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 Sweet is the voice of a sister in the season of sorrow [PV Mini-B]

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Ian Bale
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▌Né(e) le: 13 Février
▌Pays d'origine: Pays de Galles
▌Statut: 6ème année

MessageSujet: Sweet is the voice of a sister in the season of sorrow [PV Mini-B]   Lun 25 Juin - 4:12

Trois heures quarante-cinq du matin. Non. Un coup d’œil rapide à l’horloge qui trônait dans le Hall d’entrée de l’université lui confirma qu’il était plutôt trois heures cinquante. Cinq minutes de différence, c’était notable. D’autant plus pour quelqu’un qui n’avait jamais vraiment laissé le temps filer sans en garder le compte. Un soupir audible perça l’air vide du Hall. Personne, pas d’âme qui vive, pas un bruit, une présence. Les gens étaient dans leurs chambres. Seuls ou accompagnés. Ils dormaient, ou pas. Quelques-uns devaient encore traîner à Bourg-en-Bière même en ce mardi matin. Mais à cet instant précis, il était complètement seul. Il se sentait complètement seul. Il aurait pu crier que personne ne serait venu voir ce qui lui prenait. Sauf peut-être un elfe de maison, les mains chargées de lessive à laver. Qui aurait peut-être marmonné quelques injures avant de retourner à sa besogne. Et il en avait presque envie. Envie de crier, de casser quelque chose, de foutre un truc en feu, n'importe quoi. Il avait envie de sentir son cœur battre de rage, d’adrénaline. Il avait envie de sortir de ces putains de limbes où il s’était noyé. Il avait envie de vivre, au lieu de faire semblant, au lieu de faire croire. À lui et à tout le monde qui l’entourait.

Il avait trop bu. Troisième soir de suite que ça lui arrivait, de sortir. Où il se disait consciemment qu’il voulait être con, qu’il voulait faire n’importe quoi, qu’il voulait oublier. Et les deux soirs précédents, ça avait fonctionné. Il s’était retrouvé au Corn Flex. Bien habillé, avec son sourire charmant, ses yeux pétillants, ses cheveux à moitié coiffés où les filles aimaient bien perdre leurs doigts. Il avait bu, assez pour perdre de son inhibition, assez pour se faire conquérant, habile, confiant, suave. Et les deux soirs précédents s’étaient conclus avec une fille dans les bras, qu’il avait entraînée jusqu’à chez lui, jusqu’à son lit. Sous lui, sur lui. Griffures, gémissements, coups de reins, extase. Et il avait été poli, courtois, même drôle une fois les ébats passé. Leur avait montré où était la douche, leur avait demandé si elles avaient soif ou faim, les avait raccompagné jusqu’à la porte en les remerciant d’un murmure pour les heures passées ensemble. Mais il avait rejeté des demandes de baisers une fois sortis du moment, n’avait pas voulu d’une nuit – ou même de juste quelques heures – à dormir avec une fille au creux du bras. Une fois qu’elles étaient parties, il était allé se laver avant de retrouver ses draps. Ce soir, par contre, il ne voulait rien de ça. Ce soir, il avait - vraiment – trop bu. Se mentir à soi-même était ridicule, et il l’avait réalisé. Enfilant les bières, les shots, les joints. Téquila, vodka, Jack Daniels, rhum, name it. C’est lorsqu’une gorgée de whisky lui donnant une violente nausée qu’il s’était dit qu’il valait mieux rentrer.

Mais au lieu de prendre la direction du loft, qui se trouvait à cinq coins de rue à peine du bar, le Gallois avait erré dans le village, le pas incertain et pas tout à fait droit. Et bien vite, les réverbères lui parurent agressants, trop clairs. Sa marche l’avait mené loin du village, vers le sentier qui se rendait à l’université. Loin des lueurs de la petite ville, il avait levé les yeux au ciel, s’imprégnant de la douceur de la lune et des étoiles. Il s’était rendu à la bordure de la forêt, s’était assis au pied d’un tronc qui l’avait vu dans tous ses états, qui l’avait vu ardent, amoureux. Il pouvait encore la voir près de lui, sa tête contre son torse alors que leurs souffles se calmaient. Et là, il avait fumé une cigarette. Drôle de moment de nostalgie; elle lui avait toujours dit qu’il empestait, avec ses bâtons de nicotine. Une fois sa cigarette terminée, il s’était levé et avait continué son chemin jusqu’au château. Les grandes portes ouvertes, il avait été accueilli par… le silence. Le regard d’azur du Gallois s’était attardé sur quelques détails insignifiants du Hall; un coin de tapis retroussé, un tableau pas tout à fait droit. Qu’était-il venu chercher ici? Son lit était au loft, on avait probablement donné sa chambre ici à quelqu’un d’autre depuis que le déménagement était officiel et inscrit au dossier. De toute façon, ça devait bien faire un mois qu’il n’avait pas mis le pied dans les dortoirs Dorelly. Et pourtant, il se mit en marche, montant les escaliers pour se rendre à la salle commune, vide. Sans s’attarder là plus longtemps, il emprunta le couloir qui menait à l’aile de Plumentines. Il ne perdait rien à essayer. Au pire, elle dormirait et il trouverait le sommeil dans les couloirs. Au mieux, elle serait là, se contenterait de lui balancer quelques insultes en Gallois avant de lui dire de déguerpir. Qui réveille sa petite sœur au beau milieu de la nuit? Ingrat d’Ian.

Il lui fallut plus de temps que d’habitude pour trouver la porte de la chambre d’Amy-Jo. Pas que sa mémoire lui faisait défaut, mais sa vue était plus embrumée que d’habitude. D’alcool, et de larmes retenues qui lui assèchent les yeux. Mais il la retrouva, s’arrêta lamentablement devant. Allait-il véritablement faire ça? Se pointer à presque quatre heures du matin, saoul, triste, pour réclamer un peu d’affection saine, ou juste de l’attention? Il hésita une seconde, laissant son front se coller sur le bois de la porte, ses paupières se fermant. Il n’est pas trop tard pour retourner au loft, Ian. Ou bien squatter un divan de la salle commune pour les heures à suivre.

Il cogna doucement.


