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 Poor little Woodpecker. [Libre / Voir par MP.]

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MessageSujet: Poor little Woodpecker. [Libre / Voir par MP.]   Sam 5 Fév - 22:56

The naughty little woodpecker,
Knocked holes, crumbling the forest,
The angry wood god turned his beak to poison…
The poor little woodpecker
His nest was poison and his supper too.
He touched his friends and they all died
.”


Un éclat retentissant. Du verre brisé sur une pierre, tombale. Une seringue qui ne resservira plus. La comptine a cessé. La voix du Joueur ne résonne plus parmi l’éternel silence des esprits. Il accuse le coup. Il est assis contre une stèle, fixant le ciel de ses yeux éteints. La fougue qu’il clame publiquement ne cache plus son faciès, gris comme les nuages qui lui masquent la lune. La dose commence à faire effet. Substitut alchimique de la morphine. Il étire enfin son bras gauche sans avoir à contenir sa douleur. Son rituel quotidien.

Son tarot est éparpillé devant lui. La carte de l’astre sera bientôt parfaitement effacée. Celle du monde vient juste de se retourner, le cycle s’est terminé. Dans sa main, sa dernière pièce tombée. La Force a trépassée. Valek est mort. Comme Eleiakin. Ils sont morts et il les a tués, le vilain petit pic-vert. L’arcane est devenu noire, comme la nuit depuis la chute de l’étoile. Son jeu fait désormais triste figure, étalé sur le marbre, assailli par la pluie.

Il y a quelques mois, c’était celle que l’on pouvait considérer comme sa bien-aimée qui se jetait de l’unique tour encore fièrement dressée. Les autres avaient eu raison de sa naïveté. Ils connaissaient le côté calculateur du Dorelly, elle l’avait alors appris. Elle sombra. Elle est tombée et celle qu’elle était ne reviendra plus. Elle ne doit pas revenir. Le Fou est maudit. Sa propre Tour lui a montré.

Deux jours auparavant, c’est son acolyte qui devint déchu. Sa seule faiblesse était sa solitude. Ekzael n’avait pu combler le manque fraternel. Il était parmi les plus puissants au milieu des autres, et restait seul et démuni face à lui-même. Troisième échec du Joueur. Il avait pourtant étudié des nuits entières l’ensemble des ouvrages sur la nécromancie, ou encore la résurrection des temps passés. Valek lui-même avait fait venir quelques livres de son manoir, sachant les vains desseins de son partenaire. Il avait gagné là le temps qu’il lui fallait pour organiser sa propre fin. Les conclusions étaient évidentes. Il ne pouvait rien faire. Le Joueur voyait ses ailes fondre sous la cinglante lueur de ses ambitions.


Evil little wood pecker,
You made another hole today, the forest is full of holes, I say.
The Angry Wood God put poison in your beak.
Poor little woodpecker,
Your nest and food are poisoned.
Touch your friends and they all die
.”

La berceuse reprend. Pas un fantôme, pas une entité pour lui imposer d’arrêter. Ils se sont terrés. Ekzael baisse les yeux vers le pendentif reçu. Une tour minutieusement ouvragée, fais de l’argent le plus pur, certainement. ‘‘Vois. Vois ce qui se trouve autour de ton cou et… admire.’’ Il se penche sur sa gauche pour rendre le contenu de son estomac. Il met ça sur le dos de la substance injectée. Il refuse d’y voir son propre dégout pour l’ultime œuvre de son ami. L’aura qui en émane est la réplique même de toute la puissance rayonnant de l’islandais quand il se tenait proche. Effrayante, envoutante, ardente. Les flammes repoussent les esprits sauvages, et consument les âmes trop prétentieuses.

Il tente de se remettre droit, toujours adossé à l’ornement funéraire. Il est totalement trempé, son corps a froid, et son esprit ne réagit plus à ce qui l’entoure. Son regard vide se pose sur sa main droite. Sa peau est atrocement pâle, et ses phalanges totalement ensanglantées. Il ne savait exprimer la colère qui l’assaillait. Il l’évacuait ainsi, fracassant son poing contre la pierre. Il s’en voulait. Il en voulait à tous. Il appuie sa tête contre le support glaciale. La pluie continue à fouetter son visage. Et le long de ses cernes creusés, ses larmes ruissellent.


