AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 Vi Veri Veniversum Vivus Vici

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Andrew McAllen
M.U.M
M.U.M
avatar



 
▌Né(e) le: 08 Avril
▌Pays d'origine: États-Unis
▌Statut: 6ème année

MessageSujet: Vi Veri Veniversum Vivus Vici   Mer 21 Mar - 21:44

Il était vraiment dingue, ça ne pouvait être que ça. Andrew McAllen avait perdu la raison, partie, envolée, et à cause d’une fille, en plus ! Thèdes Konstonhalu dans toute sa splendeur ! Et à l’heure où il sortait par la porte d’entrée du château en plein milieu de la nuit, elle était à Bourg-en-Bière en train de boire un verre avec Lauréline. Lui, loin de toutes ces idées festives, il jetait un regard par-dessus son épaule, détaillant avec un intérêt soudain l’imposante structure de pierre derrière lui, ses tours, ses corniches, ses fenêtres éclairées. Tirant sur l’anneau de fer de la porte, Andrew la referma, pas certain de jamais en refranchir le seuil. Réajustant son sac à dos sur l’épaule, il se retourna pour se mettre en marche vers le parc. Tout n’était que bruits nocturnes discrets, des hiboux venant de s’éveiller aux crickets dans l’herbe. D’un pas machinal, Andrew s’éloignait du château, s’approchant d’un vieux chêne, Il s’y arrêta pour cacher son sac derrière une grosse racine qui dépassait du sol et dissimula le tout sous quelques feuilles mortes datant de l’automne dernier. Comme un scénario mille fois répété, il revint vers le chemin et s’assied sur un banc de bois, celui-là même où un an plus tôt, il avait rencontré Thèdes pour la première fois. Tout avait commencé ici, et tout s’y terminerait peut-être bien, ça ne dépendrait que d’elle. Nerveux, voire angoissé, paniqué, littéralement mort de trouille, Andrew souffla bruyamment en se passant rapidement une main dans les cheveux.

" Putain, mais qu’est-ce que je fais là ? "

Rien ne l’obligeait à dire quoi que ce soit, ni à Thèdes, ni à personne d’autre. D’ailleurs, il avait toujours été muet comme une tombe à ce propos. S’il le voulait, Andrew pouvait garder le secret sans que ça ne gêne qui que ce soit. Après tout, il le faisait bien depuis plusieurs années déjà. Pourtant il avait essayé à plus d’une reprise d’en parler à Alex, mais comment pouvait-il lui raconter ça ? Surtout après tout ce temps ? Il ne comprendrait sûrement pas, et incapable de lui pardonner, il le jugerait, le dénonçait, même, peut-être ? Non, c’était trop risqué, il ne pouvait rien lui dire. Andrew se ravisait à chaque fois, racontant le premier truc anodin qui lui venait en tête pour changer de sujet. Alors pourquoi maintenant ? Pourquoi Thèdes ? Pourquoi précisément ce soir et cet endroit ? Pour défier le sort, affronter le destin, ça ne pouvait être que ça. Vérifier aussi que ce qu’il redoutait tant n’avait pas lieu d’être, qu’il était trop dur envers lui-même, et qu’au final c’était pas si grave, au fond. Tout le monde faisait des erreurs, pas vrai ? Sauf que l’optimisme d’Andrew s’arrêtait là. Dès qu’il cherchait à amoindrir toute l’histoire, il se mettait en colère contre ses propres arguments. Comment pouvait-il être si indulgent avec lui-même alors qu’il voulait devenir Auror ? Plus il y pensait et plus il trouvait que de tout avouer à Thèdes était une mauvaise idée. Non, impossible ! Andrew se leva d’un bond, quittant le sentier pour aller récupérer son sac près de l’arbre. Il s’agenouilla près du tas de feuilles, déterra ses affaires puis s’arrêta soudainement dans son élan. Nouveau soupir, puis froncement de sourcils. Il ne pouvait pas vivre éternellement dans cette hésitation et ce doute constant, c’était pas possible.

Dire qu’en cherchant à le pousser dans une autre direction, son père en avait même sacrifié leur relation, leur bonne entente, et ce sans même savoir qu’il était déjà trop tard, que tout ses efforts étaient vains et inutiles. Le mal était fait, le rôle d’Isaac McAllen ne faisant qu’ajouter une couche supplémentaire de tourments au fils qu’il essayait simplement de protéger. Il n’avait rien vu, ne s’était même pas questionné plus que nécessaire lorsque le drame survint. Andrew n’avait que quinze ans, il s’en remettrait, il finirait par oublier et passer à autre chose, parce que forcément, il en était à l’aube de sa vie. Lui trouver des excuses était si facile que c’était ce que tout le monde avait fait pour expliquer son état d’esprit après l’accident. Le fils d’Isaac McAllen était un jeune adolescent intelligent et curieux, mais d’abord et avant tout il était son fils, sa fierté. Était-il fier, aujourd’hui ? Le serait-il encore, s’il savait tout ? Les genoux sur l’herbe humide du soir, Andrew retira le pendentif de son cou, fixant le serpent au creux de sa main pendant de longues minutes. Il se redressa enfin, laissant le sac dans sa cachette improvisée pour revenir s’asseoir sur le banc, remettant la chaine en argent en place. Andrew jeta un coup d’œil déterminé au loin, hochant la tête pour lui-même. Il attendrait Thèdes, et il lui dirait tout, voilà ! Il devait bien le dire à quelqu’un un jour, non ? Et Thèdes n’était pas n’importe qui, elle n’était pas comme les autres. Bizarrement, cette pensée ne le rassurant pas autant qu’il ne l’aurait cru.


" Elle peut comprendre, j’suis sûr… "

Second hochement de tête persuasif. Oui, elle comprendrait, elle devait comprendre. Peut-être pas approuver, mais au moins comprendre. Et ne pas le détester pour ça. Minuit ne devrait plus tarder à présent, et Thèdes rentrerait sous peu. Andrew lançant un énième regard au loin, et plissa le front, croyant apercevoir une silhouette dans l’obscurité. Il avait dit à Thèdes qu’il l’attendrait dans le parc pour rentrer avec elle. Rentrer avec elle… Marrant comme ça semblait tout simple et pourtant si peu possible à ses yeux, tout d’un coup. Mais s’il ne le lui disait pas ce soir, il ne trouverait peut-être plus le courage de le faire. Andrew ne lâcha pas du regard la forme se rapprocher, reconnaissant rapidement la démarche de Thèdes, même dans la pénombre. Lorsqu’elle arriva à sa hauteur, il se leva du banc pour venir à sa rencontre, esquissant un mince sourire en coin.

" Hey. "

Il lui prit la main, à la fois par réflexe et par besoin de la toucher pour sentir sa présence, comme si la voir debout devant lui ne suffisait pas pour ce qu’il avait à lui dire. Si Thèdes avait été empathe, elle se serait sûrement enfuie en courant, mais elle ne l’était pas, et Andrew avait toujours su cacher ce qu’il ne voulait pas montrer. Sauf que c’était fini, le temps des mensonges.

" J’ai quelque chose à te dire. "

Comment comptait-il s’y prendre et par où allait-il commencer, ça, il n’en avait pas la moindre idée. Andrew leva les yeux vers elle pour croiser son regard, ces prunelles sombres dont il craignait tant de voir se remplir de peur et de haine devant une dure vérité. Il voyait déjà d’avance les sourcils de Thèdes se froncer. Je te dirai tout, mais ne me déteste pas. Il aura été égoïste jusqu’au bout.

[Réservé !]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Thèdes Konstonhalu
A.C.A.I.I
A.C.A.I.I
avatar



 
▌Né(e) le: 27 juillet
▌Pays d'origine: Norvège
▌Statut: 2ème année

MessageSujet: Re: Vi Veri Veniversum Vivus Vici   Mer 21 Mar - 23:46

« T’aurais pas un chewing-gum, Thèdes ? »

Regard inquisiteur. Souvenir d’une conversation dans l’après-midi, en cours de médicomagie.

« Pourquoi t’aurais besoin d’un chewing-gum, toi ?
- J’ai un goût bizarre dans la bouche.
- Han, t’avais dit que t’arrêtais ! Me dis pas que t’as…
- Avec Jérôme ? T’es dingue, il pleuvait et puis son appart’ était occupé, on allait pas faire ça en pleine rue !
- Et alors ? Ça m’est déjà arrivée lorsqu’il pleuvait et dans la rue, et j’en suis pas morte.
- Toi, Thèdes Konstonhalu, t’as fait ça en pleine rue ? Arrête, j’en pleure déjà de rire ! »

Et Lauréline s’exécuta. Thèdes haussa un sourcil. Qu’est-ce qui la faisait rire, là ? Fumer dans la rue, ce n’était pas interdit, non ? Et puis, même si Lauréline et Thèdes ne fumaient pas les mêmes choses – à savoir des choses plus ou moins illicites que Thèdes se refusait de prendre -, les ruelles de Bourg-en-bière étaient souvent désertes, et honnêtement, elle ne voyait en quoi deux-trois gouttes d’eau et de l’air frais pouvaient gêner Lauréline.