« Amy-Jo…? C’est… c’est Ian. Si tu es réveillée, tu… tu voudrais bien qu’on discute un peu? Sinon c’est pas grave, je vais aller dormir dans la salle commune… »

Le jeune homme marqua une pause. Ravalant l’ombre d’un sanglot.

« Fi angen i chi, chwaer fach*. », ajouta-t-il doucement en gallois, en éloignant sa tête de contre la porte.





[*J’ai besoin de toi, petite sœur.]
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Amelia-Joëlle Bale
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▌Né(e) le: 1er Mai
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▌Statut: 2ème année

MessageSujet: Re: Sweet is the voice of a sister in the season of sorrow [PV Mini-B]   Mar 3 Juil - 14:57

« Amy-Jo... Amy-Jo ... »

Deux heures trente-deux. Amelia-Joëlle Bale se réveille en sursaut quelque part sur les terrains de Swyn. Sur son front dégouline une perle de sueur, ses mains sont moites, sa respiration est saccadée. Elle sent son cœur tambouriner frénétiquement sous sa poitrine, elle sent ses artères pulser erratiquement sous sa peau.

« Amy-Jo... »

La voix n'est qu'un rauque murmure et pourtant elle résonne à travers les Plaines Embrumées. La nuit est claire et l'horizon se détache du ciel avec une facilité déconcertante. L'air est étrangement sec pour une nuit estivale et Amy-Jo s'en rend compte par la vive douleur qui lui brûle le nez à chaque inspiration.

« Fi angen i chi, chwaer fach. »

Cette voix, soudain si familière, balaye à nouveaux les plaines, se brisant en mille avant d'atteindre la fin de la phrase. Cette voix, connue depuis toujours et pas plus forte qu'un soupir, retentit néanmoins dans l'air. Ou n'est-ce que dans sa tête ? Amy-Jo bondit. Mais son réflexe est trop rapide et sa tête, drainée de sang, se met à tournoyer. Un froncement de sourcil. Une lèvre mordue. Concentration. De cette doléance émane une fragilité cristalline, un souffle éphémère ; elle ne peut attendre. Choc. Tension. Stress. Emoi. Agitation. Fébrilité. Angoisse. Peur. PANIQUE. La panique qui fuse vers le cerveau, celle qui accélère le cœur à un point tel que les côtes le sentent gagner en vitesse, celle qui enflamme le visage et qui en même temps lancine le dos d'éclairs glacés, celle qui ôte toute pensée rationnelle de l'esprit, n'y laissant que l'impitoyable appréhension devant ce qui attend... PANIQUE.

Soudain, l'air est devenu humide, respirer est devenu difficile. Amy-Jo se met à courir. Une course qui est d'abord celle de la survie, la ruée d'une détresse désespérée. Puis, peu à peu, son élancement rétablit son rythme cardiaque et elle sent la cavalcade dans sa cage thoracique se calmer. Inspire, expire, inspire, expire... Esprit blême. Un pied tombant à la suite de l'autre, elle se rend compte qu'il pleut. Il pleut à torrent. L'éclair fouette, suivi du grognement du tonnerre. Il est trois heures une.


***

Amy-Jo arriva dans le Hall légèrement essoufflée. Une tranquillité nocturne y régnait, rompue seulement par la placide explosion des gouttes d'eau ruisselant le long de son corps, sur le sol marbré. La jeune femme resta plantée là quelques instants, seule et insignifiante dans cette vaste salle, tentant de saisir au passage un brin de conscience pour se ramener à la réalité. Pour ranimer son esprit engourdi. Elle ne sortit de sa transe que lorsqu'elle se retrouva dans son dortoir, grelotant de froid. Revenue sur terre mais pas moins troublée, elle eut tout de même le réflexe d'attraper la première couverture qu'elle trouva. Observant la pièce d'un œil hagard, elle prit conscience encore une fois de son isolement. Chaque lit était vide. Un éclair de réalisme lui rappela que le contraire, un samedi soir à Swyn aurait été douteux. Elle s'écroula par terre, le dos contre la porte, sans ménagement. Ses yeux étaient grands ouverts mais ne voyaient qu'une seule chose, absente de son champ de vision : Ian. Ian effaré. Ian soûl. Ian en deuil. Et elle, là, échouée en haut d'une tour à une heure indécente, trempée de la tête aux pieds, en proie à une terrible impuissance. Amy-Jo se força à cligner les yeux.

Quel cauchemar. Oubliant comment elle s'était retrouvée endormie en plein milieu des plaines, elle essaya de se concentrer sur ce qui paraissait être un rêve. Elle ne parvint cependant pas à faire abstraction du traumatisme subi. C'était juste une voix pourtant. Mais une voix qui lui avait semblée si... réelle ! Sans s'en rendre compte, elle s'était mise à pleurer à chaudes larmes. Remplissant ses poumons jusqu'à ce que ça devienne douloureux, la Plume s'essuya les joues d'un geste brutal et expira. Elle se frotta les yeux, puis jeta un coup d'œil à sa montre. Trois heures quarante-sept. Il ne pleuvait plus. Soupirant, Amy-Jo se traîna jusqu'à sa valise d'où elle sortit une bouteille sans même avoir eut à fouiller. Une bouteille de quoi ? Aucune idée. Elle ne se donna même pas la peine de regarder l'étiquette ; quoique ce fût, elle savait que ce serait fort. Toutes les bouteilles dans sa valise étaient fortes. Amy-Jo ouvrit la bouteille d'un geste trop mécanique pour ne s'être entraînée qu'à l'occasionnelle soirée, et la porta à ses lèvres. Avant même d'y avoir goûté, elle reconnut l'odeur du mezcal. Elle hésita. Une pointe de raison faisait surface ; boire ou ne pas boire, telle était la question. La jeune femme se trouvait l'esprit embrumé par un excès d'émotions et aurait souhaité pouvoir réfléchir sans être distraite par une pollution si... humaine. Elle voulait un raisonnement propre, clair, détaché. Une analyse objective, nette, froide.


« Para todo mal, mezcal, y para todo bien también. *
» murmura-t-elle à l'attention de personne d'autre qu'elle-même.