Sad little woodpecker, your poisoned tears shined so brightly.”

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Amelia Farrell
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▌Né(e) le: 27 Novembre
▌Pays d'origine: Angleterre
▌Statut: 2ème année

MessageSujet: Re: Poor little Woodpecker. [Libre / Voir par MP.]   Mar 22 Fév - 16:18

Ô nuit, étend ton ombre !
Ce doux voile sombre apaise la terre,
Essuie les larmes au milieu des décombres.


Pluie et vent, colère et peine. Les gémissements d’Eole agitaient la cime des arbres en une danse tremblotante, inquiétante. Un rideau dense de gouttes d’eau trempait comme une soupe, en quelques secondes seulement, l’inconscient qui s’avisait de mettre un pied dehors. N’importe quelle personne sensée serait restée bien au chaud, à contempler, à l’abri, le déchaînement des éléments.

Pourtant, une silhouette mince avançait lentement sur le chemin boueux, ployant sous les rafales de vent. Sa destination ? Le cimetière. A peine protégée du froid par une longue cape brune, qu’elle avait vaguement enchantée à coup d’impervius pour tenter de résister à l’humidité, Amelia avançait avec obstination. C’était une nuit idéale pour dire adieu à une amie – du moins le pensait-elle. Devant elle, sous la lueur vacillante émise par sa baguette, les tombes défilaient. Jusqu’à ce qu’elle arrive à celle qu’elle cherchait.

La stèle était simple, de marbre rose, sans ornements particuliers. Un nom, écrit en lettres élégantes. C’était elle. Une des victimes de l’attaque qui avait détruit – entre autres – la tour de leur maison. Elle s’était bien défendue, son amie, lançant sort après sort contre les mages noirs. En vain. Une seconde d’inattention, et elle était tombée. Aujourd’hui encore, Amelia s’interrogeait sur les raisons de cette attaque, de ce gâchis. Pourquoi s’en prendre à des jeunes, pleins d’espoirs et d’avenir ? Naïve, désorientée, la petite Sang-de-Bourbe. Mais il fallait aller de l’avant, lui avait-on dit. Alors, un passage – le dernier ? – sur cette tombe modeste. Elle y déposa une fleur, se fendit d’une prière, de quelques mots sincères qui sonneraient dans le vide.

Il était temps de repartir. Son sortilège d’imperméabilité donnait des signes de défaillances, à en juger par l’eau qui lui coulait dans le cou. Frissonnante, la jeune sorcière repartait d’un pas vif vers la chaleur que lui promettait son lit, quand une voix non loin la fit se retourner. Quelqu’un chantait. Dans un cimetière ? Voilà qui n’était guère respectueux pour les défunts. Elle s’apprêtait à se détourner, à reprendre sa route, quand elle aperçut, dans la même direction, une vive lueur. La curiosité fut la plus forte, et elle rebroussa chemin, déterminée à découvrir qui provoquait cet étrange phénomène.

Une silhouette prostrée, visiblement affligée. La silhouette de quelqu’un, si elle se rapprochait un peu, qui lui disait quelque chose. Quelqu’un dont des âmes bien intentionnées lui avait recommandé de se méfier. Elle le reconnaissait, maintenant, pour l’avoir croisé dans les couloirs, observé de loin. Bien sûr, elle avait – comme tout le monde – entendu les rumeurs. Ekzael Ahnkïr. Elle aurait dû partir, certainement. Ce n’était pas la meilleure des idées d’aller à la rencontre d’un sorcier réputé fou, surtout lorsqu’il avait l’air de se sentir aussi mal. Mais évidemment, elle fit le contraire de ce qu’ordonnait la prudence. S’avançant vers la stèle, elle prononça doucement :

« Je me demandais qui dérangeait ainsi le repos des morts. »

Soupir du Joueur, moue agacée dans sa direction, et silence persistant. Visiblement, elle dérangeait. Tous les ingrédients habituels étaient présents. Normalement, face à un tel cocktail de dédain, la demoiselle aurait déjà décampé. Là, elle se contenta de rester debout, de s’ébrouer un peu dans un vain effort pour se débarrasser de l’eau qui s’accumulait dans ses cheveux. Elle parcourut son environnement du regard, tentant de comprendre quelle scène s’était déroulée ici.