« Thèdes, me dis pas que t’as fait ça, en pleine rue, quoi ! »

Froncement de sourcils. Incompréhension.

« Évidemment que si ! »

Lauréline qui rit davantage avant de reprendre contenance, soudain sérieuse.

« Non non, j’suis contre ça, par contre. Un minimum d’intimité ne fait pas de mal, c’est tout. »

Haussement de sourcil.

« Mais de quoi tu parles ?
- … Non, toi, de quoi tu parles ? »

Haussement du deuxième sourcil.

« De cigarette, et pour ton cas, j’veux même pas donner de nom à ce que tu fais. C’est illégal ! T’entends ? Il-lé-gal !
- Ah ouais… Non, j’parlais pas de ça, moi.
- Tu parlais de quoi, alors ? »

Clin d’œil de la part de Lauréline qui trempa ses lèvres dans son verre de whisky.

« J’t’expliquerai quand tu seras plus grande. »

~


Lauréline l’avait laissée tomber pour un garçon. À croire que ça devenait une mode. Kai, d’abord, qui faisait ça sans cesse – et sans aucun remord, il fallait le préciser -, Lauréline ensuite – qui n’était pas très loin de la cruauté de sa cousine -, avec Jérôme. Jamais deux sans trois. L’avantage dans l’histoire, c’est qu’Elei ne lui ferait jamais un coup pareil. Sauf si c’était pour Matthews. … Jamais deux sans trois, donc. Mais peu importait ce soir, parce que vraiment, elle s’en moquait, et jamais deux sans quarante, si vous voulez, parce que c’était pareil, ça sonnait pareil parce qu’elle se fichait complètement qu’on la laisse tomber parce qu’elle savait qu’il y en avait un qui ne la lâcherait jamais. Et attention, elle ne le savait pas parce qu’elle l’avait imaginé ou rêvé. Non, Andrew le lui avait dit, parce qu’évidemment, c’était bien de lui dont il était question, parce qu’en effet, ces temps-ci, tout tournait un peu (énormément) autour de lui. Mais ça ne gênait personne, et surtout pas Thèdes, et puis au pire, que ça gêne, et bien tant pis, parce que ça non plus, ça n’avait aucune importance du moment que ce n’était pas Andrew qui vivait mal la situation et de ça aussi, elle en était sûre, qu’Andrew aimait ça. Parce que si ce n’était pas le cas, il le lui aurait dit, à Thèdes, il lui disait toujours tout. Ils se l’étaient dit : Plus de mensonge. Bon, pour Thèdes, c’était assez facile à faire, elle qui ne savait pas mentir, mais pour Andrew, c’était un sacré travail sur soi et elle était heureuse, non fière, oui mais heureuse aussi, oui mais surtout fière - bon, les deux - qu’il le fasse pour elle. Il ne mentait plus, tout était parfait. Leur relation était parfaite et ils étaient parfaits ensemble et leurs maisons (oui, parce qu’il allait en avoir plusieurs, Andrew n’était juste pas encore au courant) allaient être parfaites, et le cadeau que Thèdes allait justement offrir à Andrew serait…

Ah, ouais, non, pas celui-ci. Pas parfait. Pas ce soir en tout cas, mais ça aussi, elle s’en moquait, parce qu’elle allait rire en voyant sa réaction, le genre haussement-de-sourcil-mais-Thèdes-c’est-quoi-ce-truc-pourri-moi-je-t’ai-ensorcelée-la-bouteille-de-notre-première-soirée-ensemble-et-toi-tu-m’offres-un… Bref. Et oui, elle allait rire, et elle n’allait même pas lui dire que ce n’était pas tout, ce que ça ne formait qu’une partie d’un quelque chose qu’il adorerait, du moins elle l’espérait, parce que si ce n’était pas le cas, elle serait en colère, et ce contre tout le monde. Mais il l’adorerait. Thèdes le savait parce qu’elle le connaissait.

En passant les grilles de l’entrée de l’école de magie, Thèdes ne vit pas tout de suite la silhouette d’Andrew se dirigeait vers elle, mais devina, un large sourire aux lèvres, qu’il se levait du banc où lui et elle avaient parlé pour la toute première fois. Elle élargit davantage son sourire si c’était possible quand il la saluait en lui prenant la main et Thèdes leva la tête pour attraper ses lèvres, enthousiaste. Elle l’écouta parler, non, en fait, elle l’entendit seulement, parce que ses paroles rentrèrent dans une oreille pour sortir par l’autre et lui attrapa le visage pour l’embrasser de nouveau.

« Oui, d’accord, si tu veux, mais d’abord, j’ai quelque chose pour toi ! »

Elle éclata de rire, sans raison apparente, juste parce qu'elle était contente, et qu'il fallait qu'elle le montre, parce que ça explosait de partout dans son organisme, qu'elle avait l'estomac en bouillis et le cœur qui bondissait. Elle sortit de son sac un cadeau rectangulaire, le déposant dans les mains d’Andrew, sautillant sur place.

« Oui, je sais ce que tu vas dire : "Arg, Thèdes, mais on dirait un livre !" et oui, je sais parce que justement, ç’en est un, mais c’est un bon livre sur des sorts géniaux, et je pense qu’il peut te servir alors tu vois, j’ai pas dépensé beaucoup, j’ai rien acheté d’énorme ! Non, parce que je savais bien que t’avais la trouille que j’te ramène un crocodile et j’te voyais déjà me dire "Mais Thèdes, où est-ce que tu veux qu’on le mette ?" mais c’est pas un crocodile, ni un autre truc du genre qu’on aurait jamais réussi à entasser dans la chambre - et puis sérieusement, on ferait quoi d'un crocodile, j'te le demande ! - c’est vraiment un livre, et je l’ai pas acheté à un prix faramineux, même si, ouais, bon, on en trouve pas partout, des comme ça, mais j’t’assure que tu vas l’adorer et puis – »

Les paroles d’Andrew, envolées dans les airs, revinrent trouver leur place dans la tête de Thèdes, montèrent jusqu’au cerveau, alerte rouge, descendirent jusqu'à son cœur qui manqua un battement. Relevant les yeux vers Andrew, soudain affolée, passant aussitôt de la joie à la peur. Elle n'avait plus envie de rire. Elle murmura, tout doucement :

« Tu veux rompre ? »

Elle baissa les yeux vers ses mains, tenant toujours le livre qu’elle lui avait acheté, encore parfaitement enveloppé du papier cadeau. C’est qu’elle avait mis longtemps à le faire, et elle qui ne savait pas se servir de ses dix doigts sans se couper un bras, et avait dû redoubler de patience – déjà qu’elle n’en avait pas beaucoup – et d’obstination, du coup, pour faire un si joli paquet. De nouveau, elle murmura, le regard encore et toujours fixé sur le cadeau :

« … Tu veux pas l’ouvrir quand même ? »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Andrew McAllen
M.U.M
M.U.M
avatar



 
▌Né(e) le: 08 Avril
▌Pays d'origine: États-Unis
▌Statut: 6ème année

MessageSujet: Re: Vi Veri Veniversum Vivus Vici   Ven 23 Mar - 15:15

Il faisait de son mieux pour garder une certaine contenance alors que Thèdes l’embrassait. Elle lui souriait, heureuse, et inconsciente de lui rendre la tâche plus difficile. Merlin, était-il si bon comédien ? Andrew avait l’impression que le monde tel qu’il le connaissait était sur le point de s’effondrer. Son existence tout entière se trouvait sur la corde raide, et Thèdes ne s’en doutait même pas. Ses lèvres venaient se poser une nouvelle fois sur les siennes, ébranlant dangereusement sa détermination. Elle n’écoutait pas, se mettait à rire, comme ça, par simple bonne humeur, parce qu’elle était contente. Andrew lui relâcha la main à contrecœur, la regardant sortir un paquet cadeau de son sac. Figé par l’enthousiasme de Thèdes, il vit la boîte atterrir dans ses mains, l’écoutant parler sans broncher, tiquant légèrement lorsqu’elle mentionna qu’il s’agissait d’un livre de sortilèges. Ça devait bien faire plusieurs semaines déjà qu’il en cherchait, justement, et précisément le genre qu’on ne trouve pas partout. Andrew baissa les yeux sur le cadeau, ses doigts froissant le papier alors qu’il le retournait dans tous les sens sans trop savoir s’il devait l’ouvrir ou d’abord tout lui dire. Même s’il était décidé, l’hésitation le tenaillait. Il ouvrit la bouche et releva les yeux vers elle pour aussitôt la refermer. Thèdes ne souriait plus. Pire que ça, elle le regardait complètement apeurée alors qu’il n’avait encore rien dit. Elle lui demandait s’il voulait rompre ?! Mais où avait-elle pêché un truc pareil ?!

