s’arrêta net pour se retourner vers lui et lui sourire de nouveau.

« À bientôt, peut-être. »

Sans un mot de plus, elle quitta la chambre et traversa le couloir pour atteindre la salle d’attendre où elle vit Andrew au même endroit où elle l’avait laissé un peu plus tôt. Elle se laissa tomber à côté de lui et chuchota, les yeux fixés sur le jus de pomme qu’elle n’avait toujours pas ouvert :

« Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? »
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Andrew McAllen
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▌Né(e) le: 08 Avril
▌Pays d'origine: États-Unis
▌Statut: 6ème année

MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   Lun 30 Jan - 15:17

Machinalement, sans vraiment avoir soif, Andrew porta la cannette de coca à ses lèvres. Thèdes était retournée à la chambre depuis deux ou trois minutes, et il n’avait rien de mieux à faire pour s’occuper que de boire la boisson gazeuse. Andrew souffla en se passant la main dans les cheveux, et son soupir résonna dans la salle d’attente, déserte à cette heure avancée de la nuit. Le silence l’énerva, et il envoya le coca s’écraser contre la vitre plastifiée du distributeur. La cannette gicla en s’effondrant sur le carrelage vert, puis revint vers Andrew en roulant sur le côté. Il l’arrêta de son pied, l’observa un long moment, puis l’écrasa sous sa chaussure avant d’y donner un coup pour l’envoyer plus loin. Thèdes ne revenait toujours pas, et il n’avait qu’une envie ; celle de quitter l’hôpital. Il sortit sa baguette magique d’un geste négligé, et lent, puis il lança un sortilège de nettoyage sur la flaque de coca. Il soupira de nouveau en la rangea dans sa poche, jetant un coup d’œil à l’horloge murale au-dessus d’une plante, dans un coin.

Dans le couloir, des bruits de pas se firent de nouveau entendre. Un rythme et des claquements de talons qu’Andrew savait reconnaitre aisément depuis bien longtemps. Toujours assit sur sa chaise, il se redressa légèrement lorsque Thèdes réapparut dans son champ de vision, silencieuse, le visage inexpressif. Ce n’est qu’à ce moment qu’Andrew se questionna sur ce que son père pouvait lui avoir raconté. Comme sa présence à lui n’était pas requise, il devina que son père devait avoir tenté de convaincre Thèdes de penser comme lui pour mieux le convaincre de laisser tomber la carrière d’Auror. Si tel était le cas, c’’était très mal connaître Thèdes. Andrew n’avait jamais douté d’elle, pas une seule fois depuis qu’elle la connaissait. Évidemment, ils s’étaient engueulés pendant tout le printemps dernier, et ça avait continué durant l’été, jusqu’à ce que ça casse, mais pas parce qu’ils criaient. Ce n’était pas la faute de Lauréline non plus, pas vraiment. Lauréline ne devait être que le prétexte officiel. Tous les deux, ça marchait, mais de travers. Thèdes avait des nœuds dans la tête, accordait trop d’importance aux paroles de Mani, cherchait à y voir clair avec les conseils de Ted qui, lui, n’avait jamais eu le cerveau embrouillé par quoi que ce soit. De son côté, Andrew ne supportait aucune question personnelle le concernant, n’assumait pas la situation dans laquelle il s’était embarqué. Le projet, c’était une corde à leur cou à tous les deux, lui le premier. Bref, c’était la catastrophe assurée, et pourtant ils ne lâchaient pas prise.

Et puis quatre mois s’étaient écoulés. Bizarrement, Andrew n’avait jamais cessé d’adresser la parole à Thèdes, malgré tout ce qui s’était passé. Au fond de lui, il avait la folle certitude que sous toute la colère et la hargne avec lesquelles elle le regardait, bien en dessous de tout ça, tout n’était pas perdu. C’était ce qu’il voulait, ce qu’il espérait, mais s’il se trompait ? Finalement, ce soir, contre toute attente, elle avait traversé la moitié du pays pour venir frapper à sa porte. Et elle était à présent là, assise à côté de lui, fidèle à l’idée qu’il s’était fait sans totalement y croire. Andrew tourna la tête vers elle, suivit des yeux son regard vers le jus de pomme avant de revenir vers elle. Quelques secondes passèrent en silence, et elle lui demanda â voix basse ce qu’ils faisaient, maintenant ? Andrew comprit qu’elle ne comptait pas rentrer chez elle, et il n’avait pas non plus envie de retourner à York. Il lui prit le jus de mains, l’ouvrit et le lui rendit, un mince sourire au coin des lèvres.


" Et si on rentrait ? "

Rentrer où ? En Irlande, à la maison, parce que le Maine n’était plus un souvenir du passé et de son enfance. Même si revoir sa mère et sa sœur lui avait fait plaisir, il voulait rentrer. Rester ici ne servait plus à rien. Andrew se leva de sa chaise et attrapa la main de Thèdes pour qu’elle fasse de même. Sans la lâcher, il jeta un regard sur le panneau qui indiquait la sortie. Se retournant vers elle, ils échangèrent un regard. Thèdes hocha la tête, et ils s’engouffrèrent dans le couloir.

[The End]
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MessageSujet: Re: Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.   

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Dans le Maine, à York, parce qu'il faut bien fêter Noël quelque part.

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