Elle baissa son regard vers la bouteille. En plein dans le mille. L'étiquette arborait fièrement, sous l'imprimé coloré «
Mezcal », le dicton mexicain. Amy-Jo soupira.

« Fuck it.
»

Elle approcha l'alcool de ses lèvres une deuxième fois, décidée à boire pour décanter le mélange de sentiments et de ruminations qui tiraillaient sa conscience. Mais à peine le verre froid de la bouteille eût-il touché sa bouche qu'un léger coup sur la porte se fit entendre. Amy-Jo sursauta légèrement. Qui frappait à la porte à une heure pareille ?! Soit quelqu'un de trop sobre, soit quelque de trop ivre. Elle hésita. Encore trempée, les cheveux dégoulinants, les yeux rougis, soulignés par les probables traces de mascara laissées par ses larmes... Et de toute façon, son état psychologique ne lui permettait pas d'aller répondre à une quelconque requête de festoiement. Que faire ? L'ignorer ? L'insulter et lui dire de se casser ? Feindre un ronflement dans l'espoir que l'ingrate personne ne poursuive pas son indécence plus loin et comprenne qu'il fallait tourner les talons ? Amy-Jo n'eut pas le temps de trouver une solution car une voix s'éleva dans le couloir et traversa la porte.

«Amy-Jo ? C'est... c'est Ian. Si tu es réveillée, tu... tu voudrais bien qu'on discute un peu ? Sinon c'est pas grave, je vais aller dormir dans la salle commune... »

Une pause. Un sanglot, ou presque.

Paralysée, Amy-Jo sentit, pour la énième fois de la soirée, son cœur s'affoler. Ian était censé passer la nuit au bar, sans doute avec Alvin. Et que viendrait-il faire ici de toute façon ? Leur loft était bien plus près du Corn Flex que ne l'était l'établissement de Swyn. Non, elle ne pouvait pas être encore en train de rêver ! Un cauchemar récurrent ? Non, non, non !... Comment se réveiller ?! Le ressenti physique était la solution la plus évidente. Instinctivement, la Plume se mordit la lèvre, fort.


«Fi angen i chi, chwaer fach.
»

Plus fort. Ce rêve l'avait déjà terrorisée une fois, il était hors de question que cela se reproduise. Mais ce n'est que lorsqu'elle sentit la salure rouillée du sang sur la langue que la douleur diffusa abruptement dans sa lèvre. Elle n'avait pas bougé ; elle était toujours là, une couverture plus qu'humide autour des épaules, une bouteille à cinquante-cinq degrés dans la main, assise sur le sol, adossée à la porte... Porte qui la séparait d'Ian ! En moins de temps qu'il ne faut pour dire « frère », Amy-Jo se retrouva sur ses pieds, sa main libre agrippée à la poignée. Elle jeta la porte ouverte et... C'était bien lui, c'était bien Ian qui se tenait là, voûté, devant elle. Et pourtant, ce n'était pas tout à fait lui. Obnubilée par ce grand homme au regard perdu et empestant l'alcool, la jeune femme se perdit à son tour. Comment réagir ? Amy-Jo voulait lui sauter dans les bras, pleurer, l'insulter, l'embrasser, le repousser, le soulager... le réflexe du masque de la neutralité tomba brutalement sur son visage, ne lui laissant des traits que vaguement ébahis.

« Ian...
» Ce ne fut d'abord qu'un murmure. « Dwi yma.** »

Si son visage en dévoilait peu, sa voix, elle, la trahissait complètement. Cassée, expressive, aimante. Silence. Amy-Jo saisit les deux doigts de son frère et l'entraîna dans la pièce. S'installant au bout de son lit, elle leva son regard ambré vers son frère, regard ouvert et prêt. La fraternité Bale fonctionnait ainsi. N'importe quand, n'importe où.




[* Pour tout mal il y a le mezcal, et pour tout bien aussi.]
[** Je suis là.]
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Ian Bale
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MessageSujet: Re: Sweet is the voice of a sister in the season of sorrow [PV Mini-B]   Jeu 5 Juil - 2:38

Frayeur. Elle était là, derrière la porte, et elle avait peur. Pas seulement comme si quelqu’un dont elle ne connaissait pas l’identité venait cogner à sa porte au beau milieu de la nuit. C’était bien plus intense que cela. Plus vif, plus paniqué. Comme si elle appréhendait quelque chose, comme si elle s’attendait au pire. L’avait-il tiré d’un cauchemar? C’était possible. L’aîné des enfants Bale n’était pas le seul à avoir des problèmes de sommeil. Alors qu’Edwyn pouvait aisément faire des nuits de dix à douze heures sans interruption, c’était loin d’être la même chose pour Amy-Jo. Anxiété, terreur nocturne? Ian ne lui avait jamais vraiment posé la question. Il savait seulement qu’il n’était pas rare de la croiser tard la nuit, autant à la maison qu’à l’université. Combien de fois s’étaient-ils rencontrés à cinq heures du matin, sur le balcon de leur maison en bord de lac, à s’échanger clopes et gorgées de café faute d’avoir pu avoir une nuit de sommeil stable? Des centaines. Combien de fois s’étaient-ils croisés dans les couloirs, alors que tous les deux venaient, presque en synchronisation, de refermer la porte de leur chambre respective derrière eux? Des centaines. C’était pire depuis le décès de Papa. Mais même si c’était pénible pour le géant de subir sans cesse les caprices de son cerveau beaucoup trop actif, il chérissait les moments passés avec sa sœur à toujours apprendre à la connaître un peu plus. Aujourd’hui, non seulement le lien de leur sang les unissait avec force, mais ils étaient aussi amis. De vrais amis, de bons amis.