" Quoi ?! Non… Non. Non. "

Est-ce qu’il avait fait la même tête, huit ans plus tôt, quand Lenna lui avait dit qu’elle le plaquait ? Autant Andrew n’avait jamais compris pourquoi elle l’avait laissé tomber, autant il ne comprenait pas ce qui incitait Thèdes à croire que c’était ce qu’il voulait. En guise de réponse, il secoua la tête, balayant son autre question en la serrant dans ses bras, tenant le cadeau de sa main droite au milieu du dos de Thèdes. Idiote ! Il glissa la gauche dans ses longs cheveux noirs, la laissant appuyer sa tête au creux de son cou. Ils restèrent comme ça un certain temps, jusqu’à ce qu’Andrew s’éloigne imperceptiblement d’elle, récupérant le bras qui lui enlaçait la taille. Il lui reprit la main, la conduisant jusqu’au banc où il s’assied le premier, attendant qu’elle fasse de même. Il déposa le paquet cadeau sur ses genoux, fixant le papier comme si les mots qu’il cherchait y apparaitraient par magie, mais non. Relevant les yeux vers Thèdes, Andrew prit une profonde inspiration.

" Écoute, je t’ai pas tout dit, sur la fille du pendentif. "

Il avait toujours autant de mal à l’appeler par son prénom. Malgré les années, Andrew ne parvenait pas à se distancer de l’incident. Dès qu’il y songeait, le souvenir réapparaissait, pratiquement aussi vif que la veille. Il en sentait le poids sur ses épaules et sur sa nuque. Thèdes lui avait déjà dit que c’était pas grave, qu’elle n’avait pas besoin de savoir, que le passé était le passé, et que peu importe ce dont il était fait, elle s’en fichait. Elle aurait pu le lui répéter pour le lui rappeler, mais elle n’en fit rien. Thèdes devait sûrement se rendre compte que ça ne servirait à rien, et que plus que tout, Andrew avait besoin qu’elle l’écoute jusqu’au bout.

" Lorsqu’elle m’a plaqué, je m’y attendais pas du tout. J’comprenais pas pourquoi, j’veux dire, tout allait bien. Je lui ai demandé de me donner une raison et elle m’a juste dit que c’était terminé. Genre j’avais même pas droit à une explication, alors je me suis énervé, je voulais pas la laisser partir sans qu’elle me dise pourquoi c’était fini. Elle m’a poussé pour passer, mais il pleuvait, le quai était trempé, et son pied à glissé. "

Andrew s’arrêta quelques secondes, jouant nerveusement avec le coin du paquet cadeau.

" Elle a fait une chute. J’ai pas réussi à la rattraper à temps et elle s’est cognée sur le quai avant de tomber dans l’eau. J’ai sauté sans réfléchir pour nager jusqu’à elle. "

Nouveau temps mort pendant lequel il se passa la main dans les cheveux avant de reprendre son histoire là où il l’avait arrêtée.

" Elle se tenait le ventre en toussant, et moi je pensais que c’était parce qu’elle avait avalée de l’eau, c’était logique, mais elle s’est mise à cracher du sang. Elle voulait pas que je l’aide. Je l’écoutais pas, j’essayais de la sortir du lac, mais elle n’arrêtait pas de se débattre pour que je la laisse tranquille. Les médicomages ont dit qu’elle a fait une hémorragie interne. "

Thèdes étudiait en santé magique. Peut-être en reconnaitrait-elle les symptômes, il n’en savait rien. Après la mort de Lenna, Andrew n’avait pas cherché à connaître les causes et conséquences d’une hémorragie interne. Il ne voulait pas savoir, le vivre avait déjà été trop douloureux sans qu’il ne veuille en plus être au courant des détails de ce qu’elle avait vécu avant de mourir. Pas envie, d’autant plus que ça ne lui était d’aucune utilité, ni à l’époque, ni maintenant. Ça n’allait rien changer à ce qui s’était passé, et encore moins la ramener.

" Et puis… "

Il hésitait, repensant à son sac à dos dissimulé derrière la racine de l’arbre à quelques mètres d’eux, sous le tas de feuilles. Quelques vêtements de rechange, son portefeuille, de la nourriture, des photos prises par Lauréline depuis la dernière année. Andrew ne voulait pas quitter l’Irlande, encore moins Thèdes et pourtant, si partir devenait nécessaire il avait tout prévu. Il partirait en courant vers la grille. D’un simple Accio, son sac volerait dans ses mains, et une fois le portail passé, il transplanerait pour ne jamais revenir. Thèdes saurait, et advienne que pourra du reste, car il ne comptait pas laisser de message à qui que ce soit. Certains le prendraient mal, s’en vexeraient ou s’en trouveraient sûrement blessés qu’il soit parti sans un mot. On le chercherait, peut-être, ou pas du tout, dépendant ce que Thèdes ferait de ce qu’elle savait. En dernier recours, Andrew avait pensé à lui lancer un sortilège d’Oubliette, pour effacer son secret de sa mémoire, mais il avait vite chassé cette idée de sa tête. À quoi bon tout lui dire si c’était pour vivre dans le mensonge à nouveau ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Thèdes Konstonhalu
A.C.A.I.I
A.C.A.I.I
avatar



 
▌Né(e) le: 27 juillet
▌Pays d'origine: Norvège
▌Statut: 2ème année

MessageSujet: Re: Vi Veri Veniversum Vivus Vici   Dim 25 Mar - 21:30

Il ne voulait pas rompre. Il venait de le lui dire. Et ce, trois fois de suite. Une aurait suffit, cela dit, mais il avait préféré le dire plusieurs fois. Peut-être bien que c’était mieux, au final. Thèdes ne savait pas vraiment comment elle aurait pu réagir s’il le lui avait dit simplement une fois. Elle aurait pensé peut-être que si, c’était bel et bien fini, mais qu’il voulait le faire bien dans les formes, histoire d’y placer un joli discours. La deuxième fois, elle aurait pu croire que c’était pour la persuader du contraire, pour lui dire que non, vraiment, il ne voulait pas rompre du tout, ou du moins, pas pour le moment, mais la troisième fois l’aurait certainement convaincue pour de bon, non, vraiment, réellement, décision irrévocable et sans appel, il ne voulait pas rompre. Il l’avait répété plusieurs fois. Après, ça ne voulait pas dire que c’était particulièrement bien, parce qu’elle avait l’impression qu’il tentait d’être sûr lui-même de sa réponse, mais il finit par la prendre dans ses bras, et Thèdes oublia littéralement de quoi il était question alors qu’elle enfouissait sa tête dans son cou, inspirant et expirant plusieurs fois de suite, déposant un baiser sur sa mâchoire. Il la relâcha quelques temps plus tard, un temps bien trop court pour Thèdes, et elle fronça les sourcils. Elle ne comprit pas tout de suite pourquoi. Elle ouvrit la bouche pour lui demander, d’ailleurs, mais il lui attrapa la main, l’emmena vers le banc avant de s’y asseoir, et alors qu’elle baissait les yeux pour croiser son regard, Thèdes comprit qu’il voulait qu’elle s’asseye également. Elle s’exécuta aussitôt, incapable de savoir où il voulait en venir, et le fait qu’il regardait fixement le cadeau qu’elle lui avait offert toujours empaqueté ne prédisait rien de bon. Fronçant encore les sourcils alors qu’il n’avait toujours rien dit, elle se dérida aussitôt alors qu’il levait les yeux vers elle, plongeant son regard, incapable de dire quoi que ce soit, seulement d’attendre le moment où il commencerait réellement à parler, se persuadant intérieurement que ça ne pouvait pas être si terrible que ça, et pourtant incapable d’être parfaitement détendue. Et puis, c’était quoi cette idée idiote ? Vouloir se détendre alors qu’il allait lui dire quelque chose d’important, quelque chose qu’elle ne savait pas sur lui ? Aussitôt, les pensées qu’elle eût pendant sa marche la ramenant à l’université revinrent dans son esprit, mais elle n’eut pas la force d’esquisser un sourire devant une scène aussi sordide. Elle avait pensé qu’il avait prévu de la rejoindre dans le parc pour une raison plus… Romantique ? Était-ce bien ce mot niais qu'elle avait pensé ? Dans une situation autre que celle-ci, elle aurait plaisanté en disant qu'elle partait vomir. Et pourtant, elle, qui n’aimait pas ça, avait littéralement explosé de joie à l’intérieur, dans les tréfonds de son estomac jusque dans les battements de son cœur, n’avait également pas pu réprimer un sourire alors qu’avant de se quitter pour partir chacun de leur côté en cours, Andrew lui avait dit qu’il l’attendrait au parc pour rentrer ensemble dans la chambre. Rentrer ensemble dans la chambre… Voilà quelque chose qu'elle rêvait de faire en voyant le regard trop sérieux d'Andrew.