Son œil passa sur la seringue cassée – drogue, pas drogue ? – et l’air hagard du jeune homme. S’arrêta sur la main en sang. La jaugea avec un intérêt presque professionnel. Elle n’était pas censée encore savoir guérir les plaies, réparer les os cassés... Elle n’était qu’en deuxième année, après tout. Un petit rien, qui ne maîtrisait pas le savoir médical. Mais elle n’aimait pas voir un corps en mauvais état. C’était si bien construit, de base ! Tout était si bien agencé, chaque chose avait sa place, propre, harmonieuse. Là, ces chairs déchirées, ces os peut-être fêlés, brisés à force de frapper contre la pierre... Cela irritait quelque chose en elle.

Sourcils froncés, elle réfléchissait. Bien sûr qu’elle connaissait la formule qui permettrait de le soigner. Mais elle n’était sans doute pas autorisée à l’utiliser, vu son faible niveau d’études. Et puis, d’ailleurs, rien ne disait que l’effet serait autre qu’un pétard mouillé. Mais elle avait envie d’essayer. Même si obtenir l’accord de son interlocuteur ne serait certes pas aisé.
D’un ton anodin, elle tenta de réamorcer le dialogue :

« Tu sais que tu es blessé ? »

Nouveau soupir. Sans se décourager, elle poursuivit avec obstination :

« Je sais que je te dérange. Mais je ne peux pas partir alors que tu saignes. Et puis... Tu dérange les voisins. La lumière de ton collier n’est pas vraiment naturelle. Je suis bien obligée de rester. »

Et de s’avancer d’un pas, marquant bien son intention.


Dernière édition par Amelia Farrell le Jeu 31 Mar - 10:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Poor little Woodpecker. [Libre / Voir par MP.]   Ven 11 Mar - 1:51

Un fantôme. Aucun d’eux ne pouvait l’approcher. Une créature, alors. Non. Ses pas semblent humains. Sa voix l’est. Féminine. Inconsciente. Téméraire. Elle le dérange. Parce qu’il dérange aussi. Il aurait souri, habituellement. Elle est idiote. Il se contente d’une expression froide, sèche. Elle ne part pas. Elle l’observe. Il en est donc arrivé là. Spectacle étrange qui attire curiosité, pitié, empathie, ou simple stupidité. Elle s’attarde sur son poing, écarlate d’hémoglobine. Elle comprend. Il la déteste déjà.

Quelle perspicacité. Il est blessé. Quelle nouvelle. Avait-il déjà été sain, de toutes manières ? Il la méprise. Son pendentif l’oblige à rester. Cadeau empoisonné. Simple reflet de son porteur maudit. Elle ne partira pas. Héroïne naïve qui pense sauver le pauvre oiseau blessé. Elle s’avance, il se lève. Elle lui donne envie de vomir. Imbécile innocence d’une…


« Gamine. Tu devrais pas traîner dehors. Pas si tard. Pas ici. Pas avec moi. »

Gamine. Son ton agressif et hautain. Gamine. Elle ne l’écoute pas. Gamine. Elle a son nom. Il vient déjà de la dissocier de la masse. Il aurait dû partir. Lui. Mais il ne peut plus bouger. Paralysé par ses propres faiblesses. Il reste droit devant elle. Mais son âme tremble. Le Joueur y voit déjà un nouveau pion. Le Fou cherche sa lame sœur. Et le Pic-Vert veut simplement fuir. Ne plus empoisonner les personnes qu’il approche.