Douleur. Que se passait-il? Ian fronça les sourcils en faisant un demi-pas en direction de la porte, sa main se posant à plat sur le bois de celle-ci. Toujours pas de mouvement à l’intérieur de la pièce. Juste un sentiment d’incrédulité, mêlé à la même panique qu’un peu plus tôt et à une douleur vive. Il hésita. Devait-il cogner une deuxième fois? Il ne pouvait pas laisser Amy dans cet état. Changing the focus, once again. Ça n’était plus à propos de lui, maintenant. Là, il devait savoir ce qui tourmentait sa sœur. Ils parleraient de lui plus tard. Après qu’elle soit apaisée. Il attendrait. Il avait été idiot, ingrat, égoïste de venir la déranger. Mais au moins, même s’il regrettait un peu d’être venu, il se consolait en se disant qu’il pourrait peut-être servir à la consoler. C’était la plus grande responsabilité qui lui avait été donnée, en tant que grand frère. Veiller, couver, apaiser, aimer. Surtout sur sa sœur. Sa perle. La protéger, même si elle était capable de le faire elle-même.

La porte s’ouvrit subitement. Son regard d’azur n’eut même pas besoin de chercher celui de la Plumentine. Leurs yeux se trouvèrent, naturellement, comme cela avait toujours été le cas. Deux goutelettes rougeâtres ornaient sa lèvre inférieure. Deux perles de sang, minuscules. Avant même qu’elle ne dise un mot, le ténébreux éleva sa main vers le visage de sa sœur et, agrippant doucement son menton de ses doigts, vint essuyer d’une délicate caresse de son pouce le sang, qu’il vint ensuite machinalement essuyer contre son propre pantalon. Il en avait assez, de toujours savoir ce qu’elle sentait. Surtout lorsqu’il savait qu’il la décevait. Le Gallois se mordit les lèvres, lâchant un court soupir, puis se concentra un instant sur ses propres émotions. Pour oublier qu’elle n’était pas heureuse de le voir dans cet état. Il aurait tellement dû attendre d’avoir dégrisé. Là, c’était juste pathétique. Puis sa voix. Du miel, du velours. Elle était là. Elle le lui disait, qu’elle était là. Mais le poids sur ses épaules ne se dissipait pas. Il persistait, s’alourdissait même, se faisait douloureux, presque insupportable. Le nœud dans sa gorge l’empêcha de répondre, son regard toujours soudé à celui d’Amelia-Joëlle. Les mots étaient inutiles, ils arrivaient à se comprendre quand même. J’ai besoin de toi, et tu as besoin de moi. De ta présence, de ta main contre la mienne. J’ai besoin de ton affection, j’ai besoin de me sentir bien. Et tu es la seule qui peut me l’offrir.

Ian se laissa guider dans la chambre, le bout de ses deux doigts se refermant, par réflexe, contre la main d’Amy-Jo. Il passa sa main libre dans ses cheveux courts et sombres, machinalement. À chercher quoi? Son éternelle casquette? Il n’en avait pas mis du tout ce soir. Amy garda ses phalanges bien serrées entre les siennes alors qu’elle s’asseyait, ses grands yeux ambrés levés vers lui, attendant la suite. Quelle suite? Il ne le savait pas. Il n’avait pas pensé jusque-là. À ce qu’il allait dire, à ce qu’il allait faire une fois que sa frangine l’aurait laissé la déranger. Silence, encore une fois. Calme plat brisé par les presque imperceptibles tremblements de ses bras, de ses genoux. Il avait mal au ventre, mal au torse. À l’intérieur de lui, cette masse effrayante grandissait, prenait toute la place, l’empêchant presque de respirer. It’s too much, pensa-t-il alors que ses yeux s’embuaient de larmes malgré lui.


« Je… », souffla-t-il de sa voix rauque, rattrapant son souffle, un sourire machinal étirant ses lèvres.

Sourire qui disparut totalement. Juste avant qu’il ne tombe sur ses genoux, emporté par le torrent d’émotions qu’il retenait depuis beaucoup trop longtemps. Les barrières tombèrent et les sanglots firent violemment tressauter ses épaules. Son front se posa contre les cuisses d’Amy-Jo, ses mains s’accrochant, paniquées, à ce qu’il pouvait tenir. La main de la jeune femme et son genou. Puis il pleura, sans pouvoir s’arrêter, sans même vouloir se retenir. La dernière fois qu’il avait pleuré ainsi, c’était sur les cuisses de sa mère que sa tête était venue trouver refuge.


« I’m… I’m so sorry Amy, I just can’t deal with it anymore. I’m losing my mind… »


If I go crazy then will you still call me Superman?
If I’m alive and well, will you be there holding my hand?
I’ll keep you by my side with my superhuman might.

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Amelia-Joëlle Bale
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MessageSujet: Re: Sweet is the voice of a sister in the season of sorrow [PV Mini-B]   Lun 16 Juil - 21:01

Silence. Des pupilles dilatées. Un froncement de sourcils. Une mâchoire serrée. Or, ce n’étaient qu’une transparence tamisée du chaos qui ravageait Amy-Jo. One would never see her wearing the inside out. Ian could though. But this was about him. Tonight was about him. Sorrow.

The sweet smell of a great sorrow lies over the land
Plumes of smoke rise and merge into the leaden sky:
A man lies and dreams of green fields and rivers,
But awakes to a morning with no reason for waking
Ian Bale était un rêveur. Il s’agissait du genre de personne qui réfléchissait, psychotait, imaginait scénario après scénario. Au même titre que sa sœur d’ailleurs, seulement il le faisait avec moins de réalisme qu’elle. Il se laissait porter par des fantaisies empreintes d’un optimisme parfois exacerbé dont Amy-Jo n’aurait jamais été capable. Mais de temps à autre arrive le soir qui pousse à boire. Arrive l’alcool qui pousse à voir. Arrive la vue, qui pousse à n’y plus croire.