Mais non, ce devait être prévu pour plus tard car ça y est, déjà, il commençait à parler. La fille du pendentif. Thèdes se demanda si c’était réellement le bon moment pour en discuter. Ils s’étaient rencontrés il y a un an de cela, et malgré les hauts et les bas, ils étaient toujours ensemble et il l’avait faite s’asseoir sur le banc de leur rencontre, le lieu où ils avaient pour la toute première fois discuter, tenant le livre qu’elle lui avait offert, le triturait nerveusement et il parlait de la fille du pendentif. La fille du pendentif. Bien incapable de se dire que c’était important, trop malhabile pour ce genre situation, Thèdes ouvrit la bouche pour parler, mais la referma aussitôt. Il n’en parlerait pas maintenant s’il n’était pas prêt à le faire, et il avait quelques fois fait des allusions sur Lenna Johnson. Thèdes ne savait d’ailleurs pas qu’elle s’était appelée Lenna avant de rencontrer le père d’Andrew, qui, alors qu’il pensait à vive voix, avait lâché ce prénom que Thèdes avait aussitôt rattrapé pour en faire le rapprochement avec la fameuse fille du pendentif. À Noël, Isaac McAllen avait alors comparé Thèdes à Lenna, disant qu’Andrew n’avait jamais plus parlé de personne après Lenna, à part Thèdes. À ce moment, Thèdes n’avait pas su comment le prendre, et ne savait toujours pas maintenant alors qu’Andrew lui en parlait pile ce soir. Elle acquiesça tout de même. Attendant la suite qui ne tarda pas, elle continua de l’écouter, lui attrapant une main, l’empêchant de détruire l’emballage toujours fermé. Thèdes enferma sa main dans la sienne, la posant sur sa jambe à elle, toujours concentré sur la voix d’Andrew qui lui racontait la mort de Lenna. Elle connaissait l’histoire, en gros, sans jamais en avoir demandé les détails, se moquait des détails aussi. Pour elle, ça n’avait strictement aucune importance. Elle était consciente d’être totalement égoïste, mais honnêtement, elle se fichait bien de comment elle était morte parce que ce n’était pas Andrew qui avait été à sa place. Peut-être cela aurait-il été différent si elle avait connu la personne réellement, si elle avait été proche de cette personne autant qu’Andrew avait été proche de Lenna. Elle n’en savait rien, ne préférait pas savoir, aussi. Après tout, elle se trouvait déjà gâtée dans son lot de malheur. Elle avait perdu son petit frère. Elle pouvait cautionner qu’on puisse vivre des peines similaires, mais elle préférait tout de même englober ça dans le passé, et mine de rien, elle ne pouvait pas s’empêcher d’être profondément blessée.

Andrew pensait encore à Lenna. Assez pour lui en parler.

Enfouissant ce sentiment bien loin à l’intérieur d’elle, tentant de le cacher un maximum, se sachant bien trop mauvaise dans les jeux de faux semblants, elle écouta le silence. Il ne parlait plus, il s’était arrêté au beau milieu d’une phrase, et Thèdes commençait légèrement à devenir incohérente, ne se suivant plus elle-même. Et puis, quoi ? Qu’est-ce qu’il s’était passé après l’hémorragie interne ? Qu’est-ce qu’il avait tant de difficulté à dire ? Est-ce que Lenna était toujours vivante ? Avait-elle repris contact avec Andrew ? Andrew avait-il décidé de rompre pour retourner avec elle ? ... Andrew ne voulait pas rompre. Il le lui avait dit quelques minutes plus tôt, et Lenna était bel et bien morte. Elle doutait sincèrement qu’il ait pris du temps sur cette soirée pour lui expliquer de quelle manière la fille du pendentif était décédée, et puis, Thèdes le lui avait dit, que ça n’avait strictement aucune importance, qu’elle se moquait de ce qu’il s’était passé aux Etats-Unis, qu’Andrew était là, maintenant, avec elle. Il avait pris du temps sur la soirée à venir pour lui parler de quelque chose d’important, quelque chose qu’il ne lui avait jamais dit jusqu’alors, quelque chose qui semblait lui faire atrocement peur. Une peur qui ne disparaissait vraisemblablement pas. L’attente se prolongea, personne ne prononça quoi que ce soit, ils continuèrent se fixer, l’un choisissant ses mots ou hésitant, l’autre attendant.

Pour lui donner du courage, elle abaissa son visage alors qu’elle faisait venir à ses lèvres la main d’Andrew dans la sienne pour l’embrasser. Quelques secondes plus tard, elle la reposa sur sa jambe, serrant ses doigts contre les siens, lui caressant la paume du bout de son pouce. Elle ne savait pas si elle pouvait parler ou pas, si elle le devait ou non. Elle aussi, elle hésitait. Finalement, elle se mit à murmurer quelque chose que le vent couvrit. Fronçant les sourcils vers un point non défini dans le parc, prenant finalement pour cible un arbre pile devant sa trajectoire, s’en prenant visiblement à la météorologie faute de s’en prendre à sa voix trop basse qui avait peut-être un peu trop peur d'être entendue, elle répéta, un peu plus fort, mais toujours doucement :

« Et puis ? »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Andrew McAllen
M.U.M
M.U.M
avatar



 
▌Né(e) le: 08 Avril
▌Pays d'origine: États-Unis
▌Statut: 6ème année

MessageSujet: Re: Vi Veri Veniversum Vivus Vici   Sam 31 Mar - 23:18

Et puis après, le drame, la fin du monde, appelez ça comme vous voulez. Andrew avait frappé un point de non retour, et encore ce soir, il en vivait un autre, ou du moins c’était l’impression qu’il avait, et il avait tellement peur de la conclusion que jusqu’au tout dernier instant, il hésiterait. Parce que si sa vie à son arrivée en Irlande n’avait eu aucun sens, ni aucune signification particulière, à travers les Cinq Plumes, il avait trouvé une raison de s’accrocher, de continuer à sourire, même si tout n’était qu’un jeu d’apparence. Au moins, il se sentait vivant, bien là, et c’était tout ce qui avait compté. Maintenant, il y avait plus de poids dans la balance, beaucoup plus. L’Irlande était littéralement devenue toute sa vie, disons-le comme il se doit. En dehors, tout n’était que paysage inconnu et visages sans nom. Il ne voulait pas partir ailleurs, parce qu’à nouveau, tout serait à refaire, comme un cercle vicieux. Mais il regardait la main de Thèdes tenir la sienne, et comme un con, il voulait pas qu’elle le lâche. Jamais. Et lui mentir par omission, tout ça parce qu’elle redoutait trop de lui poser les questions, il en avait marre, et plus qu’assez. Alors même s’il risquait tout, que le traverser le portail en courant pouvait devenir sa seule porte de sortie, d’avenir, au moins il aura fait preuve de courage une fois dans sa vie.

" Tu te souviens que mon arrière grand-père était Mangemort ? "

Thèdes hocha imperceptiblement la tête alors qu’Andrew retirait sa main d’entre ses doigts. Il prit la chaîne qui pendait autour de son cou et la passa par-dessus sa tête. Son regard fixa quelques secondes le serpent en argent au creux de sa paume, puis de son autre main, il déplia la main de Thèdes pour y déposer le pendentif. Il savait d’avance qu’elle sentirait un poids autre que celui du métal, parce que la magie aussi pouvait peser. Ce n’était pas sans raison qu’il ne laissait jamais personne y toucher, ni même le regarder de plus près. Il l’avait toujours gardé sous sa chemise, loin des regards, et ensuite au fond d’un tiroir, parce qu’il ne pouvait pas s’en débarrasser. Ce n’était pas qu’un vulgaire pendentif, de l’argent forgé, ni même un vieux truc ayant une valeur sentimentale, non. Si seulement ça avait pu être le cas, mais ça ne l’était pas.

