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 Si seulement c'était une berceuse [PV Elei]

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Ian Bale
C.A.M
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▌Né(e) le: 13 Février
▌Pays d'origine: Pays de Galles
▌Statut: 6ème année

MessageSujet: Si seulement c'était une berceuse [PV Elei]   Lun 19 Mar - 2:03

Il aurait préféré être ailleurs, avec quelqu’un. Il aurait préféré être satisfait, ne pas s’en faire avec des remises en questions qui n’avaient pas lieu de se pointer dans sa tête. Mais évidemment, comme d’habitude, il pensait trop. Quelque chose clochait, il ne pouvait pas dire quoi. Il n’était pas aussi bien qu’il l’aurait cru, après avoir passé sept ans à s’imaginer cette relation. Maintenant que les choses se passaient finalement comme il l’avait toujours voulu… ça ne lui plaisait pas. Non, pas que ça ne lui plaisait pas. Ce n’était pas magique. Ce n’était pas comme dans ses rêves, ce n’était pas comme dans les films moldus. Le statut de « couple » qui en était venu qu’à entourer le duo Ian-Arth n’avait été qu’un statut, selon lui. Presque rien n’avait changé, si ce n’était qu’ils s’embrassaient et qu’ils couchaient ensemble, dormaient dans le même lit. Et ça, ça le faisait douter. S’ils n’étaient faits, au fond, que pour être des amis? S’ils ne s’aimaient pas vraiment? Et si lui avait trop imaginé ces scènes qu’il se retrouvait déçu de la réalité? Ian avait fait part de ses doutes à Arth. Et elle l’avait mal pris. La dispute s’en suivit, agressive, viscérale. Puis elle avait pris la décision de rentrer au Pays de Galles. La veille.

Mais il n’était pas ailleurs, et il était seul. Vingt heures trente. Le noiraud défaisait mollement ses valises pour se réinstaller dans sa chambre à l’université. Il avait préféré quitter l’appartement qu’il s’était acheté avec Alvin et Arth. Pour l’instant, du moins. Le temps de se vider – le plus possible – l’esprit, le temps de s’habituer à être seul et loin de sa meilleure amie. Car même s’il doutait de la nature de la relation qui les unissait, il tenait encore à elle, beaucoup. Il ne voulait pas la perdre. Il ne voulait pas d’une vie sans elle. Juste, peut-être qu’elle n’était pas celle avec qui il aurait des enfants. Franchement, il n’en savait rien. Rien du tout. Juste qu’en ce moment, il était malheureux. Même la vision de Prei, son chiot Border Collie, étendu sur le bout de son lit, la truffe entre les pattes ne le faisait pas sourire. Il étira un bras vers le chien et lui gratta doucement la tête avant de se lever pour terminer de ranger les choses un peu partout. Il n’avait pas tout emmené avec lui. Juste le nécessaire. Le loft n’était pas loin s’il manquait de quelque chose ou s’il avait envie de voir Alvin. Celui-ci c’était d’ailleurs assuré qu’il comprenne que rien ne changeait entre eux deux. Ça l’avait tellement rassuré.

La nostalgie s’emparait peu à peu du Gallois alors qu’il restait seul parmi toutes ses choses, dans cette chambre qu’il ne considérait plus comme la sienne. Il posa ses yeux d’azur sur Prei; celui-ci c’était assoupi. Il ne le dérangerait pas. Silencieux, Ian se leva et sorti de sa chambre, non sans avoir d’abord vérifié que sa baguette et que ses cigarettes étaient dans ses poches de jeans. Le géant se dirigea d’un pas calme et un peu lent vers la salle de musique. Il avait envie de jouer, ça l’aiderai à se défouler, à sortir sa frustration, sa colère, sa peine, sa déception. Le jeune homme avait fait le choix conscient de ne pas emmener sa propre guitare, il aurait sans doute envie de faire autre chose après. N’importe quoi, pourvu qu’il ne reste pas seul avec ses pensées, ses idées noires. Il savait déjà qu’il ne réussirait pas à dormir cette nuit. Comme la nuit passée. Étonnamment, les cernes sous ses yeux restaient discrets, se fondant à la pâleur habituelle de son visage. Il avait l’air de Ian, pas de Ian malheureux. Et c’était tant mieux comme ça.

La salle de musique était vide, il ne se gênerait donc pas. Le ténébreux se laissa impressionner une énième fois par l’aspect de la grande pièce, comme à chaque fois qu’il y mettait le pied. Son pas un peu plus confiant, il se dirigea vers l’endroit où se trouvait une multitude de guitares, en sélectionnant déjà une du regard. Il avait déjà joué sur celle-là, elle lui plaisait bien. Le Gallois contempla l’instrument quelques instant, un très vague sourire venant trouver ses lèvres, puis pris la guitare par le manche et l’entraîna avec lui jusqu’à un siège. Il s’assied, redressa les manches de son pull à col en V de lainage bleu foncé jusqu’à ses coudes, puis plaça la guitare sur ses cuisses et l’accorda rapidement. Quelques ajustements, un accord simple pour vérifier, et il était prêt. Ses doigts se mirent à jouer habilement sur les cordes de l’instrument, ceux de l’autre main se mouvant avec aisance sur le manche. Puis, doucement, un chant perça ses lèvres. Grave, douce et apaisante, sa voix s’étendit dans la salle.


« Summer has gone and passed, the innocent can never last. Wake me up when September ends… »


[Chanson : When September ends – Green Day
Faut l’imaginer toute acoustique ~ ]

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Eleiakin Dreamtrue
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▌Né(e) le: 2 décembre
▌Pays d'origine: Afrique du Sud
▌Statut: 4ème année

MessageSujet: Re: Si seulement c'était une berceuse [PV Elei]   Mer 4 Avr - 1:06

Duel éternel entre un regard dépareillé et une fiole contenant une drogue de transformation. La fiole se laisse tournée, retournée, caressée des doigts fins et longs son corps galbée et froid. Froid comme la mort. La fiole est vide. Déjà servie. Elle a déjà gagnée et personne n’a rien fait pour l’en empêcher. Tu dois agir par toi-même, Elei, tu dois te battre contre ça par toi-même. Cesse donc d’embêter les autres. Ou alors trouve toi une bonne raison et agit de ton côté. Arrête de te plaindre, cela ne sert à rien, strictement à rien .On ne peut rien faire à ta place. Sourire en coin qui ne présage rien de bon. Je sais. Je ne veux ni votre aide, et je ne quémanderais jamais votre écoute. Tu ne sais pas tenir une promesse, tu avais promis que tout cela serait fini il y a déjà une semaine. Tu es toujours là. Petite voix lancinante dans un coin de sa tête. Conscience ? Folie ? Imagination ? Qui est tu ? Peut-être ce qu’Elei appelait il y a quelques mois Eiblheen. Le miroir à souvenir, le miroir de son rêve, qui venait la défier alors qu’elle lui faisait face en tenue de soirée. Boléro prune. Robe à manches ballon courte bleu nuit .Collant et ballerines noirs. Face à face, le même qu’avec la fiole. Miroir des rêves à sensations, à haut le cœur. Que la présence du Fou tendait à raviver, comme en remuant couteau dans la plaie, une plaie béante et sans fin. Parfois en la soignant, faisant venir la tendresse dans le miroir, l’affection, plus. Un sentiment inconnue mais tellement agréable, ses bribes comme préambule à quelque chose de merveilleux. Parfois en la saignant en blanc, de manière violente. Sentiment écrasant, mortifiant, simple présage d’un mal plus grand. Elle s’entend encore dire, quelque part dans une mémoire toute neuve, expliquer. Ce n’est pas un fou malade, c’est le fou du jeu d’échec. Les gens préfèrent avancer droit devant eux, lui préfère la diagonale. Pour mieux observer et se sentir supérieur. Vague illusion. Puis le Fou a disparu sans crier gare et sans que cela ne lui face le moindre mal. Etrange. Eiblheen, comme lié avec lui s’est enfermée quelque part pour ne plus jamais réapparaitre. Disparu, miroir moqueur, miroir à question, miroir onirique, miroir illusion. Place à d’autres démons, d’autres illusions, d’autres rêves. Entrée en scène de Don Juan. Qui n’en n’est pas un mais qui a gardé son surnom .Relation à sa juste mesure.