He's haunted by the memory of a lost paradise
In his youth or a dream, he can't be precise
He's chained forever to a world that's departed
It's not enough, it's not enough
Leurs regards se verrouillèrent l’un sur l’autre. Ce n’était même plus de la complicité ; c’était de la fusion. Une fusion d’états d’âmes, une compréhension entière d’émotions, une union pour sauver l’autre. Amy-Jo lisait Ian comme un livre scellé mais dont sa présence décollait les pages, une à une. Et elle y découvrait un puis de désespoir et de tourment sans fond. Elle sentit une vague de douleur s’emparer de tout son être et ses genoux manquèrent de céder. Mais elle se contint. Il avait toujours été là pour elle, qu’elle l’ait voulu ou non, qu’elle lui parlât ou non. Il fallait qu’elle reste présente. Impératif inébranlable. Il fallait qu’elle reste là. Pour lui. Rien que pour lui. Il en avait besoin. Ian n’était pas quelqu’un d’égoïste. Bien au contraire ; c’était, sans aucune doute, la personne la plus altruiste qu’Amy-Jo connaisse et possédait une générosité dont elle n’avait pas hérité. Il ne serait pas venu ici à une heure aussi indécente si la situation n’avait pas été critique… La jeune femme perdit conscience de son cœur dont le rythme était devenu malsain et oublia la torture - psychologique et qui devenait physique – qu’était de voir son frère dans cet état. Pour lui. Pour être prête, pour lui.

His blood has frozen & curdled with fright
His knees have trembled & given way in the night
His hand has weakened at the moment of truth
His step has faltered
« I’m… I’m so sorry Amy, I just can’t deal with it anymore. I’m losing my mind… »

Agrippé à la main et au genou de sa sœur, il se vida. Il se vida de ses larmes retenues, il se vida de ses émotions refoulées. Il vida son trop plein esprit comme il vida son âme oppressée. Amy-Jo se pencha sur lui pour le serrer, aussi fort qu’elle le pu. Elle s’accrocha à lui comme il s’accrochait à elle, en cette tentative fraternelle de survivre ce tsunami d’émoi et d’aller vers un endroit moins sombre. Ils restèrent ainsi quelques minutes ou quelques heures, dans la singulière familiarité qu’offraient les bras de l’autre.

One world, one soul
Time pass, river roll
L’orage passait.

L’orage était passé. Amy-Jo inspira profondément, une main perdue dans les boucles d’Ian. Un instinct maternel dont elle ne connaissait pas l’existence jusqu’alors l’enveloppa ; elle se devait de le libérer si le protéger n’était pas dans ses moyens. Tandis qu’il expulsait ses derniers sanglots, elle cherchait du rationnel. Du réalisme. N’importe quoi pour ôter ses pensées du flot d’émotions, trop violent, qui la noyait. Il n’était que logique alors, que son esprit se dirigeât vers les raisons – conscientes ou non – de l’état d’Ian.

Arth ? Leur séparation n’avait jamais été claire. Que ce soit pour Amy-Jo, comme pour Ian - d’après elle. Depuis sa sixième année à Poudlard, la Plumentine s’était promis de ne plus croire aux âmes sœurs. Elle n’y croyait pas d’ailleurs, pas plus qu’elle ne croyait en l’amour – mais cela est une autre histoire. Cependant, s’il devait y avoir, en ce bas monde, deux personnes faites l’une pour l’autre , ce serait sans nul doute Ian Bale et Arth Wenlock. La petite Bale l’avait vu, de ses propres yeux – et contre ses yeux nul ne peut argumenter le contraire. À ce jour, il lui arrivait parfois d’apercevoir la longue silhouette de son frère hanter les terrains de Swyn à la recherche d’un quelque chose qui indubitablement lui manquait. Si elle osait le suivre du regard, elle voyait ce tronc d’arbre qu’il retrouvait parfois, ce coin d’herbe qu’il caressait avec désarroi, cette étoile qu’il regardait avec nostalgie d’autres fois. Ce poids devait être insupportable.

Harker ? Sa mort avait fait le tour des couloirs en peu de temps. Cela-dit, n’importe quelle mort aurait circulé rapidement. Amy-Jo avait peu considéré l’affaire, ne l’ayant pas connu. L’annonce de son décès ne lui avait fait ni chaud ni froid, si ce n’est qu’elle trouva cette affaire un peu…dommage ainsi que sordide – un suicide ? Il avait du être dans de bien profondes abîmes pour se résoudre à une telle échappatoire... En revanche, son frère avait détesté Phillip Harker. Et à la suite de cette haine, apprendre sa mort avait du être un choc. Ian Bale ne se réjouissait pas du malheur des autres, même de ceux qu’il méprisait du fond de son âme. Il ne leur souhaitait pas l’infortune. Mais l’humanité inhérente à sa personne laissait penser Amy-Jo qu’il s’en sentirait pour le moins, coupable. Très coupable. Et même si la jeune femme savait pertinemment qu’il s’agissait d’une culpabilité injustifiée, elle savait aussi que les sentiments de son frère n’étaient pas toujours calqués sur la raison. Ce poids serait insupportable.

Papa ? Elle n’y pensa pas. Elle ne voulait pas y penser. Et elle le savait de toute façon. Ce poids était insupportable.


« Ian… Speak to me. »

Sa voix se voulait douce et rassurante, ses intonations se voulaient sûres, ses mots se voulaient être un pilier. Mais nul ne pouvait passer à côté de la note d’inquiétude qui rajoutait ce trémolo à sa phrase – bien qu’elle essayât de la dissimuler du mieux qu’elle pu... sans grand succès.



© Pink Floyd – Sorrow.
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MessageSujet: Re: Sweet is the voice of a sister in the season of sorrow [PV Mini-B]   Jeu 19 Juil - 5:38



La douleur lui grugeait l’esprit et il n’arrivait toujours pas à identifier spécifiquement ce qui provoquait une telle crise – absolument rarissime – chez lui. Il s’était retrouvé plusieurs fois complètement épuisé, à se dire que c’était le bout, qu’il ne pouvait pas en prendre davantage, qu’il avait atteint sa limite, son seuil. Il s’était fâché à quelques reprises, avait osé répliquer, avait même haussé le ton parfois. Il avait été profondément triste, déçu. Il avait versé quelques larmes, il avait même défoncé l’un des murs de la salle commune d’un solide coup de pied, une fois. Sa patience s’épuisait lentement, mais c’était long. Et lorsqu’il laissait aller un peu de cette frustration, de cette noirceur qui le rendait un peu plus humain, il revenait bien vite à son état normal. Calme, réfléchi, souriant, heureux. Il n’était ni rancunier, ni du genre à broyer du noir, à se ressasser les mauvaises décisions et les regrets. Une fois le pire passé, il passait par-dessus le reste bien facilement. Il avait juste besoin de quelques minutes à lui-même, d’une courte marche et d’une clope, puis c’était comme s’il ne s’était rien produit. À quoi cela servait-il de s’attarder sur les choses qui nous font du tort quand on peut simplement passer à autre chose?