" J’ai trouvé un vieux carnet, dans le compartiment secret d’une boîte en fer qui lui appartenait. Il était déjà partisan de Voldemort, à l’époque, et il faisait de drôles de recherches sur la mort. J’ai tout lu, de l’histoire sur la pierre philosophale à la légende de la fontaine de jouvence. Et puis, il avait noté un sortilège assez complexe, et très peu connu, dans les dernières pages. "

Guettant le moindre changement dans le regard de Thèdes, Andrew appuya son coude sur le dossier du banc, comme si ça pouvait lui donner plus de contenance alors qu’il était déjà à moitié résigné à l’idée de tout quitter. Après tout, comment Thèdes pourrait-elle ne pas le détester pour ce qu’il s’apprêtait à lui dire ? Pire que ça, il était persuadé qu’elle lui en voudrait d’avoir tout gâché avec sa vérité tandis qu'il aurait été bien plus simple de ne rien partager avec elle. Une partie de lui se disait qu’il y avait une chance qu’elle comprenne et qu’elle l’accepte, mais la voix au fond de lui était tellement faible qu’il ne voulait pas y croire, parce que ça ne lui ferait que plus mal au moment de partir. Il avait déjà trop espéré, il ne ferait pas la même erreur encore une fois.

" Je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas vraiment réfléchi aux conséquences lorsque j’ai utilisé le sortilège sur elle. Il y avait du sang partout dans l’eau, elle n’arrêtait pas d’en cracher pour arriver à respirer. Elle ne se débattait plus, elle avait le visage livide, ses doigts étaient complètement gelés. Je paniquais, elle me disait qu’elle avait froid, mais que ça ne faisait plus mal, et je savais pas quoi faire, l’idée m’est juste venue à l’esprit comme ça. Elle ne me regardait même plus, elle fixait quelque chose derrière moi, sans me voir. Dès que je la bougeais elle recommençait à tousser alors je suis resté dans l’eau avec elle, mais je pouvais pas juste attendre qu’elle meurt, et comme je savais que le sortilège pouvait mettre un terme à tout ça, je l’ai juste lancé. "

Il ne savait pas de quoi ça avait l’air, d’un point de vue extérieur. Lui, il s’était trouvé aux premières loges, impuissant, âgé d’à peine quinze ans, et assez doué en sortilège pour exécuter celui qu’il avait lu dans le carnet de son arrière grand-père. Il y avait quelque chose d’autre, mêlé à tout ça, une sorte de curiosité mal placée, dans toute cette histoire, un besoin de faire ses preuves et ne pas rester les bras croisés, alors il avait agis. L’opportunité s’était présentée, Andrew pouvait faire deux pierres d’un coup. Abréger les souffrances de Lenna et expérimenter un puissant sortilège de magie noire. Défier la mort, qui ne serait pas tenté, pas même un peu ? Ça s’était fait tout seul, comme une évidence, et c’est après coup que les questions lui sont apparues, une à une. Et si, même sur le seuil de la mort, il avait été possible de la sauver ? Elle n’avait pas perdu tant de sang. Andrew avait essayé de crier pour appeler à l’aide, mais personne n’était venu, personne n’avait entendu. Et il ne pouvait pas la transporter, il avait déjà du mal à la bouger dans l’eau sans provoquer une toux qui ne faisait qu’aggraver son état. Alors oui, sur le moment, il n’avait trouvé aucune autre solution, et le sortilège avait fonctionné. L’éclair de lumière s’était manifesté, meurtrier, mortel, fatal, et les yeux de Lenna s’étaient lentement fermés, ses muscles se relâchant sans aucune résistance. Elle était morte, et c’était lui, Andrew McAllen, qui avait pris la décision de l’achever, ou de la tuer, ça revenait au même, non ? Le résultat était pareil.

" Ce que tu tiens dans ta main, il y a une partie de mon âme, à l’intérieur. "

L’ennui, c’est que les notes dans le carnet de son arrière grand-père ne disaient rien de plus que la manière de créer un horcruxe. Andrew en avait développé un sens aigu et déraisonnable de se jeter tête baissée devant le danger, de tout miser sur lui puisqu’il ne pouvait pas mourir. Mais qu’adviendrait-il de lui, si on brûlait son corps ? Si on le découpait en petits morceaux ? Pouvait-il être enterré vivant sans même s’en rendre compte ? Toutes ces questions ne suffisaient pourtant pas pour l’arrêter. Qui plus est, ça lui donnait un immense avantage s’il devenait Auror. Mais si jamais un jour il voulait récupérer la partie de son âme enfermée dans l’objet magique, le pourrait-il ? Était-ce seulement possible ? Il cherchait depuis longtemps des informations sur le sujet, parce qu’entendons-nous, une âme, c’était quoi, au juste ? Il ne ressentait aucune différence physique ou mentale entre l'avant et l'après, alors en quoi c’était utile ? Il devait bien exister une raison qui expliquait pourquoi, en apparence, l’immortalité était si peu cher payée. Mais tout ça n’avait aucune espèce d’importance, là tout de suite.

" Thèdes ? "

Était-elle sous le choc, ou cherchait-elle comment réagir, il n’en savait rien. Elle l’avait écouté jusqu’au bout, sans rien dire et sans le couper une seule fois. À présent, tout avait été dit, du moins c’était la conviction que le silence ambiant lui donnait. Thèdes tenait le cadeau d’une main, le pendentif dans l’autre. Incapable de rester en place ou d’attendre plus longtemps, Andrew se leva du banc en se raclant la gorge qui se resserrait malgré tout. Il se tourna dos à elle, les mains dans les poches, jetant un regard au portail, découvrant soudain qu’il était bien incapable de se retourner une nouvelle fois pour affronter l’émotion qui pouvait bien traverser le visage de Thèdes.

" Tu sais tout, maintenant. "

Et lui, que lui restait-il, sinon une demi vie, une vie maudite dont la porte lui étant grande ouverte ? Tout ce qu’il avait à faire était de mettre un pied devant l’autre, ce qu’il ne faisait pas, sans savoir clairement ce qu’il attendait de plus. Y avait-il quelque chose à attendre, pour commencer ?

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Thèdes Konstonhalu
A.C.A.I.I
A.C.A.I.I
avatar



 
▌Né(e) le: 27 juillet
▌Pays d'origine: Norvège
▌Statut: 2ème année

MessageSujet: Re: Vi Veri Veniversum Vivus Vici   Dim 1 Avr - 2:48

Andrew lui posa le pendentif dans sa main ouverte. Andrew avait usé de magie noire. Andrew avait assisté à la mort de Lenna. Andrew avait utilisé un sort de magie noire sur Lenna. Andrew avait abrégé ses souffrances. Andrew venait de lui révéler le secret le plus douloureux qu’elle avait jamais entendu, et il se trouvait là, au creux de ses mains, elle qui avait toujours cru que ce pendentif ne recelait qu’un souvenir amer de sa relation passée. Thèdes avait essayé de lui faire enlever le collier, le but du projet était pourtant de l’en débarasser. À la place, il l’avait simplement mis au fond d’un tiroir, scellé à double tour que Thèdes n’ouvrait jamais, plus par désintéressement que par choix. Ce pendentif, c’était Andrew. Et elle l’avait tout bonnement ignoré. La valeur sentimentale était peut-être là, qu’en savait-elle, mais plus important que tout, c’était Andrew. Il avait usé d’un sort puissant pour créer un horcruxe, il avait eu le sang froid de le faire, avait eu le pouvoir de le faire. Thèdes en vint rapidement à la conclusion que s’il pouvait faire ça, il pouvait bien tout faire. Elle eut peur. Un quart de seconde. Pas assez pour qu’il le remarque, car elle resta inexpressive, levant tantôt les yeux vers lui, et les rabaissant souvent vers le pendentif, son regard faisant et défaisant doucement le même chemin à mesure qu’elle réfléchissait à tout ce qu’il venait de dire. Il prononça son prénom, et elle n’eut pas la force de répondre. À quoi bon ? Pourquoi est-ce qu’il lui avait caché une chose pareille ? Parce qu’il avait peur de sa réaction ? Et pourquoi lui avait-il révélé ce secret ? Pour ne plus vivre dans le mensonge ? Thèdes ne savait pas si elle aurait préféré ne jamais le savoir, mais la question ne se posa pas. Maintenant, elle savait, et elle devait faire avec. Faire un choix. Acquiescer n’était pas possible, le comprendre, non plus. Le haïr pour cela restait impensable. Le cautionner était difficile. Que restait-il ? Quel bon côté pouvait-elle y trouver ? Elle qui en cherchait toujours lorsque cela concernait Andrew ? Qu’allait-elle faire, maintenant ? Elle n’avait pas le droit de lui en vouloir, parce que c’était Andrew, et qu’aujourd’hui encore, ça voulait tout dire, et qu’elle n’avait pas fait tout ce long chemin sinueux et plein d’embûches pour si peu. Elle ne voulait pas le haïr, plus que tout. Elle n’en avait pas la force, et pourtant. Il avait mis fin à la vie de Lenna. Aussi abjecte que cela puisse paraître, il avait utilisé un sort qui lui avait servi en même temps à faire mourir Lenna qu’à se rendre immortelle.