Un éclair zèbre brusquement le ciel et la pluie commence à tomber sur la lande, battant sur les carreaux de la fenêtre de la chambre. Eleiakin range la fiole vide avec les autres, dans un coffret de poirier vernis et peint, fermée par une serrure dorée. Quand elle l’ouvre, un petit air en sort, mélancolique .Comment cacher son secret dans une boite à musique. A chaque fois qu’elle l’ouvrait, cette même pensée. J’aurais dû choisir la boite avec la danse macabre de St Saëns, ça aurait tellement collé avec la situation. Quoi que l’air aurait été trop joyeux. Et la boite en question était hors budget. Second coup de tonnerre et la sud af’ regarde son lit en soupirant. Elle a horreur de ce caprice du ciel autant qu’elle en a peur. Dormir pendant ce concert de timbale dans le ciel, autant oublier un sommeil prochain. Sommeil agité comme chaque sommeil sans chant des djinns ou sans Don Juan. Pour le second, il ne sait pas pourquoi elle lui demande de temps à autre de dormir, juste dormir, avec lui .Il a l’air comme un gamin heureux quand elle fait ce qu’elle appelle un caprice important, une prise de temps et une perte de celui-ci. Mais en plus d’être rassurant, ce caprice est agréable, la rends insouciante. Ces quelques jours de …. Vacances, jours hors de l’université, jours à valeur d’objectif, de maintien en vie. Etre quelqu’un d’autre, l’espace d’un weekend -end .Ne plus soucier d’autre que Matthew et d’elle. Se laisser charmer, mener, émerveiller. Privilège qui lui est propre. A lui. Et rien qu’à lui. Elei pose un regard sur Pao, éveillée et blottit contre sa cheville alors qu’elle s’est levée. Murmure à l’oreille de la chatte avant de poser un instant ses lèvres sur le front touffu vanille de l’animal. On va se promener, garde du corps, attends juste que je passe quelque chose de plus décent. Joindre le mot à la parole. Passer une blouse d’un bleu ciel éclatant, des collants aux motifs de fleurs de tapisseries, dans les mêmes teintes de bleu et complémentaire mais plus légère, juste effleurée. Pour finir, le short par-dessus, en noir, ni trop près du corps ni trop large, simple accompagnement. Peut-être faute de gout, peut être originalité. Ordre dans les petites boucles qui se sont remises à pousser, presque instantanément après leur coupe. Les cheveux en brosse n’ont plus à personne. Ni à Pao, ni à Shaam, ni à ses grands-parents, encore moins à ses amis. Matt s’est contenté d’une réponse évasive face au rapide autoportrait envoyé dans une de ses lettres. Parce qu’il est loin, Don Juan. Suffisamment loin pour l’empêcher de s’inquiéter. Des kilomètres de papier, des litres d’encres, des kilogrammes de graphite à force de mots, de phrases, de lettres finement tracées, de dessins et d’esquisses, d’aquarelle et de fusain, de conversations futiles. Pour le rassurer. Je vais bien. Choisir ses mots pour paraitre crédible.

Doucement chaussée, et repassée par une veste chaude malgré la température ambiante, talonnée par Pao, Elei glisse dans le couloir. Chant des Djinns. Les djinns, qui sont-ils d’abord. Ce sont de petits lutins, des magiciens ailés, des génies, des elfes, des fées. Un peu de tout ça en même temps. Leurs chants est doux, incompréhensible. Comme le chant d’Ian à son oreille quand elle s’endort. Elle ne veut pas savoir ce que cela signifie, elle veut juste la musicalité des mots. Rien d’autre. Ian. Presque un frère. Sauf qu’en tant que fille unique, elle ne sait pas ce qu’est un frère. Les relations qu’on entretient avec. Relation ambiguë. Pas qui vont vite. Pour aller où ? Nulle part. Partout. Se perdre, suivre une odeur. Un son. Guitare... Elei se fige. Il est revenu. Qui ça ? Don Juan. Voyons, idiote, il n’est pas le seul qui joue de la guitare ici. C’est lui, je suis sure que c’est lui. Ce n’est pas sa voix. Elei ouvre doucement la porte de la salle de musique, impatiente, peu discrète au final. Déception dans ses fenêtres dépareillées, qu’elle tente de cacher par un sourire et ses habituels murmures.

« Bonsoir … Ian. Je suis désolée, j’aurais dû me faire plus prévenante… Personne, il n’y a personne dans les couloirs. Je n’aime pas l’orage, vraiment pas. Pao non plus (cherche la chatte du regard), elle m’a suivi, elle me protège mais l’orage …. Je peux rester avec toi ? Juste un peu. . Je t’en prie »

Prière presque suppliante. Peur qui cache une tristesse. Tu me manque … Ecrit lui, idiote, tu sais pertinemment qu’il prendra le premier portauloin pour te rejoindre. Je ne peux pas … Ce n’est pas correct. Tu me manque.
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Ian Bale
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▌Né(e) le: 13 Février
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MessageSujet: Re: Si seulement c'était une berceuse [PV Elei]   Mer 4 Avr - 22:53

« Here comes the rain again, falling from the stars… Drenched in my pain again, becoming who we are… »

Il avait vu un éclair traverser le ciel un peu plus tôt. Et quelques secondes plus tard, le roulement sourd du tonnerre et le tintement fermes des gouttes d’eau contre les fenêtres étaient venu se joindre à sa chanson. Lui donnant une profondeur de plus, rendant le moment à la fois encore plus cliché et encore plus vrai, viscéral. Le jeune homme sourit en coin, légèrement amusé par le contexte, puis continua de jouer tranquillement. Bien que ses soucis ne s’effaçaient pas aussi facilement qu’il l’aurait voulu au fil des mouvements habiles de ses doigts rugueux contre les cordes de l’instrument, la musique arrivait quand même à l’apaiser. Était-ce le bruit mélodieux de la tempête à l’extérieur? Ou encore les paroles qui lui rappelaient, avec certes un peu d’amertume, qu’il y avait toujours quelqu’un pour souffrir plus que soi? Parce que ça ne pouvait pas être qu’il s’était fait à l’idée que tout irait mieux. Non, il n’en était pas rendu là encore. Pour le moment, il s’en voulait encore. Et il en voulait à Arth aussi, et à Alvin. De l’avoir laissé s’amouracher sa meilleure amie. Tout était parfait avant. Le trio inséparable. Ils n’osaient même pas imaginer le jour où ils passeraient plus d’une semaine sans se voir et là, ça se préparait. Car comme il connaissait Arth, la Galloise ne reviendrait pas de sitôt. Elle était beaucoup trop têtue, et rancunière, pour revenir au bout d’une semaine en balayant tout ce qui s’était passé de la main et en pardonnant Ian s’il se mettait à genoux pour supplier. Ça non plus, ça n’arriverait pas. Il n’était pas certain. Il n’était jamais sûr de rien, en fait. Saleté d’idiot, va.

« As my memory rests but never forgets what I lost, wake me up when September ends… »

Il était sincèrement déçu. Triste, même. Comme s’il s’attendait de tout son cœur à voir un être aimé mais qu’on se retrouve face à un mur. Il avait déjà ressenti cette déception, cette peine. Mais elle n’était pas la sienne. Pourtant, il l’aurait tout de même reconnue d’entre mille, car il prêtait toujours particulièrement attention aux variations d’humeur de la personne à qui cette mélancolie appartenait. S’il parvenait ne serait-ce qu’à la faire sourire pendant qu’il était avec elle, il avait accompli quelque chose. Et ses soucis à lui pouvaient attendre, toujours. Pourvu qu’elle aille mieux lorsqu’elle était avec lui. Les dernières notes de la chanson s’éteignirent alors qu’il levait la tête pour voir celle qu’il considérait comme l’une de ses sœurs. Il plongea ses yeux d’azur dans ceux, dépareillés, d’Eleiakin et esquissa un doux sourire dans sa direction, remarquant du coin de l’œil la chatte qui était venue escalader un banc non loin de lui. Bon, elle ne l’aimait pas encore tout à fait, même s’ils se croisaient régulièrement lorsqu’il portait sa maîtresse jusqu’à sa chambre, mais il était arrivé quelques fois qu’il laisse ses doigts s’égarer derrière ses oreilles sans qu’elle ne s’offusque. Puis la Sud-Africaine parla, chuchota plutôt, et s’excusa pour sa présence. Si seulement elle savait comment ça lui faisait plaisir de la voir à cet instant-là. Il ne voulait pas être seul, cette nuit. Oui, bon, il lui faudrait un jour apprendre que ses problèmes ne s’effacerait pas à chaque fois qu’il faisait quelque chose pour quelqu’un d’autre mais… plus tard. Là, tout de suite, Elei avait besoin de lui. Non, elle avait besoin de son homme, mais elle se donnait encore et toujours des raisons pour ne pas lui écrire, pour ne pas lui demander de venir la voir. Alors il était là, en attendant, pour la serrer dans ses bras lorsqu’elle le voulait bien.