Mais ce soir, c’était autre chose que de la frustration ou de la déception. Cette nuit, son âme criait d’un désespoir qu’il n’avait pas connu souvent. Une détresse sans nom qui ne s’était toujours pas laissé identifier. Il avait une idée de ce qui le mettait dans un tel état. Une idée, ou plusieurs. Ou un ensemble. Mais d’avoir une simple idée de ce qui le torturait n’enlevait nullement la honte qu’il y rattachait. C’était tant de choses en même temps, mais s’il l’avait réalisé, c’était bien pour une raison en particulier, une raison spécifique qu’il n’avait pas osé admettre. S’il était venu ici à cette heure, à pleurer sur les genoux de sa sœur comme s’il s’agissait de ceux de leur mère, c’était peut-être parce qu’il avait besoin de se libérer de ce poids qui lui pesait, qui lui écrasait avec violence les épaules. Mais qu’est-ce qu’elle va penser de quoi? Qu’est-ce qu’elle va me dire? N’a-t-elle pas ses propres soucis? Et moi j’arrive comme ça et je viens y rajouter quelques idioties, c’est pathétique. But I need it. I have to speak up, I can’t stand the fucking silence, all the time.

De longues minutes passèrent. Lorsqu’il réussit à finalement oublier le conditionnel, il s’était concentré sur le présent. Sur ses émotions, sur ses poumons hoquetant légèrement de sanglots, sur la texture du pyjama d’Amy-Jo sous ses doigts et sous ses joues. Il n’avait pas calculé combien de temps était passé, il ne voulait pas savoir. Mais au moins une bonne vingtaine de minutes. Il en avait sur le cœur. Et même s’il savait qu’il allait devoir ouvrir son sac, que maintenant qu’il était là, il n’aurait pas le choix de parler, ça l’effrayait. Par où commencer? Comme exprimer ce qu’il avait à dire de façon correcte, structurée, adéquate? Lui qui n’avait jamais eu de mal avec les mots se retrouverait peut-être avec la langue nouée le moment venu. Les soubresauts de ses épaules s’apaisèrent lentement, alors que la respiration du Gallois reprenait un rythme presque normal. Les doigts fins de sa sœur entre ses cheveux achevèrent de le calmer. Ian ferma les paupières, inspira profondément puis expira alors que sa tête restait toujours étendue sur les cuisses de la Plumentine. Il ne voulait pas bouger. Il voulait rester là, comme un gosse perdu pour qui la protection venait de la chaleur de ses proches. À cet instant-là, c’était exactement comme cela qu’il se sentait.

Elle demandait à ce qu’il parle. Demande légitime, qui le faisait chier au plus haut point. Je veux, mais je veux pas. Je veux, mais j’ai peur. De ta réaction. De mes propres mots. Des souvenirs. Le géant laissa ses dents mordiller sa lèvre du bas avant que, lentement, il redresse sa tête pour venir regarde Amy-Jo droit dans les yeux. Les siens étaient enflés, rougis. Il essuya même une larme solitaire perlant toujours contre sa joue d’un mouvement machinal de la main. It’s now or never, just say it.

Say it.


« I’m an asshole, you know. I feel so goddamn lonely. Amalia me manque au point où ça me fait mal, au point où je ne peux pas être trop longtemps dans les endroits qui me font penser à elle. Arth me manque comme ça ne se fait plus. Mais c’est mon amie qui me manque, pas l’amoureuse. C’est sa présence, sa complicité qui me manque… Et… And it’s all my fault you know. I keep on destroying who I put my hands on. Amalia est partie pour la France à cause de moi, je suis certain. Arth est retournée au Pays de Galles à cause de moi aussi. Et… Et… »

Gorge qui se sert, larmes qui coulent. Say it.

« Et je… I am such a fucking idiot… So much that I try to forget how lonely I feel by sleeping with a girl who’s taken. Mais pas n’importe quelle fille en couple, non. Il fallait que… que je m’attache à elle, que je la trouve aussi fichtrement belle… Et qu’un mois après, son copain se suicide. Et ça… Et ça je ne peux pas me le pardonner. Je ne peux pas me pardonner d’avoir couché avec Arabella. Je ne peux pas dormir en pensant qu’il s’est enlevé la vie et que j’ai peut-être quelque chose à y faire. »

Larmes encore plus puissantes que la première fois. Sanglots, gémissements. Sa tête retrouve sa place sur les cuisses de sa sœur.

« I hate myself for this, I can’t stand the shame… I feel so bad. Papa… Papa aussi aurait honte de moi. I hate myself for making her wanting to die too. I hate myself for making her cheat, for making her cry. »
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Amelia-Joëlle Bale
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MessageSujet: Re: Sweet is the voice of a sister in the season of sorrow [PV Mini-B]   Mar 24 Juil - 14:44


Alors il avait tiré un trait sur sa relation avec Arth... Quelque part en elle Amy-Jo sentit une lueur d’espoir s’éteindre brusquement. Elle étouffa un gémissement. Arth Wenlock et Ian Bale avaient représenté à ses yeux la preuve vivante que, malgré ses propres convictions, peut-être, peut-être l’amour n’était pas juste une songe sorti d’un conte de fée ou une chimère imaginée par des poètes ivres afin de rendre un tant soit peu plus crédible les fantasmes des rêveurs. Amy-Jo n’accusait les ces conteurs et ces aèdes de rien. « But only in their dreams can men be truly free. T’was always thus and always thus will be. » disait le sage de Welton Academy. Et en effet, la jeune femme pensait aussi que rêver était l’une des meilleures escapades que pouvait vivre l’homme, à portée de main de tous. Mais de là à y croire…

Amelia-Joëlle Bale y avait cru, à une époque. Elle y avait cru dur comme fer et avait laissé tout son être, jusqu’aux plus profondes abysses de son âme, s’y submerger. Elle s’était laissée noyer dans cette illusion réconfortante, se dandinant d’un nuage rose au suivant, chantant
« sous la pluie, au soleil, à midi ou à minuit » avec Joe Dassin, passant des heures et des heures à fixer le vide en contemplant son visage, berçant dans des draps trempés d’amour à ses côtés, dans ses bras qui pouvaient la protéger de tout et n’importe quoi. Elle y avait cru. Jusqu’au jour une garce du nom de réalité la poignarde dans le dos. Elle y avait cru, puis elle était tombée. De haut. De très haut. Une chute du haut du paradis et n’ayant pour seule plateforme prête à l’accueillir le sol terrestre, c’est long, c’est dur et c’est brutal. Et si Amy-Jo parvint à s’en sortir vivante, ses croyances se brisèrent à l’atterrissage. Ni le scotch ni la glue, ne marchent dans ces cas-ci. Et la petite Bale avait bien moins de foi que son grand frère.

À nouveau des larmes. Une pause.

Et cette Amalia… La Plumentine ne s’était jamais aventurée à savoir ce qui se trafiquait entre elle et Ian, malgré sa réputation de curieuse obsessive. Mais peut-être s’en doutait-elle et, partagée entre son affection pour Arth et sa fraternité pour Ian, avait-elle préféré ne pas s’y mêler, ne pas savoir, pour sauver sa conscience. Avec du recul, bien qu’elle n’ait pas de détails – aussi avait-elle toujours fuit le sujet face à son frère – la trame était claire. Amy-Jo ne pouvait pas savoir si quelque chose de concret s’était passé entre eux, mais elle ne pouvait pas non plus tourner son dos à l’évidence ; il y avait eu quelque chose. Un regard en trop, une phrase trop lourde de sous-entendus, un sourire trop entichée ou une bise trop langoureuse… Et ça n’avait pas été que du flirt. Il y a avait eu des émotions, puis des sentiments… Et c’était pire qu’une simple nuit sans lendemain.
En rassemblant les pièces du puzzle, Amy-Jo se rendit compte à quel point elle avait bien fait de ne pas s’y mêler. Elle s’entendait déjà, au milieu du salon, en train de lui lancer insulte sur insulte, lui proférer de viles vérités et de révoltants réalismes à la gueule. Impitoyable. Elle aurait été impitoyable. En s’imaginant ce qui aurait été, Amy-Jo se rendit compte à quel point elle avait eu tort de ne pas s’y mêler. Elle aurait été violente intransigeante envers Ian, et elle l’aurait traîné jusqu’au bord du gouffre, l’aurait forcé à regarder les choses telles qu’Arth pourrait les voir, avant de l’y pousser elle-même.

Puis ça la frappa. Violemment. C’était un aveu. Plus que des confessions, Ian lui avouait son amour pour Amalia et lui avouait son amitié pour Arth. L’esprit de la jeune femme était assommé par la confusion. Avant qu’elle n’ait le temps d’y remettre un peu d’ordre, Ian enchaîna avec une autre vague encore plus imprévue que la première.

Arabella ? Oh shit. This wasn’t just guilt anymore. This was the deep, blazing, waterproof kind of guilt. No matter what was said, no matter who said it, it kept on roasting ones conscience. This was the guilt which came with a searing pain, a smoldering ache. But the worst part of it was the smoke. The thick, opaque smoke that cut you off from all the others, an impenetrable wall of fumes that inevitably led to asphyxiation in one’s own shame and culpability.

It was so fucked up. All of it.

Une nouvelle pression, plus pressante vint s’exercer sur les cuisses d’Amy-Jo. Ian s’y accrochait comme l’on s’accroche à un pilier à la recherche de viatique. Et Amy-Jo n’en avait pas à offrir. Mais son mutisme était bien loin d’être involontaire. Malgré toute la morale bafouée, malgré tous les codes transgressés et les règles violées, elle ne pouvait pas lui en vouloir. Car tout ce qu’il venait de lui dire, n’était qu’humain. Ce qui semblait lui avoir tranché les cordes vocales n’était plus tant le choc de ces aveux que la réaction, imprégnée de son indissociable réalisme, qu’ils entraînaient.

Elle voulait le réconforter, lui dire que tout passerait, et qu’ensuite le soleil se lèverait, qu’il n’y penserait plus et que la vie continuerait comme avant, rayonnante ou pluvieuse, mais toujours valant d’être vécue, et surtout, méritée. Elle voulait vraiment lui dire ça. Mais elle ne pouvait pas. Et si ce n’était pas le cas ? Damn Pyrrho and his skepticism ! Amy-Jo ne pouvait pas se permettre de lui dire tout ça car elle n’y croyait pas. Pas assez en tout cas, et un mensonge pareil résonnerait haut et fort dans sa voix. Peut-être que ces mots détenaient une certaine véracité, mais une véracité alors trop fugace. Autant de soucis, de sentiments, d’émotions, autant de torture ne pouvait pas simplement disparaître à l’aube, chassés par les premiers rayons de soleil. Ian Bale tapissait bien, mais pas assez bien. Ses démons lui reviendraient, nocturnes, pluvieux, gris, obscures, solitaires. Et Amy-Jo le savait.

Il se détestait disait-il. Amy-Jo ferma les yeux, sa tête endolorie. Ce qui lui faisait mal en entendant ça, était la sincérité qui retentissait derrière. En disant ça, il n’usurpait pas l’identité d’une victime, il ne tentait pas de s’attirer des regards attendris. Il le pensait vraiment. Et leur père… Puis Arabella.

Les doigts d’Amy-Jo continuaient leur caresse mécanique à travers les cheveux de son frère tandis qu’elle essayait vainement de se trouver une porte de secours à traverser avec Ian. Les mots dégringolèrent de sa bouche, sans organisation, sans réflexion, mais honnêtes
.

« Ian… It’s human. Pour toi et Arabella, ce n’est pas juste toi qui es en jeu. Elle l’est aussi. L’erreur, si c’était une erreur, venait de toi comme d’elle. Tu n’es pas à porter la responsabilité seul. »

Elle marqua une pause, le temps de se dire qu’elle n’aidait pas beaucoup.

« The shame you talk of, is justified. Be ashamed, but then step up and let it fade. For in your intentions, there is no shame to be had. To choose not to live is a shame. To choose not to try is cause for guilt. But you, Ian, you try, and you live. You even live for others before yourself. Do not hate yourself. Because if you do…- » Amy-Jo esquissa un sourire faible et fatiguée. « Because if you do, it would not stand to logic that I love you. And you know how I need things to be logical. »

Amy-Jo n’était pas des plus douées pour exprimer ses propres sentiments, même vis-à-vis de son frère. Elle n’arrivait pas à le faire d’un ton grave et sérieux comme certains auraient préféré. Mais quiconque la connaissait bien, entendait déjà la sincérité qui sortait de sa bouche.

« Rwy’n dy garu di. *»




[* Je t'aime.]



Dernière édition par Amelia-Joëlle Bale le Ven 27 Juil - 18:03, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Sweet is the voice of a sister in the season of sorrow [PV Mini-B]   Ven 27 Juil - 17:13

Ian et Amelia-Joëlle ne se cachaient rien. Il ne se disait pas toujours tout, mais ils ne se cachaient rien. Ils se connaissaient suffisamment – comme si elle était lui et lui était elle – pour savoir lorsque quelque chose devait être exprimé. Cela ne voulait pas dire qu’ils savaient absolument tous les secrets de l’autre, mais les choses importantes ne restaient jamais non-dites. Les moments de fierté, les cœurs brisés, les peines, les joies, les réussites et les échecs. Les premières fois, les dernières fois, les moments à souligner, les moments à oublier. Et même s’il arrivait qu’ils veuillent garder des choses pour eux-mêmes, ils savaient tous les deux avec certitude que l’autre était toujours disponible. C’était ainsi. Toujours. La vie avait été faite ainsi. Même s’ils ne se croisaient pas pour des semaines à la fois, lorsque l’un ou l’autre avait besoin d’être écouté ou ressentait l’envie de se confier, ils se croisaient de façon tout à fait aléatoire, aux endroits les plus étranges. Les discussions s’en suivaient rapidement, même au beau milieu d’une boîte de nuit. You know I’ll always be there, baby sister. And I know you’re always close, even when you’re far. Nothing can beat us when we’re together. Our love is too strong, too pure, too true.

Mais pourrait-elle lui pardonner cela? Pourrait-elle accepter la déchéance de son frère, son manque de conscience, d’altruisme. Ce n’était pas comme Ian. Ce n’était pas comme lui de ne pas penser aux conséquences de ses actes, surtout quelque chose comme cela. Certes, Harker, il ne l’avait jamais aimé. Il l’avait méprisé, même. Comment une personne peut-elle être satisfaite de son existence lorsqu’elle est aussi pitoyable? Tout ce qu’il faisait, c’était se droguer, et être dangereux. Le pire, c’est qu’il n’avait jamais même essayé de s’en sortir. Il se complaisait dans cette pauvre excuse qui lui servait de vie. Qu’est-ce qu’Ara lui avait trouvé? Le ténébreux ne savait pas. Qu’est-ce que Harker avait que lui n’avait pas au moins au centuple?... Ça n’avait pas d’importance. Il était mort, maintenant. Il avait été lâche, il s’était enlevé la vie. Il avait laissé derrière lui une fille magnifique, géniale, à pleurer son décès, à regretter son propre cœur battant. Et ça, il ne pouvait pas le lui pardonner. Mais ça ne l’empêchait pas de s’en vouloir. On ne couche pas avec la copine de quelqu’un d’autre, point à la ligne. Ça ne se fait pas. Il n’y a que les enfoirés qui font ça, que les mecs sans morale, sans valeurs. Apparemment, c’est ce qu’il était devenu. Il devait montrer l’exemple, c’était lui le grand frère. Au lieu de cela, c’était lui qui venait chercher du réconfort. Il ne méritait pas cette paix d’esprit. Go crazy, that’s all you deserve.

Elle se mit à parler. Il aimait sa voix. Musicale, légère, rassurante, adorable. Elle parvenait à l’apaiser une seconde fois, à calmer l’orage qui avait repris en force juste un peu plus tôt. Le géant lâcha un faible soupir, reprenant un peu de son souffle en restant attentif à ce qu’elle avait à dire. Elle savait quels mots choisir. C’est ce qu’il aimait de se confier à Amy-Jo. Elle était sincère, n’habillait pas son opinion de frivolités pour la rendre acceptable. Les choses étaient ainsi. Il y avait quelque chose d’incroyablement rassurant à savoir qu’elle pouvait le ramener sur terre lorsque sa tête, ses idées et son angoisse s’emportaient. C’était son pilier solide, cette constance apaisante. Et elle avait raison. Ce qu’elle disait était vrai. Il lui faudrait du temps avant que son cœur le réalise et que ses remords se dissipent, mais il savait qu’elle avait raison. Même qu’il se laissa sourire, tout doucement, lorsqu’elle parlait de la logique de l’amour. Selon lui, il n’y avait aucune logique derrière ce sentiment des plus abstraits. Mais si ça pouvait la rassurer de le croire, tant mieux.


« I love you too. You can’t even imagine. », dit-il en levant ses yeux vitreux vers sa sœur.

Ian se redressa lentement, plantant d’abord ses poings dans le sol pour se stabiliser, puis se leva sur ses pieds. Sa tête lui tournait. Trop d’alcool, trop d’émotions. Il se passa machinalement une main dans les cheveux puis, tant bien que mal, s’assied à côté d’Amy-Jo, sur le lit. Il ne pouvait pas rentrer dans son dortoir. Il avait peur de sa solitude. Peur de ce qu’elle portait. Le jeune homme se pencha vers sa sœur et, après avoir affectueusement passé son bras autour de ses épaules, posa un tendre baiser sur sa tempe. Il se mit à chuchoter, doucement.


« Tu penses que… que je peux rester dormir avec toi cette nuit? On se lèvera tard demain… Et si tu veux, on… on pourrait prendre un Portoloin et aller visiter Maman. Si tu veux. Sinon, c’est pas grave. Je comprendrai. »
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Sweet is the voice of a sister in the season of sorrow [PV Mini-B]

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