Oui, mais maintenant…

Il ne pouvait pas mourir. Quoi qu’il arrive, il ne mourrait pas, parce que ce n’était possible, parce que ce qu’elle tenait en cet instant même entre les mains allait à tout jamais l’en empêcher s’il ne se décidait pas à le détruire. Égoïstement, Thèdes espérait qu’il ne le détruise jamais. Parce que. Parce que, et c’était tout. Parce que tout le monde pouvait mourir sauf lui. Que toute l’école meure, ça n’avait pas d’importance, parce que lui survivrait, quoi qu’il arrive. Elle tenait ce qui l’empêcherait de dépérir comme les autres. La pensée fugace de partir en courant avec son morceau d’âme pour qu’il ne puisse jamais l’anéantir lui traversa l’esprit, mais c’était synonyme de partir tout court, loin d’Andrew, et ça non, ce n’était juste pas possible. Elle n’allait pas le quitter, et il ne la quitterait pas non plus. Et il n’avait pas le droit de se lever, de ne plus regarder en sa direction. Bien trop égoïste. Pourquoi il regardait dans une direction où elle ne se trouvait pas ? Elle qui ne voyait plus qu’à travers lui, pour lui. Et il ne détournait pas le regard de devant lui, dos à elle, et elle, elle fixait son dos. Pourquoi devait-elle regarder ailleurs alors qu’il était là ? Elle avait le plus beau spectacle de la terre, mais il lui tournait le dos. Lui, il ne la regardait pas. Il regardait autre chose, alors qu’il ne devrait pas, il aurait dû se retourner, fixer Thèdes et encore Thèdes. Et pourtant, non. Il ne voulait – ne pouvait pas la regarder. Pourquoi ? Thèdes n’avait rien à dire, n’avait aucunement envie de le juger, ne pouvait pas le juger, aussi, parce qu’elle voyait là ce que lui ne pouvait sans pas voir. Égoïste. Encore et toujours. Il n’y avait que ce mot là qui pouvait la définir là maintenant, et elle n’en avait rien à faire parce qu’elle voyait de l’utilité dans cette histoire sordide. Il ne pouvait pas mourir, et, quoi qu’il en soit, il n’en avait pas le droit. Elle avait déjà perdu Tejho, et elle ne permettrait à personne de lui enlever Andrew comme on lui avait enlevée son frère. Andrew ne partirait jamais, quoi qu’il arrive. Voilà tout ce qu’elle comprenait, là. Andrew ne pouvait pas mourir. Elle se le répéta un milliard de fois pour se faire à l’idée. Il ne pouvait pas mourir. Plus jamais rien ne pourrait entacher leur relation, se mettre en travers de leur chemin parce que, quoi qu’il arrive, il ne pouvait pas mourir. Il ne pourrait jamais mourir. En même temps, en avait-elle jamais douté ? Il était si sûr de lui, si fier, si ambitieux. Il le lui avait dit, lorsqu’il s’était fait attaquer par un loup garou dans la forêt, qu’il n’avait jamais eu l’intention de ne pas en ressortir vivant. Il avait feint, avait omis de lui dire la vérité, mais pas vraiment, en fait, parce que Thèdes ne lui avait pas demandé pourquoi, justement, il n’en avait jamais douté. Elle et sa peur de poser les questions. Oui mais il les lui donnait, ce soir, les réponses. Elle n’avait pas prévu de les connaître aussi tôt, mais voilà, c’était fait, et il ne pouvait pas mourir, et il pouvait survivre à tout, même au pire. Quoi qu’il fasse, il en ressortirait indemne. Soulagement. Égoïsme et soulagement mélangés, même. Et lui qui voulait être Auror, ne voilà pas la meilleure des manières de toujours rentrer chez eux sain et sauf, plus tard, lorsque leurs études seraient terminées ? Comment pouvait-elle voir le mauvais côté des choses, elle qui n’avait pas connu Lenna ? Ce n’était pas elle qui l’avait tenue alors qu’elle agonisait, ce n’était pas non plus elle qui avait mis un terme à ses souffrances, ce n’était pas elle non plus qui avait eu un arrière grand-père mangemort, ce n’était toujours pas elle qui s’était servie d’un sort pour se rendre immortel. Elle ne voyait que ce côté, stupidement utile pour certains, absolument détestable pour Andrew, carrément délicieux aux yeux de Thèdes : Andrew ne mourrait pas. Jamais.

Et, d’un coup, elle se prit de plein fouet la réalité, comme une gifle qui lui remit les idées en place. Elle se sentit obsédée par une question existentielle, terriblement atroce. Comme s’il lui était impossible de se défaire de cette soudaine lucidité. Elle, elle observait à présent chaque instant comme éphémère, elle aurait pu compter le nombre de gouttes de pluie qui tombaient sur ses joues s’il avait plu, aurait pu fixer les rayons du soleil alors qu’ils lui brûlaient les yeux, s’il avait fait jour. Elle crut devenir folle à l’idée de sa propre condition, si misérable en comparaison à celle d’Andrew. Et maintenant, seulement maintenant, elle n’arrivait plus à s’y résoudre. Elle venait de réduire sa propre humanité à un cimetière, à des corps sans agitation, elle n’arrivait pas à imaginer qu’il n’y aurait rien, après, pour elle, et quelque chose pour Andrew. Qu’elle finirait en poussière et que lui continuerait sa vie, de part et d’autre, ici et là. Égoïsme, le retour. Du néant, il naît la vie, non ? Alors pourquoi Andrew ne le rencontrerait jamais alors que Thèdes si ? Et puis, elle n’en savait rien, peut-être que c’était des sottises, cette histoire de trou noir qui créé l’ardeur. Personne n’était jamais rentré dans un trou noir ; personne n’était jamais mort pour revenir voir le commun des mortels pour leur dire comment ça se passe, dans l’au-delà. Elle n’avait jamais cru la mort si effrayante mais… La mort sans Andrew ? C’était épouvantable. Et qu’arriverait-il lorsqu’elle viendrait arracher Thèdes à ce monde ? Parce que c’est ce qui arriverait tôt ou tard, ainsi va la vie, qu’en serait-il d’Andrew ? La mort lui parut aussitôt comme une phobie insurmontable et irrationnelle. Le cerveau de Thèdes était trop raisonnable, trop limité pour concevoir la dimension de partir un jour, sans Andrew. Andrew qui resterait ici, à jamais, sans bouger. Elle avait quand même envie de croire que certaines choses la dépassaient, et en même temps, non. Pas lorsque ça concernait Andrew, pourquoi cela devrait-il la dépasser alors qu’ils étaient censés être à la même hauteur, tous les deux, sur la même longueur d’onde, sur le même fil, jusqu’à la fin ? Mais il n’y aurait pas de fin, pas pour lui. On naît seul, et on meurt seul. Thèdes venait de le comprendre. Andrew ne la suivrait pas partout pour toujours, pas comment elle en avait eu l’idée. Elle aurait pu se réconforter dans l’idée qu’elle n’était pas l’unique personne dans ce bas monde à avoir peur de partir seule, mais non, personne ne comprendrait jamais à part elle. Parce que c’était à la folie, et que sans folie, elle ne voulait pas mourir. Et quitte à vivre ensemble, autant mourir ensemble, mais non, ce n’était pas possible. Et c’était tellement fou, et déséquilibré, et désespéré et… Passionné. Andrew le serait-il encore, sans elle ? Qu’allait-il advenir de lui ? Cette question la hantait toujours plus. Elle n’arrivait pas à penser à un lui sans elle comme elle n’arrivait plus à imaginer un elle sans lui. Mais le elle sans lui n’existerait jamais, parce qu’elle partirait avant, elle n’avait rien décidé de tout ça. Aurait voulu, pourtant. Ou pas. Elle ne voulait pas choisir ce qui arriverait à Andrew, voilà un choix qu’il devait faire seul, et c’était une pensée trop extravagante pour elle alors qu’il était tout.