« Bien sûr, que tu peux rester. » Il se dégagea légèrement de son siège pour laisser un peu plus de plus à ses côtés et vint tapoter le petit coussin, sans la quitter des yeux et sans que son sourire rassurant ne s’efface. « Viens là. »

Il la regarda s’approcher puis dévia les yeux un instant pour venir poser l’instrument de musique dans un socle. Lorsqu’il eut reporté son attention sur Elei, elle s’était assise à côté de lui. Petite, timide, même avec lui qui avait toujours été là pour elle et qui la couvait du mieux qu’il le pouvait sans l’étouffer. Ian regarda le dessus de la tête de son amie, un instant, et passa délicatement ses doigts entre quelques-unes de ses petites boucles avant de passer son bras autour de ses épaules frêles pour la coller un peu contre lui. Une fois qu’Elei fut bien au creux de son bras, il pencha la tête pour la regarder, lui offrit un sourire et demanda sans un seul reproche dans la voix :

« Qu’est-ce qui t’as déçu?... Tu as l’air tracassée. Et ce n’est pas l’orage. »
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Eleiakin Dreamtrue
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MessageSujet: Re: Si seulement c'était une berceuse [PV Elei]   Dim 15 Avr - 8:43

Esquisser un maigre sourire à sa réponse, ne dégrippant pas pour autant la jointure de la porte. Heureuse que ce n’eut pas été pas quelqu’un d’autre qui jouait de l’instrument … enfin, excepté celui qu’elle aurait voulu voir de l’autre côté de cette porte. Elle aurait voulu qu’il lui sourit, comme à chaque fois qu’elle apparait, toute guillerette de le voir. Qu’elle vienne se blottir sans prévenir contre son épaule. Lui viendrait peut être embrassé son front, elle le coin de son cou. Peut-être un peu plus loin mais rien de plus. Tu es niaise, Elei, terriblement niaise. Je sais. Mais je veux être niaise pour acquérir un pâle reflet de l’insouciance. Je veux prouver, à moi-même, qu’on ne m’en demandera pas plus que je ne peux en faire pour l’instant. Et par-dessus tout, ne jamais le décevoir. Parce qu’il n’est pas dans le rôle d’Elvire de décevoir Don Juan. Non, Elvire doit s’accrocher de toutes ses forces, au point de ne plus voire Don Juan qui s’éloigne d’elle. Et s’il s’éloignait, après tout. Si jamais j’avais été trop prude, pas assez entreprenante. Chasser cette idée, cette première boule dans sa gorge qui lui bloque tout autre fil de pensée. Tu te trompes, Elei. Tu as tort, comme toujours. Il est là-bas pour s’occuper de son petit frère, rien de plus. Sans arrière-pensées. Parce que certaines bibliothèque de Londres sont mieux fournis sur son sujet que celle de SWYN, notamment les spécialisées. Cesse donc de te faire des fausses peurs, la situation est suffisamment compliquée comme ça. Pour toi-même. Pour ta santé, ce yoyo tellement influençable par l’extérieur. Pour ta famille, dont même ta prise d’autorité n’a fait aucune autorité. Et si ça avait été une autre personne que Ian dans cette pièce, comment aurait tu réagi, réfléchis. Tu serais partie, en courant du plus vite que tu peux. Détaler à en manquer une marche dans l’escalier qui t’aurait mené jusqu’au rez-de-chaussée. Dans ce sens, cette fichue potion n’a pas tort. Tu es bien un cheval sur ce sujet. T’enfuir après avoir bravé une curiosité. La guitare est un instrument commun, beaucoup de gens savent en jouer. Bien en jouer, c’est une autre affaire, mais juste en jouer. Pincer une à une les cordes pour les faire vibrer, tout en bloquant avec l’autre celles-ci, afin de faire sortir un son de la caisse de résonance. Cela n’a pas l’air compliqué, c’est un peu comme une langue. Comme une langue à clic. Ana la parle, cette drôle de langue où certaines syllabes sont cliquées, avec la langue. C’est là où le « don » de perroquetage d’Elei s’arrête. Elle a beau essayé de parler, sa langue fait toujours le même son. Elle reconnait donc quelques mots mais est incapable de la comprendre dans son intégralité et encore moins de la parler. Un échec. Je suis donc incapable d’avoir une matière où je suis bonne dans son intégralité.

Elle finit par obéir, glissant sur le plancher de la pièce aux talons de sa chatte qui a mis un temps à reconnaitre la personne et à donc lui passer le statut de danger potentiel à une indifférence totale. Il n’est pas une main qui nourrit ou quelqu’un qu’elle pourrait appréciée. Il est juste cet intrus récurant qui passe de manière sur son territoire pour ramener sa maîtresse en lieu sûr. Des fois, il passait ses doigts dans son poil, pour gratter derrière l’oreille. Certes, il connaissait bien les points faibles d’un chat, il n’empêche qu’il avait toujours ce statut d’intrus toléré sur son domaine. Pak Pao fit courir son regard ciel sur lui, lui renifla les jambes avant de s’assoir et de balancer la queue, comme si elle attendait quelque chose. Elei passe lentement à côté son animal de compagnie, avant qu’un éclair traverse encore le ciel et le tonnerre se remette à gronder. Contrairement à ce qu’on aurait pu croire, le chat ne bronche pas alors que l’humaine émet un sursaut et accélère le pas jusqu’à la place qui s’est faite pour s’y assoir, conservant le plus que possible ses distances. Le contact physique lui est toujours compliqué et souvent, ses rêves, ses espérances, ce qu’elle souhaiterait en théorie ne s’accorde pas avec la pratique. C’est toujours compliqué pour elle de se laisser toucher sans crainte, de se dire que cette personne est parfaitement au courant de sa corpulence et qu’il n’y aura donc aucune remarque désobligeante, ni aucune arrière-pensées, non, il n’y aura rien. Mais se laisse toucher donne aussi une réalité qui n’est que tangible quand elle se laisse voir. Elle peut encore mentir, se mentir, jouer la comédie, celle du « je vais bien, je vais guérir. » et qu’on la croit, surtout, c’est très important. Ne pas être source d’inquiétude pour personne, être parfaitement autonome et ne dépendre de personne. Pour que surtout personne ne juge ses décisions, ses actions.

Elle sent son regard sur elle, la dominant de sa taille de géant. Même elle et son mètre soixante-dix se sent si petite face à cette taille qui la dépasse d’au moins une tête si ce n’est plus. Elle se sent d’autant plus petite que depuis longtemps, elle se sent petite, si petite. Même Thèdes, Même Lauréline lui semble souvent immense alors qu’elles font plus ou moins la même taille toute les trois. C’est ainsi qu’elle se sent protéger, leur taille physique et mentale, leur aura en protection ultime contre tous ce qui pourrait lui arriver de mal. Excepté ce qu’ils pouvaient eux faire et dire. Mais Lauréline et Thèdes sont comme ses filles, ces deux petites filles qu’elle se dit qu’elle n’aura jamais. Parce qu’elle ne sera peut-être jamais en mesure d’avoir d’enfant. Certes, actuellement, sa santé ne lui permettrait de toute façon pas mais c’est parfaitement curable, il lui suffirait d’un peu de volonté, de sérieux et de prise en main. Mais psychologiquement, c’est bien différent. Trop peur d’être comme ses parents. Ne dit-on pas qu’on prend exemple sur notre expérience en tant qu’enfant pour élever. Que les parents violents donnent souvent des parents violents. Et les parents puérils, manquant cruellement de discernement, que donne-t-il, comme parents ? Des parents comme eux , laissant à l’abandon leur enfant dans leur moment d’euphorie ? Ou à contrario des parents surprotecteurs, trop présents, qui ne vivent que pour leurs enfants et qui les étouffent de leur amour encombrants ? Elle ne veut pas le savoir, elle ne veut pas faire l’expérience. Elle ne veut pas que quelqu’un d’autres paient pour ses pots cassés. Trop peur de se laisser approcher, de concevoir l’acte en tant que tel . Trop peur d’être une incapable, une empotée, comme pour chaque chose qu’elle fait. Sa main dans ses boucles, comme une caresse. Alors à Lauréline et Thèdes, inconsciemment plus à Laure qu’à Thèdes d’ailleurs, elle veut se montrer invincible, rassurante, calme, digne de confiance. Leur donner tout ce qu’elle peut, leur faire plaisir. Elle fait tout pour. Parfois sans résultat.