Ekzael et ses masques. Il souhaite exister, simplement. Le Joueur ne pense qu’à s’amuser, son esprit malsain et retord ne voit que stratagèmes et manigances. Il ne peut laisser son corps s’éloigner d’une nouvelle pièce, qui semble si pure, si fragile. Le Fou le suit, sourire dément sculpté sur sa face. L’âme faible doit s’élever. Il veut l’amener dans la réalité, et la changer, avec le soutien de toute sa main. Mais l’être faible ne peut tolérer cela. Les conventions le disent, il n’est pas bon. Il la souillera de sa propre aliénation. Elle peut vivre sans lui. Elle ne pourra plus le faire, s’il s’y mêle. Le Pic-vert est sous le joug de sa malédiction. Il tuera tout ce qu’il touche. Déjà trois échecs, il ne doit plus continuer.

Son esprit s’embrouille. Lui, habituellement chaotique et - paradoxalement - logique voit la raison s’immiscer dans la demeure de ses pensées. Non, pas la raison. Mais des principes. De bas principes. Il a trop remis en question ses propres capacités. Le doute. L’Arme efficace qui se retourne contre son maître. Futile ironie. Voilà que celui qui dénigre le formatage de la masse pourrait le voir appliquer à son esprit. C’en est trop. Un dernier coup contre le marbre. Il n’y a pas la place pour un piaf pleurnichard dans sa cage mentale. Il ne s’envolera certainement pas, trop faible. Alors il suffit de l’étouffer. Un sourire illumine le visage du Dorelly. Indescriptible. Entre mépris, délire et joie. Il refait surface.

Il n’a jamais aimé la solitude. Il ne pourrait se l’expliquer. Et voilà qu’il a devant lui une personne qui pouvait lui prêter attention. Sans tour habile. Sans vil raisonnement. Juste naturellement. Il ne doit pas refuser. Il jette un œil à ses cartes. De sa baguette il les réunit et les amène vers lui. Un geste maladroit, le bout de bois tombe au sol. Son index ne répond plus. Il aura été le sacrifice temporaire de sa rage et son retour. La Gamine veut prendre soin de sa main, il a maintenant une raison de la lui laisser.

Il range alors le jeu dans son étui, mais une carte lui échappe. Il pense d’abord au Jugement. Après tout, c’était son atout le plus récent. Acquis sur un coup de tête. Jack Lauwrence. Mais la carte est tout autre. A l’exacte opposée. Ce n’est pas la pénultième, mais la seconde. La Papesse. Choix intéressant. Le nouveau cycle débute donc.


« Le cimetière n’est pas un endroit pour une Gamine. Va donc te coucher. Rends-toi utile. »

Il lui tourna le dos, sans plus d'explications. Il s’enfonçait un peu plus dans l’obscurité, son médaillon d’argent laissant un halo léger autour de sa silhouette. Il leva la main droite, son index dansant follement au gré du mouvement, ou du vent. Comme un adieu à une fille trop faible. Ou une élégante invitation destinée à sa nouvelle carte.


Dernière édition par Ekzael Ahnkïr le Dim 3 Avr - 21:24, édité 1 fois
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Amelia Farrell
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MessageSujet: Re: Poor little Woodpecker. [Libre / Voir par MP.]   Lun 14 Mar - 20:52

Oh cette grimace qui tord un instant ses traits ! Mélange de dégoût et de mépris, un éclair fugace qui ressemble presque à de la haine. Elle vacille. Elle devrait déjà être partie. Au chaud, dans son dortoir ou la salle commune, à profiter de la soirée avec des amis. Que fait-elle encore ici ? Papillon attiré par une mauvaise lueur, qui volette innocemment vers sa perte. Petite fille pleine de bonne volonté. Petite fille si bien cernée par cette voix qui s’élève, tandis que le Joueur se tient droit, face à elle.

Un sursaut, de la surprise. Oh, le ton de cette voix ! Et ces paroles qui, prononcées plus gentiment, auraient semblé presque soucieuses de son intérêt. Là, elles se font venin. Elles frappent la volonté de l’enfant. Elle recule. Un pas tremblant vers l’arrière. Une pause. Fuis, petite fille, semblent crier les esprits. Fuis Mel’, fuis, tu vois bien qu’on ne veut pas de toi ici. Gamine, il a dit. Comme il a bien trouvé, Amelia, mon enfant. Comme tu trembles, Amelia. Est-ce le froid, vraiment ? Comme tes dents claquent ! Tu devrais retourner te mettre au chaud. Ignorer le Fou devant toi, le fou et sa main blessée. Amelia, qu’est-ce que tu fais ? Un pas en avant. Et un regard de défi. Une voix claire, un peu tremblante. Oh, stupide enfant !

« Les gamins n’en font toujours qu’à leur tête. S’il faut que j’en sois une, je me comporterai comme telle. »

Elle le voit, en face d’elle. Toujours droit, le regard au loin. Comme s’il était bien au-dessus des mots d’une fille comme elle. Évidemment. Elle ne sait pas à quoi il réfléchit, non, et elle ne veut pas savoir. Que souhaite-t-elle, d’ailleurs ? Qu’il l’écoute. Qu’il la laisse l’approcher. Le soigner. Un intérêt purement “professionnel”, vraiment ? Une voix souffle qu’elle se serait déjà laissée décourager, si c’était le cas. L’enfant est obstinée, têtue, même. Mais elle a un minimum de raison. Un soupçon, si ce n’est plus, d’amour-propre. Cette main blessée n’est pas si grave, après tout. Il suffirait d’un tour à l’infirmerie et... Non, elle reste. Elle ne sait même plus pourquoi. Papillon piégé par la lumière.

Insecte charmant, aux ailes irisées. Bestiole téméraire, qui se brûle pour découvrir l’autre. Figée, elle le voit frapper la stèle une fois encore. Un faible cri s’échappe de ses lèvres. Ses mains se tendent, pour empêcher l’acte. Trop tard. Elle entend un craquement. Encore un blasphème contre l’arrangement si parfait du corps. Elle grimace, puis soupire. Mais ne bouge pas. Lance quelques mots d’un ton véhément, indigné. S’abîmer soi-même aussi simplement... Ça la dépasse.

« Comme si elle était pas déjà en assez mauvais état, ta main ! »

Mais le sourire du Joueur l’interrompt. Il l’étonne, la petite fille. Pas une once de douleur, dans ce visage à l’air dément. Il semble autre. Différent. Effrayant. Ses yeux, à elle, s’agrandissent, tandis que les premières mesures d’une chanson connue se mettent à résonner dans sa mémoire. New born. Plutôt adaptée à la situation. Écoutant ce que lui souffle la musique, elle lève les yeux, tentant d’apercevoir la lune. Cherchant une lumière plus naturelle que celle du pendentif, qui donne un aspect fantomatique à la scène. Mais la lune a fui, elle aussi. Elle se cache. Laisse les nuages, le vent et la pluie imposer le rythme à la nuit.

Elle revient à elle quand sa voix se fait de nouveau entendre. Gamine. Encore. Voilà qui deviendrait presque vexant, n’est-ce pas fillette ? Oh oui, Amelia, tu peux froncer les sourcils, vouloir taper du pied par terre. Énerve-toi, enfin. Énerve-toi et va. Retourne au dortoir. Laisse-le partir, lui. Qu’il se noie dans le lac, s’assomme contre une pierre tombale ! Tu n’en as rien à faire, enfant capricieuse que tu es. Allez, donne-lui raison, et profite de l’occasion pour te sortir de là. Mais non, tu n’en feras rien, n’est-ce pas ? Te rendre utile. Ça sonne comme une invitation à l’aider ça, non ? Et cette main, si disharmonieuse ! Ce doigt si salement arrangé. Décidément. Allez Amelia, cours après lui. Cours donc à ta perte sans le savoir. Petit papillon envoûté, ton vol s’affole.

« A... Attends ! Attends, je te dis ! »

La phrase s’interrompt au sortir de ses lèvres, tandis qu’elle s’élance à la poursuite du Fou qui s’éloigne. Obéissant inconsciemment à ce qui était programmé. Si facile à attraper, le petit papillon ! Elle se jette délibérément dans le filet. Suivant cette pâle lueur argentée, irréelle, et cette main qui s’agite. Petite Alice trop impulsive qui rate le lapin blanc et court après la mauvaise personne.

Elle fonce tête baissée, la main tendue vers cette silhouette qui s’éloigne. Sa cape alourdie par la pluie vole derrière elle, la ralentit. Elle s’essouffle, trébuche contre une pierre tombale, mais continue sa course, sans que le Joueur semble remarquer qu’elle est derrière. Sans qu’il fasse mine de s’arrêter, de l’attendre. Intérieurement, elle jure. Jure de ne plus se laisser avoir comme ça, l’abreuve de toutes les insultes qu’elle connaît. Mais elle ne dit rien. Se concentre sur ses pieds qui glissent sur le sol boueux, ses chevilles qui se tordraient bien si elles pouvaient. Et elle finit par le rattraper. Tend la main, serre les doigts au hasard. Du tissu trempé. Une veste, un T-shirt ? Peu importe. Elle s’y accroche avec obstination, tentant de le forcer à ralentir. Pathétique petite fille.

Las, il ne s’arrête pas. Et elle fatigue, la pauvrette. Obligée qu’elle est, avec ses petites jambes, de trottiner tandis qu’il se contente de marcher. Elle voudrait parler, trouver quelque chose qui le force à l’écouter. Trouver ce qu’il faut dire, ce qu’il faut faire pour qu’il s’arrête, et qu’il la laisse enfin remettre de l’ordre dans tout ce qui cloche chez lui. Elle est calme, bien plus que tout à l’heure, concentrée. Malgré sa respiration qui s’accélère, malgré les grands pas qu’elle doit faire. Elle réfléchit. Elle repense à ces chairs déchirées, ce sang qui s’écoule. Quel gâchis, vraiment. Elle comprend vaguement pourquoi, ce n’est pas si difficile de faire le lien. Mais s’abîmer ainsi volontairement demeure une hérésie. Alors c’est d’un ton impérieux qu’elle demande :

« Pourquoi ... Pourquoi est-ce que tu es déglingué comme ça ? Laisse-moi te soigner. »

Prétentieuse enfant, qui voudrait avoir gagné. Marchant toujours, elle sort sa baguette. Le mouvement est vif, le sortilège déjà sur ses lèvres. Elle attend. Une confirmation, un refus. Un mot, un signe de tête. Qu’il s’arrête, enfin. Et les ailes du papillon brûlent dans la flamme de la bougie.
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MessageSujet: Re: Poor little Woodpecker. [Libre / Voir par MP.]   Dim 3 Avr - 21:30

Quel spectacle délectable. Il n’avait finalement rien perdu de ses mouvements de Joueur. Voilà que sa prochaine proie se ruait dans ses griffes. Elle possédait assez de volonté pour le suivre, associée à de la folie - ou du courage, comme le pense la masse. Il entendait son souffle à travers le tintement de la pluie sur le marbre. Alors que son médaillon battait la mesure sur son torse, illuminant son visage exsangue d’une lueur irréelle, les pas irréguliers de la plus jeune se faisaient plus proches. Elle tombait et se relevait immédiatement. Elle glissait mais n’abandonnait pas. Il souriait, il savourait son pouvoir sur l’esprit faible.

Et elle parvint à le rattraper. Et à l’attraper. Elle s’agrippe à son vêtement, mais n’a pas la force de l’arrêter. Il continue sa marche, cruel. Le manège dure encore quelques instants, puis elle se décide enfin à agir. Elle aura été longue, pour enfin jouer son tour. Elle parle, elle sort sa baguette, elle se prépare à lancer son sort. Quelle arrogante. Ekzael s’arrête, profite de la surprise de la gamine pour sortir son artefact d’ébène et ne lui laisse pas le temps de réagir. A peine tient-il son arme entre ses doigts qu’une lumière rouge part en direction de la pauvrette. Un simple sort de choc, informulé. Elle tombe une nouvelle fois, dans la boue. Qu’est-ce qu’elle a l’air faible, assise et stupéfaite sur le sol, sa baguette roulant plus loin. Le Dorelly s’approche d’elle. Il descend la pointe de sa baguette le long de son visage, pour l’arrêter au niveau de son cou, oppressant. Sa langue parcourt son sourire désaxé.


« Pointer une arme sur une personne, c’est mettre en jeu sa vie. Et il n’existe pas plus puissant outil mortel que la magie. Ne t’avise jamais de recommencer cela. Tu comprends, n’est-ce pas ? »

Le sang ruisselait le long du bois sombre. Il s’accumulait au contact de la peau de la Cinnacrow jusqu’à être assez lourd pour couler le long de son corps, se laissant absorber par le tissu maintenant trempé. Le pourpre allait si mal à la demoiselle aux cheveux cyans. Ses yeux débordaient de son désir de jouer avec la vie de sa victime, ils voulaient observer une scène à leur image. Grenat, profonde, détraquée. Mais la simple vision de ce tableau macabre lui suffit. Elle aurait une autre utilité, elle ne manquait surement pas de talent pour avoir réussi à le suivre, en dépit de toute raison. Le visage du Fou se penche vers celui de l’apeurée. Il glisse ses lèvres jusqu’à l’oreille de l’intéressée.

« Qui est déglingué ? Qui doit vraiment être soigné ? »

Et il se redresse, se recule, restant face à celle qui comptait le réparer. Il rit. Les échos du cimetière rendent la scène d’autant plus démente que les ricanements de l’élève semblent droits tirés d’un absurde cauchemar. Il tend les bras, comme pour montrer l’immensité l’entourant. Il penche sa tête sur le côté, son visage n’ayant plus rien qui puisse s’associé à la retenue. Puis il montre d’un geste ample le chemin qu’ils venaient de parcourir.

« Contemple autour de toi. Admire ces tombes. Souviens-toi. »

Il murmure une formule, à peine audible, et une luciole file le long des pierres tombales alignées. Elles sont récentes, le temps n’a pas encore eu le temps de les abîmer, et là où l’insecte d’énergie pure passe, la date de mort s’illumine. La même, partout. L’Attaque de l’Ordre, ses victimes. Et Ekzael n’en perd pas son rire.

« Qu’as-tu fait pour eux ? Je ne veux pas de tes soins que tu veux me donner, alors que tu n’as visiblement pas été utile à toutes ces vies évaporées. Que suis-je alors ? Un pansement pour ta conscience ? Un sujet d’expérimentation pour ton évolution ? Ou une simple preuve, un besoin nécessaire pour que tu te sentes exister ? Tout va bien pour moi. Si tu m’as suivi, si tu restes là, c’est bien toi celle dont il faut s’occuper. »

En effet, on ne répare pas le Fou, il le fait très bien tout seul. Certains le comparent à une maladie. Il s’accroche à vous, parait inoffensif au premier abord. Puis s’insinue plus loin, devient dérangeant, lassant, gênant. Là, alors, les réactions divergent. Et les cibles se voient incapables de s’en sortir. Il change de forme à chaque injection, il est cette vermine qui grouille dans votre ombre. Et vous êtes totalement contaminé le jour où il décide que vous êtes dans sa main. Son Jeu. Ceux qui n’ont aucune chance de s’en sortir forment sa main. Il est surement autant un virus qu’une drogue. Mais il est avant tout un médicament. Là, derrière son masque réside son vrai rôle. Il est Ekzael, celui qui élève ses pions au rang d’élite. Il les purifie des chaînes qui les entourent, il leur apprend à jouer à ses côtés, et il les sublime. Une chose dérangée qui vous tue pour mieux vous rendre la vie. Un Nécromant pour vos âmes. Le Joueur dont les paris veulent changer le monde. Il range sa baguette, cesse son spectacle. Il tend sa main mal en point à celle qui va goûter au Syndrome Ekzael.

« Et je te permets de te soigner, maintenant. »
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MessageSujet: Re: Poor little Woodpecker. [Libre / Voir par MP.]   

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