Elle ne voulait pas qu’il soit tout seul. Oui, mais surtout : Elle ne voulait pas qu’il soit là, sans elle.

Elle n’avait que dix-neuf ans, et déjà, elle avait peur. Elle ne voulait pas la quitter, cette terre, ni ce soleil, elle n’avait pas envie qu’il s’éteigne. Elle eut soudain le désir que tout le monde soit éternel. Elle pensait à tout ce qui allait disparaître à ses yeux, les forêts, et la pluie, et la neige, et les rires, et ses souvenirs, et son humanité, et Lauréline, et Elei.

Et Andrew. Andrew.

Elle ne voulait pas rejoindre son frère, n’en avait jamais eu l’idée, la frôlait du doigt à l’instant, et non. Non ! Elle ne voulait pas le rejoindre. Plus le rejoindre. Elle voulait Andrew et il ne la suivrait pas partout à jamais parce qu’un jour leurs chemins finiraient doucement par se séparer et ça lui semblait si cruel, et si inhumain et si atroce et si… Elle ne voulait pas mourir. Pas si Andrew restait ici. Elle ne voulait plus être seule. Elle ne voulait qu’Andrew. Et il lui tournait toujours le dos, et elle eut soudain l’envie de pleurer. Non non non. Il devait la regarder encore, parce que ses jours étaient comptés. Il lui restait peut-être une journée, peut-être deux, peut-être mille autres, ou dix mille, ou cinquante mille. Il n’avait pas le droit de ne pas la regarder, et elle allait le lui prouver. Elle serra le pendentif dans sa main, lui qui semblait être un réconfort venait de lui démontrer une séparation imminente entre les deux. Ils ne seraient pas toujours ensemble, tous les deux. « Andrew et Thèdes » était éphémère. Bientôt, il ne resterait qu’Andrew. Mais pas ce soir, ni demain, elle l’espérait. Elle se rapprocha de lui, serrant davantage son poing sur le pendentif alors qu’elle passait ses bras autour de lui, collée à son dos, pour murmurer :


« Ne pars pas. »

Oui, bon. Elle avait compris : Elle allait mourir. Elle allait mourir. Elle allait mourir. Mais là, elle était encore vivante. Elle avait un cœur qui battait. Elle avait chaud, elle avait froid. Elle aimait. Elle haïssait. Elle ressentait. Elle pouvait bouger ses orteils. Elle pouvait courir. Elle pouvait guérir si jamais elle tombait malade. Et elle devait se forcer au bonheur, de toutes ses forces. Elle devait se rendre compte de ses détails insignifiants. Elle devait s’y accrocher, même. Elle allait s’interdire d’avoir ce loisir-là, celui de penser que ce serait peut-être la dernière fois, car elle mourrait déjà à cette idée, à cette idée que rien ne dure jamais. Ou presque, parce qu’elle arriverait à se persuader que tout peut durer, si Andrew restait à ses côtés.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Andrew McAllen
M.U.M
M.U.M
avatar



 
▌Né(e) le: 08 Avril
▌Pays d'origine: États-Unis
▌Statut: 6ème année

MessageSujet: Re: Vi Veri Veniversum Vivus Vici   Jeu 12 Avr - 21:22

L’image devenait plus claire dans sa tête. Il deviendrait un fugitif, et par choix, parce que l’idiot qu’il était n’avait pas su tenir sa langue jusqu’au bout, et pour quel résultat ? Qu’est-ce que la révélation de son secret pouvait apporter de bon, en fait ? Rien. Absolument rien, mais Andrew était réputé pour agir de la mauvaise façon au mauvais moment. Dès qu’il y avait un mot ou une phrase de trop, ça venait de lui... Sauf peut-être pour cette nuit du réveillon dans le Maine. Un mince sourire traversa son visage. Ce soir-là lui paraissait encore tout aussi irréel encore aujourd’hui, et soudain très lointain. Les probabilités que Thèdes vienne cogner à sa porte étaient alors d’une sur un milliard, et pourtant elle l’avait fait et lui, évidemment, il l’avait laissé entrer. Et il le lui avait déjà dit à Thèdes que même si Lauréline et lui s’étaient embrassés, ça n’avait eu aucun impact sur ce qu’il pouvait ressentir pour elle. Alors ce jour-là, en réalité, il n’avait fait que ça, attendre que Thèdes prononce le mot de trop, fasse le geste qu’il ne fallait pas ou qu’elle ne devait pas faire. Tout ça parce que c’était soi-disant terminé alors que pas du tout. L’ironie de la chose était que maintenant, Andrew ne savait pas ce qui était bien ou pas, ni comment il était préférable que Thèdes réagisse. Une partie de lui pensait réellement mériter de manger des racines au fin fond d’une caverne en Roumanie pour fuir la prison d’Azkaban et ses Détraqueurs, vêtu d’une chemise en lambeaux. À la seule idée d’être enfermé derrière les barreaux, Andrew se sentait prêt à partir en cavale jusqu’en Antarctique si ça pouvait lui assurer la liberté. L’autre partie de lui n’attendait qu’un mouvement de la part de Thèdes. Il fixait le portail, espérant stupidement qu’elle… Qu’elle quoi, au juste ? Qu’elle le retienne, ou qu’elle le pousse vers la sortie ?

Il ne voulait pas alléger son fardeau, même si le partager avec elle était très injuste de sa part. Andrew avait envie de rire jaune, tout d’un coup. Avait-il déjà fait quelque chose pour Thèdes ? Il ne trouvait rien, pas de réponse. Ainsi, pendant tout ce temps, il n’avait fait que penser qu’à lui ? Pas possible. Marcher les quelques mètres le séparant de la grille ne serait pas si difficile, dans ce cas-là. Avance, bon dieu ! Pars, dégage, fous le camp, tout le monde se remettra de ton absence, et Thèdes se trouvera quelqu’un d’autre, quelqu’un de mieux ! Merde de merde ! Il avait pourtant abandonné l’Amérique avant tellement de facilité. Alex avait Ted, Elias et Malloy, c’était pas un problème. Andrew n’était pas indispensable. Elei saurait raconter ses problèmes à Ian. Amalia s’en sortirait, avec ou sans lui. Thèdes avait Lauréline, et Lauréline avait Thèdes, ces deux filles-là ne se lâcheraient pas. Alors il appartiendrait au passé, et dans quelques temps, ils se demanderaient tous si Andrew McAllen fut plus qu’une illusion collective d’un type trop beau et trop bruyant pour être vrai. Il deviendrait un fantôme avant Elei. Nouvelle envie de rire jaune, parce qu’il avait tout à perdre, et il avait tout risqué, ou plutôt, il avait risqué tout ce qui comptait pour lui. Derrière lui, il entendit les chaussures de Thèdes écraser le gravier du sentier. Il fronça davantage les sourcils. Les pas ne s’éloignaient pas. Andrew retint sa respiration, bien incapable de réagir ou de bouger ne serait-ce que le petit orteil. Elle s’arrêta près de lui et tout redevint silencieux. Un silence criant, décisif, comme un jugement qui tombe. Les bras de Thèdes lui serrèrent la taille, et l’espace d’une seconde, il pensa étouffer au contact de la chaleur de sa peau qui passait à travers le tissu de sa chemise. Sans qu’il ne puisse se l’expliquer, jamais il ne s’était senti aussi stupide. Honteux, même, d’avoir pensé qu’elle le laisserait s’en aller comme ça. C’était pire encore de constater à quel point Thèdes avait pris de l’importance en si peu de temps.

Ne pars pas. Trois mots. Elle aurait pu lui parler en norvégien qu’il aurait tout compris, tout comme elle avait compris qu’il ne faisait pas que se lever du banc, parce que l’intonation dans sa voix disait tout. Forcément, Thèdes voyait à travers lui. Andrew ne jouait plus la comédie depuis longtemps. Qui plus est, elle était tombée amoureuse de lui à l’époque où il agissait en Plume, et elle lui pardonnait tous les mauvais côtés du Plume sans l’ombre d’une hésitation. L’une de ses mains vint recouvrit celles de Thèdes sur son torse. À travers ses doigts, il entendait son propre cœur s’emballer. Aucun doute qu’elle le sentait aussi. Il leva son autre bras en direction du portail, et au moment où il referma lentement sa main, pliant ses doigts au creux de sa paume, les grilles bougèrent d’elles-mêmes pour se refermer dans un lourd grincement de métal. Il défit son poing, puis l’étreinte de Thèdes. Sans lui lâcher les mains, il se retourna vers elle, le regard baissé sur la chaîne en argent entre les doigts de Thèdes.