Enfin étreinte. D’abord, elle se crispe, appréhende le contact. S’y fait et se détends lentement tandis que Pao saute sur ses cuisses. Et Ian ? Ian est particulier. Comme dit Thèdes, c’est un caramel mou. Une grosse peluche. Plus encore. Infiniment gentil qu’Elei a du mal à profiter aux premiers abords de sa gentillesse donnée sans concession, sans aucune demande de retour ou sans aucunes arrière-pensées. Elle a peur, peur d’en profiter à mauvais escients. Et lui qui ne dirait rien, qui se contenterait de lui sourire. Ian, c’est le grand frère qu’elle n’a jamais eu et dont elle aurait probablement eu besoin pour l’aider à s’imposer dans son contexte familial. Parce qu’à deux on est plus fort que toute seule, parce qu’on forme une minorité comptable et qu’on n’est pas seule face contre deux. Cet être avec suffisamment de caractère, bien plus qu’elle. Deux pour s’imposer, se soutenir, s’aimer, se donner la part d’amour défaillante. Elei a longtemps réfléchis à cette idée. Si elle avait eu un grand frère, comment aurait-il été ? Comment se serait-il appeler. Une anagramme, comme elle. Connaissant Saskia, elle aurait utilisé les prénoms de ses cinq frères, ces cinq oncles qu’Eleiakin n’a jamais connus. Parce que Saskia était la petite dernière, que ces derniers sont tous mort quand elle avait entre dix-sept et vingt et un ans. Ries, l’ainé est mort comme ça, sans prévenir, d’un arrêt cardiaque. Aars, le cadet s’est engagé chez les moldus s’était engagé dans la légion étrangère, faisant des pieds et des mains pour y arriver pour cause de blocus qui encerclait l’Afrique du Sud à cette époque, due à l’apartheid. Mort durant sa seconde année de service dans un accident d’hélicoptère. Dietrich avait préféré les Aurors. Tué dans l’exercice de ses fonctions, une prise d’otage qui a mal tournée, rien de bien glorieux qui plus est. Moins trois. Imre étudiait les moldus et voulait vivre comme eux. Accident de voiture dont il n’a pas réchappé, une antilope traversait la route. Jeroen le benjamin était condamné dès sa naissance, maladie orpheline. C’est le seul à avoir connue la fille de sa sœur mais Elei bébé n’a pas de mémoire, comme tout bébé. Pour elle, ces cinq hommes n’ont été que des photos qui se meuvent. Ries très sérieux, Aars plein d’énergie, sur balai de Quidditch, Dietrich, droit comme un piquet, dépourvu de sourire. Imre remontant ses lunettes pour mieux lire le journal moldu, très curieux. Jeroen gentil, infiniment gentil. Le même sourire qu’Ian, celui qu’il fait tandis qu’il la cale contre lui, sans jamais un reproche, sans jamais un mauvais jugement .Alors elle a tourné leur initial dans tous les sens. R.A.D.I.J. Jadir ? Ridja ? Radji ? Dajir ? A défaut de lui donner un résultat concluant, cet exercice a eu comme résultat de la faire rire.

Elei se mord la lèvre en entendant la question d’Ian, calant sa tête contre lui, n’osant en aucun cas son regard pour mieux cacher sa gêne. Empathe. Elle fait attention d’habitude pourtant. Elle sait enfouir au plus profond d’elle-même ses mauvais sentiments, ses mauvaises peurs. Elle ne sait pas mentir certes, mais sait très bien dissimuler ou s’appuie sur des gens de confiance pour le faire. Comme pour la fiole. Lui répondre maintenant, avant qu’il trouve son silence suspect. Trouver une réponse convenable, qu’il lui conviendra et qui ne la fera pas mentir. Elle passe ses doigts dans le pelage vanille de Cerf-Volant, grattant entre son ventre et la patte avant droite tandis que l’animal se couche sur le côté , remonté le long de ses chaussettes chocolats et appuyer doucement sur le coussinet pour faire sortir les griffes affutées avant de prendre la parole, toujours dans un murmure , comme pour ne déranger personne.


« Ce n’est pas contre toi, tu sais ? C’est juste … il faisait noir dans les couloirs, l’orage, le tonnerre… j’avais l’impression d’être perdue … Puis j’ai entendu la guitare et je me suis rappeler un souvenir très plaisant, très agréable … et je suis entrée pour voir si je ne rêvais pas ou si je n’avais pas de réminiscence. Je suis un peu folle alors sais-t-on jamais, je préfère éviter le cran au-dessus et ne pas avoir l’impression d’avoir des hallucinations. »


Presque mensonge, mais pas mensonge. Du vrai faux vrai. Ou du faux vrai faux. Selon comment on l’interprète .C’est vrai qu’elle a couru après un souvenir, celui de Matthew jouant dans la guitare dans cette salle, tout en sachant au fond d’elle que ce n’était pas vrai. C’est vrai que le dortoir lui semblait tellement apeurant avec ce temps, encore plus que d’habitude. Mais elle ne dit pas tout, elle cache, dissimule. Celui qu’elle aurait voulu voir, assis sur ce tabouret. Celui qu’elle se refusait à faire ce qu’elle appelle un caprice. Changer de sujet au plus vite, pour ne pas qu’il vienne déterrer ce qu’elle cache avec tant d’énergie maintenant. Le bombarder de questions, varier le plus les sujets, hausser la voix pour gagner en confiance, se donner illusion d’être invincible.


« Tu ne sembles … pas en forme. Il y a quelque chose qui ne va pas ? Et Prei, comment va-t-il ? Où est-il ? Il est toujours aussi joueur ? Il a dû grandir depuis ? Et le morceau que tu jouais, c’était quoi ? Je suis inculte en musique alors je préfère me renseigner ? Tu sais jouer d’autres morceaux ? D’autres instruments ? Il y a quelqu’un qui sait jouer de la flute traversière ici, il jouait l’après-midi d’un faune de Debussy. Il y a aussi des pianistes, ils ont fait réaccordé le piano il y a peu de ce que j’ai entendu. Je me demande s’il y a des clarinettistes, j’aimerais bien entendre pour de vrai le concerto pour clarinette de Mozart. Et du Jazz aussi avec cet instrument. Je voulais aller à des concerts mais les places ne sont vraiment pas dans mes prix et quand j’ai assez économisé, elles sont toute prises. Mais j’ai réussi une fois, dans une salle de concert à Paris, la salle Pleyel. C’était un concert de piano et les places n’étaient vraiment pas chères du tout, du tout. La pianiste jouait une valse de Chopin, puis la Barcarolle de Tchaïkovski, quelques morceaux de compositeur peu connus aussi. En rappel, elle a joué un morceau de Moussorgski, il s’appelle « Une larme ». Je l’ai bien apprécié donc j’ai réussis à me trouver une cassette audio avec ce morceau dessus pour pas trop cher. Ma radio ne lit pas les CDs, juste les cassettes. Enfin, c’est une radio magique alors faut pas trop lui en demander. Elle est tellement vielle que je me demande comment elle marche encore. Ah et pour, le concert, comme Hayate aime bien le piano, elle a tenue à m’accompagner. Elle n’était jamais allée à Paris, tu te rends compte ? Sa famille ne parle pas français, que l’arabe et l’anglais donc il préfère aller à Londres. Du coup, je lui ai fait visiter et je lui ai servi de traducteur automatique, elle m’a fait chercher une boutique dans le Marais, on a eu beaucoup de mal à trouver, même en interrogeant les gens. Tu es déjà allé à Paris ? Tu veux manger ? Boire ? Je manque à tous mes devoirs, je vais nous chercher de la bière pour toi … une menthe à l’eau pour moi, j’ai acheté du sirop de menthe pour mettre dans un drôle de plat, la cuisine écossaise est étrange, ils ont des agencements de gout vraiment étrange. J’ai aussi trouvé des recettes marrantes. Tu connais le renversé de mangue ? J’ai adapté la recette spécialement pour Thèdes en réduisant au maximum les doses de sucre, vu qu’elle n’aime pas ça. Elle n’aime ni le chocolat, ni le sucre, ni les pommes de terre, ni les tomates... Elle n’aime pas grand-chose en fait alors je cherche au maximum à varier les recettes tout en restant dans le même répertoire. Mais là, elle va vraiment aimer parce que j’ai trouvé une recette de saumon qui se marie avec de la mangue et des pâtes, sans herbe aromatiques mais avec une bonne petite sauce, ça a l’air vraiment très très bon du coup je vais essayer de lui faire ça, je vous ferais gouter, je pense, si c’est réussi. Si Thèdes aime, c’est que c’est tout à fait mangeable. Là, j’ai fait des doigts de fées. Ce sont des biscuits longs que je trempe dans le chocolat. Les moldus appellent ça doigts de sorcière aussi, c’est étrange non ? Et … »


Des mots difficiles, elle est devenue un véritable moulin à paroles, trop étrange pour que cela paraisse naturel à Ian, qui finit par la connaitre. Et elle parle, elle parle, sans s’arrêter, jusqu’à ce que ce dernier n’en peuvent plus et lui réclame son silence. A moins que son chagrin qui gronde au plus profond de sa gorge et la boule qui remonte avec lui ne fasse le travail. Parle et parle encore. Pour ne rien dire. Deux larmes ont perlés au coin de ses yeux bicolore alors qu’Hayate et son école à Londres deviennent le centre de la diversion de parole …



[Il y a 14h de train de nuit entre Paris et Venise. Je dors très mal dans les transports et les trains sont munis de prises électriques ~]
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MessageSujet: Re: Si seulement c'était une berceuse [PV Elei]   Mar 24 Avr - 7:25

Parfois, il se demandait même pourquoi il prenait la peine de poser certaines questions à Elei. Par politesse, sans doute, par souci qu’elle puisse avoir au moins une chance d’énoncer la vérité, ou son avis personnel dénué de toute autre considération. Peut-être qu’un jour, elle aurait le courage ou la force de lui affirmer quelque chose sans avoir pensé aux autres. Peut-être qu’elle lui dirait la vérité, pure et simple, nullement dissimulée, modifiée, altérée. Alors il les lui posait, ses questions, toujours, même s’il connaissait les réponses. Surprends-moi, Elei. Rien n’aurait pu faire plus plaisir à Ian qu’elle lui dise un jour, alors qu’il lui aurait demandé si elle allait bien, qu’en réalité elle était à bout, qu’elle n’en pouvait plus, qu’elle se sentait malade. Au lieu de lui dire toujours la même chose. Je vais toujours bien, qu’elle disait. Les Plumes vont toujours bien, qu’elle disait, avec un maigre sourire au coin des lèvres. Et le Gallois avait bien appris au courant de sa vie que les gens qui disent toujours bien aller sont ceux qui ont le plus de problèmes. Mais il ne la poussait pas, non. On ne pousse pas Elei, on ne la force à rien. Ne pas la brusquer, ne pas lui faire mal, ne pas prendre de risque. Il la confrontait rarement, et lorsqu’il le faisait, c’était avec toute la délicatesse, toute la souplesse du monde. Personne ne blessait sa petite sœur, même pas lui-même. Surtout pas lui-même.

Il ne fut donc aucunement surpris de la voir tenter de pondre une réponse… potable. Et presque acceptable. S’il n’avait pas été lui. S’il ne s’était pas souvenu de toutes les conversations qu’il avait eues avec Eleiakin, s’il ne s’était pas rappelé que l’élu du cœur de son amie jouait également de la guitare, qu’il était parti, qu’il manquait à la Sud-Africaine, qu’elle angoissait constamment à ce sujet depuis un moment. Il le devinait bien, qu’elle aurait voulu que ce soit son homme, dont les doigts caressaient les cordes de la guitare. Mais non. Sans même avoir dit un mot, il avait déçu Elei. Une autre, qu’il venait de décevoir. Il n’avait pas su répondre à ses attentes, il n’avait pas pu la soulager, cette fois. Il n’y arriverait pas, de toute façon. Peu importe ce qu’il pourrait dire dans les minutes à suivre. Parce qu’il n’était pas Matt. Comme il n’avait pas été le bon Ian pour Arth ou pour sa famille. Non… Il n’était peut-être pas en étant de prendre soin d’Elei ce soir. Peut-être que, pour une fois, c’était lui qu’il avait besoin qu’on l’écoute, qu’on le serre, qu’on le rassure. Mais comme d’habitude, il ravalerai ses propres problèmes. Parce que c’était cela son rôle. Il devait aider, supporter, écouter. Après, s’il avait le temps peut-être, il irait chercher une oreille pour l’écouter. Alvin, peut-être. Mais ça serait délicat.

Il n’en savait trop rien, en fait.

Le noiraud eut à peine le temps d’ouvrir les lèvres pour répondre à Elei, toujours sans défaire l’étreinte rassurante qu’il avait autour de ses épaules, qu’elle reprit presque aussitôt. Attentif, Ian l’écouta. Mais progressivement, son regard s’assombrit. Ce qu’elle disait n’avait aucun sens. Enfin, si ça avait du sens. Mais le débit de la voix d’Elei était tellement rapide, si peu naturel. Et elle passait tellement rapidement d’un sujet à l’autre, sans s’arrêter, de plus en plus rapidement. Chaos. Et dans sa tête c’était pareil, sinon pire. Son incompréhension n’aidait en rien à raisonner les vagues de sentiments contradictoires qui venaient de la blonde. C’était tellement à prendre d’un coup! C’était lourd, c’était fort, c’était intense, et ça ne voulait pas se calmer. Elle s’emportait, au point où le Gallois n’arrivait même plus à saisir ce que la Plumentine disait. Et pour un instant, Ian ne sut pas trop quoi faire, ou comment agir. Ça le paralysait. Ce n’est qu’en voyant les larmes naître au coin des yeux d’Eleiakin qui perler le long de ses joues qu’il reprit conscience de la situation. Les sourcils froncés, le noiraud ne prit pas la peine de dire quelque chose pour faire taire son amie. Elle l’aurait étouffé, et pour se faire entendre, il aurait fallu qu’il parle plus fort. Il n’avait pas envie de parler plus fort, il n’était pas fâché. Juste… soucieux, comme d’habitude. Doucement, le jeune homme éleva deux de ses doigts et vint les appuyer sur ses lèvres d’Elei, les empêchant ainsi de bouger. Et elle ne résista pas, elle se tut. Comme si elle savait que ça ne servait à rien de faire semblant, de vouloir déguiser, recouvrir, enfouir ce qui se passait vraiment.

Les doigts d’Ian s’étendirent doucement jusqu’au coin des yeux de la jeune femme pour venir sécher ses larmes. Grand frère au travail, ne pas déranger. Il n’avait pas particulièrement envie d’insister, ce soir. Pas d’humeur à se battre pour n’obtenir que des demi-réponses. Pas d’humeur à donner des conseils que l’on finirait par ignorer. Le géant offrit donc un sourire, calme et sincère, à son amie puis parla sur un ton de la même humeur :


« Je ne t’obligerais pas à parler, Elei. Et je ne veux pas te faire de pression, c’est… c’est pas mon truc. Mais s’il te plait, ne refais plus ça. Tenter de couvrir ton mal-être avec un charabia sans queue ni tête. Si tu ne veux pas en parler, dis-le. Ian, je ne me sens pas bien mais je ne veux pas en parler. C’est bien plus simple que d’inventer des histoires. Et je n’insisterai pas, promis. »

Puis il se pencha, posa un baiser sur le front d’Eleiakin.

« D’accord..? »
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MessageSujet: Re: Si seulement c'était une berceuse [PV Elei]   Lun 21 Mai - 3:53

Boule grandissante dans sa gorge qui, si elle avait une existence matérielle, l’aurait étouffée depuis bien longtemps. Boule immense, sans gout ni consistance qui devrait la faire taire mais qui entraine l’inverse . Plus elle s’accroit, se nourrissant petit à petit de ses émotions, de sa tristesse. . De toute façon, d’une manière ou d’une autre, ça la tuait déjà à petit feu. Cela lui donnait une raison de plus pour se déliter, pour devenir translucide dans la masse. .Comment dire . Comment expliquer à ceux qui l’entourait que dire qu’elle n’allait pas bien, avouer une faiblesse relevait d’une défaite. C'était l'image d'un miroir qui la forçait à se poser devant la dure réalité, chose qu'elle fuyait depuis tellement longtemps. Mais aussi qu’avouer sa maladie revenait à se mettre au centre des projecteurs, ce qu’elle refusait au plus haut point. D’où l’éternel « Et toi ? ». Je ne suis pas importante, c’est l’autre qu’il l’est . C'est parce que l'autre est important que j'ai encore des raisons à être là, vivante et active. Je ne suis pas une raison suffisante à moi-même pour être la. C'est peut-être idiot, c'est peut-être stupide. Mais avouer un malaise, avouer un mal-être, cela revenait à ne pas s'intégrer à ce qu'elle considère être le groupe des Plumes. Je suis une plume, je dois être toujours heureuse et en pleine forme. Et personne ne peut comprendre, même pas les autres plumes. Parce que cette logique ne correspond qu'à moi, qu’à moi seulement. Et puis toujours, cette impression, ce ressentiment envers elle-même, ce que beaucoup tente de la faire taire : je ne suis pas utile. On ne doit pas s’intéresser à moi. Vous êtes plus importants que moi, aussi je dois m'intéresser d'abord à vous et seulement ensuite à moi. Parce que moi, Elei, je ne suis pas importante. Ian l’assommerait s'il avait eu vent de cette pensée. Heureusement, il est juste empathe doté d'une mémoire indélébile, pas télépathe. Son don, ou plutôt ses dons, lui donne déjà suffisamment de fil à retordre. D’ailleurs …

Quand il réclame son silence, elle se tait, immédiatement. Et se mords la lèvre. Le flot de sentiments qu’elle a dû envoyer, comme ça, d’un seul coup, sans prévenir. Promettre, ne plus recommencer, jamais .Tu lui a fait mal, idiote, tellement mal. Tout ça pour une feinte, une excuse. Imbécile. Et Elei baisse le regard, fini par fermer les yeux. Tu n’es pas seule au monde. Et tu ne dois imposer tes sentiments aux autres. Egoïste. Angoisse maintenant. Inquiétude .Ian . Et toi. Tu ne semblais pas bien heureux quand je suis entrée. Elle se frotte vigoureusement les joues, allant enterrer pour un instant, Don Juan, son absence, ses problèmes divers, ses larmes, sa famille enfin bref tout ce qui pourrait affecter son jugement et la désintéresser du problème premier. Elei se débat un instant pour gagner en liberté, se lève pour s’assoir à même le sol en face de lui. Elle a besoin de se faire petite pour l’observer, assise à la japonaise, main sur ses cuisses. Si elle veut réfléchir un peu, pas de contact, désolée Ian. J’ai besoin de toutes mes capacités. Ian est tactile, Ian aime le contact, la chaleur humaine. Eleiakin a besoin d’espace, de liberté, encore plus depuis que la potion, cette fichue potion lui court sans vergogne dans les veines. C’est moins grave que quand Amalia l’avait ramassé dans le hall. Amalia va bien, Amalia écrit de France. Mais ça a sa gravité, comme toute addiction. Elei cherche, rassemble idées, renseignements, histoires, bestiaire et ragots, discutions de couloir, hypothèses, d’entre deux cours , ce que s’entends à l’infirmerie, ce qui se dit ouvertement au foyer entre deux parts de fraisiers à la crème chantilly . Qu’est ce qui peut rendre Ian malheureux ? Famille ? Ce n’est pas ça. Amis ? Peut-être amis. Nuit ? Il devrait être avec Arth en train de …. Tu vas trop loin, Elei. Rosissement des joues, une rare idée peu catholique qui atteint peut être l’empathe. Cela arrive, c’est rare mais ça arrive. Elei est normale, après tout et ce genre de chose constitue les êtres normaux de son âge On continue. Pourquoi est-ce qu’il n’est pas avec Arth Wenlock. Problème avec la famille ? Mais elle a croisé Poireau dans le couloir. Poireau aurait dû être absent alors. Poireau n’a pas de prénom, Poireau s’appelle Poireau. Parce que le Poireau, c’est le symbole du pays de Galles, comme la tomate pour l’état du New Jersey aux états unis. Encore une information inutile imprimé dans le peu de vide qui reste à sa mémoire. Renseignement. La Wenlock est partie en stage. Sans toi ? Sans revenir à que ça te rende triste ? Et Si….

« Je m’excuse . D’abord . Ensuite, je te re-raconte une histoire . Une que tu connais déjà très bien . »

Elle s’éclaircie la voix , jetant un dernier coup d’œil à Ian puis à son chat . Puis la voix d’enfant, celle qu’elle utilise pour raconter et énumérer son bestiaire prends place , douce , naturelle .

« C’est l’histoire d’un border collie . Comme tout chien de chasse et collie de son état, il a des nombreuses qualités , notamment une mémoire à toute épreuve, une fidélité à toute épreuve , une gentillesse et une dévotion très grande.. Enfin bref il est adorable. Un adorable border collie. Il arrive à apprivoiser les oiseaux et même le cheval, qui est pourtant le plus farouche d'entre ses congénères. Et bien, même lui, il se laisse toucher, caresser et serrer. D’ailleurs , il est triste, le chien , quand le cheval demande un peu de liberté de mouvement . Tu es triste ? »

Elle lui attrape sa grande main dans la sienne, toute fine, joue un instant avec tout en continuant

« Ce chien a cependant un problème. Quand il a une idée en tête, il ne peut pas l'évacuer et celle-ci tourne, tourne à le rendre fou, comme une méchante mouche bleue. C'est son problème. Cela tourne, tourne, tourne encore et aucun remède ne peut le guérir. De toute façon, les remèdes sont pas aromatisés donc pas bon du tout . Il se trouve que ce chien à une affection toute particulière pour une jonquille. Cette jonquille, il y tiens énormément, plus qu'à raison . Seulement, comme il est gentil avec tout le monde, il ne sait pas montrer à la jonquille qu'elle est plus que les autres. Et cette jonquille n'est pas bien futée là-dessus d'ailleurs mais passons …. Quand ils sont ensembles, en public, ce sont juste de grand amis , en privé, ils se montrent plus d'affection mais jamais au point qu'il le faudrait . Il n'y a qu'à un moment où la jonquille et le chien de chasse laisse entrevoir leur affection, c'est dans les moments de jalousie. Là, ça devient blessant, bruyant ... C'est dangereux, tellement dangereux que le cheval se fait sourd . Cependant, comme chaque problème finit par se tasser et la jonquille se remet doucement. Mais elle a oublié une chose. Le chien ne peut pas oublier. Et leurs gestes, et leurs disputent tournent comme une torture dans sa tête, il ne sait plus quoi faire pour se racheter. Mais finalement ça s’arrange pour eux , et ils se mettent ensemble . Ils nagent dans des nuages de barbe à papa rose fluo …. Les moldus en ont inventé à la menthe verte ces derniers temps …Ils s’aiment vraiment beaucoup, vivent ensembles …. Comme un couple normal, j’imagine. Là s’arrête ce que je sais . »

Elle reprends sa respiration, le visage neutre , enfantin . Elle cherche ses mots , assemble ses phrases .

« Maintenant, j’extrapole, comme une courbe en économie, faut extrapoler dans le temps. Mes données sont partiels mais je fais une conclusion quand même. Est venu le temps des questionnements, des remises en questions pour le border collie dans les méandres de sa mémoire . Comme il sait qu’il est transparent pour la Jonquille, comme une vitrine de pâtisserie, on voit mais on ne peut pas gouter . Et la jonquille a fait ça , même si le chien de chasse lui a parler . Elle a vu et n’a pas gouter . Elle a préféré se faire replanter ailleurs pour ne plus voir le chien, je me trompe ?»

Elle baisse les yeux , comme fautive . Encore monopoliser le temps de parole , toi . Elle pose sa main sur sa bouche . Je me tais , j’en ai trop dit . Je parle trop vite, je pense pas assez vite , à ce que je dit, ce que je peux blesser . Crétine d’Elei .
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MessageSujet: Re: Si seulement c'était une berceuse [PV Elei]   Mar 29 Mai - 5:46

Évidemment, qu’elle se sentait soudainement mal à l’aise, tout juste après qu’il peu posé ses doigts sur ses lèvres pour qu’elle se taise. Et évidemment qu’il n’aimait pas sentir son amie irradier de cette culpabilité qui semblait toujours l’envelopper. Parfois plus, comme une épaisse couverture de laine, qui pique et qui n’est bonne qu’à donner trop chaud. Parfois moins, comme un voile léger et délicat, le genre qui orne les robes des filles durant l’été. Mais il était là, toujours, ce sentiment de ne pas être approprié, de ne pas être à la hauteur. Le Gallois préférait quand même le silence du malaise que le chaos qu’elle lui avait imposé un peu plus tôt. J’aimerais avoir la patience, Elei. Mais aujourd’hui, je ne peux pas endurer ta logorrhée, celle qui enfouit tes sentiments à toi. Aujourd’hui, je n’ai pas la patience de me supporter moi-même. Ils faisaient un beau duo, quand même. Nageant tous les deux dans leur tristesse. Au moins, ils s’avaient. Ils n’étaient jamais complètement seuls. Le géant posa son regard de grand doux sur la Sud-Africaine et, juste avant qu’elle ne réussisse à se sauver de lui, parvint à lui voler une caresse sur la joue. Il la suivit du regard, curieux, alors qu’elle venait s’asseoir sur le sol, devant lui. Comme une enfant. Oui, définitivement, il aurait fait beaucoup de choses pour Eleiakin.

Puis il la sentait qui s’inquiétait. Il ne savait pas pour qui ou quoi, ou dans quelles circonstances, mais elle s’inquiétait. Il se maudit un instant de ne pas avoir poursuivi la pratique de la Légilimencie – avec son don d’Empathe, ç’aurait rendu certaines choses tellement plus simples – mais jugea qu’au fond, cela n’avait pas d’importance. Elle le lui dirait, il le savait. Si elle s’était placée comme ça, c’était pour être rationnelle et claire. Car ils savaient tous les deux que dans ses bras, elle n’était probablement pas la plus efficace. Le ténébreux n’avait jamais su expliquer cela, mais il lui semblait qu’Elei, dans ses bras, se permettait de se laisser aller pour toutes les fois où elle réprimait ses envies de proximité humaine. Ian était incroyablement chanceux de pouvoir même la toucher sans qu’elle n’aille envie de se sauver dans l’autre direction. Maintenant, il pouvait même la serrer dans ses bras, la bercer, la porter. Cela était venu au bout de semaines d’efforts, d’apprivoisement, d’habituation. Mais il avait réussi, et il en était heureux. Ian n’avait pas tendance à se retenir de montrer à ses amis combien il tenait à eux.

Elle allait lui raconter une histoire. Ian ne put retenir le fin sourire qui s’imposa sur ses lèvres. Il aimait tant lorsqu’elle se mettait à conter ses petites fables. Avec les animaux et les plantes, représentant tous une personne dans l’univers d’Eleiakin. C’était la seule façon qu’elle avait d’exprimer son point de vue sur une situation, sur une personne, sans qu’elle ressente le besoin de se censurer. Elle était bien, là, assise comme une fillette à raconter ses histoires. Elle était à l’aise, fluide, imaginative et pourtant bien précise. Le plus étonnant, c’était que le plus souvent, elle avait raison. Il avait appris beaucoup sur lui-même en écoutant la demoiselle parler du Border Collie trop gentil. Et la Jonquille, et le Lynx, et le Cheval, et l’Ellébore, et le Grand Méchant Loup, et l’Amaryllis. Et tous les autres… Et la mésange. La jolie petite mésange, qui était venue se poser sur son museau, qui avait chanté pour lui, qui s’était montrée tellement vulnérable. Il n’avait jamais tant voulu réentendre un chant d’oiseau. Merlin qu’elle lui manquait… Il aurait voulu dire tant de choses à la mésange avant qu’elle ne retourne chez elle, mais il était trop tard. Le Border Collie était idiot, parfois.

Et comme à chaque fois qu’elle racontait, il l’écoutait attentivement, visualisant dans sa tête non seulement les personnifications animales ou végétales des gens en action, mais, en parallèle, les vraies personnes aussi. Elle lui raconta en bref sa perception de son histoire avec Arth, prenant même, à un certain moment, sa grande main dans la sienne qu’elle garda pour otage. Il ne s’en qu’heureux, s’amusant distraitement à faire jouer ses doigts contre ceux de son amie. Tout de son histoire avec Arth y passait. En beaucoup plus court, en résumé et en image, mais essentiellement, c’était ça. Puis elle marqua une pause avant de reprendre. Extrapoler? Il la laissa continuer, l’air perplexe, et son visage s’assombrit lorsqu’elle termina. Avait-il vraiment envie de préciser les mots de son amie? S’il s’y prenait avec les mêmes termes qu’elle, ce serait peut-être mieux. Culpabilité, à nouveau. Le regard d’azur du géant se fronça alors qu’il regardait Elei dans les yeux. Arrête, Elei, je ne t’ai rien reproché. Merci, même, de me donner cette opportunité. Le noiraud reporta son attention sur sa main jointe avec celle d’Elei puis, sans regarder son amie, se lança :


« Le Border Collie a des remises en question, en effet. Il s’est mis à penser que peut-être que les choses auraient été mieux pour lui, pour elle et peut-être même pour… une mésange, s’il n’avait fait que regarder la Jonquille au lieu de s’obstiner comme une bête indocile pour la cueillir. Et maintenant que la Jonquille est cueillie, il a peut-être envie de la déposer. Et il l’a fait, il a déposé la Jonquille, qui est retournée chez elle pour se soigner. Et le Border Collie, qui ne savait pas s’il préférait la Jonquille ou la Mésange, se retrouve complètement seul. Puisque les deux sont rentrées chez elles. Et puis il a un peu de mal à se faire à l’idée qu’il a probablement ce qu’il mérite, ce cabot. À avoir insisté, à avoir été indécis, à avoir voulu plaire à tout le monde, le Border Collie fait fuir et se retrouve seul. »

Il avait dit cela sur un ton doux, constant, sans lâcher la main de son amie. Il leva les yeux vers elle un instant et lui sourit tristement. Il n’avait plus rien à dire.
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MessageSujet: Re: Si seulement c'était une berceuse [PV Elei]   Dim 10 Juin - 1:41

Elei frissonne et rentre la tête dans ses épaules. Elle a cette impression qui remonte lentement le long de son dos, celle d’avoir encore manquée une occasion de se taire . Il y en existe tant, des occasions où son silence aurait mieux valu que ses paroles, paroles d’une folle, sans queue ni tête, parole sans intérêt ni démarche constructive et narrative. Paroles incompréhensibles ou quand elles sont comprises, blessent, transpercent et parfois résulte d’un coup et d’un bleu. L’amaryllis, une fois. Et pourtant, elle continue coute que coute de le défendre. Parce que les coups ont bien fini de la rendre triste, disons qu’ils n’ont pas la même valeur et se font trop rare pour marquer maintenant, alors qu’ils avaient été régulier à une période, jusqu’à ce que la docilité et l’indifférence fasse leur œuvre et que la carapace du hérisson-iceberg se forme peu à peu pour donner une nouvelle ligne de conduite afin de suivre ou survivre dans un environnement hostile parce que trop peuplé à son goût. Si cette carapace s'en était allée avec sa mémoire .Peut-être elle aussi, comme beaucoup de choses, se trouvait dans la boîte de pandore que formait Eiblheen, miroir imaginaire, miroir de rêve, qui venait, de temps à autre, la titiller, l'embêter ou tout simplement se rappeler à sa bonne présence. Tu n'es pas complète, tu ne le seras jamais, elle te manquera toujours une petite pièce du puzzle que seule toi connais, que personne ne peut te raconter ou t’ expliquer, non personne ne sait ce qui t'a poussé à agir exactement, parce qu'ils n'ont été que spectateurs, parce que les acteurs ont soit disparus en emmenant leurs secrets avec eux , soit ils le garderont pour eux , à coffre fermé, que personne ne pourra ouvrir, même pas le meilleur des voleurs. Voleur de secrets, voleur d’âme. Et si tu ne m'ouvres jamais, tu ne sauras tout autant jamais. Tant pis, parce qu’elle sait qu'il reste encore quelques écailles de la carapace, écaille de tortue. Dans certaines mythologies asiatiques, c'est bien une tortue qui porte le monde et tout son poids en me bronchant quelquefois par accès de tremblement de terre et de tsunami. La tortue et donc une bonne image, qui n'est pas encore apparu dans son bestiaire. Il y a bien un sanglier, une jonquille, un poireau, un loup mais pas de tortue. Pas de reptiles d'ailleurs, aux dernières nouvelles. Peut-être un amphibien mais pas de reptiles. Peut-être parce que, dans son entourage, personne n'a été assez reptilien ou encore plus mamie qu'elle pour se voir attribuer un serpent, un lézard ou une bonne vieille tortue.

Elle sursaute, Eleiakin. Elle est surprise que quelqu'un d'autre qu'elle utilise son fichu bestiaire au langage imagé, emplie de ses rêves, de ses allégories, de ses idées, de ses amours et de ses haines, et jamais de son indifférence. Elle est rarement indifférente ou alors l’est faussement. Peut-être pour contraster avec l'indifférence constante qu'elle s'était formée et qu'elle utilisait tout le temps, quelle que soit la situation, parce que c'était la seule réponse qu'elle souhaitait apporter à la masse indissociable des autres, masse grouillante ,masse détestable, muni de plusieurs têtes mais d'une seule ligne de pensée. Monstre polycéphale , comme Erawan, l'éléphant blanc ,ou Cerbère, le chien à trois têtes gardien des langues, noir comme l'enfer, comme l'Erèbe. Monstres terrifiants, destinés à faire peur aux mortels de base, voilà ce qu'est la masse. Non, ne bestiaire s'agrandira pas aujourd'hui. Et pourtant c'est un grand jour, un grand jour pour lui, un grand jour pour elle. Quelqu'un daigne s'intéresser à ses paraboles, à ses comptines, à ses contes, à ses histoires d'enfants. Quelqu'un qu'elle adule, qu'elle apprécie comme un frère, comme un proche. Parce qu’elle qui a grandi dans une famille fantôme, fantôme parce qu'habité de la mort de cinq êtres chers aux autres membres mais qu'elle n'a jamais connu, parce que déconstruite par deux membres qui aurait dû être la charpente, un père et une mère qui n'ont jamais été ni parents ni adulte en couple, seulement individuellement, parce qu'il n'a peut-être jamais connu ce qu'est une vraie famille avec un père et mère présents et aimants, pas de manière individuelle mais formant un ensemble. Alors elle s'en invente une autre, ce qu'elle considérée être une vraie famille, dans ses idées à elle, avec des êtres bien réels. Elle a donc des filles, elle a donc un frère, elle a donc une sœur, elle n'est donc plus seule et a donc un bouclier pour servir de tampon entre elle et ses nombreux problèmes. La vie est tellement simple quand on est plusieurs à l'affronter et pas chacun dans son coin. Peu importe ce que pensent les autres, que cette manière d'agir soit puérile, soit stupide, attardée, soit malsaine. Peu importe ce qu'on dit d’elle , elle ne voit telles que c'est à travers les fenêtres d’âme immense et unique, différentes mais marchant par paire. C'est comme ça et pas autrement. On utilise son bestiaire. Son bestiaire est utile. Elle a fait quelque chose d'utile. C'est bien. Alors elle écoute, toujours patiente. Elle analyse l'histoire qu'on lui conte, avec ses personnages à elle, elle comprend ce qu'elle a tenté depuis longtemps de deviner. Elle avoue avoir manqué d'imagination ou de lucidité. Son jugement l’a trompé. Parce qu’elle ne les voyait qu'en tant que fratrie, ou même à certains moments d'images de ses parents se superposaient sur les leurs, quand un jour ils s'étaient disputés. La mésange et le border collie s'étaient disputés devant ses yeux, elle aurait dû voir qu'il n'y avait pas que de l'amitié dans leur geste et leur manière d'agir et au lieu de se laisser aller dans sa peur panique des disputes, elle aurait dû s'éclipser. Peut-être que la mésange ne serait pas partie, envolée vers d'autres contrées hostiles. Peut-être le border collie ne se serait pas trompé dans son jugement. Peut-être la jonquille ne serait-elle pas partie, triste et blessée.


Il faut réconforter. Ian ne doit pas être triste. Elei garde sa main lovée dans la sienne. Elle cherche une idée, une action qui ferait plaisir à son ami. Soudain, elle tressaille. Coup de tonnerre. Éclair aveuglant. C'est vrai, l'orage, celui qui la fait venir ici avant tout est toujours là. Reprendre ses esprits. Organiser sa pensée. Parler encore, parce qu'il ne sait faire que ça, parler et parler dans une logorrhée interminable, à s’en perdre dans les méandres et les paléoméandres pour oublier.

« Ne t'inquiète pas. Peut-être que si la jonquille et la mésange sont partie, peut-être que ce n'était pas la bonne ni l'une ni l'autre. C'est sûrement ça, ce doit être ça. Et puis, tu es tellement gentil, tu vas sûrement trouver et vite, en plus. Quelqu'un comme toi ne reste pas souvent et longtemps seul. C'est normal, pour une perle. Tu as bien de la chance, en fait. Parce que moi, j'ai déjà grillé mon joker, je l’ais laissé partir, et c'est trop tard. C'est sûrement fini mais je suis une idiote aveugle qui ne veut pas voir la vérité en face, qu'elle est invivable, qu'elle fait fuir ceux qui ont la gentillesse et la patience de s'intéresser à elle mais qu'elle ne fait rien pour changer. Je suis puérile, il faut que je me fasse une raison. Moi, je finirai seule. Et c'est pour cela qu'il ne faut pas parler de moi, que c'est sans espoir et inintéressant. Toi, cela ne t'arrivera jamais et d'ailleurs je ferai en sorte que cela n'arrive surtout pas. Je te promets, cela n'arrivera pas. »

Elle tente un sourire, un sourire doux et réconfortant, un sourire qui prend place sur son visage menu et blanc, encadrés par ses boucles folles et décoiffés d'une sortie de chambre et d'une rencontre non préparée. Elle ne doit surtout pas penser à Don Juan, de peur que sa gorge se noue, que les larmes sortent alors qu'ils sont contenus depuis si longtemps. Non Elei, des gens comme toi n'ont pas le droit de pleurer. Ils n'ont pas le droit au relâchement, ils en ont déjà suffisamment profité. C'est aux autres maintenant de le faire ,c'est leur droit et c'est dans tes devoirs de les y aider. Elle passe ses doigts dans la fourrure de son chat, fourrure crémeuse et lactée, pattes trempées dans du chocolat chaud bien noir, oreilles et museau peints dans cette même couleur, yeux colorés avec un morceau de ciel azur, piqué perché sur un toit du monde
« Tu fais quelque chose demain après les cours ? Je finis tôt. Nous n'avons qu'à aller quelque part, avec nos balais ou le réseau de poudre de cheminette, on peut aller en Irlande, en Écosse, au Pays de Galles, en Angleterre ou même en France. Alors, ça te dit ? »

Oui, pour toi, je serais capable, juste pour toi, d'aller en France. Toujours même sourire, sourire d'un matin calme après l'orage et la tempête.
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Ian Bale
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▌Pays d'origine: Pays de Galles
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MessageSujet: Re: Si seulement c'était une berceuse [PV Elei]   Dim 17 Juin - 2:47

C’est en commençant à utiliser le bestiaire d’Eleiakin qu’il comprit tout l’intérêt qui se cachait derrière. Les mots coulaient de ses lèvres de façon fluide et sincère, sans qu’il ne ressente le besoin de censurer ce qu’il disait. Et pourtant, il en dévoilait beaucoup, dans son court récit. Il avouait à son amie qu’il s’était passé quelque chose entre Amalia et lui, qu’il avait toujours eu un doute sur la validité de sa relation de couple avec Arth, qu’il se sentait à la fois confus, honteux et un peu désespéré à l’idée d’avoir perdu deux femmes qui comptaient tellement pour lui. Et même s’il s’ouvrait à la Sud-Africaine comme il ne s’était jamais ouvert à qui que ce soit, il n’était pas gêné. Même s’il avait promis à la Française de ne rien dire à qui que ce soit à propos de leur escapade matinale en bordure de la forêt. Elle était partie, loin, et il ne pouvait pas taire le sentiment qu’il avait eu une part à jouer là-dedans. Elle était partie, loin, et le mal était déjà fait. Et là, il souffrait, il avait besoin de se confier. Pas trop, juste un peu. Le bestiaire lui permettait cela. Et puis, ça faisait plaisir à Elei de l’entendre s’en servir. Il y avait quelque chose de particulièrement apaisant à être tout à fait compris sans être explicite.

C’était pourtant quelque chose de bien étrange, que de se confier à Elei. Il ne pouvait pas le faire sans sentir que lui-même manquait à sa tâche. Son amie avait ses propres problèmes, à peu près tout le temps, et ne semblait pas être capable de les mettre de côté. Et puis, c’était compréhensible. Les problèmes des autres sont toujours compréhensibles. Mais Eleiakin avait cette tendance à toujours tout rapporter sur elle et, cette habitude combinée à l’empathie du Gallois faisait en sorte qu’il préférait encore la rassurer elle – encore –plutôt que de se laisser rassurer. Lui était assez fort pour s’occuper de lui-même. Il était plus grand, plus vieux. Il prenait soin d’elle, point barre. C’était comme dans sa famille. Après le décès de son père, c’est lui qui avait pris en charge, de lui-même, la stabilité de la famille. Edwyn et Amy-Jo se confiaient régulièrement à lui, et sa mère n’hésitait pas à lui demander de l’aide lorsqu’elle en avait besoin. Une fois, il s’était laissé pleurer dans les bras de sa mère. Mais il n’avait pas voulu montrer davantage de sa faiblesse. Même si c’était connu qu’Ian était un grand sensible.

Elle se mit à parler. Et comme prévu, elle ramenait encore les choses à elle. Il savait, bien entendu, qu’elle avait voulu dire cela pour être rassurante, pour lui démontrer quelque chose, sans nécessairement avoir l’intention de s’attirer la pitié du grand ténébreux. Idiote aveugle, invivable, puérile, seule. Et après il devait prendre ses mots rassurants sans rien dire, en faisant semblant qu’il n’avait rien entendu, qu’il n’avait pas senti cette honte constante qu’Eleiakin ressentait envers elle-même? Il la regarda sourire et le lui rendit. L’air un peu las, un peu triste. Tant d’avoir raconté son récit que d’avoir réalisé qu’il n’arriverait probablement jamais à convaincre la Sud-Africaine de sa valeur. Et ce n’était pas faute d’avoir essayé. Puis, il n’abandonnerai probablement jamais. Mais ça faisait un moment, maintenant, qu’il la côtoyait et qu’il faisait de son mieux pour qu’elle soit à l’aise avec lui et il avait réussi, jusqu’à un certain point. Plutôt, elle était à l’aise avec lui, mais elle ne l’était pas avec elle-même. Un jour, peut-être, le croirait-elle lorsqu’il lui dirait qu’elle est jolie ou attachante.


« Je ne cherche pas. Je ne cherche plus, en fait. Même si je me sens comme le pire des imbéciles, comme le pire des idiots, cela n’empêche pas que ça remet les choses en perspective. Que peut-être que je ne suis pas prêt à partager ma vie avec une femme, pour l’instant, que je dois encore profiter. Même si, à vingt-cinq ans, j’aurais peut-être envie de fonder une famille. On verra. Pour ce qui est de toi, eh bien… Tu n’es pas invivable, et tu ne me fais pas fuir. Je pense juste que ta vie n’est pas foutue, contrairement à ce que tu t’obstines à penser. »

Le jeune homme ne réfléchit qu’une demi-seconde à la proposition de son amie, alors que son regard d’azur clair regardait les doigts de la Plumentine se glisser entre les poils soyeux de son chat. Un sourire vint étreindre son visage.

« L’Écosse, ça me dirait. Je n’ai pas envie de rester ici, je ne veux pas rentrer à la maison. Et puis, l’Angleterre et la France sont deux sujets sensibles pour nous. Je t’attendrai à la salle commune à la sortie de tes cours.

Le Gallois se leva de son siège et, alors qu’un autre éclair traversait le ciel pour s’écraser quelque part avec fracas, il tendait la main à Eleiakin, un sourire tendre accroché à ses lèvres. Il la fit se lever et, le plus naturellement du monde, vint la prendre dans ses bras et la coller contre lui.

« Viens, je vais te porter à ton lit. »

Et alors qu’Ian commençait sa marche vers la sortie – Pao bien derrière lui, veillant sur sa maîtresse – il se mis à chanter doucement la berceuse galloise qui, par il ne savait quelle force, avait le pouvoir d’apaiser la Sud-Africaine. Même les nuits d’orage.
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