" Je trouverai une solution à ça. "

De son pouce, il caressa la peau sur le côté de la main qui serrait en son creux une partie de lui, de son âme, relevant lentement les yeux vers elle pour croiser les siens. Il n’y vit aucune peur, pas même l’ombre d’un regard noir. Thèdes ne fronçait pas des sourcils non plus. Elle le regardait, tout simplement, parce qu’elle était Thèdes Konstonhalu et qu’il était Andrew McAllen. Doucement, il esquissa un mince sourire en coin comme il en avait fait mille fois par le passé, mais celui de ces dernières semaines seulement, et un genre de sourire de triple idiot amoureux qu’il n’adressait qu’à elle seule.

" Est-ce que je peux quand même ouvrir le cadeau ? "

Il resterait, parce que Ted s’était royalement planté, le jour où il lui avait dit que Thèdes était comme toutes les autres filles. C’était faux. Tellement faux. Parce qu’au fond de lui, Andrew ne voulait qu’elle, tout d’elle, tous les jours, pour toujours. Autant la fille qui cuisinait comme un pied que celle qui souriait dès qu’il entrait dans la même pièce. Celle qui lui balançait ses chaussures à talons en pleine tête aussi, et l’autre qui enfouissait son nez dans son cou dès qu’une occasion se présentait. Il ne lui tournerait plus le dos, c’était fini. Andrew avait la certitude qu’elle ne lui demanderait pas un jour de la rejoindre quelque part, par exemple le banc de parc où ils se trouvaient en ce moment même, pour lui dire contre toute attente qu’eux deux, c’était terminé. De toute manière, il le lui avait déjà dit, qu’il ne comptait pas la laisser partir, et n’était-ce pas là ce qu’elle venait elle-même de faire alors qu’il songeait lui-même à s’en aller sous la conviction que c’était ce qu’il fallait ? Il n’avait fait qu’y penser et y croire d’ailleurs, car malgré toute la volonté amassée, il avait bien été incapable de faire plus de quelques pas vers le portail. Il ne voulait pas d’Andrew McAllen sans Thèdes Konstonhalu. Cette fille l’avait rendu complètement fou. Leur relation atteignaient sans cesse de nouveaux sommets jamais égalés. Quel idiot ! Quels idiots ! À toujours se contredire, à se chercher, puis se trouver, et encore se retrouver. Là où il ne plaçait plus aucun espoir, là où il n’y avait que de la méfiance, elle avait tout changé. Thèdes était devenue sa force et sa faiblesse. Lenna avait pris de l’importance à travers sa mort tandis que Thèdes prenait une place incommensurable de son vivant. Andrew la retint avant qu’elle n’aille vers le banc, là où le paquet, posé, attendait qu’on s’intéresse de nouveau à lui.

" J’ai quelque chose pour toi aussi, si t’acceptes de sortir en tête à tête avec moi. "

Il lui décocha un large sourire charmeur.


" Il te faut un bikini, je préfère te prévenir, c’est la tenue obligatoire. "

Andrew pencha son visage au-dessus du sien, élargissant son sourire. Pour une fois, il disait peut-être les bons mots au bon moment.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Thèdes Konstonhalu
A.C.A.I.I
A.C.A.I.I
avatar



 
▌Né(e) le: 27 juillet
▌Pays d'origine: Norvège
▌Statut: 2ème année

MessageSujet: Re: Vi Veri Veniversum Vivus Vici   Lun 16 Avr - 21:12

Il allait trouver une solution à ça, et il ne mentait plus. Elle le savait, puisque ça faisait bien longtemps qu’il ne faisait plus son cinéma de jouer le rôle d’un Plume. Il allait trouver une solution, et dans un sens, c’était tant mieux. Peut-être que ça signifiait justement qu’il pensait comme elle, non ? Ne pas finir ses jours tout seul, entre autre. C’est que ça ne devait pas être marrant, déjà, au début pour une personne lambda, mais venant d’Andrew et de Thèdes, et de cette lubie qu’ils avaient depuis quelques mois d’appeler ce qui les faisaient vivre de la folie, finir ses jours seuls, c’était quand même le dernier truc à faire, et puis même, peu importe. Ils auraient pu être des personnes lambda qu’il en aurait été tout autant. Non, c’était non. Pas d’Andrew tout seul. Pas d’Andrew tout court si Thèdes n’était pas là. C’était pourtant très clair dans sa tête, mais en était-il de même dans celle d’Andrew ? Après tout, ce n’était pas la première fois qu’un quiproquo venait mettre le trouble dans son esprit à elle. Elle ne savait pas ce qu’Andrew pensait, ce qu’Andrew pouvait faire, ne pouvait seulement que s'en douter, l'imaginer tout au plus, et pourtant, malgré tout ce qu’il lui avait dit, elle ne pouvait pas s’empêcher de se demander ce qu’il ferait, si jamais il ne trouvait rien pour détruire le pendentif. Thèdes se rappela soudainement d’un soir, en salle commune où, de colère, Andrew avait jeté le pendentif par la fenêtre. Alors c’était ça ? Elle l'avait rendu tellement fou qu’il aurait été prêt à perdre l’objet à détruire histoire d’avoir un peu la paix ? Elle se sentit coupable un moment. Pas beaucoup. Andrew caressa la main de Thèdes alors qu’elle relevait les yeux vers lui et, quelques secondes plus tard, leurs regards se croisèrent. Elle n’osa pas esquisser ne serait-ce qu’un sourire. Peut-être qu’elle n’en avait pas besoin. Peut-être qu’elle n’avait pas envie non plus. En fait, elle n’avait très sincèrement pas envie de bouger. Pourtant, c’est ce qu’elle fit quand Andrew se mit à sourire, bien incapable de ne pas reproduire le même schéma sur elle, alors, elle lui sourit à son tour, rabaissant les yeux vers le pendentif, les relevant aussitôt vers lui.

C’est lui qui brisa le silence, et Thèdes hocha vigoureusement la tête, alla pour récupérer le cadeau qu'Andrew lui réclamait mais il la retint et elle se retourna de nouveau vers lui, sans comprendre. Toujours silencieuse, elle l’écouta lorsqu’il lui posa la question et hocha encore la tête, esquissant un nouveau sourire alors qu’il le lui rendait en un milliard de fois mieux.

Et évidemment, voilà. Il n’avait manqué que ça. L’allusion à la rivière souterraine parce que bien sûr, quitte à être dans le parc, près du banc où tous les deux s’étaient assis pour discuter un peu, un an jour pour jour après leur rencontre, il ne manquait que ça. Elle élargit le sourire qu’elle portait déjà sur les lèvres, hochant encore la tête, acceptant la condition, parce qu’elle l’avait déjà acceptée un an plus tôt, et qu’aujourd’hui encore, il lui était encore totalement impossible de refuser quoi que ce soit à Andrew. Thèdes n’avait strictement aucune idée de ce qu’il avait en tête, si ce n’était un remake de leur première soirée en tête à tête dans la rivière souterraine qui s’était on ne peut plus mal terminée puisqu’elle avait dû emmener Andrew à l’infirmerie, lui qui à l’époque souffrait de maux d’estomac dus à sa consommation trop fréquente d’alcool, si elle avait bien compris. Mais peu importait. C’était il y a un an de ça, et c’était déjà trop loin. Alors qu’il penchait son visage au dessus de sien, Thèdes élargit encore davantage son sourire pour attraper ses lèvres afin de l’embrasser. Le baiser terminé, elle s’éloigna de lui pour aller chercher le cadeau, hésita avant de le lui donner et finit par lui murmurer, résignée, le cadeau caché dans son dos :

« Tu ne veux pas l’ouvrir dans la chambre, plutôt ? »

Elle n’attendit pas qu’il réponde, lui attrapa aussitôt la main de la sienne libre, l’éloignant du portail au cas où il aurait encore l’envie de s’en aller sans elle, laissant dans le parc le sac d’Andrew dont elle n’allait jamais avoir connaissance pour le ramener dans leur chambre.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: Vi Veri Veniversum Vivus Vici   

Revenir en haut Aller en bas
 

Vi Veri Veniversum Vivus Vici

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
S.W.Y.N ¤ Someone Wants You Nuts ¤ :: •• EXTÉRIEUR •• :: » Le Domaine de S.W.Y.N :: Le Parc-
Sauter vers: